Au Cœur de la Guerre
Chapitre 3 : Tome 1 : Le Sang de l'Ame
5813 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 17/11/2025 06:01
CHAPITRE 03
Un nom…
Un simple nom…
Un simple nom de tout ce qu’il y avait de plus basique…
Mais ô combien puissant !
Tout tourbillonna autour d’eux et résonna comme un simple écho à cette déclaration.
ꟷ Cronos ?
Le jeune couple écarquillaient les yeux de surprise. Ils n’arrivaient pas à en croire leurs oreilles. Surtout que la voix féminine qu’ils venaient d’entendre résonner, venait de partout comme de nulle part à la fois.
La tête tournant dans tous les sens, leurs yeux vibrant à chaque mouvement d’air, Héphestion, tout comme Gaïa, regardait tout autour de lui, tâchant de voir où se trouvait cette personne inconnue. Chaque bruissement qu’il entendait l’obligeait à tourner la tête vers la source du bruit pour n’y trouver que le vide et le silence.
Pourtant… le rire qui retentissait n’arrêtait pas de lui vriller les tympans. Levant lentement le bras droit, il se passa la main dans sa tignasse qui lançait, avec les reflets du soleil passant au travers des branches, des reflets bleutés aussi sombre que les plumes d’un corbeau.
Iphitos, quant-à-lui, était amusé par le comportement du jeune couple. Les voir se tourner dans tous les sens, pour trouver le lieu d’où provenait la voix, attisait sa curiosité. Croisant les bras, les plaques de son armure ricochant sur celle protégeant son torse, il finit par s’appuyer contre un tronc d’arbre bien robuste pour profiter du spectacle. Et connaissant l’arrivée, il n’était pas sur le point d’en avoir fini avec cette scène.
Les points sur les hanches, Gaïa commençait à en avoir marre. Un rictus de contrariété était visible sur son visage qui commençait lentement à prendre une teinte rouge. Ses yeux verts passant d’un coin à un autre, elle entreprit de soupirer de lassitude. Laissant pendre ses bras le long de son corps, elle avança calmement vers un petit bosquet qui ne se trouvait pas loin d’elle. Son pagne long, ondulant à chacun de ses pas et qui finit par se prendre dans une branche, l’obligea à s’arrêter pour s’y en défaire.
Tout en essayant de s’y décrocher, elle ne remarqua pas la fine silhouette qui flottait derrière elle, intriguée par ce que la jeune femme faisait.
Silhouette qui ressemblait plus à une ombre. D’apparence floue et fort translucide, elle flottait dans l’air à l’insu des personnes présentes.
Ce n’est que quand une fine brise vint lui caresser le visage que Gaïa ressentit une présence derrière elle. Du coin de l’œil, elle essayait d’apercevoir qui se trouvait dans son dos mais, tout ce qu’elle trouvait, ce n’était que le vide, un tourbillon de feuilles marrons et Héphestion occupé à écarter des branches avec un air misérable.
Haussant les épaules, elle finit par se lever et à se diriger à nouveau vers le buisson qu’elle avait repéré quelques minutes avant. Une fois en face, elle se pencha légèrement et l’observa d’un œil critique. Quelques secondes avant de l’atteindre, elle avait vu les feuilles du buisson vibrer comme si quelque chose l’avait frôlé de prêt. Intriguée, elle avança précautionneusement les bras et, de ses fines mains, écarta les branchages qui le composaient. Ne voyant que du vide et un entrelac de branches, comme si son intérieur était composé de veines, Gaïa soupira et retira ses mains.
Elle venait à peine de les retirer qu’elle sursauta de peur, bascula en arrière et tomba sur les fesses.
Au sein du buisson venait d’apparaître un visage qui la regardait avec de grands yeux ronds. D’apparence juvénile, la figure de la jeune femme était d’une beauté sans égale dans le monde mortel. Un sourire d’ange se dessinant parfaitement, il était relevé par un regard couleur noisette d’une pure beauté, le tout encadré par quelques mèches de cheveux d’un brun clair qui évoquait fortement la couleur de l’écorce des plus jeunes chênes. Ceux-ci étant les seules à retomber autour de son visage, le reste était retenu à l’arrière de son crâne en une longue queue de cheval et retenue par un simple anneau en or. Son regard respirait l’espièglerie, rajoutant un peu plus d’éclat au visage rayonnant de la jeune femme. Son front, quant-à-lui, était orné par un fin anneau d’or qui entourait entièrement son crâne.
La main gauche sur son cœur, Gaïa essayait tant bien que mal de reprendre sa respiration. Celle-ci était coupée par de petits soubresauts qu’elle avait beaucoup de mal à récupérer. La surprise de découvrir un lieu rempli en une fraction de secondes et qui était encore vide il y a peu, lui avait réellement coupé le souffle.
Jetant un regard noir à la nouvelle venue, elle se releva, prit une position plus solennelle et toisa la jeune femme de son regard émeraude, espérant que cette dernière comprendrait qu’elle n’appréciait pas un tel comportement.
ꟷ Vous en avez mis du temps à me trouver, dit la jeune femme tout en souriant, n’ayant cure du regard fâché de la jeune femme.
D’un simple bond, elle sortit du cœur du buisson pour se placer au-dessus de Gaïa qui en resta bouchée-bée de surprise. La nouvelle venue, de la taille d’une jeune adolescente, restait statique dans les airs et semblait amusée de la surprise qu’elle venait de provoquer.
Habillée d’un pagne court couleur bleu azuré, dont l’unique bretelle était retenue par une broche finement ciselée en forme de ailes qui se superposaient, elle arborait dans sa tunique une cordelette dorée nouée sur le côté droit et qui faisait deux fois le tour de la taille de la jeune fille. Ses bras, légèrement musclé, laissaient apercevoir un anneau doré sur le bras droit qui étincelait à chaque passage d’un rayon du soleil. Ce dernier représentait deux petits serpents qui s’enlaçaient dans un mouvement fluide et représentait le symbole de l’infini. Lui arrivant à la moitié des cuisses, la tunique laissait apercevoir de fines jambes mordorées qui se terminait, au niveau des pieds, par de petites sandales en cuir. Ces dernières étaient accompagnées par de petites ailes accrochées de chaque côté.
Ceux-ci battaient l’air énergétiquement.
Héphestion, qui se trouvait à quelques pas de sa jeune compagne, regardait la nouvelle venue, un mélange de curiosité et de stupéfaction se lisant sur son visage. Mais il était surtout subjugué par les paires d’ailes qui battaient l’air avec force et sans bruit.
ꟷ Iphitos, commença la jeune femme en tournant légèrement la tête vers l’intéressé, qui sont ces jeunes gens ?
ꟷ Comment ? Tu ne le sais pas ? railla le jeune homme tout en souriant.
ꟷ Bien sûre que je le sais ! s’exclama la jeune femme en se redressant de toute sa hauteur. Tu crois que je suis une débutante ?
ꟷ Je n’oserai pas, dit le chevalier en décroissant les bras pour reprendre une position des plus neutre. Je n’oserai point critiquer ton expérience légendaire.
Héphestion regardait les deux intéressés discuter entre eux comme si lui-même et Gaïa n’existaient pas. S’approchant de la nouvelle venue, il la scruta de son regard bleuté afin de comprendre comment elle arrivait à se maintenir dans les airs avec de si petites ailes.
ꟷ Je te conseille de ne pas les toucher si tu tiens à garder tes mains en bonne état, déclara la jeune femme sans quitter des yeux le chevalier à l’armure doré.
Héphestion se pétrifia sur place. Sans le vouloir, son bras droit s’était redressé et son index partait doucement vers l’une des paires d’ailes, comme s’il était hypnotisé par ce simple détail des plus étrange. Retirant d’un coup sec son bras, il le laissa pendre le long de sa taille et recula de quelques pas, par peur de représailles.
ꟷ Bonne initiative, termina par dire la jeune fille en baissant rapidement les yeux vers lui. Cela m’aurait ennuyé que tu sois foudroyé sur place pour un simple geste de curiosité. Iphitos, continua-t-elle en regardant à nouveau le chevalier, tu comptes en avoir encore pour combien de temps ? Athéna demande que tu rentres le plus rapidement que possible.
ꟷ Du fait que je ne suis plus seul, j’en aurai pour quelques mois de trajet. Sauf si tu nous aide à rentrer au camp ?
ꟷ Mais tu débloque ma parole ! s’exclama la jeune femme avec un fausse grimace outrée. Tu oserais utiliser mon art pour réintégrer plus vite le campement des dieux ?
ꟷ Tu vas bien retourner auprès d’Hermès pour lui remettre ton rapport. Autant faire tout en même temps.
ꟷ Hors de question ! clama la jeune femme en tournant sur elle-même, les poings sur les hanches et le menton relevé. Je…
La jeune femme allait poursuivre sur sa lancée quand elle fut interrompue par Gaïa qui en avait marre d’être ignorée.
ꟷ Qui êtes-vous ?
Voyant la nouvelle venue se tourner vers elle en croisant les bras, Gaïa recula d’un pas et se sentit mal à l’aise.
Intriguée, la jeune fille se pencha vers la jeune femme et plongea son regard noisette dans ceux émeraude qui lui faisaient face. Elle semblait être intriguée par cette nouvelle compagne, comme si quelque chose la captivait au plus profond de son âme.
Tout sourire, elle descendit lentement de sa position pour se mettre à la même hauteur que son interlocutrice à la chevelure aussi foncée que les siens étaient claire.
ꟷ Je me nomme Elestre, répondit la jeune femme en lui souriant. Je suis un des Messagers Céleste du dieu Hermès et, si tu t’en poses la question, poursuivit-elle sur le même ton et en tournoyant autour de la jeune femme, ma prédilection est le domaine du Mètis.
ꟷ Vous êtes jeune pour une messagère, osa répondre Gaïa, septique.
ꟷ Merci pour le compliment, répondit Elestre en lui offrant son plus beau sourire. C’est agréable d’être complimentée.
ꟷ Viens dire que nous ne le faisons pas ! s’exclama Iphitos en venant les rejoindre. Nous n’y sommes pour rien si, dans ceux qui combattes, tu es l’une des plus âgées du camp.
Ce n’est que quand il eut fini sa phrase qu’Iphitos compris son erreur. Une erreur fatale qui allait lui coûter cher ! Sans lui laissant le temps de réagir à sa bourde, il eut le déplaisir de voir la jeune femme disparaitre et de sentir une douleur des plus atroces dans sa jambe. Retenant sa larme de douleur, il baissa la tête et cacha son visage dans sa longue tignasse brune qui tomba en cascade devant lui quand-t-il se baissa pour prendre sa jambe gauche dans ses mains.
Elestre, qui se trouvait à ses côtés, affichait un sourire plus que satisfait. Heureuse de son coup, elle regardait avec jubilation Iphitos qui se tordait de douleur. Plus que satisfaite en l’entendant grogner de mécontentement, elle finit par s’éloigner, les mains croisées dans son dos.
ꟷ Tu n’es vraiment pas gentille Dana ! grogna Iphitos en hoquetant de douleur.
ꟷ Je n’ai jamais prétendu l’être, répondit la jeune femme tout en continuant à s’éloigner de lui. Mais si tu le souhaites, je peux m’occuper de l’autre jambe.
La messagère avait légèrement tourné la tête vers lui. Le sourire qu’elle lui lançait, était sans équivoque et ne lui augurait rien de bon.
ꟷ Cela ira comme ça, dit-il en se laissant tomber sur le sol.
La robe de son armure claquant sur le sol, un tintement de métal se fit entendre. Malgré la brusquerie dont il faisait preuve en tombant au sol, le son dégagé par l’armure tintait harmonieusement aux oreilles des personnes présentes.
ꟷ Quelques mois alors… continua-t-elle sur le même ton jubilatoire en jetant, à nouveau, un rapide coup d’œil au chevalier qui gémissait toujours autant de douleurs. As-tu un temps plus précis à soumettre ?
ꟷ Non…
La plainte qui se dégageait en même temps que sa réponse fit sourire la jeune femme de plus belle. Sautillant sur place, elle se dirigea vers Héphestion. Ce dernier sursauta quand elle s’arrêta net devant lui ! Elle venait de braquer ses iris noisette dans ceux saphir du nouveau compagnon de son frère d’armes et, sans battre des paupières, se laissa aspirer par ce bleu si envoutant, profitant de ce laps de temps pour le sonder en profondeur
Laissant un gémissement de curiosité se perdre dans l’air, elle se mit à tourner autour de lui comme s’il était une bête curieuse, mettant le jeune homme mal à l’aise.
Ennuyé, il leva son bras gauche et se gratta l’arrière du cou de façon distraite en tâchant de ne plus croiser le regard de la jeune femme. Ce n’est qu’après plusieurs minutes qu’il se permit de respirer normalement, la jeune femme ayant décidé d’arrêter de tournoyer autour de lui et de s’éloigner.
ꟷ Très bien ! lâcha-t-elle d’un coup sec. Je vais avertir nos chers dieux du temps de ta péripétie.
ꟷ Je t’en remercie Dana, répondit Iphitos en se massant encore la jambe. Remet mes salutations à Pallas.
Il venait de dire cette dernière phrase en redressant la tête, ses yeux bruns aux reflets mordorés scintillant en même temps. Il regarda longuement la jeune femme qui finit par sourire avant de s’incliner humblement.
ꟷ Il en sera fait comme bon te semble, chevalier d’or.
La tête inclinée, sa queue de cheval glissant sur son épaule droite, elle la redressa en rapidité et lui lança un franc sourire agrémenter d’un petit clin d’œil complice. Elle allait disparaitre quand une voix féminine s’éleva à nouveau dans les airs, l’obligeant à rester quelques temps encore.
ꟷ Vous vous appelez Elestre ou Dana ? demanda Gaïa en s’approchant prudemment d’elle.
ꟷ Je me nomme Elestre, Gaïa, mais notre cher Iphitos ici présent, dit-elle en pointant ce dernier d’un pouce accusateur, adore donner des petits surnoms aux gens qu’il aime bien.
ꟷ C’est faux ! lança ce dernier avec un regard noir.
ꟷ C’est vrai ! poursuivit-elle sans se démonter.
ꟷ C’est faux, grommela-t-il en tournant la tête, ses lèvres formant une moue outrée.
La douleur étant passée, il croisa les jambes sous lui, posa son coude droit sur l’un de ses genoux et posa le flanc de son visage dans le creux de sa main, tout en continuant à marmonner. Jetant un rapide coup d’œil à la jeune femme, il marmonna de plus belle avec une tête dégoutée.
ꟷ Faire l’enfant ne te va vraiment pas, Iphitos. Il serait grand temps que tu deviennes plus adulte.
ꟷ Gorgone va !
ꟷ Et fier de l’être ! s’exclama-t-elle en bombant le torse, sa petite poitrine prenant un peu plus d’ampleur. Est-ce la seule question que tu avais Gaïa ? dit-elle en se tournant vers la personne désignée.
ꟷ Heu… non, répondit-elle, un peu ennuyée. Mais… vous avez parlé de…
ꟷ De Cronos ? conclu Elestre d’un ton brusque. Oui et ?
ꟷ Que nous veut-il ?
ꟷ Ça ! s’exclama-t-elle en mettant les poings sur les hanches. Ça, j’aimerai bien le savoir.
ꟷ Pour une Messagère Céleste, elle ne sait pas grand-chose… murmura Iphitos entre ses dents.
ꟷ Tu as dit quelque chose Iphitos ? questionna Elestre sans se retourner, son ouïe affutée ne la lâchant jamais.
ꟷ Rien, rien, dit-il avec force avant de murmurer à nouveau dans le vent pour pas qu’elle n’entende, vile grand-mère…
Il ne vit pas le coup venir !
Regrettant amèrement ses paroles, il ne put faire autrement qu’incliner la tête et de se maintenir l’autre jambe, Elestre s’étant vengée sans ménagement.
Même le jeune couple ne l’avait pas vu disparaître !
Gaïa allait poursuivre dans les questions qui lui taraudaient l’esprit quand la jeune messagère qui flottait devant Iphitos, disparue de sa vue, sans agrémenter l’air d’un nouveau bruit. Surprise, elle restait la bouche ouverte, ne sachant plus quoi dire.
Et ce, durant plusieurs minutes d’affilée !
Héphestion, quant-à-lui, regardait du coin de l’œil Iphitos. Ce dernier le regardait maintenant sans ciller. Ses paupières grandes ouverte, il ne le quittait pas des yeux, comme s’il était bloqué par le temps lui-même. Déglutissant de nervosité, il leva son poing devant la bouche et toussa, comme s’il avait une mauvaise toux qui ne voulait pas disparaître. Détournant les yeux par la même occasion, il scruta les alentours, s’attendant presque à voir un autre de leur poursuivant surgir des sous-bois. Frissonnant à l’idée, il laissa le paysage boisé défilé devant lui, s’arrêtant brièvement sur sa jeune compagne dont il avait fait furtivement la rencontre il y a quelques heures d’ici.
Il n’en revenait toujours pas qu’une si belle jeune femme avait accepté de l’accoster après lui avoir rentré dedans par mégarde. Par la même occasion, la situation était-t-elle qu’il en avait renversé le panier à provision ! Ennuyé, il s’était rapidement penché pour ramasser les victuailles et, de là, tout avait basculé. Son front entrant en contact avec celui de la jeune femme, il avait fini par se retrouver les fesses à terre en obligeant cette dernière à suivre le même parcourt que lui.
Plus qu’ennuyé, il s’était prestement redressé en déballant une litanie d’excuse, une main tendue vers elle tandis que l’autre lui grattait la tête, ébouriffant plus que d’habitude sa crinière d’un noir profond. Il avait même été étonné de s’être retrouvé sans voix quand la jeune femme avait enfin posé son regard dans le sien. Dès ce moment-là, il lui semblait que le temps avait basculé et s’était arrêté pour lui et, sûrement, pour la jeune femme aussi !
Et de là, tout avait commencé !
Ils avaient à peine commencé à discuter en prenant la direction de l’habitation de la jeune femme que des cris avaient retentit dans les ruelles, une odeur de brulée planant dans l’air. Ce ne fût qu’en voyant un corps voler devant eux, une gerbe de sang s’éparpillant sur son sillage, qu’il avait rapidement attrapé la main de la jeune femme et fuit vers ce qui ne semblait pas, à ce moment-là, le salut de leur vie !
Frissonnant à nouveau à ce qu’avait été ces dernières heures, il soupira de lassitude et s’approcha de la jeune femme, lui prenant délicatement la main.
ꟷ Tout va bien Gaïa ?
Le ton d’inquiétude qui vibrait dans la voix du jeune homme intrigua la jeune femme.
Contente de le savoir à ses côtés, elle lui répondit par un simple sourire afin de le rassurer. Le regard saphir du jeune homme la tranquillisait. Les faibles rayons du soleil qui venaient s’y perdre à la surface, lui donnait un éclat des plus surnaturelle et lui offrait plénitude et sureté. Elle se sentait bien à ses côtés. Elle semblait le connaitre depuis toujours et au grand jamais elle n’aurait refusé de le suivre.
Et pourtant, elle ne le connaissait pas !
Malgré cela, elle sentait au fond d’elle-même qu’elle pouvait lui faire confiance, qu’il ne la trahirait pas. Les lèvres du jeune homme la tentait énormément et elle se risqua de se mordiller le coin droit de la lèvre inferieur tout en le fixant droit dans les yeux, son regard ne cillant pas d’un iota. Sa longue chevelure brune qui se soulevait légèrement avec la faible brise qui serpentait au travers du labyrinthe de branchage, dispersait autour d’elle une odeur printanière, enivrant le jeune homme qui la regardait toujours droit dans les yeux.
Durant ce court laps de temps où ils se fixaient dans les yeux, où le temps lui-même semblait ne pas avoir sa place, comme si plus rien n’avait lieu d’exister en ce lieu, ils ne virent pas Iphitos se relever. Ce ne fut que quand un cliquetis de métal résonna dans l’air qu’ils comprirent que chaque chose avait une fin.
ꟷ Remettons-nous en route, déclara Iphitos en faisant quelques flexions.
Sa voix grave, sur le moment venait de faire sursauter légèrement le jeune couple qui s’arrachèrent, tristement, de leur contemplation mutuelle. Obliger de tourner leur regard vers le chevalier doré, ils soupirèrent et le suivirent des yeux, ce dernier ayant déjà repris la route à travers le chemin sinueux qui se dessinait à travers les arbres.
Lentement, et avec gaucherie, Héphestion tendit son bras et laissa sa main glisser vers celui de la jeune femme.
Celle-ci n’hésita pas une seule seconde !
Entrelaçant ses doigts parmi les siens tout en lui offrant un fin et doux sourire, elle put voir le torse du jeune homme se soulever, ce qui lui embauma le cœur.
Héphestion, encourager par le geste, lui imprima une contraction dans ses doigts et la tira à sa suite, augmentant le pas pour ne pas perdre leur guide.
Durant plusieurs heures, ils serpentèrent sur le circuit sylvestre, imprimant leur pas dans la contrée boisée. Le silence qui régnait entre eux était déstabilisant. Devant eux, le chevalier d’or avançait avec franchise, sans détourner la tête une seule seconde, comme s’il savait où il allait, la voie étant toute tracée devant lui.
Gaïa, elle, n’en pouvait plus. Un mal de pied la dérangeait fortement et elle sentait qu’elle avait besoin de se reposer. Jetant un rapide coup d’œil à son compagnon de voyage qui la regarda du coin de l’œil, il finit par lui sourire, l’encourageant à prendre la parole. Respirant lentement, elle lâcha la main d’Héphestion, à son grand regret, et avança d’un pas rapide vers le chevalier d’or qui tourna rapidement la tête vers elle, intrigué par son arrivée.
ꟷ Pardonnez mon intrusion, chevalier, mais… pourrions-nous faire une halte ? Cela fait des heures que nous marchons et je commence à peiner à votre suite…
ꟷ Nous pourrions, répondit le chevalier d’or en regardant à nouveau devant lui, mais nous arrivons bientôt à destination.
ꟷ Nous aurions déjà parcouru autant de distance ? questionna Héphestion en augmentant le pas pour se mettre à la même hauteur que ses compagnons.
ꟷ Sachez, jeunes gens, que, durant votre fuite, je vous suivais de loin, attendant de voir ce qu’allait faire le groupe lâché à votre poursuite. Ils ne vous auraient pas poursuivis avec autant d’ardeur et de ténacité, vous permettant de vous enfuir, que je ne serai jamais apparu devant vous. Je peux donc vous certifiez que nous sommes bientôt arrivés à destination.
Comme si les Moires l’avaient entendu, la clairière boisée, dans laquelle ils voyageaient depuis tant de temps, commençait à diminuer petit à petit et laissait place à une clarté de plus en plus étincelante, cette dernière prenant le pas sur la faible obscurité qui régnait dans le lieu traversé.
Une fois à la frontière, le soleil, se couchant lentement à l’horizon, dévoilait à leur yeux une gigantesque vallée aride. Pauvre en verdure, elle laissait apercevoir, à des endroits stratégiques, des colonnes de marbre et de petits temples qui attendait patiemment que l’on vienne leur rendre visite.
Mais ce qui frappait le plus les trois jeunes gens les laissaient sans voix.
Iphitos, lui, gardait un visage inquisiteur, s’attendant fortement au spectacle qui s’offrait à eux.
Même si plusieurs d’entre eux restaient droit et en bon état, plusieurs colonnes, tout comme certains temples, avaient été détruit et reposaient lamentablement sur le sol pauvre et chaud. Des morceaux de marbres reposaient ci-et-là. Certains même, encore debout, affichaient des cratères en leur sein, comme si on s’était acharné sur leur pauvre surface qui n’avait rien demandé, leur seul souhait, à présent, étant de reposer en paix là où on les avait élevés.
Traversant le lieu en ruine, ils ne voyaient que désolation et tristesse aux fond de leur âme. Chaque pas qu’ils faisaient leur prenaient à la gorge comme un serpent venant s’enrouler autour de sa proie pour lui broyer le corps. Partout, où ils regardaient, jonchaient des corps calcinés, torturés ou ensanglantés ! Certains étaient même écrasés sous des morceaux de colonnes de plusieurs pieds de long ou sous des tonnes de gravats.
ꟷ Pressons-nous, ordonna Iphitos en augmentant le pas. Plus tôt nous traverserons ce champ de ruines, mieux ce sera pour nous.
Augmentant leur enjambée, Héphestion et Gaïa se calquèrent sur le jeu de jambes du chevalier, allant pratiquement à courir à sa suite. La jeune femme sentait couler sur ses joues de fines gouttes d’eau salée face au désastre qu’elle avait croisée en sortant de la vallée boisée. Elle savait pourtant qu’une scène de désolation lui ferait face et elle était sûr de s’y être préparé.
Ce qui n’était, au final, pas le cas !
Une fois qu’elle avait vu le paysage, les barrières qu’elle pensait avoir construite, s’étaient brisées en un éclair, parsemant son esprit de fins grains de poussières. La vague de destruction l’avait submergée comme un raz de marée, poussant une barrière à la fois avec une telle force qu’elle avait chavirée sur place, obligeant Héphestion à la soutenir pour ne pas qu’elle s’affale sur le sol.
Serrée contre lui, elle avançait lamentablement à la suite du chevalier d’or, pleurant en silence face à tant d’horreur. Petit à petit, elle quittait la plaine de culte et une odeur de brulé venait lui vriller les narines.
Encore bien plus forte que l’odeur nauséabonde qui se dégageait du peu de corps calcinés qu’elle avait croisée sur sa route, son sens de l’odorat, poussé à l’extrême, lui imprima une alerte dans son esprit.
Réveillée d’un coup sec de ses réflexions de tristesse, elle leva rapidement la main, la posa sur ses lèvres et, de son pouce et de son index, se pinça le nez en affichant une légère grimace. Levant rapidement les yeux, elle remarqua qu’Héphestion avait fait de même avec sa main encore libre et que son regard bleuté fixait avec force le lointain.
Regardant dans la même direction que lui, elle pouvait voir Iphitos à quelque pas d’eux, son armure d’or brillant avec puissance et majesté sous les rayons du soleil qui venaient s’y fondre. Sa longue cape immaculée ondulait derrière lui dans un fin bruissement provoquer par la faible brise qui venait la soulever. Ses cheveux châtains brillaient d’un éclat surnaturel. Ils ondulaient tout autant avec le vent, se soulevant à certains moments quand le courant changeait de sens. Ses yeux brun, éclairci par la lumière de l’astre solaire, prenait une teinte mordorée pâle proche de l’or.
Poursuivant son chemin, son regard émeraude fini par croiser le spectacle que ses compagnons observaient depuis quelques secondes. Un haut le cœur la prit, ce dernier loupant un battement. Elle sentait son estomac se contracter en elle et cru que tout allait ressortir dans un flot ininterrompu. Respirant à fond malgré le goût qui s’instillait dans sa gorge, la démangeant fortement, elle ne put faire autrement que de laisser échapper une plainte de tristesse.
ꟷ Par tous les dieux de l’Olympe… murmura-t-elle. Ce n’est pas possible…
Une véritable désolation chaotique se dévoilait à elle. Ce qui était avant l’un des plus beaux villages, ressemblait dorénavant à un véritable champ de ruines. N’était encore visible, même si calcinée et encore fumante malgré les heures passées depuis sa fuite en compagnie d’Héphestion, que des gravas de murs soutenus par quelques grosses poutres explosées. Leur teinte charbon prouvait, par la même occasion, que la destruction fut puissante et barbare.
Héphestion, juste à côté d’elle, se sentait plus mal à l’aise qu’elle. L’apparence chaotique du lieu détruisait en même temps le plus beau souvenir qu’il avait de cet endroit. Il régnait partout une ambiance de désolation et de tristesse. Au plus il regardait au loin, au plus un goût amer emplissait sa bouche. Jusqu’au moment où son regard se posait sur le chevalier d’or.
Ce dernier avait gravi un muret intact et blanchis à la chaux, l’un des rares ayant survécu à l’explosion et au carnage de l’envahisseur. Il fixait le lointain et examinait chaque recoin. Iphitos laissait sur son visage, s’afficher un masque inquisiteur mais il sentait, tout au fond de lui, une rage bouillonner et qui demandait à exploser, à sortir, à hurler de mécontentement.
L’astre solaire étant sur le point de toucher le bord de l’horizon, il descendit de son perchoir et se tourna vers Héphestion, ses yeux marrons mordorés se plongeant dans ceux saphir de son nouveau compagnon.
ꟷ Nous ferions bien de faire le tour des lieux pour voir si nous pourrions trouver de quoi nous restaurer… enfin, s’il reste quelque chose bien sûre… dit-il en laissant son bras tendu dévoiler le désastre qui se trouvait derrière lui. Je doute qu’il reste quelque chose… mais nous devons manger et nous reposer avant de nous remettre en route demain matin.
ꟷ Vous voulez que nous dormions à même ce lieu de souffrance ? s’étonna Héphestion tout en serrant sa jeune compagne qui pleurait à chaude larmes contre lui. Nous serions bien mieux à l’orée du bois, Seigneur Iphitos.
ꟷ Le lieu que tu désignes, répondit Iphitos en venant se poser devant lui, sa cape fouettant l’air d’un coup sec, est le meilleur endroit pour se faire attaquer en pleine nuit. Là-bas, vous serez plus vulnérable que si vous vous trouvez au sein même de la destruction. Ici, nous serons cachés, et protégés, par la concentration de cosmos qui y règne depuis le départ des envahisseurs qui vous ont poursuivis.
ꟷ Mais ici, nous sommes à découvert ! s’exclama Héphestion, affolé par l’idée saugrenue du chevalier d’or.
ꟷ Sauf si nous allons dans cette direction, Répondit Iphitos en pliant le coude, son pouce désignant un lieu derrière son épaule. De ce que j’ai pu voir, un peu plus loin au nord, une des bâtisses qui composait ce lieu tien encore sur ses fondations. Tout en nous y dirigeant, nous ferions bien de scruter les alentours et de trouver de quoi nous sustenter.
ꟷAllons-y alors, dit Gaïa en s’écartant lentement se son compagnon de fortune, les mains posées sur son torse et son visage caché par ses longues mèches brunes. Dans quelle direction devons-nous aller ?
Le ton triste qu’elle employa déstabilisa temporairement le chevalier doré qui ne sut plus du tout quoi lui répondre. Restant pantois quelques secondes, Iphitos finit par secouer la tête et reprit une contenance des plus assurée afin de convaincre la jeune femme que tout n’était pas perdu.
ꟷ Le lieu que j’ai repéré se trouve à quelques pas de nous, en direction du nord.
ꟷ Bien, dit-elle en se dirigeant dans la direction dite. Un vieux puit se trouvera sur notre chemin… nous aurons déjà de quoi nous désaltérer si l’eau n’as pas été souillée par les cendrées…
Du coin de l’œil, Iphitos regarda la jeune femme et haussa un sourcil, son sixième sens le titillant discrètement. Le regard émeraude de la jeune femme, pourtant pétillant de vie depuis qu’il l’avait rencontré, semblait ternes et pâle. Une fine brise dégagée par l’apparition expéditive de son aura avait permis de soulever l’air et, par la même occasion, quelques-unes de ses longues mèches et dévoiler son visage à la surface cendrée.
La regardant s’éloigner, Héphestion la suivant de quelques pas tout en regardant autour de lui comme il l’avait suggéré, Iphitos se tourna vers l’astre solaire qui prenait, dorénavant, une teinte plus orangée que dorée. Le ciel se recouvrait de teintes pastel devenant de plus en plus rosée ou violacée au fur-et-à-mesure que le temps passait.
Il en avait le souffle coupé malgré l’instant présent qui le rappelait à l’ordre !
Soupirant de lassitude, Iphitos haussa des épaules et, sous les éclats du soleil couchant qui venaient se refléter sur son armure, se détourna de la beauté de l’horizon et suivit les pas de ses deux jeunes compagnons, sa cape fouettant l’air à chaque mouvement.