Les Chroniques d'un Jedi - Tome 10 : Les Rebelles
Chapitre 8 — Les répercussions
L’hyperespace avalait le Delphinus dans un silence presque irréel.
Les systèmes tournaient au minimum, comme si le vaisseau lui-même cherchait à reprendre son souffle après Scarif.
Vyze se tenait seul dans sa cabine, face à la baie vitrée. Le bleu mouvant de l’hyperespace se reflétait sur son visage fermé. Le tir du canon kyber résonnait encore dans son esprit : non comme un exploit, mais comme une déchirure. Il n’avait jamais utilisé cette arme de cette manière contre l’Empire. Pas aussi ouvertement. Pas aussi définitivement.
Dans la Force, quelque chose avait changé.
Ce n’était plus un murmure diffus, ni une menace indistincte.
C’était une intention.
Il ferma les yeux.
Quelque part, quelqu’un avait senti Scarif.
Alyna l’attendait dans la salle de repos, assise près de la table circulaire. Elle avait écouté son récit sans l’interrompre : l’appel rebelle, les débris encore chauds, les destroyers impériaux tentant de bloquer le Delphinus… puis le tir.
Quand il eut terminé, elle resta silencieuse.
— Tu les as détruits, dit-elle enfin, sans accusation.
Vyze hocha la tête.
— Ils allaient nous intercepter. Et… envoyer un message.
Alyna posa ses mains à plat sur la table. Elle ne semblait ni en colère ni surprise, mais profondément inquiète.
— Et tu leur as répondu.
Elle leva les yeux vers lui.
— Tu as sauvé des vies aujourd’hui, Vyze. Mais tu as aussi montré ton visage. L’Empire ne tolère pas qu’on lui rappelle qu’il n’est pas invincible.
Il s’approcha d’elle.
— Si je ne fais rien… je deviens complice. J’ai réalisé que j’ai toujours été leur pion : le vote des pleins pouvoirs, la construction de mon Delphinus et de son canon Kyber, aujourd’hui détourné en arme d’horreur...
Alyna ne répondit pas tout de suite, elle inspira profondément, puis détourna le regard vers la cloison où vibraient faiblement les moteurs.
— Non Vyze, un pion ne doute pas, un pion n’essaie pas de réparer, toi tu es tout le contraire d’un pion, tu n’as pas construit une super arme pour détruire des mondes, l’Empire si ! Tu ne pouvais pas savoir que quelqu’un tirait les ficelles dans ton ombre, tu as agi selon ta conscience et c’est tous ce qui compte maintenant. Tu sais, les enfants l’ont senti, murmura-t-elle. Ils ne savent pas quoi, mais ils ont senti que quelque chose venait de basculer.
Ces mots frappèrent Vyze plus durement que n’importe quelle accusation.
Ils se retrouvèrent tous ensemble un peu plus tard, dans un moment suspendu. Les enfants ne posèrent pas mille questions. Ils regardaient leurs parents avec ce mélange de confiance et d’inquiétude propre à ceux qui sentent la vérité sans encore la comprendre.
Ryn finit par demander, d’une voix hésitante :
— Père… tu as fait ce qu’il fallait ?
Vyze chercha une réponse simple, honnête.
— J’ai fait ce que je pouvais vivre avec.
Il acquiesça, comme si cela suffisait.
Mais Vyze sut que cette phrase le poursuivrait longtemps.
Sur la passerelle, Jaden observait les flux de navigation sans vraiment les voir. Il sentit Vyze avant de l’entendre.
— Scarif n’était pas une bataille, dit-il sans détour. C’était un signal.
Vyze resta silencieux.
— L’Empire va répondre, poursuivit Jaden. Et cette fois… ce ne sera pas des rapports ou des avertissements.
Il se tourna vers lui.
— Vador ne laissera pas passer ça.
Le nom résonna comme un coup sourd.
Avant que Vyze ne puisse répondre, une alarme courte et sèche retentit.
— Transmission entrante. Priorité impériale.
Le pont entier se figea.
L’hologramme s’alluma : Rouge. Noir. La silhouette massive de Dark Vador emplit l’espace.
Sa respiration mécanique semblait plus forte que d’ordinaire.
— Amiral Vyze Polaekys, dit-il d’une voix calme et glaciale. Votre présence à Scarif n’était pas autorisée.
Vyze soutint son regard, immobile.
— Deux destroyers impériaux détruits, poursuivit Vador. Une arme que vous prétendez être seul à maîtriser.
Il fit un pas en avant, comme s’il pouvait franchir la distance holographique.
— Vous n’êtes plus une anomalie, Amiral. Vous êtes un problème.
Le silence sur la passerelle était total.
— Je m’occuperai personnellement de vous !
La transmission se coupa.
Personne ne parla pendant plusieurs secondes.
Alyna ferma lentement les yeux.
Jaden serra les poings.
Vyze était frigorifié, il sentit la Force se refermer comme un cercle tracé depuis longtemps. Il comprit alors que ce chemin n’avait jamais offert d’issue facile. Seulement des choix, et le courage de les assumer.
— Alors il viendra, dit-il enfin.
Et pour la première fois depuis longtemps, il ne détourna pas le regard de ce qui l’attendait.