Au Cœur de la Guerre

Chapitre 2 : Tome 1 : Le Sang de l'Ame

4346 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/10/2025 11:55

 

 

 

 

CHAPITRE 02

 

 

 

 

 

Un éclair rouge passa rapidement dans le regard incandescent du guerrier en cuirasse noir

ꟷ Toi…

Tinidor venait de cracher ce mot avec une haine déplacée. Les lèvres retroussées dans un rictus des plus répugnant, il fixait inlassablement le nouvel arrivant. Rien que sa vue semblait l’horripiler et une envie irrépressible de lui sauter à la gorge l’enivrait et le démangeait atrocement.

              ꟷ Iphitos… quel bon vent t’amène dans ces lieux les plus reculée, cingla-t-il, tel un serpent crachant son venin.

ꟷ Je pourrai te renvoyer la même question Tinidor, répondit le nouvel arrivant d’une voix taquine. Il n’est pourtant pas dans tes habitudes de t’éloigner de ton général. T’aurait-il rejeté ?

              Iphitos ne manquait nullement d’audace. Tout était bon, pour lui, pour faire fulminer son adversaire. Passant à nouveau sa main dans sa tignasse brune, il n’hésitait pas à narguer Tinidor de son regard pétillant de malice tout en lui offrant son plus beau sourire… et d’un clin d’œil pour terminer.

L’effet était immédiat ! Tinidor fulminait de rage !

ꟷ Garde tes paroles acerbes pour tes compagnons, chevalier !

ꟷ Et qui sont tes autres compagnons ? dit-il en tournant la tête vers eux, passant outre la réponse lancée avec acidité.

La question du chevalier, par contre, était un tantinet empli de curiosité. Son regard brun les détaillait le temps de quelques microsecondes avant de regarder à nouveau droit devant lui.

Héphestion, tout comme Gaïa, était stupéfait. Rien, dans l’attitude du nouveau venu, ne laissait transparaitre une peur quelconque. Bien au contraire, il était aussi détendu qu’un chat occupé à se prélasser au soleil et à dormir du sommeil le plus profond que possible.

Durant toute sa conversation avec Tinidor, Iphitos avait continué son chemin, passant devant le guerrier à l’armure sombre. Le pectoral rouge que ce dernier pavanait avec fierté, était plus sombre que ceux de ses comparses. Par la même occasion, il montrait que son niveau était bien plus haut que le rang de ses accompagnateurs.

D’une faible rotation du corps, sa cape immaculée ondulant avec légèreté, le chevalier à l’armure dorée se plaça entre le jeune couple et la bande de guerrier qui lui faisait, dorénavant, face. Ce qu’il voyait l’amusait énormément à vrai dire.

Divertit par la situation, il laissa sa tête se pencher sur le côté gauche tout en regardant Trinidor qui était à quelques pas de lui.

ꟷ Ils n’ont pas l’air très fort, Tinidor. Je suis étonné que tu t’entoures de tels laquets !

ꟷ Je ne te permets pas, Iphitos ! s’exclama le guerrier.

Le chevalier à l’armure dorée n’en avait cure de ces paroles et le lui prouva en prenant une pause des plus nonchalante. Tête toujours penchée, il releva les bras derrière sa tête et laissa son pied droit passé derrière sa jambe gauche pour avoir un meilleur appui.

ꟷ Je me permets ce que je veux et si j’en ai envie Tinidor, déclara Iphitos, tout sourire. Surtout que vous avez énormément de mal à nous battre malgré la quantité de guerrier qui entoure ton dieu. Peux-tu m’expliquer cet état de fait ? Vous clamez haut et fort que vous allez nous renverser et, pourtant, peu d’entre nous succombent devant vos rayes. Quel est ton excuse… Tinidor…

Ses yeux devenant plus sombre qu’à son arrivée, Tinidor compris qu’il n’y avait qu’une seule façon de faire taire un tel chevalier. Ce déballage d’accusations et de questions lui donnait la nausée. Jetant un rapide coup d’œil à ses compagnons, il leur intima l’ordre silencieuse de rendre cet impudent méconnaissable.

Heureux de pouvoir enfin se défouler, les trois autres hommes, revêtu de la même amure sombre que Tinidor mais au plastron pectoral moins flamboyant que ce dernier, ricanèrent et avancèrent lentement vers le chevalier à l’armure dorée. Se dispersant chacun de leur côté, ils finirent par entouré Iphitos qui ferma les yeux, seul signe en appel à cette demande de combat, voir, d’embuscade.

Dans les fougères et autres buissons divers qui entouraient la petite plaine au lac dont la surface scintillait comme du diamant, les animaux qui paissaient tranquillement avant l’arrivée de tout ce petit monde, s’y étaient réfugiés en grande vitesse et scrutaient chaque mouvement menaçant dans les fentes construites par les feuillages. Leurs yeux, brillant dans l’ombre, les fixaient avec force et curiosité.

Héphestion et Gaïa, qui se trouvait juste derrière le combattant doré, déglutirent en ne sachant que faire. S’ils essayaient de s’enfuir sur les côtés, ils risquaient de se faire happer par l’un des ennemis du chevalier ou, s’ils grimpaient la roche, ils n’étaient pas sûrs de s’en sortir sain et sauf, surtout vu ce que le chef du groupe des quatre hommes avait osé leur montrer il y avait de cela quelques minutes. S’accolant un peu plus contre la structure rocheuse qui leur faisait dos, certaines pointes de roches venant s’enfoncer dans leurs chairs en perforant le tissu de leur pagne, ils attendirent patiemment l’un contre l’autre, Gaïa plus qu’apeurée et Héphestion prêt à en découdre si les choses tournaient mal.

La peur au ventre, ils ne quittaient pas des yeux les combattants qui leur faisaient face.

D’un mouvement subtil, les trois nouveaux adversaires s’élancèrent sur Iphitos, faisant virevolter les brins d’herbe à leur pied, ces dernières étant arrachées de leur lieux de repos. Le nuage rougeâtre qui se dégageait de leur corps, laissait une fine trainée à l’endroit même où ils se trouvaient quelques secondes avant, carbonisant le peu de vie qui y régnait encore, tout comme sur leur traversée.

Au fur-et-à-mesure qu’ils avançaient vers lui, Iphitos ne put se retenir et haussa des épaules, exaspéré par le comportement de ses adversaires. D’un mouvement lasse, il passa sa main dans sa crinière brune et ouvrit les yeux, l’éclat brunâtre à reflet mordoré prenant plus d’importance alors qu’une aura dorée l’entourait.

Brillant d’une puissance incommensurable, le nuage qui entourait dorénavant le corps du chevalier se mit à avoir des turbulences, signe qu’il devenait instable. Tourbillonnant tout autour de lui, des filaments dorés se mirent à luire et à se diriger sur son plastron, prenant petit à petit la forme d’une sphère à l’état brumeuse.

D’un geste aussi vif que l’éclair, Iphitos plaça la paume de sa main droite au-dessus de la sphère et celle de la main gauche en-dessous, tout en crispant ses doigts. Ces derniers laissaient des décharges d’énergie en forme d’éclair bleuté se diriger vers les parois, provoquant des éclats de lumière qui convergeait vers l’intérieur, illuminant la surface de la boule d’énergie d’une énergie pure et transformant la brume dorée concentrée à l’intérieur en énergie compacte d’une blancheur aux éclats azuré.

Arquant les épaules, ce qui entrainait par la même occasion un mouvement des bras vers son plastron, il augmenta l’intensité de son aura qui explosa en des gerbes doriques, tel un magma qui se libère de son nid. L’éclat mordoré de son regard s’intensifiait à un tel point que le regarder dans les yeux était insupportable.

Celui-ci donnait l’impression de prendre feu !

N’en ayant cure, après s’être jeté un rapide coup d’œil, les trois hommes à la cuirasse sombre continuaient leur lancée, bras et jambes provoquant des tourbillons de puissances qui s’éparpillaient dans tous les sens, provoquant des bourrasques de poussières à chaque pas. Un sourire carnassier était dessiné sur leur visage défiguré par un mélange de haine et de plaisir de pouvoir provoquer un massacre.

L’aura dorée, arrivée à son point culminant, explosa pour de bon, les gerbes de lumière partant dans tous les sens comme des étoiles filantes. D’un geste puissant, Iphitos expulsa la boule d’énergie, les paumes de ses mains dirigées vers l’avant avant d’écarter, subitement, les bras.

Le geste, subtilement contrôlé, provoqua un changement direct dans la sphère de lumière ! La brume immaculée percée par des éclairs bleutés tourbillonna en son sein et s’échappa par les extrémités pour suivre le sens des bras du jeune homme.

Le geste fut s’y rapide que les trois hommes à la cuirasse sombre ne purent agir en conséquence. Plaçant leur bras devant leur visage comme ils le purent, ils virent la lumière aveuglante foncer droit vers eux, ne leur laissant aucune échappatoire. La puissance était tel que le souffle provoquer par l’attaque et le cosmos du chevalier firent claquer sa longue cape dans tous les sens.

Light Of Justice !

Des craquements retentirent !

Dans les tumultes de cris qu’entendirent les personnes présentes sur place, ils virent partir dans tous les sens des débris d’armures et des gerbes de sang, recouvrant le sol rocailleux légèrement parsemé de touffes d’herbe.

Un râle mortuaire résonna dans l’air en même temps que les opposants s’effondraient au sol, leur corps percutant le sol dans un bruissement étouffé.

Tinidor qui regardait ce désastre, serra les dents et les sentit vibrer à l’intérieur même de sa bouche. Son regard, déjà rougeoyant, pris une teinte plus sombre, devenant encore plus sanguinaire qu’au départ. Relevant rapidement le menton, il plongea ses yeux dans ceux d’Iphitos qui avait toujours garder ses paupières fermées.

ꟷ Que comptes tu faire maintenant, Tinidor ?

La voix d’Iphitos venait de retentir dans le silence qu’avait provoqué son attaque. La lumière dégagée par l’attaque s’atténuait petit à petit pour laisser place à un spectacle de désolation.

Toujours dans la position finale de son attaque, ce dernier regardait le dernier poursuivant du jeune couple, son regard brun, devenu doré par la puissance de son aura, ne cillant nullement devant le regard de haine de son interlocuteur. Son visage, quant à lui, affichait un sourire narquois, pratiquement provocateur.

ꟷ Prendras-tu tes responsabilités en m’affrontant ?

ꟷ Je ne suis pas fou à ce point ! s’exclama l’opposant d’une forte voix.

Tremblant de rage, Tinidor ne quittait pas le jeune homme des yeux. Une haine imperceptible se dégageait de lui comme une odeur pestilentielle qui ne s’efface jamais sur le passage d’une personne. Les poings serrés, au point que ses doigts en devinrent blanc, il finit par percer lui-même la protection de son armure, ses ongles s’enfonçant dans la chair.

Un fin filet de sang s’écoulait au travers des jointures de ses mains, tachant de nouveau le sol qui n’avait rien demandé et qui s’en abreuvait inconsciemment, l’acte le poussant à aller contre sa volonté et à toujours subir sans pouvoir se défendre.

ꟷ Pas fou au point de t’affronter seul. Cela ne fait pas partie des idéaux de mon maître.

Reculant d’un pas, Tinidor se dirigea vers la frontière de la petite clairière où ils se trouvaient tous. S’enfonçant dans la partie boisée, il finit par disparaître dans l’ombre qui reprenait sa place petit à petit, son regard rougeoyant ne quittant toujours pas des yeux son adversaire du moment.

Après plusieurs minutes d’attende, Iphitos qui avait déjà quitté sa position de combat depuis longtemps pour une position de défense, se décontracta, respirant un bon coup. Ses muscles, gonflées par la tension du moment, se détendirent et il se permit de reprendre une position plus neutre. Attendant encore quelques secondes tout en sondant les alentours afin d’être sûre et certains que toutes menaces étaient bien écartées et, ne voyant rien venir, expira de soulagement. Il termina par se retourner vers le jeune couple qu’il protégeait, les détaillant un peu plus en profondeur.

Face à lui se trouvait un jeune homme aux cheveux hirsute d’un noir profond aux reflets corbeaux. Ses yeux couleur bleu saphir étincelaient d’une pure beauté face aux rayons du soleil qui venaient s’y perdre à la surface. Iphitos pouvait remarquer que sa musculature était contractée et que tout son corps était tendu face à lui.

Le quittant des yeux, il braqua son regard sur la jeune femme et la détailla. Sa longue crinière brune se perdant dans son dos, il pouvait remarquer que de fines mèches venaient encadrer un regard émeraude qui tremblait de peur. La fine silhouette qu’elle présentait au jeune homme, frissonnait face à lui et semblait se contracter encore plus que celui de son compagnon tellement elle était collée à lui. Son regard continuant à descendre, il remarqua les longues jambes longilignes de la jeune femme. Étonné, il haussa un sourcil inquisiteur en replongeant son regard dans celui de la jeune femme qui ne comprit pas directement ce qui se passait.

Voyant le chevalier la regarder profondément durant quelques secondes et ses pupilles redescendre à plusieurs reprises avant de plonger à nouveau dans les siens, elle finit par comprendre que sa tenue le laissait perplexe. Sentant l’embarra la prendre de court, le rouge lui montant aux joues, elle laissa ses bras descendre légèrement vers ses cuisses et défit rapidement les nœuds qu’elle avait créée peu de temps avant que tout ne bascule dans la petite clairière.

Amusé par la situation et, surtout, par l’embarra de la jeune femme, Iphitos termina par leur sourire, ses lèvres s’étirant avec une grande douceur.

ꟷ Désolé pour la scène de ménage qu’il y a eu, jeune gens, mais il fallait les remettre un peu à leur place.

Le sourire amusé du jeune homme, et son ton jovial, étonnèrent les deux jeunes gens. Le regard dur et la voix grave qu’il avait lors de son apparition semblait avoir disparu. Maintenant, il dégageait une toute autre aura. Son regard rempli de malice fit chanceler la jeune femme qui ne sut plus du tout où se placer, le rouge qu’elle avait aux joues augmentant un peu plus qu’au début.

Héphestion n’en crut pas ses oreilles. Détaillant leur sauveur, il se demandait d’où il pouvait bien venir avec cette armure dorée qui lui recouvrait partiellement le corps.

D’une simplicité à toute épreuve, l’armure dorée était finement travaillée et semblait légère. Les avant-bras du jeune homme différait légèrement avec le reste de l’armure. Deux fines lames à épaisseur différentes s’étirait du poignet et remontait presque jusqu’au coude, donnant une impression forte d’être aussi coupante que le revers d’une lame d’épée.

À part ce détail, l’armure en elle-même était d’un naturel à en couper le souffle, même si peu commune.

ꟷ Qui êtes-vous ?

Son regard bleuté braqué dans celui brun du nouvel arrivant, Héphestion eu du mal à résister à tant d’autorité. Déglutissant difficilement, il ne lâcha pas pour autant sa prise, tâchant de garder une contenance des plus respectable vis-à-vis du répondeur. Tout chez ce jeune homme inspirait l’autorité malgré l’apparence qu’il donnait en cet instant.

Gaïa, elle, faisait comme son compagnon d’infortune. Elle toisait le nouvel arrivant de son regard émeraude. Les bras puissants qu’il dévoilait faisait tressaillir la jeune femme au point que le rouge lui montait aux joues mais, cette fois, de plaisir et non d’embarra.

ꟷ Je me nomme Iphitos, répondit le jeune homme en mimant une courbette qui le fit rire. Je suis un chevalier de la déesse Athéna.

À ce nom, les deux jeunes gens sursautèrent malgré eux, l’étonnement se lisant sur leur visage. Ils avaient déjà entendu que la fière déesse de la guerre et de la sagesse comptait sur sa puissance grâce aux pouvoirs de jeunes personnes qui servaient sous son autorité mais jamais ils n’avaient eu le loisir d’en rencontrer ne serait-ce qu’une seule fois, ces derniers se faisant fort discret.

Héphestion, quant à lui, sentit une sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale, cette dernière se glaçant encore plus dans son dos quand la jeune femme se blottit encore plus contre lui, sa poitrine généreuse se frottant avec plus de poigne. Tachant de garder une certaine contenance, il continua à garder le jeune chevalier face à lui en espérant de tout cœur qu’il n’avait rien remarqué de son trouble.

ꟷ Et vous ? Comment vous nommez-vous ?

ꟷ Je me nomme Héphestion, osa répondre le jeune homme en déglutissant, sa gorge étant extrêmement sèche

ꟷ Et moi… je me nomme… Gaïa, dit la jeune femme en se calant encore plus contre son compagnon.

Iphitos ne pouvait s’empêcher de sourire et de rire intérieurement en voyant la peur qui brillait dans les yeux de la jeune femme. De plus, il pouvait remarquer que ce sentiment était agrémenté d’un certain désir charnelle, étincelle qui pétillait dans la profondeur émeraude de ses yeux. Amusé par cet ingrédient des plus relevé, il leva son bras et se passa une main dans sa crinière brune qui se retrouva encore plus en bataille qu’elle ne l’était déjà.

ꟷVous êtes mignon à voir, jeune gens, déclara-t-il en leur faisant un clin d’œil et encore plus en fixant la jeune femme durant quelques millièmes de secondes. Mais rester ici ne vous avancera pas à grand-chose. Vous feriez mieux de rebrousser chemin avant que ce faux jeton de Tinidor ne revienne avec, encore plus, de guerrier à sa suite. Je vous propose même de me suivre…

Ajoutant le geste à la parole, le jeune chevalier à l’armure dorée tourna des talons et leur fit signe de le suivre, reprenant la route qu’ils avaient emprunté quelques minutes avant.

ꟷ Pourquoi devrions-nous vous suivre ?

Le ton brusque, et légèrement souligné d’une pointe alarmée dans la voix de la jeune femme, résonna dans l’air, arrêtant brusquement Iphitos sur sa petite lancée. Ce dernier, tout sourire, tourna doucement la tête vers elle, ses lèvres gardant une ligne malicieuse qui déstabilisa la jeune femme d’un cran en plus.

ꟷ Si vous préférez rester ici, jeune demoiselle, je n’y vois aucune objection. Mais en m’accompagnant, vous, ainsi que votre compagnon, êtes sûre de ne pas vous retrouver dans un état… de non-retour.

La déclaration d’Iphitos laissa la jeune femme sans voix.

ꟷ Pourquoi dites-vous ça ?

ꟷ Dois-je vous rappeler votre récente mésaventure ?

Le ton utilisé par le jeune chevalier ne laissait aucun doute sur ce qu’il s’apprêtait à déclarer. Gaïa comprenait parfaitement que, sans lui, le plus impensable leur serait arrivé et, malgré la peur qui lui tiraillait les entrailles, elle devait bien admettre que sa vie avait gagné un sursis grâce à lui.

Mais un sursis de combien de temps ? Jusqu’à quand resterait-elle en vie avant ce point de non-retour ? Tant de questions qui tourbillonnaient dans son esprit sans pouvoir trouver une seule réponse. Et de telles inconnues l’agaçaient fortement au point de s’en mordre le bord de la lèvre inférieure droite.

ꟷ Tinidor vous aurait tué sans détour, déclara Iphitos en s’approchant d’eux. Lui et ses compagnons d’infortunes ne pensent qu’à une seule chose. Le goût du sang ! Torture, sang, destruction et mort sont leurs cris de guerre, leur raison d’être, tel est aussi la cause de leur maître !

Le ton grave qui se déployait dans sa voix les firent frissonner tous les deux. Jamais ils n’auraient pensé tous les deux que de tels êtres existaient dans le monde. Héphestion qui s’était légèrement crispé à la description des adversaires que le jeune chevalier avait combattue devant eux, se redressa légèrement alors qu’un souvenir lui revenait en tête.

ꟷ La description que vous venez de donner ressemble fort à la façon de procéder du dieu Arès mais… en plus barbare, dit-il en déglutissant, plongeant son regard bleuté dans celui marron de son interlocuteur.

ꟷ Arès…

Le ton amusé d’Iphitos laissait le jeune couple perplexe. De tout temps, ils avaient entendu que le dieu Arès était connu pour sa barbarie et sa violence lors des guerres, qu’elles soient civiles, mondiales ou saintes. De ce faite, ils n’arrivaient pas à comprendre pourquoi Iphitos se contenait d’exploser de rire.

ꟷ Arès est un enfant de chœur face au maître de vos poursuivant, déclara-t-il en se détournant des deux jeunes gens. En même temps, il braille comme un simple bébé et ce, à tout moment. Et si je dois le considérer comme un dieu… il n’est, pour ma part, vraiment pas digne de respect.

ꟷ Que… commença Héphestion, interloqué par tant de dénégation, vous osez dénigrer un dieu ? Et sans regret ?

ꟷ Bien sûr, déclara le chevalier d’un ton franc, en se retournant vers ce dernier d’un coup sec. Vous le connaitriez que vous penseriez la même chose que moi ! Seul ses guerriers en valent réellement la peine… et encore, certains seulement mérite mon respect, dit-il en soupirant. Mais pour beaucoup d’entre eux… le destin en a décidé autrement. Les Moires ont décidé que beaucoup d’entre eux ressembleraient fortement à leur dieu…

Le haussement d’épaule que fit le chevalier en confirmant ses dires laissait vraiment le jeune couple pantois.

Pendant que le jeune couple se regardait, Iphitos se détourna légèrement et leva la tête en direction du soleil pour finir par froncer légèrement des sourcils. Le soleil avait progressé dans le ciel azuré et il était temps pour lui de reprendre la route, surtout en sachant qu’il lui restait encore beaucoup à faire.

ꟷ Ce n’est pas tout ça, dit Iphitos en tournant les talons, sa cape immaculée virevoltant autour de lui, mais il est grand temps de se mettre en route. À moins que vous ne vouliez prendre le risque de continuer seule et de vous perdre dans cette forêt plus que dense.

ꟷ Nous allons vous suivre, chevalier, répondit Héphestion en attrapant la main de sa jeune compagne. Il est préférable de suivre un gardien de la paix et de la justice que de suivre une quelconque idée saugrenue qui pourrait mettre nos vies en danger.

ꟷ Et vous avez bien raison ! Me suivre est une sage décision.

Confiant, le jeune couple emboita le pas à Iphitos qui se trouvait maintenant à l’orée de la forêt. Ils le rejoignirent en quelques enjambées et s’enfoncèrent eux-mêmes à la suite du chevalier, prêt à rebrousser chemin.

Gaïa, elle, ne se sentait pas très à l’aise. Le fait de retourner là où tout avait débuté lui faisait froid dans le dos. Elle sentait couler le long de sa colonne vertébrale une goutte de sueur glacée qui la faisait frissonner légèrement. Mais une question la taraudait profondément. Son esprit en ébullition lui donnait un commencement de migraine qui lui arracha une faible grimace, défigurant légèrement son doux visage.

Au fur-et-à-mesure qu’elle s’éloignait de la clairière, elle pouvait entendre que la vie qui s’était éteinte à leur arrivée, reprenait sa place, les jeunes fourogatos miaulant à nouveau durant leur jeu de course poursuite. À l’idée de la scène qu’elle pouvait imaginée, elle se mit à sourire étrangement à l’insu de ses deux compagnons.

Après plusieurs minutes de marche, d’écartement de branches et d’obstacles, elle n’y tint plus et osa interpeller son sauveur qui ne s’arrêta pas pour autant, son bras repoussant une ramure sur son chemin.

ꟷ Chevalier… qui est le maître de ceux que vous avez combattu devant nous ?

Iphitos ne répondit pas directement, cherchant le bon moyen de leur répondre sans leur donner une frayeur de plus. La réponse l’agaçant, il leva la main vers sa crinière brune et se la gratta du bout des doigts, la désordonnant un peu plus qu’au début. Ne voyant nullement un autre moyen de l’annoncer, il respira un bon coup et laissa le couperet trancher l’air.

Sa voix allait résonner gravement avec un trait beaucoup trop formel à son goût quand son ouïe entendit une voix particulièrement charmante et familière. Le ton doux emplissait ses oreilles avec une légèreté des plus harmonieuse jusqu’au moment où le nom fatidique trancha l’air.

ꟷ C’est Cronos…


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