Le Vent et les Fleurs

Chapitre 1 : Le Vent et les Fleurs

Chapitre final

2036 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 15/11/2025 02:25

Une fleur jetée à bout de coussins, entre le dodu et le petit long. Un rejet de spectre hors de son âme, alors qu'un mur s'éleva. On lui arracha ce souffle, lorsque l'ombre s'en alla dans la même direction que son père.


Elle rêva de cette ombre.


Alors qu'elle plongea son menton dans la valse des pétales, si vite emportées.


Alors que la fleur presque rongée de givre tremblotait à la ruine qu'était le cœur nordique, elle se souvint des cris rouges du lys, et joua avec les couleurs jusqu'à percer la neige.


Un corps. Entier. Le vieux tapis de feu mère, devant le feu père, à côté du feu lige, plus abrité et sacré que tout temps réunis. Rouge comme le silence, rouge comme les mains, rouge comme les traits sur le visage. Le bois, non la pierre, qui parlait au lieu de rester sombre : un jour, que Sofie sera grande, un jour que Sofie devra prendre et devoir, un jour que Sofie sera fière. Et que ce sera tout.


Sans personne, elle bâtit sa propre maison. Dans la neige, elle conçut, recroquevillée, et sur les désirs des flocons se préparant, un rectangle.


Délicatesse, lorsqu'elle prit l'ivresse fanée de cette collerette triste, et sans cou. La fleur toute agitée, elle laissa s'échapper ses pétales malades, crispées, malmenées, et les ordonnèrent en un cercle autour de l'infime bastion.


Elle toucha sa peau, pressentant soudainement que le vent voulait joué avec elle.


Pas maintenant ! En une foudre tout le long de la colonne, elle frotta et se blessa.


Les ecchymoses, pourpre saupoudrant et soupoudré de sel. Et la hache ancestrale, de mains en mains, jusqu'aux mains rouges, alors que le silence persiflait dans sa chaleur éternelle, vieux tison de forge ébahi par sa recollection distante et disciplinée. Où la mettre ? Il n'y avait plus de désir pour la garde, l'appel faisait rage, des rues où les jambes brisées cassaient leurs dernière miettes, et il s'en voulait de plus en plus. Que faire pour que Sofie soit grande ? Pour que la vie soit grâcieuse ? Les répits violets et les rideaux de lavande étaient intarissables, mais ils ne pouvaient payer pour un don de grâce... Peut-être...


Des Sombrages passèrent, ombreux et décapités par les rires trop hauts. Le son de la boisson passa dans les mailles du filet, et le vent lui murmura des songeries, au doux parfum d'abeilles et de voix renforcées comme des armures. Sofie les saisirent, les volèrent, et les forcèrent dans sa forteresse. Une qu'elle édifia en rempart autour du rectangle et des champs de lys fanés, échos de feuilles d'automnes ravagées, la prière d'un enfant qui savait peu de Shor et Arkay.


Les Sombrages allaient tous à Sovngarde.


Il n'y avait pas de fleurs, à Sovngarde. Ou trop ?


Peut-être le savait-il. Le Fils souffle du nord.


Ou ce garçon aux bottes à cent septims ? Ou cette Langue de Dragon qu'elle comptait...


Abattre. Abattre. Dit le vent du nord. Où est-il ? Que dit-il ? Il vient, et murmure que quelque chose de lointain à hurler dans l'éternité, chose que les enfants ne pouvaient voir. Que les rumeurs circulent, et que tout finit par tomber – les feux des étoiles, les lierres des pierres, les chandeliers des bois, les hommes beaux aux mains laides, les toits qui protégeaient, le rouge...


Et les mains jouèrent, les méchantes, pour le violet et la lavande.


La Mer Cruelle poussa un tambour de guerre. Les bottes à cents septims coûtèrent cher.


Mère Cruelle rit, lui prit les yeux des lits, et Sofie se fit muraille effondrée en tentant de se protéger du pied rouge et noir, du damoclès qui retournait encore et encore pour assassiner le dernier foyer. Le duvet des fleurs, l'osier ayant été étalage de mère, était déchiqueté, par une encore plus cruelle.


Alors qu'elle pleurait, le bleu revint à son menton. Sur ses doigts bâtisseurs de rien du tout, de mauvais tout.


Abattre. Abattre ! La maison qui ne peux se voir !


Elle fût jetée et écrasée par le vide.


Par Mer Cruelle.


Tu ne sers à rien ! Les vrais enfants de Bordeciel prennent les armes, et résistent aux pires calamités ! Soit forte et honore ta famille ainsi !


Les poings dans les dorures du nul part. La Langue de Dragon la brûla de ses mains en roches, et le tambour reprit.


Ne tombe pas ! Encore et encore ! Tu ne fais que tomber ! Que dirait ta mère, Ô, le vent vilipenda de son air mauvais.


Il y eu assez de temps pour que la Mer Cruelle parte, et que son corps tout entier ai écraser la demeure de neige.


Non pas la ferme ! Où je vais, sans la ferme !? C'était là où les fleurs les plus belles avaient hurler leurs plus somptueux printemps. Et où est le bois de père, si je ne peux faire pousser des belles sur sa pierre !?


Elle courut avec son panier de fleur démembré, trébucha encore et toujours, du violet sur du rouge. Mais ce n'était pas la première fois qu'elle devait être brave.


C'était juste la première où elle oubliait de l'être.


Alors elle invoqua de nouveau le vent, et berça d'un petit chant les fleurs aux couleurs dérobées. Par elle, par le vent qui d'oreilles trouvait le bleu, et ce un peu de rose. Elle avait mal, son panier avait mal, le vent lui tortillait les membres pour éviter qu'elle ne ressente quoique ce soit.


Au moins, un ami ! Pas comme le fils de la Cruelle Mer ! Pas comme tout ces enfants qui la noircissait...


Il n'y avait plus de fleurs... C'était l'hiver... Tout et autant, l'hiver... Et ces fleurs, personne ne les désiraient. Personne ne les payaient au prix de ses marches le long du cœur de pierre, la nuit comme le jour, dans les endroits ternis et interdits.


Résignée, elle retourna au bois figé et à la cage de fer.


Le tonneau qui ne parlait pas.


Elle l'attrapa, le serra pour retrouver le rouge, le marron.


L'ombre.


Mais la jolie, la plus magnifique du monde et de tout Bordeciel. Elle souffla dans les lourdes perles écoulées, et le vent rentra, pour mieux emporter un fantôme de flûte dans son âme si pesante.


Elle voulut prendre ses bouts de lys et de roses, mais voilà qu'ils étaient démunis, alors, que contrairement à ce que persiflait la Mer Cruelle, elle les câlinait, les parfumait de tout ce qu'elles étaient, les abritait de tout son tissu gris, jusqu'à qu'elle doive faire le canard pour préserver leurs entités. Elle aimait ses fleurs, Sofie ! Elle les tenaient comme meilleures que la pierre, que les toits, que les cœurs, que les rires, et que la nuit !


Mains noires ! Mains brunes ! Les fleurs ne sont ni noires, ni brunes !


Elles étaient écrasées, défaites, et Sofie ne pria pas pour le vent qui rentrait par toutes les portes, mais pour ses jolies fleurs, ses amies fidèles, qu'elle avait par moment même mangées pour les avoir à jamais dans un panier plus grand encore.


Et les plus lointaines... Combien de si honnêtes demoiselles étaient parties, de tendresses et pétales anéanties ?


Le vent ressortit par les oreilles, en filandres de tissu sempiternel, comme si on nouait des rubans invisibles à ses cheveux d'ébène et de bois de maison.


Hé, j'ai un jeu ! Ô, écoute ton vent, il à un jeu !


Sofie voulait jouer. C'était ridicule, alambiqué, peu spirituel, mais elle voulait juste... jouer. Comme la Mer Cruelle, comme les enfants du Quartier des Pierres, qui savaient l'écouter et l'assimiler si bien, que Bordeciel les aimaient.


Qu'ils étaient des vérités du poids Nordique.


Qu'ils étaient les meilleurs amis des Sombrages, du gris et de la terre, et du vent venant de tout temps et jamais.


Comme là où tu es allée pour les Obscurcines ! Un jeu qui joue ! Un jeu qui va au-delà des cimes et des dragons ! Vas-y, et joue avec moi ! Pour Sovngarde !


Alors Sofie se souvint d'une danse qu'elle connaissait maladroitement, depuis les ciels où Sofie était encore Sofie. Et où Sofie savait qu'elle avait toujours été Lys, Langue de Dragon, Lavande, petite cabane sur une tige, la beauté qu'offrait la terre aux enfants de l'Estemarche.


Allez ! Un pas devant, et elle sentit le froid manquer sa cible !


Et trois en vasard ! Ses os déjà vieux abdiquèrent alors que la flamme rouge rongea, avec la Langue de Dragon qui insuffla, sa peau renonçant à supporter leurs poignards.


Faisons un autre panier ! Le plus beau du monde ! Plein de couleurs ! Si et tôt, des couleurs et encore des couleurs ! Même si elles sont toutes brunes, elles ne seront que meilleures ! Le vent le conjure !


Et alors, l'orpheline crû voir, dans les ombres, une lumière éclatante, une flamme encore allumée, dans les braises d'un âtre.


Un pas en avant, trois pas vasards au sens contraire ! Elle chanta une langue que seul les vieux habitants de la terre pouvaient comprendre, alors que le bonheur d'une taverne la noya dans une mousse onctueuse. Les fleurs volèrent du panier, ses amies fidèles étaient douces, aux odeurs de bonté.


Et pour la première fois, elle se sentit heureuse de les aimées contre sa peau qui ne se concentrait plus, de les voir nantir sa chevelure, habiller son gris plat de haillon, s'habituer à ses cris, déranger la quiétude des créatures. Elle se prit un instant pour une dame en mimique, parmi cette Cour de jeunes demoiselles, et le panier aux moignons devint son chapeau, sa couronne, la menant de haut en bas.


Puis, elle tourna dans un dernier élan, et tout s'enveloppa dans un seul cœur floral ! Que de pétale, que de lys, que de lavandes, que de toutes ces candeurs qu'elle avait aimer depuis sa plus tendre enfance, avec sa maman ! Et ces ombres, qui applaudissaient ! Ces ombres, dont elle connaissait certaines, pouvait presque en deviner sans savoir leurs visages, les noms qu'elle avait créer depuis trop longtemps !


Elle voulait encore réessayer ! Encore s'enivrer ! Voir ces même pénombres aux lueurs orangées, comme si elles étaient assises devant un âtre de cheminée.


Sofie s'allongea, sans savoir si elle manqua son pied ou l'aligna dans une révérence des plus cadencées. Le ciel fit pleuvoir ses dernières fleurs. Une hymne de toutes les couleurs, un été après le printemps.


Et elle prit la première des dernière : qu'elle était belle ! Sa préférée ! La couronne indigo ! Les pétales qui s'épousaient, se réfugiaient les unes sur les autres, et formaient une tour. Un grelot qu'elle sonna, pour qu'on vienne la cherchée.


De la maison de neige toute effondrée. Qu'elle avait elle-même mener à la chute.


Et au grelot, au milieu des ténèbres, la dernière ombre vint.


Le silence dit d'étranges choses.


Comme tout se taisait pour qu'un seul fer forgé étende un éventail de contes.


Puis, soudainement, la silhouette dont les formes valsaient jusqu'à Sovngarde, allaient jusqu'aux ancêtres, s'arrêta devant la princesse endormie sur son lit de fleurs.


Derrière, une Langue de Dragon prit son envol, alors que le Grelot de la Mort le joignit, dans un siphon à l'avidité de cristal.


L'ombre prit.


Ne retourna jamais au cœur de pierre, au vent des cruautés, le trésor qu'ils n'avaient jamais sût chérir jusqu'à la fin.


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