Les Chroniques d'un Jedi - Tome 10 : Les Rebelles
Chapitre 9 — La ligne rouge
La décision tomba sans fracas.
Sans explosion. Sans sirène. Sans bataille.
Un simple message chiffré, transmis à l’ensemble des canaux impériaux, signé d’un seul nom : L’Empereur.
Vyze le lut une fois, puis une seconde.
La Cinquième Flotte n’existait plus.
Les croiseurs étaient réaffectés à d’autres commandements. Les équipages dispersés. Les officiers mutés, rétrogradés ou rappelés sur Coruscant pour « réévaluation ». Le Delphinus, lui, était placé sous statut spécial : vaisseau indépendant, officiellement détaché pour des missions secondaires de sécurisation dans la Bordure extérieure… sans flotte d’escorte.
Une punition propre. Silencieuse. Calculée.
L’Empire n’effaçait pas Vyze, il l’isolait.
Sur la passerelle, l’annonce avait été reçue dans un silence lourd. Certains officiers baissèrent les yeux. D’autres, plus lucides, comprirent immédiatement.
Ce n’était pas une sanction administrative.
C’était une ligne rouge et elle venait d’être franchie.
Vyze se retira dans son bureau, seul.
La baie vitrée donnait sur un espace noir, immobile, comme figé dans l’attente.
Il sentit la colère monter, brève, contenue. Pas celle du combat. Pas celle du côté obscur. Une colère froide, presque lucide.
Tout ce qu’il avait construit pour protéger, détourner, retarder… venait d’être balayé. Puis, il regarda un datapad, ses commandants les plus fidèles avaient désertés avant la dissolution complète de la Flotte. Certains lui signalaient qu’ils allaient se rallier à l’Alliance Rebelle.
Vyze n’était plus un contrepoids interne. Il était devenu un élément à neutraliser.
Il activa un canal sécurisé. Un ancien protocole, jamais utilisé officiellement. Une clef que seule une poignée de personnes connaissaient.
Le symbole d’Alderaan apparut.
Puis un visage fatigué, mais déterminé.
— Bail Organa, dit Vyze simplement.
Le sénateur ne sembla pas surpris.
— Je me demandais quand vous appelleriez, Amiral… ou devrais-je dire, Maître Polaekys.
Un silence.
— La flotte est dissoute, reprit Vyze. L’Empire a fait son choix.
Bail hocha lentement la tête.
— Scarif a accéléré les choses. Vous avez forcé l’Empire à se dévoiler… mais aussi à agir.
— Alors je n’ai plus d’ordres à recevoir de lui.
Bail fixa Vyze à travers l’hologramme. Ce regard-là n’était plus celui d’un sénateur prudent, mais d’un homme qui portait un poids immense depuis trop longtemps.
— Non, dit-il. Plus maintenant.
Il inspira profondément.
— Si vous me posez cette question… c’est que vous êtes prêt à entendre la réponse.
Vyze resta immobile.
— Je vous demande vos ordres, Bail. Pas en tant qu’amiral impérial. Mais en tant qu’homme qui ne peut plus rester immobile.
Un battement de cœur.
— Alors écoutez-moi bien, répondit Organa. À partir de cet instant, ce que je vais vous dire fera de vous un traître aux yeux de l’Empire. Définitivement.
— Je le suis déjà.
Un mince sourire passa sur le visage de Bail.
— Très bien.
Il activa un second canal. Des silhouettes apparurent brièvement : Mon Mothma, des officiers rebelles, des agents dans l’ombre. Une structure fragile, mais réelle.
— Votre prochaine mission n’est pas une bataille, Amiral Polaekys. C’est une preuve.
Il marqua une pause.
— Nous avons besoin de savoir si l’arme que vous avez entrevue… existe réellement. Pas des rumeurs. Pas des fragments. Une confirmation.
Le cœur de Vyze se serra.
— Jedha… Scarif… murmura-t-il. Tout converge.
— Exactement. Et si cette arme est ce que nous craignons… alors chaque jour compte.
Bail planta son regard dans celui de Vyze.
— Vous ne serez pas seul. Mais vous ne serez plus protégé non plus.
Vyze pensa à Alyna. Aux enfants.
Au Delphinus, désormais sans flotte.
Puis il répondit, sans hésiter :
— Donnez-moi un cap.
La transmission s’acheva.
Vyze resta un moment immobile, puis se leva et se dirigea vers la baie vitrée. Il posa la main contre la transparence froide.
Il n’y avait plus de retour possible.
L’Empire l’avait relégué.
La Rébellion venait de l’accepter.
Et quelque part, dans l’ombre, Vador le cherchait déjà.
La guerre venait de changer de visage.