Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force
Une lumière tamisée baignait l’intérieur du vaisseau. Coleman Katarn, l'ancien Jedi déchu, errait dans des couloirs étroits, attiré par des bips insistants et des voix lointaines. Ce vaisseau lui était inconnu et, pourtant, tous lui semblait étrangement familier.
Il passa devant une table de holochess, où des créatures holographiques s’affrontaient violemment.
Puis, il aperçut un droïde R2-D2, émettant des bips. Un vieux modèle qui n’existait plus depuis des siècles. Il continua jusqu’au cockpit, où un Wookie massif manipulait les commandes avec aisance. À ses côtés, un droïde doré gesticulait nerveusement.
— Maître Rey, nous sommes arrivés ! déclara le droïde de protocole.
Katarn se figea. Maître Rey ? Pourquoi l’appelait-on ainsi ?
Son regard se porta sur le tableau de bord… Quelque chose d'étrange se passait. Il avait beau le fixer, il n'arrivait pas à lire les coordonnées, elles étaient floues, illisibles. Puis, la révélation tomba.
Le Wookie… Chewbacca. Les droïdes… C-3PO et R2-D2.
Et ce vaisseau !
— Le Faucon Millenium… murmura-t-il, troublé.
Il chercha un repère, n'importe où, tournant sur lui-même, quand ses yeux se posèrent sur une vitre du vaisseau.
Son reflet, ce n’était pas lui.
Une vieille femme ridée, aux cheveux blancs, lui renvoya son image. Un frisson parcourut son échine.
Katarn se redressa brusquement dans son lit, le cœur battant.
Il inspira profondément, mais au lieu de l’odeur d’huile et de métal chaud, l’air sec et vicié de Mytus VII lui brûlait les poumons. Encore une fois. Le rêve s’était encore répété. Le même depuis sa première nuit dans cette prison.
Il ferma les yeux, tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur.
Était-ce vraiment un rêve ? Pourquoi cette vision ne changeait jamais ?
Il passa une main sur son visage, sa peau rugueuse sous ses doigts. Peut-être était-ce l’effet du Nul-Force qui troublait son esprit. Peut-être qu’il perdait tout simplement la tête. Il n’eut pas le temps d’y réfléchir davantage quand il entendit :
BIP.
La cellule trembla légèrement alors que le champ de confinement s’effaçait, et la porte coulissa lentement. Deux gardes apparurent, leurs masques respiratoires argentés dissimulant leur visage. Mais leurs yeux étaient visibles, remplis de mépris envers leurs prisonniers.
Katarn comprenait leur regard. Les anciens Jedi n'avaient pas la côte ici. Mais lui aussi dernièrement ne se portait pas dans son cœur. Il n’avait pas pu sauver Zain Solaris. Il n’avait pas pu arrêter Sédu. Et maintenant, il n’était plus rien.
Il se leva lentement, son corps affaibli protestant sous son propre poids. Autrefois, il était un guerrier musclé par des années d’entraînement, un combattant taillé par la discipline Jedi et l’épreuve des combats. Mais un an enfermé ici lui avait tout pris. Il avait maigri, son endurance effacée. Ses cheveux noirs étaient devenus longs, gras et emmêlés, retombant en mèches sales sur son front.
Sa barbe, d’ordinaire soignée, était maintenant épaisse et négligée, parsemée de mèches grisonnantes. Son visage, creusé, ses pommettes saillantes, trahissant les ravages de la prison. Mais le pire, ses yeux bleu ciel, si vifs et perçants, n’étaient plus que deux trous vides, scintillant comme des abysses dans l’ombre de son existence. La prison de Mytus VII ne l’avait pas seulement affaibli. Elle l’avait vidé.
Bâti par Rey et la famille Brightstar il y a quatre siècles, pour y enfermer les plus dangereux criminels de la galaxie. La planète était aride et battue par des vents forts, mais ce qui la rendait unique, c’était la Sélomir, une fleur aux pétales noirs et bleutés qui poussait à perte de vue. Les scientifiques Jedi découvrirent que cette plante contenait une substance inédite, le Nul-Force. Une toxine rare qui, sous forme liquide ou diffusée dans l'air, anesthésiait temporairement les midi-chloriens dans le corps, privant quiconque de son lien avec la Force.
Rey ordonna la construction de la prison, et emmena sa famille, celle qu'elle avait eue avec Hérold Brightstar, pour s'installer sur cette planète. Depuis, la prison de Mytus VII était devenue l’ultime oubliette. Ceux qui y entraient n’en ressortaient jamais.
Alors que Katarn avançait vers le réfectoire, une voix familière brisa le silence du couloir.
— Coleman, t’as presque l’air en forme aujourd’hui.
Katarn tourna légèrement la tête et reconnut Joran Brightstar.
Comme tous les gardes, il portait son masque respiratoire argenté, mais même sans voir son visage, Katarn pouvait deviner qu’il souriait derrière.
Joran n’avait jamais été comme les autres Brightstar. Dans une famille de combattants disciplinés, il était l’exception. Trop bon, peu talentueux, et surtout sans grand intérêt pour la gloire ou l’honneur.
On disait de lui qu’il était un Brightstar par nom, mais pas par nature. Comme il était souvent mis à l’écart par les siens pour son manque de talent, enfant, il se retrouvait régulièrement avec Katarn et Sédu. Les deux n’avaient rien contre sa compagnie, même s’ils ne lui étaient jamais vraiment proches.
Aujourd'hui, dans son uniforme blanc, il détonnait, avec son armure de bronze qui semblait moins imposante sur son corps légèrement enrobé. Sous son masque, son visage blanc joufflu et ses yeux ronds auraient probablement affiché un air fatigué mais bienveillant. Sa démarche maladroite trahissait son manque d’assurance, un contraste frappant avec l’aura austère des autres gardes.
Katarn esquissa un sourire fatigué.
— Je dois être en train de m’habituer.
Joran haussa les épaules.
— Eh bien, tant que tu ne commences pas à apprécier l’endroit, on est bons.
Ils avancèrent côte à côte, leur routine matinale désormais bien établie.
— Et toi, Joran ? demanda finalement Katarn. La vie est belle ?
— Oui, mais bon, on sait tous les deux que je travaille dans une prison au milieu d’un désert toxique.
Katarn haussa un sourcil, un brin de sarcasme enfoui en lui fit surface.
— Je pensais que les Brightstar étaient faits pour l’action. Tu ne devrais pas être sur le terrain.
Joran laissa échapper un rire bref.
— Tu rigoles ? Je préfère encore gérer une bande de prisonniers ronchons que me retrouver dans un trou perdu à me faire tirer dessus.
Katarn secoua la tête, amusé.
— Au moins, ici, tu respires du poison en toute sécurité.
— Non, c'est toi qui le respire, moi j'ai mon masque, rétorqua le gardien en pointant de ses doigts sur sa figure. Ravi de cette petite victoire.
Ils continuèrent à marcher en silence pendant un moment, jusqu’à ce que Joran reprenne, son ton légèrement plus sérieux.
— Cela dit, vu ce qui est arrivé sur Velkran, je suis bien content d’être ici.
Katarn tourna légèrement la tête.
— Velkran ?
— Un avant-poste Jedi dans la bordure extérieure. Il a été attaqué hier. Encore un coup des Enfants de Korriban.
Katarn resta silencieux, son regard fixé devant lui.
Joran hésita avant de continuer.
— Beaucoup de pertes. Il y avait des jeunes Padawans parmi les victimes.
Katarn inspira lentement et répondit d'un ton sec.
— Je ne veux pas savoir.
Joran ralentit légèrement le pas.
— Coleman…
— Je veux juste faire mon temps, Joran. Rien de plus.
Il n’y avait ni colère ni amertume dans sa voix. Juste une fatigue profonde.
Ils arrivèrent devant la porte du réfectoire. Joran s’arrêta un instant, Katarn lui adressa un dernier regard avant d’entamer son programme.
Dans la prison, les journées étaient toujours les mêmes.
À 08h, réveil : les cellules s’ouvraient. Escortés par les gardes, les détenus rejoignaient le réfectoire, où une ration fade et compacte leur était distribuée. Katarn mangeait sans réfléchir la bouillie proposée. La faim était pire que l'ennuie.
À 09h – Travail forcé dans les champs de Sélomir. Les détenus étaient envoyés dans les serres de Sélomir, où ils passaient des heures à récolter la fleur qui les détruisait. Les pétales étaient coupés et empilés dans de grands conteneurs, puis transportés vers les incinérateurs.
À 12h – Une fois broyées et séchées, les fleurs étaient jetées dans des fours industriels, où elles brûlaient à très haute température. C’est cette fumée invisible, diffusée en continu, qui remplissait l’air de la prison de Nul-Force, rendant la Force inaccessible à tous.
À 16h – Les détenus étaient ensuite conduits vers la cour centrale, une large esplanade de pierre entourée de champs de Sélomir, pour leurs promenades. Katarn ne parlait à personne. Il regardait la mer de fleurs sombres danser sous le vent, s'étaler vers l'infini.
À 19h – Après un dernier repas, les prisonniers rejoignaient leurs cellules. Katarn restait allongé dans l’obscurité. Redoutant qu'en fermant les yeux, il n'allait encore une fois faire ce rêve étrange qui le hantait depuis son arrivée ici.
Un autre cauchemar qui semblait suivre l'ancien Jedi partout. Nit Braum, le renégat, avait lui aussi été envoyé ici avec le reste des Enfants de Korriban et d'autres insurgés militaires ou membres du syndicat Sornax capturés durant la deuxième bataille de Coruscant.
Entouré de ce petit monde, il se hissa vite en chef de bande. Régnant désormais sur les autres détenus, imposant sa propre loi dans les couloirs sombres de la prison.
Katarn, lui, ne lui prêtait aucune attention. Il n'avait plus la force ni l'envie de se défendre. Braum, lui, ne ratait aucune occasion pour le provoquer.
— Alors, mon petit Coleman ? fit Braum en s’asseyant lourdement en face de lui dans le réfectoire. Le héros déchu de l’Ordre Jedi. Sans la Force, tu n'as pas bonne mine.
Ses hommes ricanèrent. Katarn ne répondit pas.
— Et si tu nous faisais voir tes fameuses techniques au sabre ? Allez, danse petit Jedi, danse ! poursuivit Braum, souriant, imitant un sabre laser dans les mains.
Il se pencha en avant, le sourire provocateur.
— T’as toujours pensé être meilleur que nous. Et regarde-toi maintenant.
Katarn leva les yeux vers lui, impassible.
Braum ajouta, amusé :
— Tu sais, ce n'est pas marrant si tu ne réagis pas. Je sais que tu as encore un peu de cette flamme en toi. Celle qui te pousse à faire des trucs stupides. Et j'ai envie de la voir te consumer comme au bon vieux temps.
Katarn rabaissa ses yeux. C'était cette flamme qui l'avait conduit ici et il était déterminé à ne plus la laisser le contrôler.
Braum se redressa, comme déçu, et lança à ses hommes :
— C'est bon, j'ai eu ma dose aujourd'hui. On va garder un peu pour demain, après tout, il en a encore pour longtemps ici.
Ils s’éloignèrent en riant, laissant Katarn seul avec ses pensées.
Ils avaient raison. Il était coincé ici avec lui pour encore quatre longues années.
Le soir, alors que Katarn finissait sa promenade dans la cour, un droïde carcéral s’avança vers lui, ses photorécepteurs rouges braqués sur son visage.
— Prisonnier Katarn.
Il s’arrêta, levant un sourcil.
— Quoi encore ? répondit l'ancien Jedi, ennuyé.
— Veuillez me suivre. Le Directeur Brightstar requiert votre présence dans son bureau immédiatement, lui annonça le droïde.
Katarn le suivit sans se plaindre à travers les longs couloirs monotones de la prison. Ce n’était pas la première fois qu’il se rendait dans le bureau de Haris. Depuis son emprisonnement, il avait été convoqué plusieurs fois par son ancien maître et Haut Gardien de la prison, non pas pour des raisons formelles, mais simplement pour avoir de ses nouvelles, pour discuter et pour soulager la solitude qui pesait sur lui. Les années passaient, mais Haris continuait à veiller sur son ancien protégé comme s'il était encore le jeune garçon qu'il avait sauvé des arènes de combat il y a pratiquement trente ans. Cependant, sa dernière convocation remontait à plus de deux mois. Katarn s'était demandé pourquoi Haris ne l'appelait plus, mais il ne lui en voulait pas ; il savait que le poids de sa fonction lui laissait peu de temps.
Le droïde s'arrêta enfin devant la porte du bureau. Il sortit une paire de menottes qu’il fixa aux poignets de Katarn, avant de prendre un petit appareil contenant un liquide noir relié à un tube qu’il plaça dans le nez du prisonnier. C’était du Nul-Force sous sa forme liquide, nécessaire car le bureau de Haris était scellé, empêchant toute diffusion du poison.
Katarn se laissa faire, et entra seul dans le bureau modeste, sans ornement, de son ancien maître. Un bureau avec juste l’essentiel pour permettre à Haris de travailler. Il aperçut immédiatement l’homme derrière le bureau. Haris, un peu plus vieilli depuis leur dernière rencontre, portant toujours sa robe Jedi blanche, se leva difficilement en le voyant.
"Maître, vous allez bien ?" demanda-t-il.
"Oui," répondit Haris, un léger sourire se dessinant sur ses lèvres. "Désolé. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour toi ces derniers temps. Avec les responsabilités ici et au Conseil Jedi, j’ai été pris dans un tourbillon."
"Ce n'est pas grave," répondit Katarn, soulagé que son maître allait bien. "Je l'avais deviné."
Haris lui désigna une chaise en face de son bureau.
"Assieds-toi, Coleman."
Katarn s’installa, son regard se posant un instant sur les objets autour de lui avant de se concentrer sur Haris.
"Alors, comment vas-tu ?" demanda ce dernier, l'air sincèrement préoccupé.
Katarn prit un moment avant de répondre, une lueur lointaine dans ses yeux.
"Ça va. Toujours la même routine. Je continue encore à faire le même rêve," dit-il. "Celui dont je vous ai parlé. Celui où je me retrouve dans le Faucon Millenium, mais dans le corps de la grande Rey. Si cela ne s'arrête pas, je vais perdre la tête."
Haris sembla réfléchir un instant avant de répondre.
"Si tu penses que c'est une vision de la Force, je t'ai déjà dit que c'est impossible. Le Nul-Force diffusée annule toute connexion à la Force. Ici, la Force ne pénètre pas."
Il marqua une pause, comme hésitant avant de continuer.
"Cependant, il y a quelque chose que tu devrais savoir. Je te l'ai caché, mais vu ton état, je me dois de te le dire. Meywine m’a raconté que durant la bataille de Coruscant, quand tu as été tiraillé entre les deux côtés de la Force après avoir utilisé l’équilibre, elle n’a pas pu te sauver, elle a même failli être happée, elle-même. D'après elle, c’est la Grande Rey qui est apparue en toi. Elle vous a tous les deux sauvés."
Katarn secoua la tête, l'incrédulité se lisant sur son visage.
"Quoi ?" lança-t-il en colère. "Pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé plus tôt ? Pourquoi me l'avoir caché ?"
Haris prit une profonde inspiration, son regard se faisant plus sérieux.
"Parce que c'était un ordre de Meywine," répondit-il fermement. "Elle ne voulait pas que tu t'imagines des histoires. Elle savait que si tu pensais avoir une connexion avec Rey, tu voudrais essayer de découvrir davantage. Et tu sais aussi bien que moi qu'une telle pensée pourrait te pousser à causer des ennuis, comme par exemple chercher à fuir cette prison."
Katarn resta silencieux un instant, digérant cette explication. Haris le regarda avec insistance, comme s'il regrettait déjà de lui avoir tout révélé. Dans un geste brusque, il sortit d’un des tiroirs de son bureau un sabre laser à poignée longue, blanche à rayures rouges, avec un petit protège-main en forme de fente. Katarn le reconnut immédiatement. C’était son sabre.
"Après ta condamnation," expliqua Haris, "j’ai demandé à Meywine comment j'étais censé réagir si jamais tu tentais de t’échapper. Elle m’a donné ce sabre, ton sabre qu'elle a récupéré après la bataille. Elle m'a demandé de te le montrer, car elle était sûre que si un jour tu tentais de t'enfuir, tu ne partirais pas d'ici sans lui."
Il posa le sabre sur son bureau devant Katarn, son regard dur. "Je n’ai pas voulu te torturer avec ça, mais aujourd’hui, je te le montre. Si mes paroles ont réveillé en toi quelque chose, si tu as la mauvaise idée de vouloir faire quelque chose de stupide, tu devras obligatoirement venir ici, pour reprendre ton bien. Et là, tu devras me faire face. Et tu me connais, je ferai ce que j'ai à faire."
Le ton de Haris se radoucit alors que Katarn, absorbé par la menace, observait le sabre laser posé devant lui. Le vieux Jedi soupira profondément avant de continuer.
"Écoute, si tu veux mon avis, tu n’as aucune connexion spéciale avec Rey. Ce que Meywine a vu, ce n’est qu’une projection de ton subconscient. Tu as toujours idéalisé la grande Rey, depuis le début de ta formation, jusqu'à ton entraînement dans son temple caché, et c’est son image qui te hante encore. C’est pour ça qu’elle continue à apparaître dans tes rêves, comme une figure à laquelle tu t’accroches. Ce rêve est juste ton esprit qui te dit que c'est terminé. Que ta vie de Jedi est terminée."
Katarn écoutait son maître tout en fixant son sabre laser. Sa main, presque malgré lui, commença à trembler, comme si l'épée l'appelait. Pendant une fraction de seconde, il crut pouvoir le faire venir à lui, sentir sa prise familière, mais une décharge de Nul-Force, dans ses poumons, le ramena brusquement à la réalité.
Haris avait sûrement raison, se dit-il. Il n’avait rien de particulier avec Rey. Son rêve n’était qu’un reflet déformé de ses propres désirs refoulés, un rappel constant qu’il n’avait jamais été à la hauteur de l’héroïne qu’il avait adorée et qu'il devait laisser cette vie derrière. Katarn voulait le croire. Il voulait croire que ce n’était qu’un fantasme, mais alors pourquoi cette sensation étrange, que ce rêve était bien plus que cela.
« Vous avez raison, maître, » dit Katarn d'une voix résignée. « Et Meywine aussi. Elle sait combien ce sabre m’est cher. C’est le seul que je n’ai pas brisé. Il est précieux pour moi, mais pas autant que vous. De toute façon, je n'ai pas oublié les raclées que vous m’avez données… Donc, jamais plus je ne vous défierai. Je veux juste faire mon temps ici, puis partir. »
« Bien, Coleman, heureux de voir que tu es réfléchi maintenant, » dit Haris, un sourire satisfait éclairant brièvement son visage. « Ça tombe bien, car demain la prison de Mytus sera visitée par trois secrétaires du Conseil Jedi. Koffi va ramener les deux maîtres fraîchement nommés, Maître Sarron et Maître Ivour. Comme tu le doutes, ce sont des proches à lui qu'il a réussi à nommer au conseil. Je vais devoir leur faire découvrir notre prison. C'est pourquoi je t'ai appelé ici. Je ne voulais pas que tu sois pris par surprise en voyant Koffi. » Haris laissa échapper un rire amusé. « Mais bon. Vu que tu m'as l'air bien adouci, je vais peut-être te présenter à eux comme un modèle de réinsertion. Je suis sûr que ça va beaucoup plaire à notre chère et estimé secrétaire. »
Katarn sourit, mais c’était un sourire amer. L’idée de revoir Koffi ne l’enchantait guère. Il l’imaginait déjà, le regardant de haut, se réjouissant de l'état lamentable dans lequel il était.
Après avoir échangé un dernier au revoir avec Haris, qui lui rappela de rester sage durant la visite, Katarn regagna sa cellule, escorté d'abord par le droïde, puis les gardes. Le soir, il était décidé à ne plus se laisser hanter par son rêve. Il passa la soirée à se convaincre qu’il devait accepter son sort, que, quoi qu’il en soit, il ne pouvait rien y changer alors qu'il se préparait à dormir.
Mais cette nuit-là, comme toutes les autres nuits, Katarn se retrouva encore une fois à bord du Faucon Millenium, traversant le vaisseau comme un étranger, ses pas résonnant dans le silence. Arrivé dans le cockpit, une nouvelle fois devant les coordonnées, incapable de les déchiffrer. Il savait déjà ce qui allait se passer. Bientôt, il se rendrait compte qu’il n’était pas lui-même, que ce corps n’était pas le sien, et il se réveillerait en sursaut, frustré et sans réponse.
Mais cette fois-ci, il refusa de céder à la panique. Si son subconscient voulait le défier, alors tant pis pour lui, il accepterait le duel. Cette fois-ci, il irait au bout de ce rêve, pour qu'il n'ait plus à le refaire.
Il ferma les yeux, serra tout son corps et expira lentement. Il ne se réveillerait pas en sursaut, il ne fuirait pas cette vision. Il voulait comprendre, que cherchait-il à se dire à lui-même ?
Un instant comme suspendu dans le temps, Katarn fit le vide dans sa tête. Il se rappela tous ses entraînements, les heures à se focaliser, à apprendre à écouter la Force. Puis il ouvrit lentement les yeux et balaya le cockpit. Il avait peur de voir le reflet d'une vieille femme. Mais c'est bien son propre reflet qui lui apparut dans la paroi vitrée. Son cœur rata un battement. Ce n’était pas Rey. C’était bien lui.
Un frisson le parcourut, mais il ne détourna pas les yeux.
« Bien, » dit une voix derrière lui.
Katarn se retourna subitement.
Rey était là, debout près de lui. Mais elle n’était pas cette vieille femme aux cheveux blancs qu’il voyait d’habitude. Elle était jeune, telle qu’il l’avait vu dans les hologrammes de son temple caché, son regard perçant posé sur lui avec une étrange satisfaction.
« Tu veux aller au bout ? » demanda-t-elle.
Katarn ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit.
Rey esquissa un léger sourire, puis désigna du menton le tableau de bord.
« Alors regarde avec tes propres yeux. »
Katarn tourna la tête.
Les coordonnées étaient là. Affichées devant lui.
Et, pour la première fois, il pouvait les lire. Mais n'arrivait pas à y croire. Impossible. Cette planète… Elle ne pouvait pas exister. C’était une légende.
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Dans un repaire sombre de la galaxie, Zain ouvrit les yeux, pris au piège. Ses poignets et chevilles entravés, il se souvenait de l’attaque sur Velkran, du chaos, et du sang. Il avait enfin repris le contrôle de son corps, après des mois sous l’influence de Dooku. Mais les Sith avaient ressenti la différence et l’avaient immédiatement capturé.
Une silhouette familière se tenait devant lui. Darth Nihilus. Zain sentit la peur le paralyser. Il se revoyait sur Coruscant, en train de se faire emprisonner dans un des tubes de cryogénisation, son esprit se faisant écraser par celui de Darth Tyrannus.
Les lumières s’allumèrent à côté du trône maléfique. Zethus, son serviteur, un vieil homme en tunique noire, se tenait à ses côtés, entouré de rangées de soldats masqués.
— Seigneur Nihilus, nous avons un problème, annonça Zethus d’une voix rauque.
Nihilus tourna lentement la tête vers lui.
— Pendant l’attaque sur Velkran, l’esprit du Solaris a repris possession de son corps.
Un murmure parcourut les rangs des soldats alors que Nihilus le foudroyait d'un regard exigeant des explications.
Zethus poursuivit.
— Heureusement, Darth Ranok a ressenti le changement dans la Force et a réagi immédiatement. Il a neutralisé le jeune Solaris avant qu’il ne puisse s'enfuir et l’a ramené ici.
Nihilus de sa voix glaciale posa une seule question.
— Comment ?
Zethus prit une légère inspiration avant de répondre.
— Nous pensons que le rituel de l’Ascension des Sith n’a fonctionné qu'à moitié sur lui. Contrairement aux autres, le Solaris était éveillé pendant l’exécution du rituel. Son esprit n’a pas été entièrement consumé, une partie de lui a survécu, latente. Et comme il vient d'une famille de psychomètre, il a dû entrer en contact avec quelque chose… ou quelqu’un… qui a réveillé ce fragment de son esprit.
L’atmosphère déjà lourde devint écrasante.
— Cela tombe très mal. Darth Tyrannus s’est révélé être un soldat précieux pendant cette année écoulée. Je comptais sur lui pour la mission cruciale de demain, se plaignit le Sith.
Le vieux prêtre hésita un instant avant de poser la question qui brûlait toutes les lèvres.
— Que devons-nous faire, mon Seigneur ?
Nihilus resta silencieux un instant, puis, lentement, il leva une main.
— Darth Ranok, approche.
Zain, agenouillé, observa une créature sortir des rangs. Darth Ranok, qui ne dissimulait pas son visage derrière un masque, avait la peau verte rugueuse et marquée de replis. Des cheveux noir gras tombaient sur sa figure remplie de cicatrices, superficielles mais gangrénées qui donnaient l'impression qu'ils allaient se rouvrir à tout moment. Très grand de taille,, il portait une armure noire Sith sans manches qui épousait sa silhouette décharnée, mettant en évidence une musculature maigre mais sèche. Sur ses bras, les mêmes types de blessures que sur son visage.
Zain n'avait jamais vu pareille créature, il ne savait pas à quelle race il appartenait. Le Sith s'avança près de lui, un regard fou et un sourire malsain aux lèvres, comme un animal prêt à se déchaîner. Zain remarqua qu'il ne portait pas de sabre laser sur sa ceinture, mais pouvait sentir son aura sombre bien plus tranchante qu'une lame.
D’un geste, Nihilus lança un holocron vers la créature. Il le rattrapa au vol et observa l’objet, ses gravures pulsant d’une faible lueur rouge.
— Tu as bien agi, Ranok. Tu nous as évité un grand problème. Je saurai m’en souvenir. Choisis un compagnon de voyage pour aller sur la planète Byss. Amène le Solaris au Temple Sith qui se trouve dans les marécages pourpre.
Un murmure parcourut l’assemblée.
Byss. Un monde déchiré par le côté obscur, une terre où les âmes étaient avalées par les ténèbres.
Ranok releva légèrement la tête d'un air amusé.
— Que contient cet holocron, mon seigneur ?
— De quoi aider Dooku à reprendre le contrôle. Sur Byss, grâce au côté obscur, il aura l’avantage sur l’esprit du Solaris, répondit Nihilus.
Un sourire s’étira sur le visage du Sith, laissant voir des dents crasseuses. Puis fit signe à quelqu’un dans l’ombre.
— Je choisis Darth Qamra, ma sœur pour m'accompagner, annonça Ranok.
Une silhouette féminine s’avança, humaine avec des cheveux noirs lisses. Son visage exagérément poudré rendait sa peau pâle, et ses yeux rond jaunes rayonnait comme un clair de lune Elle aussi portait une armure Sith sans manches, épousant son corps athlétique, et, comme Ranok, elle n’avait pas de sabre laser, mais un dispositif rectangulaire attaché à son dos, ressemblant à un sac mystérieux.
Elle s’agenouilla à son tour.
— Nous serons ravis d’accomplir cette mission, Seigneur Nihilus.
— Je vous laisse une journée pour bien vous préparez, j'ai le sentiment que ce périple ne sera pas de tout repos. que l'ombre du côté obscur vous guide, Pria le seigneur noir.
Ainsi, le sort de Zain Solaris venait d’être scellé, spectateurs muets des machinations des Enfants de Korriban.