War of Change
Le lendemain, Aki se leva avant tout le monde.
Sohalia l'apprit par Ritsu, qui l'apprit par Hayate, qui l'avait vu sortir du petit navire dans la grisaille de l'aube avec une paire de gants de travail à la main et se diriger sans attendre d'y être invité vers la zone des provisions. Les caisses endommagées s'accumulaient là depuis l'arrivée — personne n'avait eu le temps, ni l'énergie, ni la bonne raison de s'en occuper. Il avait commencé à trier. Seul, sans demander la permission, sans chercher à attirer l'attention.
Les premiers hommes de la quatrième division arrivèrent vers six heures du matin et le trouvèrent au travail.
Aucun ne dit bonjour. Aucun n'en avait besoin — les règles implicites étaient comprises de part et d'autre avec cette clarté tranquille des situations qui n'ont pas besoin d'être explicitées : il travaillait, ils observaient, et la confiance n'était pas encore quelque chose qui existait entre eux.
Hayate lui passa une corde sans croiser son regard. Aki la prit sans un mot. La corde servit à ficeler une caisse dont le fond menaçait de lâcher. Ce fut tout — un geste utilitaire, rien de plus, rien qui ressemblât à du pardon ou à de la chaleur. Mais c'était une corde passée, et Aki l'avait prise, et le travail avait continué.
Le deuxième jour, Kan s'arrêta près de lui pendant qu'il portait une poutre. Pas pour l'aider — pour regarder. Cette façon de se placer juste à la limite de la provocation sans la franchir, ce test silencieux qui disait je suis là et je te regarde et tu le sais. Aki posa la poutre à l'endroit prévu, se redressa, et soutint le regard de Kan trois secondes avant de reprendre sa tâche.
Kan ne bougea pas pendant une minute. Puis il repartit sans avoir rien dit.
Ce n'était pas une victoire. C'était juste une journée.
Le troisième jour, Dom s'assit à la même table pour le repas.
À l'autre bout — la largeur entière de la table entre eux, assez de bois et de distance pour que personne ne puisse appeler ça une avancée. Dom mangea sans regarder dans sa direction, avec son dos droit et ses mains posées à plat entre les bouchées, cette façon qu'il avait d'occuper l'espace sans rien laisser paraître. Aki mangea lui aussi, les yeux sur son assiette, sans chercher à exister davantage que nécessaire.
Quand Dom se leva, il ramassa son plateau, puis, presque comme une pensée secondaire, ramassa aussi le bol vide qu'Aki avait fini. Il le porta avec le sien jusqu'à la zone de lavage et le posa là. Ce n'était rien. Ce n'était pas rien non plus.
Sohalia vit ça depuis le couloir. Elle ne dit rien. Elle continua son chemin.
Ritsu était la seule à lui parler normalement, et même ça, c'était une normalité relative — pas de chaleur, pas de froideur non plus, juste la franchise tranquille de quelqu'un qui avait décidé que la politesse coûtait moins cher que le silence armé et qui traitait Aki comme un élément fonctionnel parce que c'était ce qu'il était maintenant. Elle lui transmettait les tâches du jour. Elle lui demandait des rapports. Elle l'informait des décisions qui le concernaient. Elle ne lui souriait pas et ne le regardait pas de travers, et dans les circonstances présentes, c'était la forme la plus neutre et la plus honnête de coexistence possible.
Sohalia observait tout ça avec la conscience de quelqu'un qui sait qu'il faut laisser les choses trouver leur forme sans les forcer. Elle ne l'épargnait pas — elle n'avait aucune raison particulière de le traiter différemment des autres, et il n'en attendait pas. Mais elle avait les yeux sur lui, sur sa façon de tenir, sur les petits signes qui lui permettraient de savoir si quelque chose allait trop loin ou pas assez.
Pour l'instant, il tenait.
L'île continuait son rythme de convalescence. Les blessés récupéraient par degrés. Les commandants organisaient l'après. Les courriers allaient et venaient depuis les territoires avec leurs rapports sur ce qui avait changé pendant Marineford — et beaucoup avait changé, beaucoup changeait encore. Chaque journée ressemblait à la précédente par sa structure et s'en différenciait par ses détails. Le monde continuait d'avancer en dehors de Nanmin no Shima, avec ou sans leur permission.
Ce fut pendant une pause, au quatrième matin, que Sohalia se retrouva assise à côté de Ritsu sur les marches du bâtiment de réserve pendant qu'Aki travaillait dans la cour.
Elles ne parlaient pas encore. Elles regardaient juste — Aki qui déplaçait des caisses avec cette économie de gestes qui était la sienne, cette façon de ne jamais faire un mouvement de trop.
« Tu es douce avec lui, » dit Sohalia.
Ritsu tourna la tête vers elle.
« Comparé aux autres, » précisa Sohalia. « Kan le regarde comme s'il attendait qu'il commette une erreur. Hayate l'ignore. Toi tu lui parles. »
Ritsu regarda à nouveau vers la cour. Elle prit un moment avant de répondre, comme si elle évaluait jusqu'où elle voulait aller.
« J'étais là quand il a rejoint l'équipage, » dit-elle enfin.
Elle s'arrêta. Quelque chose dans son expression se déplaça — pas de la nostalgie exactement, quelque chose de plus compliqué que ça, le genre de chose qu'on porte quand un souvenir est inextricablement lié à quelqu'un qui n'est plus là.
« Thatch l'avait repéré dans le marché. Il y avait quelque chose dans la façon dont Aki se déplaçait — Thatch remarquait toujours ce genre de choses, les gens qui avaient des compétences particulières, qui faisaient quelque chose avec une précision un peu trop nette pour être ordinaire. Il l'a regardé faire pendant un moment. Puis il s'est approché. »
Elle eut un sourire bref, presque involontaire.
« Il lui a dit : je parie que tu es incapable de me voler mon foulard sans que je m'en rende compte. »
Sohalia leva les yeux au ciel. Elle voyait très bien Thatch faire ça — cet éclat dans les yeux, ce mélange de défi et de curiosité sincère qui était sa façon d'évaluer les gens.
« Aki a regardé le foulard. Il a regardé Thatch. Il n'a rien dit. » Ritsu se tut un instant. « Et puis il s'est éloigné comme s'il n'était pas intéressé. »
« Mais il l'a fait. »
« Mais il l'a fait. » Ritsu croisa les bras légèrement. « Il est revenu par trois côtés différents sur une durée d'environ dix minutes. Thatch parlait avec Vista, il regardait la carte d'un étal de tissu, il goûtait quelque chose sur un autre étal. Il était partout sauf là où Aki était. »
« Et Thatch n'a rien senti. »
« Absolument rien. » Cette fois, le sourire dura un peu plus longtemps. « On était à deux mètres et on n'a rien vu non plus. Aki nous avait tous contournés sans qu'on comprenne comment. Il a posé le foulard dans la main de Thatch — pas dans sa poche, dans sa main, ouvert — et il est reparti sans accélérer le pas. »
Elle s'arrêta.
« Thatch a regardé le foulard. Il a regardé Aki qui s'éloignait. Et il a couru après lui. »
Sohalia attendit la suite.
« Il lui a dit qu'il y avait une place pour lui sur le navire si ça l'intéressait. Aki a demandé lequel. Thatch a désigné le Moby Dick. » Une pause. « Aki a demandé si Barbe Blanche cuisinait lui-même. Thatch a répondu non, c'est moi. Aki a dit d'accord. »
Sohalia rit malgré elle — un rire court, réel, la surprise d'une chute qu'elle n'avait pas vue venir.
« C'est comme ça qu'il a rejoint l'équipage, » dit Ritsu. Sa voix était revenue à sa neutralité habituelle mais quelque chose d'adouci persistait autour des yeux. « Alors quand je lui parle, c'est parce que je me souviens de cette matinée. Pas parce que j'ai oublié ce qu'il a fait ensuite. »
Sohalia la regarda. Il y avait quelque chose dans cette façon de tenir les deux choses en même temps — la trahison et le souvenir du foulard jaune — sans que l'une n'efface l'autre.
Elle pensa à Thatch qui courait après un inconnu dans un marché parce qu'il avait vu quelque chose d'élégant dans sa façon de faire une chose impossible. Elle pensa à cette façon qu'il avait eue toute sa vie — cette façon de regarder les gens et de décider qu'ils comptaient avant même de savoir qui ils étaient.
C'était exactement lui. C'était exactement ça.
Elles restèrent sur les marches encore quelques minutes après ça. Les mots sur Thatch avaient changé quelque chose dans l'air entre elles — pas dramatiquement, juste cette façon qu'ont certaines conversations de laisser la porte ouverte à autre chose.
Ce fut Sohalia qui parla, sans avoir tout à fait planifié de le faire.
« Marco m'a dit quelques choses sur ton histoire. »
Ritsu ne répondit pas tout de suite. Elle gardait les yeux sur la cour où Aki avait repris le travail.
« La version courte, j'imagine, » dit-elle.
« Ex-Marine. Tête mise à prix après avoir quitté l'uniforme. La façon dont ils t'ont trouvée. » Sohalia marqua une pause. « Les grandes lignes. »
Ritsu acquiesça, très légèrement.
« Est-ce que tu veux me raconter le reste ? » dit Sohalia. « Si tu en as envie. »
Ritsu resta silencieuse un long moment. Assez longtemps pour que Sohalia pense qu'elle allait décliner, ce qui était son droit.
Puis Ritsu se leva.
« Viens. Les blessés sont plus au calme à cette heure-là. »
L'infirmerie était dans sa lumière de fin de matinée, volets entrouverts, Yori parti pour sa tournée. Quelques hommes dormaient. Dom avait rejoint l'extérieur depuis une heure. C'était calme, le genre de calme qui laisse la place aux choses qui ont besoin d'espace.
Ritsu s'assit sur un tabouret. Sohalia prit la chaise en face. Et Ritsu raconta.
Elle raconta Sabaody — la maison de ventes aux enchères traversée par obligation, la sirène aux yeux vides sur l'estrade, le commissaire-priseur au sourire huileux, et elle dans l'uniforme de la Justice avec les mains qui ne pouvaient rien faire. La façon dont elle était ressortie et avait respiré l'air du dehors et s'était haïe un peu plus.
Elle raconta Vadric. Sa voix ne tremblait pas. Elle avait appris à mettre les mots dans l'ordre — pas parce que c'était facile, parce que c'était la seule façon de les tenir sans qu'ils débordent. Elle raconta l'arrivée sur le quai, la main posée sur son épaule une seconde de trop, cette sensation d'un terrain glissant qu'elle ne pouvait pas nommer officiellement parce qu'elle n'avait pas les mots officiels pour ça, juste la certitude physique que quelque chose dans cet homme était dangereux et que la hiérarchie la laissait seule avec ce danger.
Elle raconta le briefing où son plan avait été ignoré et retourné, la façon dont ses officiers avaient regardé ailleurs. Hiro, vingt ans, presque mort à cause d'une décision de Vadric qu'elle avait vue venir et qu'elle n'avait pas pu empêcher. L'après-midi passé à remplir des rapports qui couvraient les erreurs de quelqu'un d'autre en mentant par omission, parce que c'est ce qu'on faisait, parce que c'est ce qu'on lui avait appris.
Sohalia écoutait. Elle ne l'interrompait pas, elle ne cherchait pas à remplir les pauses — elle laissait les pauses exister, elle laissait chaque chose être dite à son propre rythme.
Ritsu raconta la nuit. L'informateur. La ruelle qui devenait progressivement plus étroite, moins éclairée, plus silencieuse. La façon dont elle avait compris trop tard — pas une demi-seconde trop tard, assez longtemps avant pour voir exactement ce qui allait se passer sans pouvoir l'empêcher. Le cliquetis métallique de son sabre sur le sol.
Elle racontait ça avec la voix de quelqu'un qui a porté ces images si longtemps qu'elles ont perdu leur bord acéré sans pour autant disparaître. Elle ne regardait pas Sohalia. Elle regardait un point fixe devant elle, les mains à plat sur les genoux.
Elle raconta le froid qui s'installait. La conscience qui glissait. La pensée, dans ce qui aurait pu être les dernières secondes — je ne voulais pas mourir comme ça. Pas dans cette ruelle. Pas seule dans la saleté. Pas sans avoir décidé.
Et puis Vista qui s'était arrêté. Deux bottes blanches blanches qui dépassaient dans l'ombre.
Sohalia sentit quelque chose dans sa poitrine — pas de la pitié, ça Ritsu n'en voulait pas et elle le savait. Quelque chose de plus profond, une reconnaissance absolue du poids de ce qu'elle entendait, la conscience que ces mots avaient eu un corps réel, un sang réel, une ruelle réelle quelque part dans l'archipel de Sabaody une nuit dont le monde n'avait pas gardé trace.
Ritsu parla de Marco. Sa voix clinique dans la rue — cinq minutes, peut-être moins — et la fraction de seconde où il avait hésité, pesé les implications, fait le calcul froid de ce que sauver une marine allait coûter. Puis Thatch qui voulait la ramener avec cette voix qui ne laissait aucune place à la discussion. Izo qui avait dit que la mort serait peut-être une miséricorde. Vista qui avait tranché : on lui donne le choix, pas à nous de décider.
Elle parla du réveil. L'infirmerie. L'odeur de médicaments et de bois propre. Et dans le coin, assis sur un tabouret avec une infirmière blonde vêtue de rose.
Elle s'arrêta là.
Sohalia attendit. Pour être sûre que c'était vraiment la fin. Puis elle se leva, s'approcha de Ritsu, et la prit dans ses bras.
Ritsu se laissa faire — pas avec l'abandon de quelqu'un qui avait attendu ça, plutôt avec la permission silencieuse de quelqu'un qui reconnaissait le geste juste et qui n'allait pas l'esquiver. Elle resta rigide quelques secondes puis quelque chose dans ses épaules lâcha, imperceptiblement, un tout petit quelque chose.
Sohalia garda les bras autour d'elle un long moment. Le bruit de l'île entrait par les volets entrouverts — des voix lointaines, le vent, l'ordinaire des choses qui continuaient. Elle pensait à cette ruelle. Elle pensait à Thatch qui courait dans la nuit avec ses provisions de marché et sa façon de décider que les gens comptaient.
Elle souffla, très doucement, avec quelque chose dans la voix qui était à moitié de la tendresse et à moitié autre chose — une légèreté choisie, le genre qui arrive après quelque chose de lourd et qui ne le nie pas mais qui coexiste :
« Et après tout ça, ton cœur a choisi Thatch. »
Ritsu s'écarta légèrement. Elle regarda Sohalia avec une expression qui oscillait entre plusieurs registres à la fois.
« Il s'est présenté en me lisant une recette de soupe à voix basse dans le coin d'une infirmerie, » dit-elle. Un temps. « À voix basse. Comme si les légumes avaient besoin qu'on leur chuchote leur destin. »
Sohalia éclata de rire. Ritsu eut un sourire — bref, réel, le genre qui arrive sans avoir été décidé.
« Je n'avais pas vraiment le choix, » conclut Ritsu.
Elles rirent encore quelques secondes dans la lumière de l'infirmerie, les blessés endormis autour d'elles, et ce rire avait la particularité des choses qui émergent après quelque chose de lourd — pas du soulagement exactement, plutôt la preuve vivante que les deux choses pouvaient coexister sans que l'une écrase l'autre.
Ce soir-là, Sohalia ne se rendit pas directement chez Marco.
Elle marcha. Pas vers nulle part en particulier — les rues étroites de Nanmin no Shima dans la lumière du soir, le camp qui se calmait progressivement avec la nuit qui tombait, les voix qui diminuaient. Elle marchait avec les mains dans les poches et les yeux sur le sol devant elle, et dans sa tête ce que Ritsu avait dit continuait de faire le tour.
Elle pensait à Vadric. À la façon dont le pouvoir se protégeait lui-même dans les institutions, à la façon dont les structures qui devaient protéger les gens protégeaient d'abord ceux qui avaient les grades et les décorations et les bonnes relations. Elle pensait à Ritsu dans cette ruelle et à tout ce qui avait précédé — les semaines de briefings ignorés, les mains trop baladeuses, les rapports mensongers signés par obligation. La façon dont on pouvait traverser tout ça dans un uniforme censé représenter la Justice.
Elle pensait aussi à Marco. À cette fraction de seconde où il avait failli dire non.
Elle ne lui en voulait pas. Elle comprenait le calcul — elle avait fait des calculs similaires dans sa vie, des décisions froides au bord de la bataille où le pragmatisme prenait momentanément le dessus sur autre chose. Ce qui importait c'était qu'il avait dit oui. Ce qui importait c'était Thatch qui avait dit on la ramène avant même que le calcul soit terminé, Thatch qui n'avait pas eu besoin de peser quoi que ce soit parce que pour lui il n'y avait rien à peser.
Elle pensa à Thatch — à son rire, à ses recettes, à la façon dont il avait couru après un inconnu dans un marché pour lui proposer une place à bord parce qu'il avait trouvé quelque chose d'élégant dans sa façon de faire quelque chose d'impossible. À la façon dont sa mort avait laissé quelque chose de précis dans l'équipage — pas seulement un vide mais l'absence d'une façon particulière de regarder les gens, cette capacité à décider que quelqu'un comptait avant même de savoir qui il était.
Elle s'arrêta au bout d'une ruelle qui donnait sur la mer.
L'eau était noire dans la nuit, avec juste les reflets des lumières du camp qui bougeaient à sa surface. Elle resta là quelques minutes, à regarder ça, à laisser tout ce qu'elle portait exister sans lui demander d'aller quelque part.
Puis elle se retourna et se dirigea vers l'auberge.
La chambre de Marco était éclairée.
Elle entra sans frapper — ils avaient passé ce stade depuis quelques jours, cette façon de ne plus toqué qui disait quelque chose sur l'espace qu'ils occupaient l'un pour l'autre. Il était au bureau, une carte devant lui, et il se grattait la tête avec l'expression de quelqu'un qui fixe quelque chose depuis trop longtemps et qui n'avance plus. Il leva les yeux quand elle entra — ce regard qui l'attendait sans l'avoir attendue.
Elle fit le tour du bureau sans rien dire, s'arrêta derrière lui, et passa les bras autour de ses épaules. Ses mains se croisèrent sur sa poitrine. Elle appuya la joue contre le dessus de sa tête.
Il laissa la carte.
« Qu'est-ce qui me vaut ce câlin ? » dit-il, pas avec méfiance — avec la curiosité douce de quelqu'un qui reçoit quelque chose d'inattendu et qui veut en connaître la source.
« Ritsu m'a tout dit. »
Il ne répondit pas immédiatement. Elle sentit quelque chose changer dans ses épaules — pas du retrait, quelque chose de plus difficile à nommer, la façon dont on reçoit une information qu'on sait vraie et qu'on ne cherche pas à atténuer.
« Tout ? »
« Vadric. La ruelle. Ce que vous avez trouvé. Ce que Thatch a dit. » Une pause. « Ce que toi tu as hésité à dire. »
Le silence qui suivit n'était pas un silence d'esquive. Il laissa le temps exister, puis dit, avec la voix qu'il avait pour les choses qu'il ne cherchait pas à rendre plus acceptables qu'elles n'étaient :
« Dans un premier temps, j'ai pensé à ne pas la ramener. »
Sohalia ne bougea pas.
« Elle était marine. Elle pouvait nous identifier. Elle aurait pu causer des problèmes à Pops et à l'équipage. J'ai évalué le risque. » Il s'arrêta. « C'est ce que je faisais. »
« Et puis Thatch a dit on la ramène.
« Et puis Thatch a dit on la ramène. » Sa voix se déplaça légèrement sur ce nom — pas d'émotion spectaculaire, juste quelque chose de plus lourd. « Et Vista a dit qu'on lui donnait le choix, qu'on ne décidait pas pour elle. Et j'ai vu l'état dans lequel elle était, et j'ai dit oui. »
Il marqua une pause.
« Mais dans la fraction de seconde avant, j'avais pensé non. Et c'est ce que j'aurais fait. Avant lui. »
Sohalia sentit ses bras resserrer légèrement autour de ses épaules. Elle pensait à ce que ça coûtait à Marco de dire ça — pas parce que c'était honteux mais parce que c'était vrai, et que les vérités sur ce qu'on aurait pu faire sont parfois les plus difficiles à gérer.
« Thatch t'a fait changer d'avis sur beaucoup de choses, » dit-elle doucement.
« Sur beaucoup de choses. » Il posa sa main sur ses avant-bras à elle, qui se croisaient sa poitrine — pas pour les retirer, juste pour les tenir. « Cette nuit-là dans le couloir en attendant que Yori sorte, à regarder Ace s'effondrer contre le mur — pour la première fois depuis que tu avais disparu, j'ai vu revenir quelque chose dans ses yeux. Cet éclat qu'il avait quand quelque chose ou quelqu'un lui importait vraiment. »
Il s'arrêta, chercha la suite.
« Il regardait la porte de l'infirmerie avec cette façon de regarder les choses qui comptaient pour lui. Pas en espérant, pas en calculant. Juste en étant là, complètement, pour quelqu'un qu'il ne connaissait pas encore. »
Un temps.
« C'est ça qui m'a définitivement décidé autant que tout le reste. »
Sohalia resta là, les bras autour de ses épaules, à ne rien dire pendant un long moment. Elle pensait à Thatch dans ce couloir. Elle pensait à lui, la tirant des griffes d'Akainu, courant après Aki pour lui proposer une place. Elle pensait à la façon dont certaines personnes ne font pas seulement partie d'une famille mais en sont le cœur — pas le chef, pas le plus fort, juste celui dont la façon d'être au monde rappelle à tous les autres comment être.
Puis elle fit le tour du bureau et s'assit à califourchon sur lui.
Il la regarda, légèrement surpris par le mouvement, et elle lui prit le visage entre les mains. Elle le regarda — vraiment, lentement, avec le temps qu'elle n'avait pas toujours pris ces dernières semaines.
Elle dit, simplement :
« Cet équipage, moi — on a tellement de chance de t'avoir. »
Il ne répondit pas tout de suite. Il la regarda, et dans ses yeux il y avait ce qu'elle connaissait maintenant — pas de l'embarras, quelque chose de plus calme, la façon dont il recevait ce genres de réflexions sans les renier.
Il l'embrassa.
Ce n'était pas une réponse qui esquivait les mots. C'était quelque chose de délibéré, quelque chose qui prenait le temps qu'il fallait prendre, la façon dont on tient quelque chose qu'on avait cru ne plus avoir le droit de tenir.
Elle ferma les yeux, savourant cet instant.
Plus tard, dans le silence de la chambre, la lampe presque à court d'huile, elle resta allongée contre lui avec le sentiment que le poids de ces quatre jours avait trouvé enfin où se poser. Pas disparu — posé. Il y avait une différence.
Marco ne dormait pas encore. Elle le sentait à sa respiration. Elle dit, dans le silence, sans le regarder :
« Elle m'a dit qu'il lisait la recette à voix basse. »
Un temps.
« Thatch. Dans l'infirmerie. Il lisait une recette à voix basse pendant qu'elle se réveillait. »
Marco resta silencieux quelques secondes. Puis il dit, avec quelque chose dans la voix qui n'était pas tout à fait de la tristesse et n'était pas tout à fait du sourire non plus :
« Il disait que les gens se réveillent mieux s'ils entendent quelqu'un faire quelque chose de normal. » Une pause. « Il avait des théories sur beaucoup de choses. La plupart n'avaient aucun sens. »
Sohalia pensa que celle-là en avait parfaitement.
Elle ne le dit pas. Elle pensa juste à Thatch, et laissa son esprit s'embrumer.
Ce fut le soir du troisième jour — avant Ritsu, avant la carte, quand tout encore était en suspens entre eux — que la vraie conversation eut lieu.
Sohalia frappa à sa porte. Pas parce qu'elle avait planifié de le faire mais parce qu'elle passait devant et que ses pas s'arrêtèrent d'eux-mêmes, comme ils avaient pris l'habitude de le faire depuis l'arrivée sur l'île — s'arrêter, hésiter, repartir. Cette fois ils ne repartirent pas. Elle toqua.
Il était assis sur le bord du lit, un rapport posé à côté de lui qu'il n'avait manifestement pas lu depuis un moment. Il leva les yeux quand elle entra et ne dit rien — ce qui valait une invitation.
Elle s'assit à l'autre bout du lit, les jambes croisées, le dos contre le mur. Ils restèrent silencieux quelques instants — pas un silence de gêne, celui de deux personnes qui ont quelque chose à se dire et qui cherchent l'entrée.
Ce fut elle qui commença.
« La dispute. Sur le pont. Avant de partir pour Marineford. »
Marco ne dit rien. Il attendit.
« Tu m'as dit de partir. » Elle ne l'accusait pas — elle posait le fait là comme quelque chose qu'elle avait retourné dans tous les sens et qu'elle voulait qu'il entende dans sa version à elle. « Pas une fois. Plusieurs fois. Et j'entendais ce que tu disais — la peur, ce que ça t'aurait coûté de me perdre. Je l'avais compris même au milieu de la colère. Mais j'entendais aussi autre chose. »
Elle le regarda.
« Que tu ne me faisais pas confiance pour survivre. Que je n'étais pas quelqu'un qui pouvait se battre à égalité — j'étais quelqu'un qu'il fallait protéger. Et ça, ça m'a blessée autrement que la peur. »
Marco ouvrit la bouche. Elle leva légèrement la main.
« Laisse-moi finir. »
Il se tut.
« Et après la dispute, tu ne m'as pas rappelée. Et moi je suis partie cette nuit-là sans te dire au revoir parce que j'étais en colère et blessée et que je ne savais pas comment commencer. Et on est partis à Marineford avec tout ça entre nous, ces non-dits. » Une pause. « J'ai pas envie que la prochaine fois qu'il se passe quelque chose de grave, on reparte avec des mots qu'on n'a pas dits. »
Marco la regarda. Il y avait dans son expression quelque chose qui n'était pas de la défense — la reconnaissance d'une vérité qu'il avait portée lui aussi, retournée lui aussi, pendant ces derniers jours et les semaines avant ça.
« Tu avais raison, » dit-il. Sa voix était basse, sans détour. « Pas sur tout — sur ça. La façon dont j'ai géré cette dispute. J'avais peur et j'ai transformé cette peur en quelque chose qui ressemblait à du contrôle. Et j'aurais dû savoir la différence. »
Il chercha la suite — pas pour la fuir, pour la trouver exactement.
« J'avais peur parce que je savais exactement ce que tu valais. Ce n'était pas ça le problème. Le problème c'était moi, et ce que ça m'aurait coûté de te perdre là-bas. Et j'ai pris cette peur-là et je l'ai retournée contre toi, et c'est ça qui n'était pas juste. »
Sohalia le regarda. Elle sentait quelque chose se défaire doucement dans sa poitrine.
« Je sais, » répondit-elle. « Je l'avais compris sur le coup. » Un temps. « Mais comprendre la raison d'une chose ne la rend pas moins douloureuse. »
« Non. »
Le mot tomba simplement. Ils laissèrent passer un silence. La lampe brûlait bas. Dehors, les bruits du camp avaient diminué avec la nuit qui avançait.
« Ce que j'ai besoin que tu entendes, » dit-elle — et dans sa voix il y avait quelque chose de délibéré, le ton de quelqu'un qui a choisi ses mots avec soin et qui les dit maintenant exactement comme elle voulait les dire — « c'est que Barbe Blanche était ma famille. Ace était mon frère. Cet équipage est ma famille. Si quelque chose les menace, je viendrai. Pas par inconscience — parce que c'est qui je suis et que tu le sais depuis le début. »
Elle le regarda en face.
« Alors à l'avenir : ne me rejette plus. C'est ma famille, j'ai le droit de me battre pour elle. Fais-moi confiance pour survivre. »
Marco la regarda longtemps. Puis il souffla :
« D'accord. »
Un mot. Sans promesse spectaculaire, sans formulation qui ferait de ça quelque chose de plus grand que ça n'était — juste d'accord, posé là comme une décision qu'il avait prise et qu'il tiendrait.
Sohalia hocha la tête. Quelque chose s'était déposé, quelque chose qu'elle portait depuis trop longtemps.
« Et moi, » rajouta-t-elle, plus doucement, « la prochaine fois que je pars en colère, je te dirai au revoir quand même. »
Il eut un mouvement sur le visage — pas un sourire, quelque chose d'adjacent, quelque chose qui disait qu'il avait vraiment entendu ce qu'elle venait de dire.
« Je préférerais que tu ne partes pas en colère, » dit-il.
« Je préférerais aussi. » Elle laissa passer un temps. « Mais si ça arrive. »
« Si ça arrive, » concéda-t-il.
Ils restèrent là encore sans rien ajouter, parce qu'il n'y avait rien à ajouter — tout ce qui devait être dit avait été dit, et le silence qui suivait n'était pas celui des choses en suspens mais des choses posées. Un silence différent des jours précédents. Plus léger, non pas parce que rien n'avait de poids mais parce qu'ils portaient maintenant les mêmes choses du même côté.
À un moment, Marco étendit le bras. Elle s'allongea contre lui, la tête sur sa poitrine, sa main sur son sternum à elle — ce geste qu'ils avaient eu la première nuit, ce geste de vérification qui n'avait plus besoin de vérifier grand-chose maintenant mais qui existait quand même.
Elle l'entendit respirer. Elle l'entendit s'endormir progressivement.
Elle resta éveillée encore un moment, à écouter l'île, à ne penser à rien de précis, à simplement être là.
Le cinquième jour, la réunion des commandants ne ressemblait à aucune des précédentes.
Ils le sentirent avant même de s'asseoir — cette atmosphère dans la pièce, quelque chose qui pesait différemment. Izo avait le visage fermé. Haruta regardait la table. Namur s'était arrêté dans l'encadrement de la porte une seconde de trop avant d'entrer, comme s'il prenait le temps de se préparer à ce qu'il allait trouver. Fossa avait les mains posées à plat sur la table et la mâchoire serrée depuis qu'il était entré.
Atmos était assis en bout de table, à l'écart des autres, et il regardait la carte avec quelque chose dans les yeux que Sohalia n'arrivait pas encore à nommer entièrement — pas de la colère, quelque chose de plus profond, quelque chose de plus froid, la façon dont quelqu'un regarde une chose qu'il n'a pas encore décidé comment aborder mais qui travaille en silence depuis plusieurs jours déjà.
Marco posa le rapport au centre de la table.
Blondie était mort. Un allié de longue date — pas quelqu'un que tous dans cette pièce avaient connu personnellement, mais quelqu'un qui avait navigué sous la protection du drapeau de Barbe Blanche depuis des années, quelqu'un dont le nom figurait dans les registres de Père depuis avant que certains d'entre eux n'aient rejoint l'équipage. Ses navires coulés. Son île changée de mains. Le nouveau propriétaire : Teach.
Le silence qui suivit fut lourd, chargé de tension. Il s'installa quelques secondes avant que l'un d'entre eux ne le brise.
Ce fut Izo qui parla le premier, avec son flegme habituel qui ne cachait rien cette fois.
« Soyons honnêtes — ça ne sera pas la dernière. »
Personne ne contesta. Vista posa les mains à plat sur la carte, regarda le marquage territorial, regarda les noms.
« Beaucoup veulent qu'on parte à sa poursuite. »
Haruta leva les yeux. Sa voix était plus douce qu'à l'ordinaire, pas de l'indulgence, quelque chose de plus juste — il disait une réalité qu'il comprenait même s'il ne la partageait pas nécessairement.
« Qui leur reprocherait cette soif de vengeance ? »
Fossa frappa la table. Pas violemment, mais avec la force de quelqu'un qui retient quelque chose de lourd depuis trop longtemps et à qui il ne reste plus assez d'énergie pour continuer à le retenir complètement.
« On devrait partir à sa poursuite. »
Le mot devrait résonna dans la pièce. Sohalia laissa un battement passer avant de répondre — pas pour ménager Fossa, pour que les mots arrivent depuis le bon endroit, préparant soigneusement ces mots.
« Ce serait de la folie. » Sa voix était calme, précise, sans condescendance. « Teach. Son pouvoir. Il peut annihiler les fruits — comme du granit marin. Il peut tout absorber. Et maintenant avec celui de Père, il peut détruire ce qu'il veut. On ne se bat pas contre ça dans l'état où on est. On ne gagne pas contre ça dans l'état où on est. »
Fossa la regarda. La mâchoire travaillait. Il ne répondit pas parce qu'il savait qu'elle avait raison, et que savoir qu'on a tort ne diminue pas la rage.
Marco continua, la voix égale.
« De toute façon, nous sommes encore trop affaiblis. Et le navire à aubes ne serait pas suffisant pour nous porter tous. »
Namur, qui était resté silencieux depuis le début, dit ce que personne n'avait encore mis en mots.
« Beaucoup veulent aussi partir. Pour d'autres raisons. Les ombres de Père et d'Ace leur pèsent. »
Ça aussi c'était vrai. La façon dont certains hommes regardaient l'horizon depuis Marineford — pas vers Teach, vers n'importe où, cette impulsion de bouger quand on ne supportait plus le poids d'être immobile avec quelque chose d'insupportable dans la poitrine.
Le silence revint. Ils cherchaient — pas la décision sur Teach, ça attendrait, ils le savaient tous. Quelque chose de plus immédiat. La façon de tenir l'équipage dans les jours qui venaient sans laisser la rage ou le deuil prendre les décisions à leur place.
Atmos n'avait toujours pas parlé. Il regardait la carte. Et Sohalia le regardait, lui, parce qu'il y avait dans sa façon d'être assis quelque chose qui disait qu'il était en train de prendre une décision, pas encore prêt à la formuler, mais que ça viendrait.
Marco allait reprendre la parole quand la porte s'ouvrit.
Hogo entra au pas de course.
Ce n'était pas son genre. Hogo n'était pas connu pour perdre son calme, pour interrompre les commandants dans leur réunion. Il avait cette régularité tranquille de quelqu'un qui considérait que l'urgence était rarement aussi urgente qu'elle le croyait et qui économisait ses pas en conséquence. Le voir entrer comme ça — essoufflé, un journal serré dans la main, le visage avec une expression qui n'était ni de l'alarme ni de la panique — produisit un effet immédiat. Toutes les têtes se tournèrent.
Il s'arrêta. Il regarda la table, les commandants.
« Commandants. »
Sa voix n'était pas normale. Sohalia nota ça immédiatement — quelque chose entre l'urgence et autre chose, pas seulement de l'alarme.
« C'est le petit frère d'Ace. »
Un battement.
« Il a refait surface à Marineford. Avec Rayleigh, le Roi Sombre et Jinbei. »
La salle explosa.
Plusieurs voix en même temps — des questions, des exclamations, des chaises qui raclaient le sol. Haruta se leva d'un coup. Namur tendit la main vers le journal. Blamenco disait quelque chose à voix haute que Sohalia n'entendit pas entièrement. Izo soufflait de la fumée avec une expression qui pour la première fois depuis Marineford n'était plus close mais vivante — vraiment vivante, les yeux qui cherchaient les informations, qui voulaient comprendre, qui étaient là. Fossa regardait le journal que Hogo avait posé sur la table et que trois paires de mains essayaient de saisir en même temps.
Sohalia ne bougea pas.
Elle regardait Marco de l'autre côté de la table. Marco la regardait.
La salle continuait à bourdonner autour d'eux — les voix, le journal qui passait de main en main, Haruta qui lisait des passages à voix haute, Vista qui demandait des précisions, Namur qui voulait savoir depuis combien de temps. Tout ça existait à la périphérie, réel et présent. Mais pendant ces quelques secondes, ce qui existait surtout c'était ce regard entre eux deux, et ce qu'il contenait.
Luffy. Vivant.
Ace était mort. Barbe Blanche était mort. Quelque chose du monde s'était défait de façon permanente et ne se refermerait jamais entièrement. Mais Luffy vivait. Ce petit frère têtu et impossible qui avait débarqué à Marineford avec ses poings et ses amis et son refus absolu d'accepter que les choses étaient comme elles étaient. Qui avait couru vers l'échafaud avec la même conviction absolue que quelqu'un qu'on aimait ne mourait pas si on refusait de le laisser mourir.
Il était vivant.
Marco dit, très bas, juste pour elle, dans le brouhaha de la pièce :
« Il est vivant. »
Et Sohalia, qui n'avait pas pleuré depuis l'enterrement de son père et de son frère, sentit quelque chose se déloger dans sa gorge. Quelque chose de bref, de précis, de douloureux et de chaud en même temps — comme si son corps avait attendu cette information précise pour décider qu'une certaine tension pouvait enfin se relâcher.
« Il est vivant, » répéta-t-elle.
Ce n'était pas de la joie simple. Pas du soulagement propre. C'était quelque chose de plus brut et de moins catégorisable — la preuve que le monde continuait malgré tout, que la même existence qui prenait pouvait aussi préserver, que Marineford n'était pas la dernière chose que le monde avait à dire.
Autour d'eux, la salle continuait à vivre.
Dans le coin, Atmos regardait le journal maintenant posé sur la table. Et sur son visage, pour la première fois depuis Doflamingo, il y avait quelque chose qui n'était pas fermé.
Ils avaient réussi au moins une chose.
— À suivre —
Publié : 23/02/2026
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