Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force

Chapitre 9 : Carte sur table

4565 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 06/03/2026 14:00

« La République stellaire et les Jedi sont sous le feu de deux camps. Et ils ne s’en rendent même pas compte. »

Les mots de la reine de Zeltron s’échappèrent d’un ton froid et implacable, résonnant dans le silence quasi sacré de la salle à manger.

Meywine, les mains posées à plat sur la surface froide et lisse de la table, étaient tendues. Son regard se fixa intensément sur la reine Azra, dont l’expression, à la fois sévère et empreinte de mystère, semblait cacher des siècles de secrets et d’épreuves.

« Deux camps ? » demanda la Jedi d’une voix grave. « Les Enfants de Korriban, bien sûr. Mais qui d’autre ? »

Azra répondit immédiatement, avec une certitude inébranlable.

« Certains dirigeants, Grand Maître. Des politiciens, des “despoliticiens”, comme on pourrait les qualifier, qui voient dans ce conflit une opportunité de servir leurs propres intérêts. Ils espèrent que cette guerre contre les Sith s’éternisera, que les combats vous enliseront, épuisant vos ressources et affaiblissant votre influence. »

Dans un recoin de la pièce, à l’abri des regards, Korrin, qui s’était levé, écoutait en silence, son regard trahissant une profonde inquiétude, comme si chaque mot était une ombre qui se glissait sur son âme fatiguée.

« Ces politiciens ne sont pas des alliés des Sith, loin de là. Ils se présentent comme de fervents défenseurs de la République, mais ils ne voient en vous qu’une force indomptable à maîtriser. Ils aimeraient vous voir affaiblis, soumis à leur autorité. » Azra poursuivit, d’un ton las.

Meywine fronça les sourcils, son esprit s’activant avec une froideur méthodique alors qu’elle pesait chaque révélation.

« Ils misent sur notre vulnérabilité, » murmura-t-elle, sa voix à peine audible. « Ils veulent que nous soyons contraints de demander leur aide. »

« Exactement, » confirma Azra. « Ils savent que la Bataille de Coruscant a infligé des dommages considérables aux Enfants de Korriban. Convaincus qu’une alliance avec la République suffirait à les vaincre facilement, ils préfèrent faire durer les combats afin de tirer profit de la situation, vous contraignant le moment venu à accepter leurs conditions. Après tout, Grand Maître, vous n’êtes pas sans savoir que les Jedi ne comptent pas que des admirateurs au sein de la République. Certains considèrent votre indépendance comme une menace, bien plus qu’une protection. »

Meywine hocha lentement la tête, consciente de la véracité des propos et ressentant un profond sentiment de trahison se mêler à sa détermination.

« C’est précisément pour cela que j’ai insisté pour votre intégration immédiate au Conseil de Sécurité, » expliqua Azra, sa voix devenant plus douce tout en demeurant empreinte de détermination. « En siégeant dès maintenant à cette table, vous n’aurez pas à sacrifier vos idéaux pour obtenir le soutien de la République. Vous pourrez mener cette guerre selon vos propres termes. »

« Je savais pour ces politiciens, Votre Majesté. Je sais que je n’en ai pas l’air. Je suis moins crédule que je n’y parais. C’est pour cela que je suis venue à la Conférence Galactique. Pour les contrer. Par contre, ce qui m’a surpris, c’est votre insistance. Pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi ne pas m’avoir parlé de vos desseins plus tôt ? Après tout, ils sont en faveur du Nouvel Ordre, n’est-ce pas ? » questionna Meywine.

Un sourire énigmatique se dessina sur les lèvres d’Azra, ses yeux brillant d’une malice contenue.

« Nous nous ressemblons beaucoup, Grand Maître, » répondit-elle, la voix teintée d’une ironie subtile, alors que son regard se posait sur la Brightstar avec une intensité qui ne laissait aucune place au doute. « Mais moi, grâce à mon âge, je peux me permettre d’être plus franche que vous. Après tout, on excuse tout aux vieilles dames. »

Elle reprit son souffle, se redressant lentement pour faire face à Meywine, et déclara avec une assurance mesurée :

« Si je vous avais parlé d’un siège au Conseil, vous auriez refusé catégoriquement cette idée. Je connais la ténacité des Jedi. En manœuvrant comme je l’ai fait, je vous ai forcé la main en douceur, sans vous faire perdre la face devant votre Ordre. Et puis, si cette guerre se termine par une victoire rapide, ce sera en grande partie grâce à moi. Je compte sur le Nouvel Ordre Jedi pour ne pas l’oublier. »

Meywine comprit immédiatement le sous-entendu, son cœur se durcissant d’une méfiance nouvelle.

« C’est ce que vous cherchez, que nous vous soyons redevables ? » demanda-t-elle, d’un ton direct et sans détour.

« Oui. J’aimerais que vous me rendiez une faveur, une faveur que votre Ordre refuserait en temps normal, Grand Maître, » répondit Azra, délaissant sa fausse nonchalance pour de la gravité inquiétante.

D’un geste mesuré, elle sortit un petit holocron de ses manches, et tendit la sphère à Meywine, ses doigts effleurant l’objet avec une tendresse presque maternelle, avant de déclarer d’une voix solennelle :

« Ceci est mon testament concernant la succession du trône de Zeltron. J’y nomme Zélia comme la future reine. Je confie aux Jedi la responsabilité de veiller à son application, et cela même si cela nécessite l’usage de la force. »

Les sens de Meywine, aiguisés, percevaient déjà une machination qui dépassait les simples intérêts de la paix. Une ombre planait, une dissonance dans la Force qui lui serrait le cœur. Elle fixa Azra, un mélange de suspicion et de défi illuminant son regard, tandis que ses yeux bleu acier lançaient des éclairs silencieux dans l’obscurité.

« Vous me proposez de faire du Nouvel Ordre votre police privée ? » demanda Meywine, sa voix tranchante se transformant en lame froide, contenant une colère glacée. « Vous aviez raison sur une chose : les Jedi sont têtus. Je préfère quitter dès maintenant le Conseil et affronter seule les Enfants de Korriban, plutôt que de plonger le Nouvel Ordre dans les affaires politiques de Zeltron, des affaires qui ne nous concernent pas. »

Un sourire de désapprobation se dessina de nouveau sur les lèvres d’Azra, ses yeux pétillant d’une malice contenue.

« Et vous feriez une grande erreur, Grand Maître, » rétorqua-t-elle d’un ton ferme, ne souffrant aucune réplique, « car les affaires politiques sur Zeltron sont précisément vos affaires. La succession du trône est directement liée à la survie du Nouvel Ordre. »

Intriguée, Meywine haussa un sourcil, une lueur de curiosité perçant son masque de méfiance. « Expliquez-vous. »

À cet instant, Korrin intervint, ses traits envahis par une inquiétude palpable :

« Mère, ce que vous vous apprêtez à dire… ce sont des accusations graves. Une fois prononcées, il n’y aura pas de retour en arrière. »

Azra, ignorant les protestations de son fils, tourna alors son regard vers Valia, dont l’expression traduisait une tension intense. Valia ressentit comme si elle était jugée par la reine pour un crime dont elle ignorait tout.

« La famille Laurine se prépare à contester la nomination de Zélia. Zahira Laurine, l’ancienne Voix des Jedi et matriarche de la famille, rallie en ce moment même les maisons nobles pour s’opposer à cette succession. »

Le silence s’épaissit, chargé de sous-entendus et de non-dits. L’air vibrait d’une tension électrique, et chaque émotion semblait emplir la pièce comme une tempête silencieuse.

« Dans quel but ? » demanda Meywine, ses yeux perçant ceux d’Azra, cherchant la vérité au-delà des mots.

« S’emparer du trône. Par le biais de Valia. Ma seule petite-fille par le sang, » répondit Azra, détournant son regard vers celui de sa petite-fille.

Valia, abasourdie, peinait à croire ce qu’elle entendait. Sa peau rose pâlit d’un coup, et ses yeux verts remplis d’incrédulité se tournèrent vers le visage livide de son père, puis celui satisfait de sa grand-mère la reine. Elle essaya de rassembler ses esprits et s’exclama d’une voix tremblante :

« Votre Majesté, ce n’est pas possible, je ne suis plus une Altar, je ne suis même plus une Laurine. Je me suis émancipée. »

D’un ton doux mais ferme, Azra répondit, ses yeux reflétant une sagesse séculaire :

« Oui, tu t’es émancipée du serment ancestral, Valia, mais pas de ton nom de famille. »

Elle marqua une pause, son regard se perdant dans le lointain, comme si elle revivait des souvenirs enfouis, puis reprit d’une voix teintée d’une amertume résignée :

« La famille Laurine prépare ce coup depuis des décennies. Parce que je n’ai jamais eu de fille pour me succéder, et cela malgré tous mes efforts. Mon règne a toujours été contesté par certaines familles nobles à cause de la question de la succession. Pour apaiser les esprits, j’ai marié Korrin à Eden Laurine, espérant que le rapprochement avec la couronne ferait d’eux nos alliés et calmerait les autres maisons nobles. Mais j’ai compris trop tard que cela avait toujours été le plan de Zahira. »

Valia se souvint soudain de la conversation qu’elle avait eue avec Katarn sur Serenno, où, pour la réconforter maladroitement comme il savait le faire, il lui dévoila alors les coulisses du mariage arrangé entre ses parents. Une partie d’elle espérait qu’il avait tort, mais aujourd’hui, Azra lui confirmait tout.

La Reine continua de fixer la jeune padawan comme si elle était complice des trahisons de sa famille :

« Valia, étant une Laurine et une Altar, peut être perçue comme une candidate sérieuse à la succession, surtout que Zélia n’est que ma nièce, la fille de ma feu sœur fauchée par une maladie "mystérieuse". Pour sa sécurité, j’ai fait en sorte qu’elle soit élevée loin du palais et des enjeux politiques. L’émancipation de Valia a certes été un choc pour les Laurine, mais n’a pas changé leurs plans. Le moment venu, ils la récupéreront pour l’imposer sur le trône. »

Meywine, les sourcils froncés, signe de son scepticisme vis-à-vis de ces révélations, s’injecta de nouveau dans la discussion. « Votre Majesté, Valia est une Jedi, ma padawan, » déclara-t-elle d’une voix ferme. « Personne ne pourra lui imposer quoi que ce soit. Et même si tout cela était vrai, je ne vois toujours pas en quoi cela concerne le Nouvel Ordre Jedi. »

Azra la regarda avec un sourire indulgent, comme si elle s’adressait à un enfant naïf, et répliqua :

« Vraiment, Grand Maître ? Je ne vous pensais pas aussi candide. »

Elle marqua une pause, son regard perçant soulignant la gravité de ses paroles, puis ajouta :

« Vous oubliez que votre Conseil Jedi compte Mettsen Koffi, l’ancien padawan de Zahira, qui vient lui-même de faire élire deux secrétaires acquis à sa cause. Tous ce beau monde est proche de la famille Laurine. »

La Reine, ayant trop parlé, se saisit d’un verre et, tout en buvant l’étrange nectar vert, continua ses explications d’une voix basse mais intense :

« Comme il y a des politiciens qui veulent vous affaiblir pour mieux vous contrôler, Grand Maître, il y a aussi des Jedi qui cherchent à fragiliser la République pour mieux la dominer. »

Elle baissa son verre, son regard perçant fixant Meywine avec une intensité qui mettait mal à l’aise, et déclara :

« La famille Laurine est le porte-drapeau de ces Jedi. Une des familles fondatrices du Nouvel Ordre, à qui fut confié le rôle de la Voix des Jedi. Depuis que Zahira en est devenue la chef, elle n’a jamais accepté de se contenter d’être une simple porte-parole. Pour elle, la gloire de Zeltron passe par sa famille qui a contribué à forger le Nouvel Ordre. C’est cette proximité avec les Jedi qui confère son influence à Zeltron, et donc, pour elle, ce sont les Laurine qui sont les plus légitimes au pouvoir. »

Elle se pencha légèrement en avant, son visage prophétique, et poursuivit :

« Une fois les Laurine sur le trône de Zeltron, et Koffi gagnant de plus en plus d’influence au sein de l’Ordre, ils feront en sorte que les Jedi rejoignent définitivement la République. De là, ils pourront devenir les régents, comme au temps de l’Ancienne République. »

Elle laissa planer le poids de ses paroles un instant, puis ajouta :

« Vous vous souvenez de cette République, si dépendante des Jedi, qu’ils se sont laissés corrompre par les enjeux politiques, ce qui mena à leur destruction. Zahira et Koffi veulent répéter l’histoire, mais cette fois-ci, ils s’assureront que les Jedi seront les maîtres, et non les esclaves, du pouvoir. »

Elle fit un geste vers l’holocron posé sur la table en le pointant du doigt : « C’est pour cela que ce testament est important. Ce n’est pas seulement une question de succession, c’est une question de survie pour votre Ordre. Si Valia monte sur le trône, elle sera la marionnette de Zahira et de Koffi. Ils utiliseront Zeltron comme un levier pour contrôler la République, avant de se tourner vers vous. »

« Reine Azra, comment avez-vous récolté toutes ces informations sur les Laurine ? » demanda Meywine, ses sens en alerte cherchant la vérité.

Azra fixa l’horizon un instant avant de répondre :

« Grand Maître, mon règne a toujours été en proie aux questions de succession. Dans ce climat tendu, j’ai dû établir des oreilles discrètes au sein des cours nobles. Chaque murmure, chaque rumeur m’était rapporté avec soin pour anticiper les manœuvres menaçant mon trône. »

Meywine se perdit un instant dans les paroles d’Azra, ressentant une dissonance dans la Force, une ombre qui venait troubler son cœur. Elle vit, dans le regard d’Azra, une fragilité dissimulée derrière l’armure d’une Reine aguerrie, et un sentiment de méfiance s’insinua en elle.

« Il y a quelques années, je n’aurais eu besoin de personne pour remettre ces traîtres à leur place, » dit la reine zeltronne d’une voix résignée, teintée de tristesse. « Mais le temps n’est plus de mon côté. Je sens que ma vie touche à sa fin. J’ai fait de mon mieux pour préparer Zélia, mais elle reste jeune. Trop jeune pour la guerre, surtout une guerre civile. Les enjeux de ma succession dépassent désormais les frontières de Zeltron. Ils détermineront l’avenir de la galaxie. Pourrai-je compter sur vous, Grand Maître ? »

Meywine, touchée par la sensibilité de la reine, lui annonça :

« Je comprends la gravité de la situation, mais cela ne signifie pas que j’accepte votre plan. Je ne laisserai jamais l’Ordre tomber entre les mains de Koffi. Son ambition ne verra pas le jour, quel que soit le souverain de Zeltron. »

Azra laissa échapper un rire sec, reprenant son air solennel, et dit :

« Vous êtes plus cruelle que je ne le pensais, Meywine. Votre loyauté envers vos idées est sans faille. »

Elle marqua une pause, son regard perçant fixé sur Meywine, comme pour mesurer la sincérité de sa réponse. « Je vous apprécie, Grand Maître. Comme je vous l’ai dit, nous nous ressemblons beaucoup. C’est sûrement pour cela que je vous aime bien. J’espère seulement que ce que je redoute n’arrivera jamais. Pour le salut de nos âmes à nous deux. »

« Je vous remercie pour ce dîner, Reine Azra, » dit Meywine poliment en se levant de son siège, « il fut… très instructif. »

« Tout le plaisir est pour moi, Grand Maître, » répondit Azra, un sourire satisfait illuminant brièvement son visage. « J’espère vous avoir de nouveau à ma table un de ces jours. »

Au moment où ils se levaient, Geki déboula dans la salle à manger, les yeux brillants d’excitation, le souffle court, comme emporté par une joie enfantine.

« Valia ! » s’écria-t-il, essoufflé, sa voix résonnant dans la pièce comme une clameur inattendue. « Tu ne devineras jamais ! Ta cousine a toute la collection de "Conquête Galactique" ! Même les éditions rares ! »

Meywine, un sourcil levé, posa fermement sa main sur l’épaule de sa padawan, sentant la tension irradier de la jeune femme.

« Geki, » dit-elle d’une voix calme mais ferme, ses yeux bleu acier lançant un avertissement silencieux, « calme-toi. Il est temps de partir. »

« Mais Grand Maître ! » protesta-t-il, les yeux toujours rivés sur Valia, ignorant l’avertissement. « Il y a des éditions que je n’ai jamais vues ! »

« Plus tard, Geki, » coupa Meywine, son ton ne souffrant aucune réplique, tandis que la colère montait en Valia. « Maintenant, nous partons. »

Alors qu’ils s’éloignaient, Korrin s’approcha de Valia, son visage empreint de gravité. Il hésita un instant, puis tendit la main et la posa délicatement sur le bras de sa fille.

« Valia, » dit-il d’une voix douce mais brisée, comme s’il craignait de la perdre à chaque instant, « ne prends pas les paroles de ta grand-mère trop à cœur. »

« Comment le pourrais-je, père ? » demanda Valia, sa voix chargée d’amertume, ses yeux embués de larmes, son corps entier tremblant de rage contenue. « Elle dit que ma propre famille complote contre elle ! Contre nous ! »

Korrin retira sa main, se sentant maladroit, mais son regard resta fixé sur sa fille, empli de tristesse. « Ce qu’elle a dit n’est pour l’instant que l’extrapolation d’une Reine inquiète, » murmura-t-il, sa voix à peine audible, ses yeux implorant silencieusement le pardon. « Je suis certain que nous n’en arriverons pas à un affrontement. De ton côté, ne t’inquiète pas et continue de suivre ta propre voie, celle que tu as décidée pour toi-même, sans te laisser influencer ni par les Altar, ni par les Laurine. »

Il recula d’un pas, et laissa tomber son bras le long de son corps, le regard perdu dans l’horizon.

« Que la Force soit avec toi, » lui lança Korrin alors qu’elle quittait la pièce.

Valia, touchée par l’attention de son père, esquissa un sourire timide et lui rendit « Et avec vous, père ».

Et suivit le Grand Maître, qui s’empressait de traîner Geki dehors, avant que celui-ci ne lance une nouvelle salve de lamentations.

Dans les couloirs du Sénat, alors qu’elles marchaient côte à côte, Meywine sentit la colère émaner de Valia. La jeune Zeltronne était perdue dans ses pensées, son visage oscillant entre frustration et tristesse.

« Valia, calme-toi, » dit Meywine d’une voix douce, ressentant la douleur intense de sa Padawan.

« Je ne peux pas, Grand Maître, » répondit Valia, sa voix tremblante, ses larmes coulant silencieusement, ses poings serrés le long de son corps. « Ma grand-mère et même ma propre mère ne m’ont jamais vue que comme un instrument de leurs ambitions démesurées. Une ambition qui risque de plonger Zeltron dans le sang. »

Meywine posa alors une main sur l’épaule de sa Padawan, sa voix empreinte d’une sagesse acquise à force d’épreuves :

« Tu sais, ceux qui détiennent le pouvoir ont tendance à se perdre dans des jeux d’influence, blessant même leurs propres enfants. Cela ne signifie pas qu’ils ne les aiment pas, ils oublient juste parfois ce qui est essentiel. C’est donc à nous de le leur rappeler. D’ailleurs, en parlant de ta mère, paradoxalement, autant j’ai toujours soupçonné Zahira d’être une manipulatrice, autant Eden, j’ai toujours senti qu’elle se forçait beaucoup pour descendre à son niveau. Alors, je ne perds pas espoir en elle, et j’aimerais que tu fasses autant. »

Ses paroles apaisantes enlevèrent un poids des épaules de la jeune padawan. Son amour et son admiration pour Meywine ne firent que se renforcer. « Merci, Grand Maître. Vos mots me touchent. »

Valia se replongea aussitôt dans la discussion qui avait animé le dîner.

« Pardon, Grand Maître. Je me demande si nous ne devrions pas intervenir dans la succession de Zeltron. Ne serait-ce pas le seul moyen d’éviter un bain de sang ? Si les Jedi soutiennent ouvertement Zélia, les Laurine, en tant que Voix des Jedi, n’auraient d’autre choix que de s’incliner. »

Meywine secoua doucement la tête, un sourire empreint de tristesse se dessinant sur ses lèvres.

« Beaucoup font la même erreur que toi, Valia. Les Laurine ne sont pas la Voix des Jedi. Eden est la Voix des Jedi. Il y a une distinction capitale : celui qui est investi de cette fonction prête allégeance au Nouvel Ordre, même s’il porte le nom Laurine. Par conséquent, la famille Laurine n’a aucune obligation de se soumettre aux Jedi. »

Elle marqua une pause, son regard se perdant dans le lointain. « De toute façon, le dessein d’Azra n’a jamais été de nous impliquer directement dans cette querelle. »

« Comment ça ? » rétorqua immédiatement Valia.

« Azra cherche simplement à démanteler les réseaux de soutien de Zahira au sein de l’Ordre. Elle est trop perspicace pour croire qu’elle pourrait me convaincre d’intervenir pour imposer sa volonté. Elle savait dès le début que je refuserais sa proposition. Mais elle a tenté sa chance, en politicienne avisée qu’elle est. Cependant, son véritable objectif est atteint : elle sait que je ne peux pas ignorer ce qu’elle m’a dit et que, par conséquent, je ne resterai pas passive face à Koffi. »

Valia comprit que durant ce dîner, une partie d’échecs complexe s’était jouée sous son nez, les pièces se déplaçant avec une subtilité qui lui avait échappé. Alors qu’elle atteignait les portes de sa chambre, Meywine remarqua que le communicateur de la jeune Zeltronne était allumé.

« Ton communicateur, Valia, » dit Meywine, son regard soulignant l’appareil scintillant discrètement à sa ceinture, « il est allumé. »

Valia, surprise, porta la main à son communicateur. « Je n’avais pas remarqué, » murmura-t-elle, se demandant qui pouvait bien lui avoir laissé un message.

Elle sortit l’appareil et l’activa. Immédiatement, le visage de Zain illumina les couloirs faiblement éclairés, son visage rempli de panique.

« Valia… c’est Zain, » commença-t-il, sa voix tremblante d’émotion, mais déterminée, « j’ai retrouvé mon corps. Je ne sais pas comment. Ils ont dit que c’était parce que j’étais éveillé durant l’ascension des Sith. Je ne sais pas où je suis, ni où se trouve cette base des Enfants de Korriban où je suis prisonnier. Mais je ne vais pas y rester longtemps. Ils vont m’emmener sur Byss. Darth Nihilius veut finir ce qu’il a commencé. »

Un silence s’installa quelques instants, puis la voix de Zain reprit, plus haletante, plus urgente, comme une litanie d’avertissement :

« Ils veulent effectuer un nouveau rituel Sith pour permettre à Dooku de prendre le contrôle de mon corps définitivement. Je… je ne peux pas m’échapper. Je n’ai aucune issue. La seule chose que je peux faire, c’est t’envoyer ce message. S’il te plaît… viens me chercher sur Byss. »

Il y eut un moment de flottement, puis Zain reprit, sa voix devenant plus grave et teintée d’une urgence quasi apocalyptique :

« Il y a autre chose. J’ai entendu parler d’une attaque. Une énorme attaque contre les Jedi. C’est imminent. Préviens le Grand Maître et fais attention. »

« Zain ! » hurla Valia, les larmes lui montant aux yeux, alors que le visage de son ami s’évanouissait dans l’air.



*********************************

Dans un repère sombre de la galaxie, Zain errait dans sa cellule austère, chaque pas résonnant contre les parois métalliques. Il revisita dans sa tête chacun de ses mouvements, priant que son message avait bien été envoyé, et que son appel avait franchi les barrières de l’espace.

Soudain, son cœur se calma de lui-même, retrouvant un rythme normal. Zain ressentit comme si la Force elle-même lui indiquait que son plan avait marché. Un sentiment étrange l’envahit : depuis son réveil, une nouvelle affinité avec la Force s’était manifestée en lui. Jamais il ne s’était senti aussi bien en phase avec elle. Ses sens s'étaient décuplés, captant chaque vibration de l’univers.

Le Solaris se demanda jusqu'où il pouvait pousser ce nouveau pouvoir qui s'était éveillé en lui. Mais en parlant de pouvoir, il se rappela qu'il avait peiné à utiliser sa psychométrie. Son don de naissance. Certes, il n’avait jamais été le meilleur dans ce domaine, mais jamais auparavant des objets du quotidien – sans réelle connexion à la Force – ne lui avaient autant résisté. Regarder dans les verrous automatiques était l’un de ses premiers entraînements à la psychométrie, à l’époque, il s’en était sorti plutôt bien. Mais aujourd’hui, il éprouvait une difficulté inédite à mobiliser ce pouvoir inné.

Alors qu'il tentait de comprendre l'origine de ce problème, comme dans le couloir, la Force lui signala une présence menaçante en approche. À peine eut-il le temps de se replier contre le mur de sa cellule que la porte s'ouvrit brusquement.

Darth Qamra fit son entrée, sa silhouette fine collée à une armure noire d’un éclat sinistre, et ses yeux ronds trônant son visage maquillé en blanc. Elle était suivie de près par la vision d’horreur qu'était son frère, Darth Ranok. Ce dernier fixait Zain d’un regard vorace, de la bave dégoulinant de sa figure verte, comme s'il se préparait à le dévorer tout entier.

Soudain, sans avertissement, une chaîne métallique surgit du dos de Darth Qamra et s’enroula autour de Zain, l’enfermant dans un étau impitoyable. La Sith manipula habilement la chaîne avec la Force, imposant son emprise sur le jeune Solaris avec une assurance terrifiante. Puis, d’un rire dément, elle annonça d’une voix glaciale :

« Changement de plan : on a décidé de partir dès maintenant sur Byss. »

Sans attendre de réponse, Zain fut traîné de force par ses geôliers, qui semblaient animés d'une fureur implacable. Malgré la douleur et l'impuissance qui l'envahissaient, il ne perdit pas espoir. Au fond de son être, il savait qu'il pouvait compter sur Valia pour venir le sauver.


Laisser un commentaire ?