Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force
Le sommeil refusait de venir.
Allongé sur sa couchette, Katarn fixait le plafond, les yeux grands ouverts, le regard rivé sur une fissure invisible qu’il s’inventait à force de scruter la surface métallique. D’ordinaire, la monotonie implacable de Mytus l’écrasait sous une fatigue si lourde qu’il sombrait dès que sa tête touchait le lit. Mais cette nuit, il était prisonnier de son propre esprit.
Il avait beau ajuster sa respiration, détendre ses muscles, essayer de chasser les pensées parasites, rien n’y faisait. Son corps était exténué, pourtant son esprit était en pleine effervescence, comme une machine lancée à pleine vitesse, incapable de s’arrêter.
Tout ça à cause de Mortis.
Un simple nom. Une légende qu’il n’avait jamais pris au sérieux. Une fable transmise de génération en génération, évoquant une planète hors du temps et de l’espace, un lieu que même les Jedi les plus érudits n’avaient jamais pu localiser.
Et pourtant, Rey l’avait cherchée.
Cette vérité ne cessait de marteler son esprit, implacable, impossible à ignorer. Rey, la Grande Rey, la dernière Jedi, n’était jamais morte sur Mytus VII.
Elle avait pris le Faucon Millenium, ses droïdes, Chewbacca… et elle était partie. Partie chercher Mortis.
Pourquoi ? Qu’espérait-elle y trouver ?
Et si les Brightstar avaient caché cette vérité ? Que gardent-ils encore comme secret ?
Katarn ferma les yeux, crispant la mâchoire. Il avait besoin de revoir ce rêve. Il avait besoin de retourner dans ce cockpit baigné par la lumière des étoiles, de revoir Rey, de ressentir cette certitude brûlante qu’il avait eue en découvrant ces coordonnées.
Mais rien. Le sommeil refusait de le prendre.
Les minutes s’étiraient, longues et silencieuses, rythmées par les échos lointains de la prison. Les respirations profondes des autres détenus, le ronronnement des systèmes de ventilation, le grésillement presque imperceptible du champ de confinement.
Tout cela lui semblait soudain insupportable.
Il se retourna sur le côté, une main posée contre son propre torse, tentant de calmer cette tension qui crispait chacun de ses muscles.
Puis une autre pensée s’imposa à lui.
Il ne pouvait plus rester ici.
Jusqu’à maintenant, il s’était convaincu que la prison n’avait pas d’importance. Cinq ans. Il avait déjà purgé une année. Il pouvait tenir. Il pouvait survivre.
Mais plus maintenant. Pas après ce qu’il savait.
Il pensa un instant à Haris. À son maître. Peut-être qu’il comprendrait. Peut-être que lui, plus que tout autre, saisirait l’urgence de la situation.
Mais aussitôt, il se ravisa.
Haris ne le laisserait jamais partir.
"Tu devras me faire face. Et tu me connais, je ferai ce que j’ai à faire."
Il rouvrit les yeux, expirant lentement.
S’il voulait quitter Mytus, il ne pouvait compter sur personne. Il allait devoir s’échapper.
Il ne savait pas encore comment. Il n’avait aucun plan, aucune opportunité. Mais une chose était sûre : il ne passerait pas une année de plus ici.
Il inspira profondément, cherchant à se calmer.
Il fermerait les yeux un instant. Juste un instant. Et dès demain, il commencerait à réfléchir sérieusement à la question.
Il sentit enfin son souffle ralentir, ses muscles s’alourdir. Le sommeil, après une lutte interminable, s’apprêtait à l’engloutir.
Puis…
Une secousse.
Légère. Presque imperceptible.
Katarn ouvrit lentement les yeux.
Avait-il rêvé ?
Il retint son souffle, tendant l’oreille dans l’obscurité de sa cellule.
Le silence.
Peut-être une illusion. Son esprit lui jouait des tours, trop épuisé pour distinguer la réalité de l’imagination.
Il se retourna sur sa couchette, prêt à s’abandonner enfin au sommeil…
Une deuxième secousse. Plus forte. Le sol vibra sous lui, une onde sourde remontant à travers les parois de sa cellule. Cette fois, ce n’était pas une hallucination.
Il se redressa brusquement, assis sur le bord du lit, posant une main sur le mur.
Un grondement lointain monta des profondeurs de la prison. D’abord faible. Puis plus distinct.
Un bruit sourd. Un rugissement étouffé.
Puis, l’explosion.
Une déflagration monstrueuse.
L’impact fut immédiat. Un souffle de feu et de métal déchiré traversa la prison comme une onde de choc incontrôlable.
Le sol trembla sous ses pieds.
Le mur derrière lui explosa.
Katarn fut projeté en l’air.
Son dos percuta la paroi opposée de la cellule avec une violence inouïe.
Un craquement sinistre résonna dans ses os.
Le choc fêla le métal de la structure, ouvrant une large fissure qui s’étira jusqu’au plafond.
Une gerbe d’étincelles illumina un instant la pièce avant que les lumières ne vacillent, plongeant l’endroit dans un noir strié de fumée et de poussière.
Il heurta violemment le sol, son crâne cognant la surface froide.
Une douleur aiguë pulsa dans sa tête. Son souffle lui manqua.
Tout autour de lui, le monde semblait osciller, flou, irréel.
Une alarme commença à hurler, un cri strident résonnant dans les couloirs dévastés.
Mais il ne l’entendit pas tout de suite.
Il était allongé, sous les débris, les yeux entrouverts, sonné par l’impact.
Puis, lentement, le chaos revint à lui.
Les bruits. Les vibrations. Les lumières rouges clignotantes.
L'ancien chevalier était pris sous les décombres, le souffle court, chaque muscle endolori par l’impact. Pourtant, malgré la douleur qui pulsait dans son dos et ses membres, une sensation étrange s’imposa à lui.
Un soulagement.
Comme si un poids invisible, qui l’avait écrasé chaque seconde depuis un an, venait enfin de disparaître.
Il inspira lentement, sentant quelque chose…. Son esprit s’étendait au-delà de son propre corps, au-delà de la prison, comme si un voile venait d’être levé sur une perception qu’il croyait perdue.
La Force. Elle revenait à lui.
Il remarqua un ventilateur de la pièce, dont les pales étaient figées. Un détail anodin, mais qui signifiait tout. Il comprit alors : le Nul-Force n’était plus diffusé.
Un frisson le parcourut, non pas de peur, mais d’excitation.
Il ferma brièvement les yeux et laissa la Force couler à travers lui, une rivière longtemps asséchée retrouvant son cours naturel. Puis, d’un simple geste, il projeta les gravats qui l’ensevelissaient. Les blocs de pierre et de métal furent balayés dans un fracas assourdissant.
Il était épuisé, son corps encore engourdi par l’explosion, mais il se releva malgré tout, évaluant rapidement son état. Des ecchymoses, quelques éraflures… Rien de grave.
Son regard se posa sur la porte de sa cellule. Le champ de force qui la maintenait verrouillée avait disparu.
Il hésita.
Un instant seulement.
Puis, résolu, il avança et franchit le seuil.
À peine son pied eut-il touché le couloir qu’un grésillement résonna dans les haut-parleurs fissurés de la prison. Une voix s’éleva, claire, implacable. Une voix qu’il reconnut immédiatement.
Sedu. Non, Darth Nihilius.
Son ton était calme, implacable, empreint d’une autorité absolue.
— "Mes fidèles serviteurs. Je suis venu vous libérer."
Un silence glacé s’installa, comme si toute la prison retenait son souffle. Puis Sedu reprit, chaque mot résonnant avec une certitude terrifiante.
— "Le Nul-Force n’est plus. L’entrave imposée par les Jedi est brisée. Ressentez-le. Laissez le côté obscur vous envahir à nouveau."
Katarn savait que c’était vrai. Il pouvait le sentir. L’air lui-même semblait plus lourd, chargé d’une énergie sombre et étouffante.
Un rugissement monta des profondeurs du complexe. Puis un autre, plus proche. Des voix hurlant de rage et d’exaltation. Les partisans de Nihilus comprenaient déjà ce que cela signifiait.
— "Brisez vos chaînes."
Des bips d’activation retentirent dans la prison. Il entendit les champs de confinement s’éteindre, les portes s’ouvrir une à une.
— "Ils vous ont enfermés. Ils vous ont brisés. Ceux qui vous ont humiliés, qui vous ont piétinés… doivent à leur tour vivre l’enfer qu’ils vous ont imposé."
Des bruits de combat éclatèrent. Des cris, des détonations.
— "Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Que cette prison… ce monument des Jedi, ce symbole de leur domination tombe. Faites-en une ruine fumante. Que Mytus devienne le cimetière de leur arrogance."
Un cri d’extase collective parcourut la prison, une vague de haine brute prête à déferler.
Katarn entendit les cris de la révolte s’élever tout autour de lui, un tumulte de rage et de chaos qui se répercutait dans les couloirs métalliques de la prison. La situation était critique. Comment une des planètes les plus sécurisées de la République avait-elle pu être attaquée de front ainsi ?
Mais il n’avait pas le temps pour ces questions.
Haris.
Son maître était la seule famille qui lui restait. Rey ou pas, Mortis ou pas, il refusait de partir avant d’être sûr que rien ne lui arriverait.
Pas le choix il se lança dans les couloirs.
Le sol tremblait encore sous les secousses des explosions, et l’air était saturé de poussière et de fumée. Il dépassa plusieurs cellules ouvertes, où des prisonniers, affaiblis par des années de détention, tentaient de se réorienter, tandis que d’autres se ruaient déjà vers la sortie dans un mélange de confusion et d’euphorie meurtrière.
Très vite, il tomba sur une scène de combat.
Les gardes de Mytus VII s’étaient regroupés, tentant tant bien que mal de contenir les détenus qui s’étaient transformés en une masse déchaînée. Des tirs de blasters fusaient dans toutes les directions, illuminant les couloirs de flashes rouges et bleus. Les prisonniers, quant à eux, s’acharnaient comme des bêtes sauvages, utilisant tout ce qui leur tombait sous la main comme arme : des barres métalliques, des morceaux arrachés des cellules, certains même leurs propres poings, animés d’une fureur nouvelle.
Mais ce n’était pas ça qui alarma Katarn.
Parmi les prisonniers enragés, une autre force s’était glissée. Silencieuse, méthodique, implacable.
Des soldats masqués en armure sombre, vêtus de capes noires, progressaient dans l’ombre du chaos, se déplaçant avec une aisance inquiétante à travers le carnage. Ils n’étaient pas des bêtes déchaînées, mais des prédateurs.
Puis, dans la fumée, il les vit.
Leurs sabres s’allumèrent en une série de lames rouge sang.
Les Enfants de Korriban étaient là.
Les lames écarlates illuminèrent le chaos d’une lueur sinistre alors que les guerriers noirs s’élançaient sur les gardes. Ces derniers réagirent aussitôt, activant leurs propres sabres dans un concert de bourdonnements énergétiques.
L’acier rouge et bleu s’entrechoqua dans une série d’éclats brûlants. Parmi les gardiens de Mytus, il y avait des Brightstar triés sur le volet et spécialement entraînés à affronter des adeptes du côté obscur, opposèrent une résistance farouche. Ils étaient rapides, disciplinés, rompus au combat contre des utilisateurs de la Force.
Mais cette fois, ce n’était pas suffisant.
Katarn, resté à l’écart, observa avec une attention glaciale. Ce qu’il voyait lui confirma ce qu’il redoutait.
Ces adversaires n’étaient pas de simples manieurs du côté obscur, comme ceux qu’il avait affrontés sur Coruscant. C’étaient de véritables Seigneurs Sith. Leur technique le prouvait. Leur maîtrise, leurs feintes calculées, la précision chirurgicale de leurs attaques.
Katarn vit un Brightstar reculer sous la pression d’un Sith encapuchonné. Il tenta une parade haute, mais son adversaire anticipa et frappa d’un coup diagonal, tranchant à travers sa défense avant même qu’il ne puisse réagir.
Un autre chevalier s’élança dans la mêlée, cherchant à surprendre un Sith par un coup rapide et direct. Mais le guerrier noir pivota sur lui-même avec une aisance terrifiante, esquivant de justesse, et dans le même mouvement, tendit la main.
Une onde d'éclair explosa, envoyant le Jedi s’écraser brutalement contre un mur.
Katarn serra les dents.
Les Brightstar étaient des combattants redoutables. Mais face à ces Seigneurs Sith, ils ne faisaient pas le poids. S'il voulait survivre, il lui fallait une arme.
Son regard balaya rapidement les environs jusqu'à ce qu'il aperçoive un Sith en train de s’acharner sur un garde, son sabre rouge frappant avec une brutalité implacable. Le gardien tentait de parer comme il pouvait, mais il était en mauvaise posture, acculé contre un mur, sa défense vacillante.
Coleman plissa les yeux. Il reconnut immédiatement la silhouette enrobée et la posture trop désordonnée de Joran. Sans hésiter, il fonça, tendant la main.
La Force répondit à son appel, bien que faiblement, le Sith fut projeté sur le côté. Pas assez loin. Pas assez fort. Katarn serra les dents, frustré. Il n’avait pas encore retrouvé toute l’étendue de ses capacités.
Il tendit la main à Joran, l’aidant à se relever.
— "Oh, Coleman… c’est la folie, on va tous mourir ici !" paniqua le garde, ses yeux affolés cherchant désespérément une issue.
Il ne répondit pas. Il attrapa fermement le sabre laser encore allumé dans les mains tremblantes de Joran et se plaça devant lui.
Face à lui, le Sith s'était déjà redressé. Il tourna lentement autour de Katarn, l'observant à travers le masque sombre qui dissimulait son visage. Son attitude n'était plus la même qu'avec Joran. Il ressentait le danger.
Katarn serra le manche du sabre, ajustant sa prise. Il n’était pas encore au sommet de sa puissance. Mais il n’avait pas besoin de l’être pour faire comprendre à ce Sith qu’il s'attaquait à la mauvaise personne.
Le Sith lui fit quelques pas autour de Katarn, son sabre toujours activé, mais il ne porta pas immédiatement le premier coup. Derrière son masque, sa voix résonna, calme et posée :
— "Pourquoi prends-tu la défense d’un gardien, prisonnier ?" demanda-t-il en désignant Joran d’un geste de la main. "Ce combat n’est pas le tien. Tu pourrais simplement tourner les talons et partir pendant que tu en as encore l’occasion."
Katarn ne répondit pas, se contentant de garder sa garde haute. Il n’allait ni fuir ni négocier.
Un éclat de rire moqueur retentit alors derrière lui.
— "Évidemment qu’il ne partira pas," intervint une voix rauque et familière.
Nit Braum.
Le Notalon gris s’avança lentement, son sourire cruel dévoilant des dents pointues. Sa silhouette élancée, pourtant musculeuse, était accentuée par la lumière des flammes qui commençaient à lécher les murs de la prison. Ses yeux d’un jaune fauve brillaient d’un amusement mauvais tandis qu’il posait son regard sur Katarn. Il tenait un blaster taser d'un des gardiens à la main.
— "Regardez-moi ça. Coleman Katarn, toujours à jouer les héros, même pour ses geôliers." Il laissa échapper un petit rire, savourant l’instant.
— "Tu ne trouves pas cela ironique ? Toi abandonné par les tiens ? Les Jedi t’ont laissé croupir ici, alors que les Enfants de Korriban, eux, viennent libérer les leurs."
L'ancien Jedi ne répondit pas encore trop occupé à se focaliser sur le vrai danger, le sith en face de lui.
Le regard de Braum devint plus froid. Il se tourna vers le Sith et fit un geste de la main. "Tue-le. Il ne mérite pas de voir ce jour se terminer."
Le Sith s'exécuta sans poser de questions et s'élança sur Katarn, son sabre rouge traçant un arc brûlant dans l'air. Katarn para immédiatement l'attaque, reculant légèrement pour jauger son adversaire. Il se concentra sur sa défense, refusant de se précipiter face à son adversaire dont il ignorait encore le vrai niveau.
Les lames s’entrechoquèrent à plusieurs reprises, illuminant les couloirs d’éclairs écarlates et bleus. Le guerrier Sith était méthodique, chaque coup calculé, chaque attaque cherchant à lui percer sa garde . Mais ce dernier ne se laissait pas déborder. Katarn analysait, patient, attendant l’erreur.
Sur le côté, Joran observait la scène, figé par la peur. Son visage, d’ordinaire jovial et insouciant, était crispé. Ses yeux, écarquillés, mélange de stupeur et d’incrédulité.
Braum, lui, s’impatientait. Il grogna, irrité par le duel qui s’éternisait. D’un geste vif, il pointa son blaster neutralisateur sur Katarn, prêt à tirer pour le paralyser et offrir une ouverture au Sith.
Mais Katarn connaissait le renégat. Il savait depuis le début qu'il ne pourra pas s'empêcher de s'injecter dans ce combat ,. Il cmptait même sur cela. Il pivota au dernier instant, déviant le tir d’un mouvement précis de sa lame. L’arc d’énergie frappa le Sith en pleine poitrine. Son corps se raidit instantanément avant de s’effondrer lourdement sur le sol, paralysé.
Joran sursauta violemment, la bouche entrouverte, incapable de prononcer un mot.
Braum, lui, poussa un cri de rage. Il serra les dents, levant son blaster comme s’il comptait tirer à nouveau, mais un éclair d’hésitation traversa son regard. Son instinct de survie prit le dessus.
— "Merde !" cracha-t-il avant de s’enfuir à toute vitesse dans les couloirs, disparaissant dans la pénombre.
Katarn jeta un dernier regard dans la direction où Braum s’était enfui, mais il ne perdit pas de temps à le poursuivre. Ce n’était pas sa priorité. Il se pencha vers le Sith inconscient et arracha son sabre de sa ceinture.
D’un geste, il tendit l'épée de Joran vers lui.
— "Reprends ton sabre," ordonna-t-il.
Joran, encore tremblant, hésita avant de refermer les doigts sur son épée.
— "Coleman…" Sa voix était incertaine. "Ne me laisse pas tout seul."
Katarn le fixa un instant, puis secoua la tête.
— "Je dois trouver Maître Haris."
Joran serra les dents et secoua vivement la tête.
— "Pas question. Rester seul ici ? Avec les couloirs qui pullulent de Sith ? Non merci. Je viens avec toi."
Coleman soupira, mais ne perdit pas plus de temps à discuter.
— "Alors bouge."
Les deux hommes se mirent en marche à travers la prison en ruines.
— "Qu’est-ce qui s’est passé ?" demanda finalement Katarn en avançant prudemment. "Comment ont-ils pu attaquer Mytus ?"
Joran secoua la tête, visiblement aussi perdu que lui.
— "Je sais pas… Tout est allé trop vite. La première explosion a touché la salle des machines qui diffusent le Nul-Force. Ça a détruit les générateurs, et une minute plus tard, ils étaient là."
Katarn l'avait déduit. Ce n’était pas une attaque improvisée. C’était un plan parfaitement exécuté. Une trahison venue de l’intérieur ? Impossible de le dire pour l’instant. Il devait juste atteindre Haris avant qu’il ne soit trop tard.
Alors qu'il avançait dans les couloirs dévastés de la prison, Katarn évitait les affrontements dispersés un peu partout. Les cris des prisonniers en révolte, les échanges de tirs, les sabres laser qui s'entrechoquaient, tout cela formait un chaos assourdissant. Les droïdes carcéraux jacassaient en boucle des alertes d’évacuation ou d’ordre de rétablissement.
Mais au milieu de ce tumulte, quelque chose d’autre grandissait en lui.
Sa connexion avec la Force.
Il la sentait, plus claire, plus vive à chaque pas. Le voile du Nul-Force était levé, et maintenant, la Force revenait à lui avec une intensité presque écrasante.
L'ancien chevalier s’arrêta un instant, fermant les yeux. Il n’avait pas le temps de chercher Haris à l’aveugle. Il devait le sentir.
Il laissa son esprit s’étendre. Les échos de la prison assiégée l’envahirent. Il perçut la peur, la rage, la douleur… mais au-delà de ce tumulte, une présence familière.
Haris.
Son maître était là, quelque part… Blessé. Faible.
Il ouvrit brusquement les yeux.
— "Il est dans son bureau."
Sans un mot de plus, il s’élança à travers les couloirs éventrés, laissant Joran le suivre comme il pouvait, peinant à tenir son rythme.
Il atteignit enfin la porte du bureau de Haris.
Katarn s’y engouffra sans hésitation. Haris était étendu sur le sol, inconscient, une légère trace de sang à la tempe. Katarn s’agenouilla près de lui. Il posa une main sur son épaule, cherchant à percevoir sa présence. Haris respirait. Son pouls était stable, bien qu’affaibli. Il allait s’en sortir.
Il redressa légèrement la tête. Soulagé, il se souvint de la dernière fois où il avait été dans ce bureau. De sa discussion avec son maître sur son rêve.
Et c’est là qu’il la ressenta. Il connaissait cette sensation, ce lien invisible qui reliait chaque Jedi à sa lame. Il se leva d’un bond, s’approchant du bureau éventré. Ses doigts effleurèrent le tiroir du bas.
C’était là.
Il l’ouvrit d’un geste vif. Et son regard se posa sur son sabre laser, intact, posé parmi quelques datapads et documents.
Il tendit la main, et l’arme vola aussitôt dans sa paume. Un courant électrique parcourut son bras lorsqu’il la serra. Ss doigts se refermèrent sur la poignée familière, la force l'envahit comme une vague de certitude. Comme si, pour la première fois depuis une éternité, il savait exactement qui il était.
Il inspira profondément, sentant le poids de l’arme dans sa main, la texture usée du manche, l’équilibre parfait qu’il connaissait par cœur, il enclencha l’activateur.
Avec un vrombissement familier, la lame jaillit.
D’un vert éclatant. Un jade pur, vif.
Katarn observa un instant la lueur danser sur les parois du bureau en ruine. Il ne savait pas combien de temps s’était écoulé depuis la dernière fois qu’il avait tenu son sabre. Un an ? Une éternité ? Peu importe.
Ce moment-là effaçait tout le reste.
Sans un mot, il leva l’autre main et fit léviter l’épée Sith qu’il avait prise plus tôt. Il n’en avait plus besoin. Et avec un geste rempli de détermination la trancha en deux.
D’un coup, tout changea.
Il n'était plus dans le bureau de son maître. Ni même sur Mytus. Il se retrouva dans le cockpit du Faucon Millenium. Cette fois-ci, pas de Chewbacca, ni de C-3PO. Seulement Rey, debout devant lui, souriante, intacte.
— "Maintenant que tu es de retour…"
Sa voix résonna en lui, chaleureuse, indéniable.
— "Il est temps pour toi de venir me trouver."
Puis tout disparut.
De retour sur Mytus, sabre en main, Katarn haleta.
Oui, Rey avait raison. Il pouvait le sentir. Il était de retour. Coleman Katarn était de retour.
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Dans le vaisseau de Darth Nihilius, en orbite.
Zethus s’inclina légèrement devant son maître, ses mains osseuses se croisant sous les plis sombres de sa tunique. Son corps frêle, presque cadavérique, semblait prêt à se briser sous son propre poids, mais son regard, lui, brillait d’une lueur d’intellect affûté.
Derrière la vaste baie vitrée du pont, Sedu observait la planète où il avait grandi en proie aux flammes et aux explosions. Des détonations illuminaient l’atmosphère nocturne tandis que la prison, symbole de l’autorité Jedi, vacillait sous l’assaut.
— "Le plan a été exécuté à la perfection, Seigneur Nihilius," déclara Zethus d’une voix sèche et traînante.
Il fit un geste vers l’interface l’interface holographique, où des projections montraient la progression de leurs forces dans le complexe.
— "Leur système de détection ainsi que le réseau courant de la prison ont été réduits en cendres dès l'explosion des salles de machines provoquée par votre agent. Les communications aussi ont été coupées, l’ennemi a été plongé dans le chaos total."
Un sourire mince se dessina sur son visage squelettique alors qu’il poursuivait:
— "Les troupes du général Vox ont rempli leur rôle. En engageant les défenses planétaires, elles ont offert la diversion nécessaire, forçant les forces locales à concentrer leurs efforts ailleurs."
D’un doigt osseux, il désigna une nouvelle séquence holographique montrant l’intérieur de la prison, où les Enfants de Korriban affrontaient les gardiens.
— "Pendant ce temps, nos combattants Sith et manieurs sombres ont débarqué directement dans le cœur du complexe. Privés de l’avantage du Nul-Force, les gardes et leurs protecteurs Brightstar luttent pour leur survie."
Un silence s’étira alors que Zethus observait les flammes dévorer peu à peu la forteresse carcérale.
— "Bientôt, cette prison ne sera plus qu’un tas de cendres et de cadavres."
Il redressa légèrement son dos voûté et s’inclina devant son maître, attendant sa réponse.
Darth Nihilius resta silencieux un instant, le regard perdu dans le vide stellaire au-delà de la passerelle. Le reflet des explosions embrasant la surface illuminait faiblement son masque impassible.
Puis, d’une voix calme, presque désintéressée, il rompit le silence :
— "Qu’en est-il de la mission des Dix ?"
Zethus, toujours courbé légèrement en signe de respect, esquissa un sourire maigre.
— "Elle suit son cours, mon Seigneur. Ils ont atteint leur destination sans être interceptés. Personne ne sait qu’ils sont là, et personne ne les arrêtera."
Le Seigneur Sith hocha lentement la tête, assimilant l’information. Un battement de silence plana dans la pièce, lourd, pesant, avant qu’il ne reprenne d’un ton plus tranchant :
— "Bien. Dès qu’ils auront terminé, nous partirons sur-le-champ."
Il tourna alors son regard vers Zethus, sa voix se faisant plus glaciale.
— "Et ramenez-moi Braum."
Il marqua une pause, laissant l’ombre de ses mots s’étirer.
— "J’ai deux mots à lui dire."
Zethus inclina la tête, son sourire s’étirant légèrement.
— "Tout sera fait selon votre volonté, Seigneur Nihilius."
Le serviteur se retira dans l’ombre, tandis que Nihilius reportait son attention sur la planète en flammes, son plan se déroulant exactement comme il l’avait prévu.