Les Train Twins

Chapitre 41 : Les mots ne sont pas que du vent

4157 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/05/2022 22:42

Chapitre 41


Les mots ne sont pas que du vent.


Les prochains rendez-vous musicaux rémunérés des Train Twins se trouvaient à Algatia, "l’endroit le plus proche de l’espace". Le groupe devait jouer dans quelques établissements touristiques, Jenny leur avait trouvé quelques contrats pour des soirées dans des restaurants et des bars. Ils avaient ainsi prévu d’y rester la majeure partie du mois de juin.

Cependant, la ville insulaire d’Algatia se situait aux confins orientaux de la région, à plusieurs centaines de kilomètres de Lavandia. La voie terrestre, principalement la route 123, était impraticable avec les instruments, la seule solution gratuite à leur disposition était de longer la côte sud-est avec wailord. Le trajet ne pouvait pas s’effectuer en une seule journée, alors ils devaient faire plusieurs haltes : une longue à Larousse City, puis deux autres plus courtes à Rubello et Nénucrique, avant de traverser la mer d’Hoenn.

La ville de Larousse City était culturellement aussi dynamique que Lavandia et la technologie y était encore plus avancée, bien que Lavandia ait déjà fait d’énormes efforts pour rattraper sa rivale dans ce domaine, comme l’avait souligné Scott. Encore une fois, les Train Twins étaient hébergés dans l’établissement de concours de la ville tenu par Harley, un vieux concurrent de Flora et Drew qui se cosplayait en cacturne. Il n’avait pas apprécié que le couple rachète l’établissement de Poivressel, sa ville natale. Pour se venger, il s’était démené et endetté pour récupérer celui de Larousse City, dont Drew était originaire.

Aussitôt en place, il avait décroché du mur des récompenses tous les clichés de Drew et son épouse. A bientôt soixante-dix ans, il avait toujours des réactions puériles et soupe-au-lait. Flora avait expliqué aux jumelles comment il fallait gérer avec lui. Il était excentrique et pugnace, prêt à tout pour gagner un ruban. Très fourbe, il souffrait d’un gros manque de reconnaissance. Toutes ses récompenses de jeunesse étaient exhibées dans une galerie exclusivement dédiée à cela reliant le grand hall à la salle de spectacle. La visite des locaux avec les Train Twins était un bon prétexte pour parler de lui devant son étalage de rubans.

« Là c’est le ruban que j’ai remporté lors de ma cinquième victoire au grand festival de Johto à l’âge de trente-deux ans.

- C’est... Euh... Très impressionnant, dit timidement Scott en s’efforçant d’être le plus courtois possible.

- Et ceux-là proviennent de Kalos. Il n’y a bien que là-bas que mon talent est admiré à sa juste valeur ! J’ai pensé m’y installé un temps, mais je ne pouvais me résoudre à abandonner ma terre natale. Vous n’imaginez pas à quel point Flora m’a brisé le cœur en s’emparant de mon précieux établissement... »

Le branette de Harley flottait dans leur dos, à l’affût de la moindre réaction inappropriée. Jane n’avait pas sorti Chu, elle connaissait trop bien son manque de patience et de retenue face à de tels comportements. Jessy se murait dans le silence, les bras croisés, son regard électrique suivant les grandes gesticulations d’Harley en train de brasser de l’air. Fry avait forcé Friday à grimper sur les épaules de la jeune fille pour essayer de la détendre un peu.

« Oh justement : celui-ci c’est le premier ruban que j’ai gagné à Poivressel ! Que de souvenirs ! Dit-il en essuyant une larme de crocrodil au coin de l’œil.

- On ne va pas pouvoir rester très longtemps ici, Jessy ne le supportera pas… Murmura Fry à l’oreille de Jenny qui acquiesça d’un hochement de tête.

- Je suis d’accord... »

La rouquine s’éclaircit la voix avant de s’adresser au coordinateur tout de vert vêtu avec une voix enjôleuse.

« Excusez-nous Harley, mais qu’en est-il des conditions d’hébergement ? Vous disiez avoir besoin de nous ?

- Oui ma chère ! J’ai eu vent de vos prouesses à Lavandia, vous avez fait une excellente impression à Mégane, et à Matthieu aussi.

- Matthieu ? » Releva Jessy.

Fry se saisit brusquement de Jessy par les épaules et la força à reculer, sans la lâcher il se colla à son dos jusqu’à avoir les poils de la queue voluptueuse d’évoli dans le nez. Il laissa Jenny faire barrage de son corps en tirant Scott près d’elle. Plus il y avait de personnes entre Harley et Jessy, mieux ce serait. Et entre l’émoi de Scott, au contact de son bras doux et tiède, et la colère de sa sœur, le choix du moindre mal était de mise.

« Dites-nous de quoi vous avez besoin, nous serons ravis de vous aider Harley, reprit Jenny avec un large sourire.

- Que tu es délicieuse Jane ! Je veux que vous vous chargiez du concert d’inauguration du grand tournoi estival dans quinze jours. Je veux votre ramboum sur scène, une chorégraphie avec vos pokémon encore plus belle que celle d’Azuria et au moins une chanson inédite. Vous serez rémunérés bien sûr...

- Quinze jours ? C’est court non ? »

Scott allait également relever la liste des contraintes imposées par Harley et qu’il trouvait un peu longue, mais Jenny lui donna un coup de coude discret dans le creux des côtes. Lui qui ne disait généralement rien, il fallait qu’il ouvre la bouche pour faire une remarque inappropriée. Fondamentalement, il avait raison, sauf qu’Harley avait prononcé le mot magique : rémunéré.

« Les Dark Love devaient s’en charger, mais ils se sont désistés. Matt m’a parlé de vous et comme Mégane m’a appelé dans la foulée, vous tombez à pic !

- Ça ira très bien ! Merci infiniment Harley ! » Cria joyeusement Jenny.

Son magnifique sourire cachait à merveille son début de panique alors qu’elle sentait l’aura néfaste de Jessy envahir l’espace. L’attitude fuyante de Scott qui se retenait de courir se cacher dans un recoin sombre du bâtiment n’arrangeait rien.

« Et n’hésitez pas à placer vos chansons olé-olé ! Ce sera parfait ! Je suis un grand fan de la Sexball !

- On va y réfléchir ! » Fit précipitamment Jenny avant de filer avec ses camarades et une couardise digne de Scott, il fallait éloigner Jessy d’Harley au plus vite.

Le quatuor se retrouva en privé dans les coulisses après avoir déposé leurs instruments dans la loge dédiée. Jessy fusilla Scott des yeux, le jeune homme vouta le dos et retrouva sa posture craintive de soumission.

« C’est encore un plan foireux de Matthieu ?

- N... Non... Balbutia Scott. Je pense qu’il a juste voulu être sympa...

- Qu’il aille se faire foutre, j’ai pas besoin de sa pitié.

- Arrête Jess, on ne va pas cracher sur une opportunité pareille, objecta Jane.

- Je sais, mais ça me gave quand même.

- Rairai !

- Evo ! »

Friday frotta son doux pelage contre la joue de Jessy et son raichu vint sautiller devant elle pour lui indiquer qu’il était motivé à l’aider pour la chorégraphie. Du coin de la bouche, la rouquine retrouva le sourire.

« Bon, puisqu’il nous propose d’organiser un concert ici, autant en profiter pour expérimenter des trucs.

- Tu vas remettre ta robe noire ?

- Je porte toujours ma robe noire, répliqua Jessy qui ne comprenait pas la réflexion de Fry.

- Je voulais dire sans ton… Mais qu’est-ce que je raconte-moi ?

- On se le demande oui, fit Jenny en étouffant un rire.

- Quand tu auras fini de parler chiffon, tu pourras peut-être te concentrer sur la musique ?

- Désolé…

- Je disais donc : puisqu’Harley veut une chanson inédite, on va en profiter pour tester l’autre chanson de Scott. Ça vous va ?

- Ouaip !

- Oui... »

Jenny était plus hésitante que Fry, elle n’aimait pas la dite chanson, Jessy au contraire l’adorait. Elle était plutôt drôle et passe-partout, il lui semblait donc difficile de l’exclure de leur répertoire standard. Elle se tourna vers Scott, il ne s’exprimait pas, alors que c’était sa chanson.

« Scott ? Tu es d’accord ? Reprit Jenny d’une voix douce pour l’inciter à répondre.

- Ah, euh oui... Oui bien sûr, faites comme vous voulez. »

Il détourna les yeux et enfonça sa tête entre ses épaules. Jenny soupira, il s’en voulait toujours pour le concours de Lavandia et l’intonation cheftaine de Jessica ne l’encourageait pas à parler franchement.

« Et pour la Sexball ? Reprit Fry.

- Ça c’est hors de question, il se contentera de "je déconne".

- C’est dommage... »

Jessy lui jeta un regard en biais mais ne releva pas, elle sentait ses joues la chauffer face à son sourire cabotin et la lueur grivoise dans ses iris brune. Elle n’avait pas envie de se lancer dans une querelle sur les chansons obscènes, cela ne ferait que la mettre mal à l’aise et elle n’avait plus envie de se fâcher avec Jane ou Fry.

 

Ils s’entrainèrent de l’aube au crépuscule tous les jours. Le soir, dès la répétition terminée, Scott reprenait ses travaux d’électronique. Il ne s’arrêtait pour diner et dormir que parce que Jenny ou Fry venaient le chercher.

Comme convenu avec Harley, les Train Twins organisèrent le concert inaugural du tournoi de l’été à Larousse City. Ils jouèrent en guise d’introduction "Nous les maîtres de demain", elle avait le mérite de chauffer l’ambiance. Ils enchainèrent toutes leurs chansons personnelles : "Le choix de ma vie", "Stop !" et "Problème de statut. Ils glissèrent une reprise du "Relax !" de Smogo et les toxiques, avant de jouer "Je déconne". Cette fois, Fry resta presque de marbre ou du moins réussit à se contrôler, le public lui était chaud bouillant. John était au septième ciel aussi, il adorait cette vie de musicien, plus que les quatre humains qui l’accompagnaient.

Jessy avait beaucoup appris auprès de Kelly et de Flora question mise en scène. Jane et elle avaient monté plusieurs chorégraphies, encore relativement simples, avec Pit, Chu, Walkyrie, Riha, Jako, Médie et Myria. Friday était motivé, mais il était encore trop foufou pour être fiable, il n’en faisait qu’à sa tête. Il n’intervenait que pour "Le choix de ma vie". Sa petite bouille trognonne d’évoli était une recette magique, Jessy avait hâte de pouvoir l’exploiter mieux que cela.

Le groupe interpréta également le "Jour parfait" de Peterson avant de terminer avec la chanson inédite de Scott. Le technicien était nerveux. Contrairement à "Je déconne", il ne chantait pas sur celle-là, il se contentait du clavier, mais il restait très anxieux à l’idée que ses œuvres soient jouées devant un vrai public et il redoutait presque plus le succès que les quolibets. "Déclaration d’amour" avait transcendé les spectateurs de l’Alpha et l’Oméga, c’était de la folie furieuse, pourtant il ne l’avait capté qu’à moitié. Il n’osait pas penser à ce qui s’était produit après son départ de la salle, quand les Dark Love l’avaient joué une deuxième fois, il n’avait que les SMS complètement euphoriques de Matt.

"Je déconne" n’avait pas le même effet, mais son duo avec Jessy était très plaisant, presque enivrant. Cette chanson mettait en valeur la beauté de Jessica, Fry n’était vraisemblablement pas le seul à y être sensible. Elle était surtout plus sensuelle et elle avait une technicité plus complexe que les morceaux écrits par Jessy. Elle ouvrait la porte à un nouveau volet de leur répertoire. Avec "Pauvre petit ami", le groupe continuait sur cette lancée et Scott appréhendait vraiment la suite...

Tous les pokémon étaient sortis de scène pour se reposer, il ne restait plus que ramboum et pijako. Jako était perché sur l’épaule de son dresseur, il chantait – ou plutôt piaffait mélodieusement – avec Jessy lors des refrains. John et Fry n’étaient pas au point sur cette chanson, mais ils continuaient de s’exercer en situation réelle. Fry avait abandonné sa batterie pour prendre la guitare électrique de Jessy, elle devait être libre de ses mouvements pour la chorégraphie. La rouquine but une gorgée d’eau fraiche avant de s’avancer vers son micro.

« Notre dernière chanson est une nouveauté, écrite et composée par Scott. Chers amis de Larousse City, pour la toute première fois au monde, voici : "Pauvre petit ami" ! » Annonça-t-elle.

Le public était chaud, Jessy confiante, Scott concentré, Fry, Jako et John heureux, seule Jenny ressentit un petit frisson avant de débuter leur ultime morceau de l’après-midi.

« Tu ne serais pas là si je n’étais pas si belle,

Moi j’aime les beaux gosses et les rebelles,

Toi t’as des bosses, l’allure d’un cheniselle.

Imbécile qui me suit partout,

Crétin que je mène à la baguette

Où vas-tu gentil voltoutou ?

Dans le mur ! Bye la larveyette !

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je m’en fous,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je m’en fous,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Aïe aïe aïe, je t’ai encore fait souffrir…

N’as-tu donc pas envie de mourir ?

Roh làlàlà ce que t’es lourd,

Prends ton sac, va faire un tour !

Au moins jusqu’à Sinnoh

Et ne reviens pas d’sitôt ! »

Jessy se trémoussait sur la scène avec une attitude caricaturale, c’était délibéré, elle se sentait comme au théâtre, du moins c’est ce qu’elle s’efforçait d’imaginer. Elle prenait la chanson au second degré.

« Si je ne t’avais pas parlé,

Nous n’en serions pas là,

Mais au lieu d’assumer,

Je te passe à tabac.

Débile qui rêve de mon grand lit,

Idiot qui n’aura jamais de bol,

Quand tu auras fini de toiletter Gruikui,

N’oublie pas d’lustrer mes pokéballs !

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je m’en fous,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je m’en fous,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Aïe aïe aïe, je t’ai encore fait souffrir…

N’as-tu donc pas envie de mourir ? 

Roh làlàlà ce que t’es lourd,

Prends ton sac, va faire un tour !

Au moins jusqu’à Sinnoh

Et ne reviens pas d’sitôt ! »

Fry jetait des coups d’œil à John avec son petit sourire en coin charmant, son pokémon avait l’air de bien se débrouiller pour une chanson qu’il apprenait depuis deux semaines. Il se sentait fier de lui. Rien ne l’arrêtait en matière de musique, Ramboum était plus téméraire et enthousiaste que Jessy.

Entre Jenny à la basse et Scott au clavier, tous les deux très sérieux et concentrés sur leurs instruments, Jessy entama le troisième couplet un peu plus lent et grave, toujours en sur-jouant les émotions.

« Quand vient le soir devant mon miroir,

Parfois j’me dis qu’je suis méchante,

Souvent j’me dis qu’je suis immonde.

Mais le lendemain sur le trottoir,

J’te vois à genoux comme une servante,

Tellement plus naze qu’un limonde.

Idiot qui ne m’écoute pas,

Abruti qui a la tête dure,

Pourquoi tu es toujours là ?

Après ces vertes et ces pas mûres...

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je m’en fous,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je m’en fous,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Aïe aïe aïe je t’ai encore fait souffrir…

Sais-tu que c’est toi qui me fais rire ?         

Roh làlàlà ce que t’es lourd,

Prends ton sac, va faire un tour !

Au moins jusqu’à Sinnoh

Et ne reviens pas d’sitôt !

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je te rends fou,

T’es pas beau, t’es un zéro.

Pauvre petit ami Pierrot,

T’es malheureux et je te rends fou,

T’es pas beau, t’es mon zéro… »

La chanson fut un franc succès. Les spectateurs applaudissaient avec entrain, Harley gloussait de plaisir sur son siège. Ils étaient tous déjà conquis par le reste de la playlist de toute façon. Jessy paraissait aux anges en saluant la foule : elle aimait beaucoup cette mélodie, elle la trouvait entrainante et facile à chanter. John aussi avait l’air de l’apprécier et Fry adressait à la foule un sourire éclatant et charmeur à la Reese Morgan.

Jenny sur le côté fixait sa basse avec un profond sentiment de malaise. Déjà à la répétition la chanson ne lui avait pas plu, mais en entendant les applaudissements et les sifflets d’encouragement du public, elle crevait d’envie de jeter son instrument par terre. Comment pouvaient-ils aimer un truc pareil ? Et pourquoi Jessy avait autant insisté pour la mettre en scène ? D’ailleurs, pourquoi Scott l’avait-il écrit ? C’était de sa faute ça aussi ? Oui, incontestablement… Quasiment tous ses textes ne parlaient que d’elle...

Jenny releva lentement la tête pour regarder Scott de dos. Alors c’était ça la vision qu’il avait d’elle ? Une fille méchante, une fille immonde, et malgré tout il arrivait encore à chanter des "Mais je t’aime ! Oui je t’aime !" ? Il était vraiment masochiste, ce n’était pas qu’une impression à ce stade.

Jane fut extirpée de ses sombres ruminations par l’arrivée, tonitruante mais programmée, de Harley sur scène. Il était entouré de son cacturne, de son branette et de son migalos dans une ambiance ténébreusement élégante. Les bras écartés avec un sens du spectacle grandiloquent, il annonça officiellement l’ouverture du festival.

En arrière-plan, dissimulés derrière les effets d’optiques des pokémon d’Harley, les Train Twins remballaient rapidement leur matériel. D’excellente humeur, Jessy et Fry se lançaient des fleurs.

« C’était vraiment cool, je trouves que tu t’améliores de plus en plus niveau mise en scène Jess. Tu joues super bien la comédie en fin de compte !

- Franchement, ce sont surtout les pokémon qui assurent. »

Jessy frappa dans la paume de Pit, puis dans celle de John. Fier de lui, Chu se dandinait fièrement autour d’eux.

« Rai rai !

- Et ta chanson est extra Scotty !

- Ah, euh... Merci, répondit le blondinet à son partenaire avec un air gêné.

- Ouais, elle est sensas.

- Je ne veux plus qu’on joue cette chanson. » Asséna brutalement Jenny sur un ton grave.

Ses trois compagnons se tournèrent tous vers elle dans un mouvement synchronisé et avec un même visage perplexe.

« Bah pourquoi ? S’étonna Jessy.

- C’est vrai ça, pourquoi ? Elle plait aux gens et elle est sympa, ajouta Fry.

- Je ne veux pas, c’est tout. » Lança sèchement Jenny avant de leur tourner ostensiblement le dos pour clore la conversation.

Ses trois amis échangèrent un regard incongru. Ils ne comprenaient pas, à leur avis, cette chanson n’avait rien de choquant, encore plus en comparaison de "Déclaration d’amour", "Je déconne", "Sexball" ou même "Relax !".

L’ambiance était étrange alors qu’ils transportaient les instruments jusqu’au local technique avec Gali, Loki, Wal, Marvy et John. Dans les loges, dès que Fry et Scott eurent disparus des radars, Jessy s’avança vers sa jumelle d’un pas décidé.

« Jane, c’est quoi le problème avec la chanson ? Demanda la rouquine alors qu’elles étaient enfin seules.

- Elle est méchante.

- Euh… Ouais sans doute un peu, mais ce n’est qu’une chanson. »

Jenny ferma les yeux, assommée par les paroles de sa sœur. Elle venait de lui sortir exactement la même réflexion qu’elle-même avait balancée à Fry quelques semaines plus tôt. Sauf que Jane n’était pas sincère, elle voulait juste que Fry arrête de se mêler d’affaires qui ne le concernaient nullement. Elle voulait aussi s’auto-convaincre que les chansons de Scott n’avaient pas d’impact sur elle. C’était faux, évidemment que c’était faux. Elle ne pouvait pas se complaire dans le déni indéfiniment. Elle rouvrit les paupières et soupira.

« Les mots ne sont pas que du vent Jess. »

Sa jumelle était toujours perplexe, elle réfléchissait du mieux qu’elle pouvait avec son empathie de grolem.

« Si c’est Scott qui t’inquiète, vu qu’il l’a écrit, c’est qu’elle lui convient.

- C’est bien tout le problème ! S’écria Jenny.

- Désolée Jane, mais là je crois que je n’suis pas équipée pour comprendre… Dit Jessy en balançant ses bras dans le vide. Si tu ne veux plus de cette chanson, on ne la jouera plus, tu as ma parole.

- Merci Jess… »

La voix de Jane exprimait le soulagement, mais son visage semblait toujours préoccupé. Jessy se sentait désolée de ne pas pouvoir mieux consoler sa sœur. Jenny aurait pu se confier à sa sœur, mais il était évident que Jessy ne comprenait rien. Jane elle-même aurait eu du mal à exprimer ce qu’elle ressentait exactement, elle avait besoin d’y réfléchir au calme et de prendre l’air.

Installée sur un banc public entre ses cinq pokémon – seul wailord manquait à l’appel – Jenny faisait mine de lire son dernier numéro de Pokéscience, mais ce n’était qu’une façon de se donner une posture pendant qu’elle méditait. Comme toujours, elle tentait de faire abstraction des passants masculins qui ne pouvaient s’empêcher de la regarder, tellement elle était jolie. C’était difficile vu le contexte, même si sa team imposante les tenait à distance sans soucis. Elle aurait voulu s’isoler complètement, mais il y avait foule en cette journée d’inauguration du festival, y compris dans les coulisses. Les loges étaient envahies par les coordinateurs compétiteurs.

Elle fut dérangée dans sa méditation par des pas légers s’approchant d’elle, les pokémon ne grognaient pas, elle devina aisément qu’il s’agissait de Scott. Il la cherchait. Elle sentit sa gorge se nouer l’espace d’un instant en croisant son regard myope toujours rempli de cette délicatesse farouche lui conférant une allure aussi pitoyable qu’attendrissante. La voix de sa sœur chantonnant gaiement : "t’es pas beau, t’es un zéro" envahit son esprit. Elle peinait à trouver son sourire courtois habituel.

« Je m’excuse de te déranger Jane, mais j’aurais besoin de ton aide et de celle de Chu ce soir. »

L’étonnement chassa ses autres émotions négatives et après une courte réflexion, la rouquine demanda :

« Il est terminé ?

- Presque. » Répondit le jeune technicien.

 

A suivre...

Laisser un commentaire ?