Mythes et légendes de Skyrim par

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Univers Parallèle / Fantasy / Poésie

2 L'arbre aux secrets

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Il y avait une fois, en Bordeciel, une petite elfe vivant à l'orphelinat Honorem de Faillaise. La raison de sa présence en ce lieu à la connotation triste était incertaine, car personne ne savait qui était cette enfant à l'allure maigrichonne, ni comment elle y était arrivée. Tout ce que l'on savait d'elle, c'était qu'elle ne parlait jamais, si bien que beaucoup se demandaient si elle était capable d'émettre des sons avec ses cordes vocales ou si elle était née privée de voix.

Cette enfant d'à peine neuf ans était plus petite que la grande majorité des enfants de son âge, et sa silhouette maigrichonne aurait eu de quoi choquer si elle n'avait pas été une bosmer, car ce peuple originaire des forêts du Sud de Tamriel avait le physique parfait pour vivre et se cacher parmi les arbres de leur merveilleuse province. La fillette avait hérité des dons de son peuple pour la discrétion, bien entendu: outre le fait qu'elle ne prononçait jamais le moindre mot, elle se déplaçait sans aucun bruit, qu'elle marche dans l'herbe douce d'une pelouse verdoyante ou sur les lattes branlantes d'un vieux parquet grinçant. Ses capacités émerveillaient ses camarades d'infortune, car elle était la plus silencieuse et la plus discrète d'entre eux, pour ne pas dire la plus calme, et pourtant, c'était elle qui récoltait le plus de punitions auprès de leur gardienne, une femme particulièrement austère répondant au nom de Grelod.

Si la haine de la vieille femme envers les elfes était une chose connue dans la ville, le traitement qu'elle infligeait à la pauvre enfant passait, lui, inaperçu. Il faut dire que personne, dans cette ville où la corruption était le maître mot, ne faisait attention à ces enfants laissés entre les mains de cette vieille dame aigrie, et encore moins à une petite elfe, une ennemie en terre nordique!

Enfin... Personne, sauf les autres pensionnaires de l'orphelinat: bon nombre des enfants présents avaient écopé de longs séjours dans le cagibi qui servait de prison pour avoir défendu ou protégé leur camarade aux oreilles pointues. Bien souvent, l'enfant était punie au même titre que ses camarades, mais cela ne dissuadait guère les plus vieux de continuer à la défendre ouvertement devant la vieille femme, qui commençait à en avoir assez de certains de ses pensionnaires les plus âgés, notamment un jeune nordique de presque seize ans nommé Brynjolf. Le jeune homme ne supportait pas la façon qu'avait la vieille femme de traiter la petite elfe, et il le lui exprimait de plus en plus clairement à mesure que son anniversaire se rapprochait: en effet, une fois qu'il aurait seize ans, il savait qu'il pourrait quitter l'orphelinat et n'aurait donc plus à craindre la colère de Grelod. Il profitait donc des derniers mois qu'il lui restait pour mettre le feu aux poudres et organiser une sorte de rébellion contre la gardienne de l'orphelinat afin de protéger sa jeune camarade.

De tous les pensionnaires, Brynjolf était de loin le plus attentif à cette petite elfe: bien qu'elle soit aussi discrète qu'une ombre, il arrivait à suivre ses moindres faits et gestes et l'observait du coin de l'oeil à longueur de journée. La petite fille s'en rendait compte, bien sûr, mais elle ne disait rien, surtout pas à ce jeune homme qui la protégeait de manière si enflammée. Il était également le seul à lui parler et à savoir interpréter ses gestes et ses expressions faciales en fonction de ce qu'elle voulait exprimer, bien que ces derniers soient aussi rares que ses sourires... En fait, le jeune homme avait remarqué qu'elle ne souriait que lorsque Grelod partait au marché pour faire les courses, en n'emmenant avec elle que ceux qu'elle jugeait assez sages pour sortir, catégorie à laquelle Brynjolf et la petite elfe n'appartenaient pas. Quand Grelod sortait, l'enfant s'en allait dans la cour après s'être assurée que les pensionnaires restants faisaient le guet pour elle, et ne rentrait que lorsque la vieille femme ramenait les courses à l'orphelinat. Son étrange manège intriguait bien sûr le jeune homme, qui ne savait pourtant pas comment faire pour réussir à savoir ce que faisait la petite fille, seule, dans la cour, une fois par semaine. Visiblement, cela la rendait presqu'heureuse, et le jeune homme n'avait jamais osé l'espionner, car il avait peur de briser cette petite bulle fragile dans laquelle la fillette s'enfermait le temps d'une heure ou deux avant d'affronter de nouveau la vieille sorcière.

Toutefois, un jour, le jeune homme voulut en avoir le coeur net: ce jour-là, la fillette avait l'air particulièrement joyeuse lorsqu'elle était rentrée, et elle avait eu toutes les peines du monde à cacher son sourire lorsque Grelod était rentrée. En voyant son visage presque joyeux, la vieille femme l'avait enfermée dans le cagibi, soupçonnant une mauvaise farce... heureusement pour l'enfant, la vieille Grelod ne soupçonnait rien de ses escapades dans la cour lorsqu'elle était absente, et Brynjolf l'y aidait discrètement: le soir même, la fillette se trouva accusée, à l'heure du repas, d'avoir remplacé le vin que buvait la vieille femme par de l'eau du canal... Bien entendu, la vieille femme savait qu'elle n'aurait pu y arriver seule, ce qui amena le véritable fautif à être puni avec elle... Toutefois, le cagibi ne pouvait accueillir qu'un pensionnaire en même temps, et il était hors de question qu'ils puissent se rassurer mutuellement, aussi laissa-t-elle le jeune homme passer la nuit dehors, sous la pluie battante. Brynjolf insulta la vieille femme de tous les noms pour montrer son désaccord avec la punition, mais au fond, il jubilait: il allait enfin pouvoir fouiller la cour pour voir ce qu'y faisait la petite fille!

Lorsque Grelod le mit dehors dans le froid et la pluie, le jeune homme fut un peu refroidi à l'idée de payer si cher sa curiosité... Il commença donc par essayer de s'abriter le mieux possible derrière un mur, mais c'était peine perdue. Il chercha donc un meilleur abri, dans cette cour minuscule et quasiment vide, à l'exception d'un arbre unique se dressant contre un mur. Ce dernier attira son attention, non seulement car il s'agissait de la meilleure protection contre la pluie dont il disposait, mais également parce que ce vieil arbre à moitié tordu l'intriguait. Il se réfugia contre le tronc de manière à échapper un minimum à la pluie torrentielle qui s'abattait sur la ville et attendit que cette dernière se calme un peu avant de commencer à examiner son abri en détail: l'écorce un peu pourrie se détachait du tronc par endroits, les feuilles trempées pendaient tristement au-dessus de lui, et les racines noueuses sortaient parfois de terre, manquant de le faire tomber à plusieurs reprises. Il examina minutieusement le sol, frotta la terre par endroits en espérant trouver quelque chose, fit glisser ses doigts dans de petites interstices entre le sol et les racines, lâcha un cri de surprise lorsqu'une araignée, dérangée par son enquête, escalada sa main, puis recommença un peu plus prudemment à chercher dans les trous et les fentes le moindre petit indice sur ce que faisait la petite elfe lorsqu'elle s'isolait dans la cour. 

   Le jeune homme inspecta le tronc, allant même jusqu'à plonger son bras jusqu'à l'épaule dans un trou creusé par des animaux sans se soucier des insectes qui venaient chatouiller son bras, puis jeta un œil aux branches de l'arbre. Ce dernier était trop frêle pour qu'il puisse l'escalader, mais la petite elfe était si légère qu'elle pouvait y grimper sans aucune crainte... Et il faisait bien trop noir pour qu'il puisse distinguer quoi que ce soit à la base des branches, surtout avec les feuilles qui lui masquaient à moitié la vue. 

   Brynjolf était en train de se demander comment escalader l'arbre sans l'abîmer lorsqu'il sentit une main se poser sur son bras. Surpris, il fit un bond en arrière avant de reconnaître la frêle silhouette de la petite elfe.

- Qu'est-ce que tu fiches là? lui souffla-t-il de peur que Grelod ne l'entende.

Comme d'habitude, il n'obtint pas de réponse de la part de la fillette, mais celle-ci tira résolument sur sa manche pour l'entraîner vers l'orphelinat. Le jeune homme tenta de protester, mais finit par céder devant l'insistance de sa cadette. Cette dernière le ramena à l'intérieur, puis referma la porte après avoir jeté un dernier regard à l'arbre, ce qui n'échappa pas à Brynjolf. Ce dernier s'abstint toutefois de poser la moindre question à la petite fille, trop étonné par sa venue alors qu'elle était censée passer la nuit au cagibi. L'enfant désigna alors d'un signe de tête le lit d'un autre pensionnaire, prénommé Mercer. Ce dernier était le meilleur ami de Brynjolf, avec qui il avait grandi à l'orphelinat. Ils avaient presque le même âge et le même tempérament quelque peu rebelle qui agaçait tant Grelod, aussi lorsque Brynjolf comprit que le lit de son compère était vide, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre pourquoi la fillette avait quitté la cellule improvisée par la vieille femme.

Lorsqu'il se tourna vers elle pour la remercier, il ne la vit pas, mais distingua une silhouette frêle se glisser dans son lit. Le jeune homme en fit de même après s'être changé, ravi de finalement passer la nuit au chaud malgré les nombreuses questions qui tournaient encore dans son esprit au sujet de l'arbre et de la fillette. Il avait clairement capté son regard, lorsqu'ils étaient rentrés, et malgré l'obscurité profonde de la nuit, il avait pu remarquer à ses gestes qu'elle était nerveuse lorsqu'elle était venue le chercher, toutefois il ignorait si c'était parce qu'elle craignait pour son secret ou si elle avait juste peur de se faire repérer par la vieille harfreuse. Il s'endormit en réfléchissant à une façon de découvrir son secret, tout en se demandant ce qu'avait fait Mercer pour se faire emprisonner pour la nuit.

Le lendemain, le jeune homme fut réveillé en sursaut par la vieille Grelod, visiblement furieuse que quelqu'un lui ait permis de rentrer durant la nuit. Elle l'attrapa violemment par le bras et le tira derrière elle jusqu'au cagibi, où il prit la place de Mercer pendant une bonne partie de la journée. Lorsqu'il put enfin quitter sa prison, le soir, il fut remplacé par la petite elfe et la vieille femme ne le lâcha pas de toute la soirée, l'empêchant de demander des explications à son compère, qui tentait malgré tout de lui faire comprendre ce qui s'était passé la veille et durant la journée à grands renforts de signes et de gestes dans le dos de la vieille femme. Ce n'est que lorsqu'elle ferma la porte du dortoir que les deux jeunes gens purent enfin parler à leur aise, en restant toutefois prudents car elle pouvait revenir à tout instant.

-Alors? demanda Brynjolf à Mercer en venant s'asseoir sur son lit.

- Grelod m'a entendu rire avec Vekel au sujet du tour qu'on lui avait joué, lui répondit le jeune homme aux cheveux bruns. Elle a compris que ton amie aux oreilles pointues n'avait rien fait et m'a puni à sa place...

- Pour une fois qu'elle comprend quelque chose, se moqua doucement le jeune nordique.

Sa remarque fit sourire Mercer.

- Vekel a eu de la chance, c'est moi qui ai tout pris... Et encore, si tu n'étais pas rentré au milieu de la nuit, je serais encore dans ce cagibi!

- C'est l'elfe qui m'a fait rentrer, révéla alors Brynjolf.

Mercer ne répondit pas tout de suite.

- C'est bien la première fois qu'elle prend un risque pareil... souffla-t-il au bout d'un moment. Elle n'aurait pas quelque chose à cacher?

- Je crois qu'elle a peur qu'on ne découvre son secret.

Mercer baissa encore la voix.

- Tu as une piste? demanda-t-il à son acolyte.

-Je pense que oui, souffla Brynjolf tout aussi bas.

Une semaine s'écoula avant que Grelod ne reparte faire les courses. Entre temps, les deux compères avaient préparé un plan afin de découvrir ce que cachait la jeune elfe: Lorsque la vieille femme partit, cette dernière n'attendit pas pour se réfugier dans la cour après s'être assurée que personne n'y était. Mercer montait la garde à la porte avec Vekel et Brynjolf, mais au bout de quelques minutes, ce dernier se dirigea vers la porte menant à la cour. Il se sentait mal à l'idée de déranger la fillette, mais sa curiosité et celle de ses camarades était trop grande: que faisait-t-elle donc, seule, chaque semaine? Il souffla à fond et poussa doucement la porte qui menait sur la cour.

Il chercha la fillette pendant une dizaine de minutes, fouillant la cour de fond en comble, mais rien n'y faisait: la jeune elfe restait introuvable. Le jeune nordique rentra donc à l'orphelinat et fouilla ce dernier, persuadé que la fillette était quelque part, ce qui attira l'attention de ses deux compères.

- Tu ne devais pas aller voir l'elfe? s'étonna Mercer.

-Elle a disparu, répliqua son compagnon roux d'un air effrayé.

Un silence accueillit ses paroles.

-Elle a fugué? s'étonna Vekel. Ca m'étonne d'elle...

-Ca m'étonnerait, répondit Brynjolf en s'asseyant lourdement sur un lit. La connaissant, elle aurait plutôt quitté l'orphelinat de nuit...

-Comment tu peux savoir ça, toi? le questionna Mercer. On ne sait rien d'elle à part qu'elle ne parle pas!

Brynjolf esquissa un léger sourire noyé d'inquiétude.

-J'ai appris à la comprendre et à déchiffrer ses expressions... expliqua le jeune homme. Même sans qu'elle ne dise rien, je sens qu'elle ne partirait pas de jour, comme ça.

-Tu te doutes, répliqua Vekel, mais tu n'es pas sûr! On ne sait rien d'elle, je te rappelle!

-Ca se voit à sa façon de se comporter.

-Mais elle va revenir, tu penses? demanda Vekel.

-J'espère... Grelod nous tuerait, sinon.

Un silence inquiet se fit entre les trois garçons.

-On devrait peut-être la chercher? fit Vekel d'une petite voix. Je n'ai pas envie que Grelod nous enferme à vie dans son cagibi...

-Je viens de faire quatre fois le tour de la cour, répondit sombrement Brynjolf. Elle est introuvable.

-Elle est peut-être partie rejoindre quelqu'un en ville? suggéra Vekel sans trop y croire lui-même.

-Ou alors elle a été enlevée... imagina Mercer, ce qui fit rire ses amis.

-Franchement, qui voudrait enlever une fillette comme elle? demanda Vekel. D'accord, c'est une orpheline qui ne manquerait à personne et qui ne risque pas de les dénoncer vu son silence, mais quand même!

-Tu sais aussi bien que nous ce qui rôde dans les rues de la ville, répliqua le jeune bréton en lui jetant un regard noir. Elfe ou pas, j'en connais qui n'hésiteraient pas à la tuer...

Brynjolf était devenu pâle. Lui aussi craignait pour la vie de la petite elfe.

-On doit aller la chercher, souffla-t-il d'un air paniqué. Il peut lui arriver n'importe quoi!

Mercer tenta de le calmer, conscient de la peur qui rongeait le jeune nordique.

-Calme toi, Bryn! lui dit-il. On ne peut pas sortir comme ça, tu le sais aussi bien que moi... Si Grelod vient à voir qu'on est partis, ou pire, si on revient et qu'elle sait qu'on s'est barrés, on va finir notre vie au cagibi!

-J'en ai rien à fiche de son cagibi! s'écria le jeune homme en repoussant son cadet. Si c'est le prix pour protéger l'elfe, je suis prêt à assumer, mais hors de question qu'elle tombe entre les mains d'un psychopathe, ou pire...

-Déjà, on va s'assurer qu'elle est pas juste en train de jouer à cache-cache pour nous faire peur, décida Vekel en prenant son aîné par les épaules pour l'empêcher de frapper Mercer.

-Je vous dis qu'elle a disparu! s'énerva Brynjolf en se débattant. Elle n'est plus à l'orphelinat!

-Tu as fouillé partout? demanda Mercer. Y compris dans le bureau de la vieille harfreuse ou dans son cagibi maudit?

-Non, mais... Elle n'a aucune raison d'y être, avoua Brynjolf.

-On va continuer à fouiller, alors, proposa Mercer en voyant que son aîné s'était calmé. A nous trois, on sera plus efficaces.

Brynjolf hocha la tête machinalement, visiblement concentré sur ses pensées.

-Une minute! s'écria-t-il alors qu'ils commençaient à retourner minutieusement chaque pièce de l'orphelinat. Elle était rentrée, tout à l'heure?

-Pas à ma connaissance, avoua Mercer.

-Je ne l'ai pas vue non plus, ajouta Vekel. Mais tu sais comment elle est: invisible et impossible à entendre...

-Quand même, s'entêta le rouquin, la porte de la cour grince tellement que vous auriez dû l'entendre!

-Alors elle n'est peut-être pas rentrée... admit Mercer en réfléchissant.

La porte d'entrée s'ouvrit soudainement, les coupant dans leur réflexion. Grelod entra et, les voyant ainsi réunis, s'approcha d'eux d'un air mauvais.

-Encore en train de préparer un mauvais coup, hein? demanda la vieille femme. Qu'est-ce que vous mijotez, cette fois, bande de monstres?

-On cherche un moyen de vous filer une maladie du style peste ou gale, répliqua Mercer.

-Elle a déjà la rage, fit remarquer Vekel.

Les deux insolents reçurent chacun une punition à la hauteur de leur répartie: quelques coups de fouet chacun, plus une corvée de ménage pour la semaine et une ou de nuits dans le cagibi, chacun leur tour. Mercer ne cessait de jurer entre ses dents quand Grelod avait le dos tourné tout en assurant à ses compères que les jours de la vieille femme étaient comptés, et Brynjolf tentait de le calmer tout en cherchant à percer le secret de la fillette, qui était revenue sans que personne ne la remarque. Le jeune nordique avait bien sûr tenté de l'interroger sur sa mystérieuse disparition, mais comme d'habitude, il se heurta à un lourd silence...

Les mois défilèrent les uns après les autres, et malgré de nombreuses recherches, aussi bien diurnes que nocturnes, aucun des trois jeunes gens ne réussit à percer le secret de la petite elfe. Mercer, lui aussi intrigué par le temps qu'elle passait à l'extérieur, aidait Brynjolf dans son enquête, mais aucun des deux n'avait jamais rien découvert. Une nuit, il avait même fouillé le lit et les vêtements de la petite fille en espérant trouver quelque chose, mais il était reparti se coucher les mains vides. Il avait même réussi à grimper dans l'arbre, contrairement à Brynjolf, mais il eut beau fouiller les trous et les interstices, soulever les bouts d'écorce branlants, frapper l'arbre en espérant l'entendre sonner creux, rien n'y faisait: Le secret de la fillette restait parfaitement bien caché, et si le trio avait compris que la fillette disparaissait totalement chaque fois qu'elle s'isolait dans la cour, aucun d'entre eux ne put dire comme elle faisait, ni comment elle réapparaissait de manière parfaitement inexplicable lorsque Grelod revenait. Devant un mystère si épais, Vekel et Mercer finirent par abandonner, certains qu'ils ne pourraient jamais comprendre ce que devenait la fillette, mais Brynjolf continuait à s'entêter, au point de presque suivre l'enfant partout, ce qui commençait à fortement déplaire à cette dernière. Toutefois, malgré tous ses efforts, la fillette demeurait insaisissable et continuait à disparaître régulièrement, sans que personne ne comprenne le pourquoi du comment.

Finalement, le jeune homme eut seize ans. Grelod n'attendit pas pour le mettre dehors: le matin même de son anniversaire, la vieille femme lui ordonna de partir, avec pour seuls bagages quelques vêtements et un peu de nourriture. Bien entendu, Brynjolf se vengea aussitôt: la vieille femme mit plusieurs mois à se débarrasser de la poix qui collait à ses cheveux et n'oublia jamais les tours qu'avaient préparé les trois compères lors du départ de leur aîné. Deux mois plus tard, ce fut Vekel qui quitta l'orphelinat, après avoir fabriqué un mélange particulièrement étrange que la vieille femme but sans se douter de ce dont il s'agissait, puis, un an plus tard, ce fut Mercer qui quitta l'orphelinat en emportant avec lui deux rubis et trois émeraudes que la vieille femme gardait dans sa chambre. La petite elfe se trouva donc à la merci de la vieille femme sans que personne ne puisse plus rien faire pour elle.

Une fois à la rue, les trois jeunes gens tentèrent de nouveau de découvrir ce que faisait la fillette, et Brynjolf faillit y parvenir: un jour, alors que Grelod était sortie, il rôdait près de la cour de l'orphelinat dans l'espoir de voir la fillette, et ne fut pas déçu: cette dernière sortit et escalada l'arbre avant de s'appuyer contre le tronc un épais livre de cuir noir entre les mains. Le jeune homme retint sa respiration, car l'objet avait l'air ancien et lourd, mais la fillette vit le jeune homme et lui sourit en cachant discrètement le livre sous sa tunique. Le jeune homme tenta bien de la faire parler, en vain: elle ne lui dit absolument rien et ne ressortit pas le livre avant que le jeune homme ne tourne le dos. Lorsque Brynjolf regarda de nouveau en direction de l'orphelinat, la fillette avait disparu, le livre avec elle.

Cet échec n'empêcha pas le nordique de revenir tous les jours pour la voir et lui parler, car il voyait bien que la vieille Grelod s'en prenait à elle plus violemment que jamais depuis son départ. Il cherchait bien sûr à élucider le mystère de la disparition de la fillette, qu'il sentait liée à cet étrange livre, mais aussi à rassurer cette dernière, qui retrouvait le sourire dès qu'elle le voyait... Toutefois, le jeune homme vint de moins en moins à mesure que les mois passaient, et il finit par ne plus venir du tout, ce qui attrista la fillette, définitivement seule entre les griffes de la vieille harfreuse...




Douze ans plus tard, Brynjolf arpentait les rues de Faillaise en repensant à la petite elfe. Il n'avait jamais pu l'oublier, ni elle, ni son secret, et s'en voulait de l'avoir ainsi abandonnée à son sort deux ans seulement après avoir quitté l'orphelinat. La raison de son souci? Une rumeur, selon laquelle l'un des pensionnaires de l'orphelinat aurait réussi à s'échapper de ce dernier pour demander à la Confrérie Noire de lui venir en aide. Il n'avait jamais pu savoir ce qu'était devenue la petite elfe après qu'il ait cessé de venir la voir, et lorsqu'il avait tenté de demander à la vieille femme, elle l'avait sèchement renvoyé. Elle savait probablement qu'il était le bras droit de Mercer, devenu depuis quelques années le chef de la Guilde des Voleurs, et ses actes à l'orphelinat devaient rester en travers de la gorge de la vieille harfreuse...

Il repensa ensuite au livre, et se demanda s'il était toujours à l'orphelinat. Il n'avait aucun moyen de vérifier, hormis entrer par effraction dans la cour, ce qu'il avait déjà fait une dizaine de fois lorsqu'il était plus jeune et ne lui avait absolument rien apporté: l'arbre était muet et gardait le secret de la fillette parfaitement caché, comme s'il souhaitait la protéger des humains vivant dans la ville où elle avait grandi...

Brynjolf secoua la tête pour chasser la fillette de ses pensées. Le passé était passé, il n'avait aucun moyen de revenir en arrière pour changer ce qui avait été fait. A présent, il devait se concentrer sur le présent: il avait une mission pour la Guilde et se devait de la remplir, sinon Vex risquait de se moquer de lui et il n'en avait vraiment pas envie. Il gagna donc le marché et se planta devant un petit stand de potions qu'il avait lui-même créé pour servir de diversion et commença à regarder la foule qui se pressait sur la place de bois. Si de nombreux riches se promenaient tranquillement dans la ville, un nombre encore plus important de mendiants erraient autour du marché en suppliant les passants de leur donner quelques septims pour subsister. Parmi eux, Brynjolf reconnut quelques anciens grands noms de la ville que a Guilde avait fait tomber pour les Roncenoir, certains anciens pensionnaires de l'orphelinat qui n'avaient pas eu la chance de trouver du travail ou d'être acceptés dans la Guilde, d'autres étaient des soldats ou familles de soldats qui avaient tout perdu des années plus tôt, lors de la Grande Guerre, ou qui venaient de tout perdre à cause de la guerre civile. Il y avait également quelques voleurs novices, qui se faisaient facilement arrêter par les gardes, ou encore des voyageurs de passage inconscients du danger qui guettaient leurs poches bien remplies...

Toutefois, quelque chose attira l'attention de Brynjolf plus efficacement que l'étalage de bijoux du marchand argonien à l'autre bout de la place: une silhouette frêle, bien plus petite que la plupart des gens autour d'elle, pas bien épaisse, et vêtue d'une tunique de mage dont la capuche était rabattue sur sa tête. Elle lui sembla particulièrement familière, bien qu'il ne puisse dire pourquoi, surtout lorsqu'elle se tourna vers lui. Son visage était masqué, mais il sentait qu'elle le regardait alors qu'elle se dirigeait vers lui tranquillement. Il l'interpella, une idée lui ayant soudain traversé l'esprit.

- Hé, mademoiselle! Ca vous dirait de vous amuser un peu?

Elle se planta devant lui sans dire un mot. Visiblement, elle attendait la suite.

- Vous seriez intéressée par un peu d'argent facile à gagner? poursuivit-il.

Elle ne bougea pas, ce qui mit Brynjolf un peu mal à l'aise.

- Vous m'avez l'air taillée pour ce genre de boulot... La discrétion, ça vous connaît, n'est-ce pas?

La jeune femme hocha la tête, ce qui redonna le sourire à Brynjolf.

- Vous voyez l'étal de Madesi, là-bas? demanda-t-il en désignant l'argonien. Il y a un coffre dans lequel il range un anneau qui lui est précieux. Prenez-le discrètement et placez le dans la poche de cet homme, continua-t-il en désignant cette fois un dunmer. Et surtout, ne vous faites pas coincer! Je ferai diversion pour vous faciliter la tâche. Ca ira?

L'inconnue hocha la tête et se dirigea à pas tranquilles vers l'étal du bijoutier. Brynjolf commença alors à appeler toute la place à venir l'écouter, attirant sur lui toute l'attention. Il regarda du coin de l'œil la jeune femme disparaître derrière l'étal de l'argonien, puis se diriger vers l'elfe noir qu'il avait ciblé. Quelques minutes à peine suffirent à la familière inconnue pour accomplir sa mission, ce qui ravit le nordique aux cheveux de feu. Il laissa la foule se disperser, puis appela sa complice pour la féliciter. Il lui proposa ensuite d'aller boire un verre à la taverne pour la remercier de son aide et lui expliquer la suite de sa mission, si elle voulait se faire encore plus d'argent. La jeune femme le suivit sans sortir de son silence, et le nordique l'emmena à travers la ville jusqu'à la meilleure taverne de celle-ci. Toutefois, lorsqu'ils passèrent devant l'orphelinat, la jeune femme ralentit le pas en regardant la bâtisse.

- C'est l'orphelinat, expliqua Brynjolf en pensant qu'elle se demandait de quoi il s'agissait. Il est dirigé par une vieille femme qui n'apprécie pas les enfants... Le plus ironique? Elle se fait appeler Grelod la Douce...

Un cri provenant de l'intérieur les fit sursauter.

- On ferait mieux de ne pas rester ici, frissonna Brynjolf. Je...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que la porte s'ouvrit sur Grelod, accompagnée par deux enfants de dix et sept ans. Elle jeta un regard haineux aux deux jeunes gens et lâcha d'un ton sec:

- Je pensais t'avoir dit que je ne voulais plus te voir rôder autour de MON orphelinat, espèce de délinquant...

- Navré de vous apprendre que cette rue ne vous appartient pas, madame, répliqua Brynjolf d'un ton glacial.

La vieille femme se tourna vers l'inconnue:

- Et celle-là, c'est qui? Une nouvelle fille en quête d'argent?

La jeune femme ne répondit rien. Brynjolf la prit par le bras et l'entraîna un peu à l'écart après avoir salué froidement la vieille femme, qui se dirigea vers le marché. Lorsqu'il la lâcha, elle ne bougeait toujours pas...

- Vous allez bien? demanda le nordique, inquiet.

La jeune femme releva la tête vers lui, puis marcha résolument en direction de l'orphelinat. Une fois devant l'entrée, elle tenta d'ouvrir la porte, qui était fermée à clé. Elle sortit alors un crochet de sa poche, et malgré les avertissements et supplications de Brynjolf, fit sauter le verrou en quelques secondes, puis entra dans le bâtiment. Brynjolf la suivit, autant par curiosité que par appréhension.

Une fois à l'intérieur, la jeune femme s'immobilisa dans l'entrée et regarda partout autour d'elle, ce qui laissa son acolyte songeur, puis elle avança doucement le long du couloir, à travers l'orphelinat. Brynjolf remarqua que cette jeune femme pour le moins étrange semblait être un véritable fantôme vivant: non seulement sa présence pouvait être facilement oubliée par son silence impressionnant, mais en plus elle se déplaçait sans faire le moindre bruit sur le vieux parquet grinçant qu'il détestait tant.

Une fois dans la salle principale, quelques enfants vinrent les voir, mais si Brynjolf répondait pensivement à leurs questions, la jeune femme, elle, ne semblait guère s'apercevoir de leur présence: elle regardait pensivement autour d'elle, effleurait un mur, un objet, parfois faisait un geste dans le vide, et le voleur remarqua rapidement que, là où il y avait maintenant du vide, autrefois se trouvaient des meubles ou des objets...

La jeune femme entra ensuite dans le dortoir et se dirigea directement vers l'un des lits: il était parfaitement fait, comme si personne n'avait dormi dedans récemment, et elle s'assit dessus en caressant les draps du plat de la main. Brynjolf, toujours occupé à parler avec les enfants, mit un certain temps avant de réaliser que ce lit était celui de la petite elfe, bien longtemps auparavant... Il se dirigea vers son étrange compagne.

- Vous étiez vous aussi pensionnaire ici, devina-t-il.

La jeune femme ne répondit pas. Elle tenait un petit bout de plume dans sa main et jouait avec, perdue dans ses pensées. Brynjolf haussa les épaules et la laissa seule avec ses souvenirs, lui-même replongeant malgré lui dans les siens. Il se dirigea vers le bureau de Grelod, lieu où même lui n'osait aller lorsqu'il était enfant.

Le lieu était sombre, rempli de papiers et de livres parfaitement rangés. Des papiers s'entassaient sur une étagère, parchemins vierges ou rouleaux remplis, des bouteilles d'encre étaient empilées dans un coin et des plumes reposaient à côté, prêtes à l'emploi. Le voleur commença à fouiller dans les papiers, à la recherche des fiches d'admission des anciens pensionnaires. Il trouva la sienne, celle de Mercer... Et une fiche sans nom, avec seulement quelques maigres informations sur une pensionnaire aux oreilles pointues. Brynjolf la lut attentivement, à la recherche de la moindre information la concernant.

Date d'admission: 13 de Soufflegivre, 4E185

Date de départ: 13 de Soufflegivre, 4E194

Informations: Découverte par des soldats impériaux dans une grotte, non loin de Faillaise. Ne parle quasiment pas.

Cela n'aidait pas beaucoup Brynjolf, mais expliquait pourquoi personne ne connaissait le nom de la fillette. Visiblement, Grelod n'avait pas grand chose à dire sur elle...

Le nordique roux commença alors à chercher d'autres informations sur elle, lorsqu'un objet attira son attention: il s'agissait d'un livre épais, à la couverture noire ornée d'un étrange symbole, légèrement usé et rangé avec d'autres livres bien moins inquiétants. Intrigué, Brynjolf le prit. Il avait appris à lire à la guilde grâce à Delvin Mallory et l'en remercia intérieurement lorsqu'il lut le contenu d'un bout de parchemin qui venait de tomber:

"Livre trouvé au pied de l'arbre abattu par une tempête dans la cour, le 21 de Soirétoile, 4E 200. Doit être livré aux Vigiles de Stendarr pour une analyse plus détaillée."

Le jeune homme regarda la couverture de l'objet et tenta de l'ouvrir prudemment, mais deux mains s'abattirent sur l'ouvrage et le lui arrachèrent des mains sèchement. Au bout de ces mains se tenait la jeune inconnue dont le visage, bien qu'en partie masqué par la capuche qu'elle portait, exprimait une certaine colère envers le nordique. Ce dernier ne la laissa pas faire: il la plaqua contre le mur, non pas pour la blesser, mais pour avoir des explications. La jeune femme tenta de se débattre, mais elle n'avait pas de force, comparée à Brynjolf. Le livre s'écrasa à leurs pieds, mais ni l'un ni l'autre ne firent attention à lui.

- C'est toi, la petite elfe que Grelod haïssait tant quand j'étais ici, constata Brynjolf.

La jeune femme ne répondit rien, ce qui fit sourire le voleur.

- Ton silence parle pour toi, continua-t-il. Ecoute, je suis vraiment désolé de t'avoir laissée seule à la merci de cette hideuse sorcière, mais... Je ne pouvais pas faire autrement.

La jeune femme ne répondit rien. Elle ne se débattait plus.

- Je me doute que tu dois m'en vouloir... Comme tu dois m'en vouloir pour toutes les fois où tu as fini dans cet horrible cagibi à cause de moi et de mes bêtises.

Il n'obtint pour seule réponse qu'un lourd silence.

- Je voudrais juste savoir ce que ce livre a de si spécial pour toi, pour que tu nous le cache aussi bien... Et si c'est lui qui te faisait disparaître régulièrement.

La jeune femme ne lâcha pas le moindre mot. En revanche, Brynjolf remarqua que des larmes avaient commencé à couler sur ses joues. Il la relâcha doucement, sans pour autant la lâcher totalement, en continuant à la supplier:

- Si tu ne sais pas parler, écris-le, au moins... Mais je t'en supplie, explique-moi tout.

La jeune femme hocha la tête doucement. Mais, alors que Brynjolf attrapait une plume et un rouleau de parchemin pour lui permettre de s'expliquer, la porte de l'entrée claqua et la voix de Grelod retentit dans la maison. Paniquée, la jeune femme voulut sortir, mais le voleur la retint fermement par le poignet en ramassant le livre.

- Ne t'inquiète pas, lui dit-il. Elle ne peut rien nous faire... Elle sait qu'elle risque gros, sinon.

Ses mots ne purent calmer la jeune femme, si bien que Brynjolf finit par abandonner la lutte et sortit du bureau en la tenant par le poignet. Lorsque la vieille femme les vit, son regard se fit venimeux et elle pointa sur eux un doigt accusateur:

- Je pensais avoir été claire, Brynjolf, cracha-t-elle. Tu as interdiction de rentrer ici! Si toi et ta complice ne sortez pas dans les trente secondes, j'appelle la garde et vous vous expliquerez avec eux!

Brynjolf haussa les épaules.

- Navré de vous avoir dérangée, vieille bique, lui lança-t-il.

- Et rendez-moi ce livre! s'exclama la vieille femme. Vous vouliez le voler, hein? Ca se revend bien, ce genre d'objets démoniaques chez vos amis voleurs? Dommage pour vous, d'ici deux jours, il part avec les Vigiles de Stendarr pour plus d'analyses... Il a l'air dangereux, alors laissez-le ici!

La jeune femme semblait terrorisée. Brynjolf serra sa main frêle dans la sienne pour la rassurer tout en continuant à parler avec Grelod.

- Ecoutez, si cet objet est aussi dangereux que ce que vous dites, vous ne devriez pas le garder ici... Vous êtes entourée en permanence d'enfants, vous n'êtes pas à l'abri d'un curieux qui l'ouvre pour voir de quoi il s'agit et soit tué par une sombre magie noire... C'est ce que vous souhaitez?

- Si l'un de ces sales mouflets vient à faire quelque chose dans ce goût-là, ça lui servira de leçon... Et j'aurais aimé que ce soit toi qui ouvre ce bouquin, Brynjolf. Tu étais si insupportable, à toujours mettre ton horrible nez partout, surtout là où tu ne devais pas... Toi et ta bande d'amis, vous m'avez donné du fil à retordre, et j'espérais avoir enfin réussi à vous dresser! Visiblement, j'ai échoué... Même cette espèce de sale gamine aux longues oreilles a fini par s'incliner! J'aurais dû vous faire emprisonner dès votre sortie de l'orphelinat, tous les trois...

Elle regarda les enfants, qui écoutaient ce qu'elle disaient, et leur ordonna d'un ton sec:

- Qu'est-ce que vous fichez là, bande de morveux? Allez faire vos corvées, immédiatement! Et que je n'en entende pas un râler, ou il passera la nuit au cagibi!

A ces mots, la jeune femme elfe releva la tête. Brynjolf sentit ses muscles se contracter légèrement et, de manière plus flagrante, sa main se mit à chauffer.

" Vous n'avez pas le droit de leur parler comme ça".

La voix fit sursauter tout le monde, sauf la jeune femme. Grelod plissa les yeux en la regardant d'un air mauvais.

- Et pourquoi donc? Je suis responsable d'eux, je leur parle comme je le souhaite, surtout qu'il me revient la tâche de les dresser, ces sales mômes...

La jeune femme retira sa capuche, révélant une longue chevelure d'un blond flamboyant encadrant un visage doux, mais marqué par la violence et la guerre. Dans ses yeux dorés se lisait une colère infinie, mélangée à une rancœur impressionnante, qui effraya légèrement Brynjolf. Grelod, quant à elle, écarquilla les yeux de surprise en reconnaissant ce visage.

- Tiens donc... Toi aussi, tu as décidé de revenir me casser les pieds? Tu as trois secondes pour sortir avant que...

La vieille femme ne termina jamais sa phrase, car la jeune elfe prononça trois mots, huit lettres associées en un murmure assourdissant, quelques sons qui, à peine prononcés, envoyèrent une puissante vague d'énergie qui frappa la vieille femme de plein fouet et la fit valdinguer, désarticulée, à travers la pièce. Grelod poussa un petit cri strident qui s'acheva dans un bruit sec alors que sa tête heurtait le mur. Elle gisait, sans bouger, les yeux ouverts, une flaque de sang se formant sous ses cheveux et s'étendant déjà autour de sa tête.

-Madame Grelod? demanda l'un des enfants avec une voix inquiète.

Brynjolf n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles: non seulement Grelod venait de mourir devant lui, mais en plus elle avait été tuée par celle qu'elle avait probablement le plus violemment persécuté durant son enfance et, par-dessus le marché, la jeune femme qu'il pensait muette était en réalité capable d'utiliser la puissance du Thu'um, cet ancien pouvoir que seules quelques personnes au monde pouvaient maîtriser, dont l'Enfant de Dragon...

Il regarda la jeune femme qui se tenait à côté de lui, une jeune femme à la beauté hors du commun, probablement aussi dévastatrice que le son de sa voix. Elle contemplait le cadavre de Grelod alors qu'autour d'eux, les orphelins criaient de joie et dansaient en remerciant l'étrangère elfe qui venait de les libérer. Le nordique jugea préférable de la ramener à la réalité avant que la garde ne vienne:

- On ferait mieux d'y aller, lui dit-il en serrant sa main dans la sienne.

La jeune femme ne bougea pas. Brynjolf passa sa main devant son visage pour la ramener à la réalité. Elle finit par cligner des yeux et tourner vers lui ses yeux dorés, dans lesquels le nordique put lire un mélange d'émotions si différentes et contradictoires qu'il en eut mal à la tête.

- Viens, lui dit-il de nouveau en la tirant doucement à sa suite.

Elle le suivit sans émettre le moindre son, le livre toujours sous le bras. Le voleur l'entraîna à travers la ville, jusqu'au cimetière. La jeune femme se crispa légèrement quand il la tira dans un tombeau, surtout lorsqu'il révéla un escalier secret en appuyant sur un bouton. Il lui fit descendre les quelques marches avant d'ouvrir une trappe par laquelle il lui demanda de passer avant de refermer le passage et de s'engager à son tour dans la trappe.

Cette dernière menait directement aux égouts de la ville, mais pas n'importe où: ils avaient atterri dans une sorte de camp installé autour d'un bassin, et de nombreuses personnes allaient et venaient autour de ce dernier, sans se soucier des deux nouveaux venus. La jeune elfe était aux aguets, de peur de tomber dans un piège, mais le voleur la rassura:

- Ne t'inquiète pas. C'est ici que je vis depuis que j'ai quitté l'orphelinat, et tu y es en sécurité, toi aussi.

La jeune femme accepta de le suivre de nouveau, toutefois avec beaucoup de prudence. Le voleur l'entraîna jusqu'à un bureau encombré de papiers en tous genres et prit une bouteille d'encre et une plume avant de lui demander de le suivre en direction d'une autre porte. Sur le chemin, l'elfe vit parfaitement que les autres habitants du lieu lui lançaient des regards étranges, comme si elle n'était pas la bienvenue ici, et ne put s'empêcher de se rapprocher du voleur roux, qui serra sa main dans la sienne pour la rassurer.

- Ils n'ont pas l'habitude que j'emmène quelqu'un qui n'est pas de la Guilde ici, expliqua-t-il à la jeune femme. Tu seras plus tranquille à la Cruche Percée... Enfin, si Vipir ne vient pas te draguer.

La jeune femme frissonna, ce qui fit sourire son aîné. Ce dernier lui fit passer une porte qui menait vers un couloir sombre, puis ouvrit un autre passage qui se révéla être un placard à double fond. Ils émergèrent dans ce qui semblait être une taverne construite au bord d'un autre bassin artificiel, dont l'odeur assurait qu'il s'agissait d'un bassin où se jetaient les égouts de la ville. La jeune femme plissa le nez sans comprendre où l'entraînait son compère.

- Bienvenue à la Cruche, lui dit ce dernier. Viens.

Il l'entraîna jusqu'à une table vide, puis héla le tavernier. Ce dernier essuya ses mains sur son tablier, puis s'approcha de la table.

- Tu nous ramènes une nouvelle recrue? demanda-t-il à Brynjolf en arrivant à leur hauteur.

Ce dernier esquissa un sourire.

- Mieux, dit-il.

- Une éventuelle compagne?

-Regarde la bien, lui répondit Brynjolf. Tu la reconnais?

Le tavernier scruta le visage de l'elfe, qui s'était mise à sourire elle aussi, car elle avait reconnu Vekel. Ce dernier finit par la reconnaître, et son visage prit une expression étonnée.

- Par les Neuf! s'exclama-t-il. Mais c'est notre petite elfe!

Cette dernière hocha la tête, ravie de voir que lui non plus ne l'avait pas oubliée. Il la serra dans ses bras en riant aux éclats.

- Ravi de voir que tu as survécu à la vieille harfreuse! s'exclama-t-il.

- Non seulement elle a survécu, mais en plus elle vient tout juste de la tuer! intervint Brynjolf en riant à son tour.

- Sérieusement? s'étonna Vekel. Félicitations et mille fois merci! Pour fêter ça, j'offre une tournée générale à tout le monde!

Sa proposition fut accueillie avec joie par les autres membres de la Guilde présents.

-Ramène aussi une feuille, lui demanda Brynjolf. Je n'en ai pas trouvé au bureau de Mercer.

La jeune femme leva la tête d'un air interrogateur, faisant rire Brynjolf et Vekel.

- Oui, Mercer aussi a rejoint la Guilde! expliqua le nordique roux. Il en est même le chef, si tu veux vraiment tout savoir!

- Et il aimerait savoir depuis quand tu te permets de faire entrer des étrangers par l'entrée secrète, fit une voix dans le dos de la jeune femme.

Cette dernière se retourna. Elle aperçut un bréton vêtu d'une armure de cuir noire, les bras croisés sur sa poitrine et l'air franchement agacé.

- Mercer, répondit Brynjolf, ce n'est pas une étrangère. Tu te souviens d'elle?

- Je ne me rappelle pas l'avoir vue un jour, répliqua le bréton.

- Elfe, maigre, muette... continua le voleur roux. Non, vraiment rien?

- Je n'ai pas de temps à perdre avec des devinettes. Soit tu me dis qui c'est, soit je vous fait sortir d'ici avec un coup de pied aux fesses.

Brynjolf leva les yeux au ciel.

- Ce que tu peux être pénible, des fois... C'est la petite de l'orphelinat, tu sais, celle qui ne parlait jamais et qui nous cachait quelque chose?

Mercer regarda la jeune femme, puis laissa apparaître son étonnement.

-Toi, sérieusement? Excuse-moi, je ne t'avais pas reconnue!

Il la serra dans ses bras, mais la jeune femme sentit qu'il était moins sincère que les deux autres. Pire, elle ne lui faisait pas confiance.

- Alors, qu'est-ce que tu deviens depuis qu'on s'est perdus de vue? lui demanda le chef de la Guilde en s'asseyant avec eux en attendant que Vekel ne revienne avec les boissons.

- On attend une feuille pour qu'elle nous le dise, répondit Brynjolf. Visiblement, elle est toujours aussi bavarde.

- Oh. Tu ne sais vraiment pas parler? demanda Mercer d'un ton déçu.

- En fait... commença Brynjolf.

- Et voilà! Quatre chopes d'hydromel Roncenoir et un paquet de papier pour la demoiselle! le coupa Vekel.

- Quatre? s'étonna Brynjolf.

- Moi aussi, j'aimerais savoir ce qui est arrivé à ta protégée, répliqua Vekel en s'asseyant en face de Mercer. Alors, explique nous tout, demanda-t-il ensuite à la jeune femme.

Cette dernière attrapa la plume et l'encre, ainsi que l'une des feuilles posées en tas près d'elle.

" Déjà, ravie de vous revoir", écrivit-t-elle. " Vous ne pouvez pas imaginer comment ça a été dur à l'orphelinat sans vous trois... Surtout sans Brynjolf"

Ce dernier se sentit flatté, jusqu'à ce que ses compères ne se moquent de lui gentiment. L'elfe souriait aussi, ravie d'avoir retrouvé ses trois protecteurs.

" Au fait, depuis quand Vekel sait lire?"

- Depuis que Tonilia m'a forcé à apprendre pour que je puisse prendre les commandes pour la Guilde! répondit-il fièrement. Ca te pose un problème?

"Tu disais que ça ne servait à rien, à l'orphelinat."

- Je n'ai jamais dit ça! nia-t-il en prenant un air étonné alors que ses camarades s'étaient mis à rire.

"Je ne parle pas beaucoup, mais ça me permet de mieux entendre ce que les gens disent", répliqua l'elfe sur le papier.

- Pas mal, approuva Brynjolf. Mais trêve de plaisanteries, ça fait...

Il marqua une pause et compta sur ses doigts.

- Seize ans que j'aimerais savoir comment tu t'appelles.

"Bonne question", écrivit l'elfe. "Je ne sais pas"

- Alors on va te trouver un nom! s'exclama Vekel d'un ton optimiste.

Il se leva et lança à la cantonade:

-Avis à tous les membres de la Guilde! Si quelqu'un connaît un prénom pour une ravissante bosmer, venez me suggérer les idées!

"Très drôle", écrivit l'elfe en faisant la moue.

-Je veux juste t'aider, se défendit le tavernier.

"Merci", sourit la jeune femme.

Elle réfléchit quelques instants.

"On verra plus tard pour mon nom, ce n'est qu'un détail."

Brynjolf tenta de protester, mais la jeune femme lui fit signe de se taire d'un geste de la main.

"Ne gaspille pas ta salive, ça ne sert à rien. Une autre question?"

- Dis nous ce qui t'es arrivé, demanda Mercer.

"Grelod a été horrible avec moi, quand vous êtes partis. J'ai été ravie de quitter Honorem... J'ai erré un peu à travers la campagne en tentant de trouver de quoi gagner ma vie, mais c'était compliqué... Jusqu'à ce que je ne lance un sort par accident. J'ai été étudier à l'Académie des Mages pendant deux ans, puis j'ai repris la route... Et me voilà"

- Tout ça pour ça? s'étonna Mercer. Je pensais que tu avais eu une vie un peu plus remplie!

"Tout le monde a pas la chance de devenir un puissant voleur", fit remarquer l'elfe.

- Si je me souviens bien, tu étais la personne la plus silencieuse de l'orphelinat, tu aurais pu facilement devenir une excellente voleuse, répliqua Vekel.

" Personne ne m'avait prévenue"

- Tu vas rester, maintenant? demanda Brynjolf.

"Je ne sais pas... Je ne risque pas de finir dans un cagibi?"

- Tu viens de tuer Grelod et tu nous demande ça? s'étonna Vekel en riant. Bien sûr que tu ne risques rien!

- Attends, tu peux répéter? s'étonna Mercer.

-Elle a tué Grelod sous mon nez, expliqua Brynjolf. J'en suis témoin.

" Disons qu'elle l'a cherché", tenta de se justifier la jeune femme en rougissant.

- On n'avait pas dit "pas de sang"? fit remarquer Mercer d'un ton irrité.

- De un, on n'était pas en mission, répliqua Brynjolf, et de deux, si elle ne l'avait pas fait, quelqu'un d'autre s'en serait chargé... La rumeur dit vrai, le petit Aretino a fugué. A l'heure qu'il est, il doit être à Vendeaume en train de prononcer le Sacrement Noir...

- On aurait dû laisser les assassins se charger d'elle, répliqua Mercer.

- Ca aurait été moins marrant... soupira Vekel. Tuée par celle qu'elle a le plus torturé, ce n'est pas génial, ça?

Il ajouta, un sourire aux lèvres:

-Et si je me souviens bien, tu étais le premier à vouloir sa mort, quand on était encore à l'orphelinat...

Mercer soupira, puis laissa échapper un sourire.

-Tu as peut-être raison... admit-il.

Il leva sa chope.

-Au retour de notre petite elfe! lança-t-il.

- A son retour! répondirent en cœur les deux hommes.

La jeune femme ne dit rien, mais son visage parlait pour elle. Elle était ravie de trinquer avec eux, bien des années après les avoir perdus...

Ils passèrent la nuit à boire, à chanter et à danser. Lorsque Mercer et Vekel s'en allèrent, le premier prétextant du travail et le second rappelé à l'ordre par Tonilia, Brynjolf emmena la jeune femme à l'extérieur. Ils traversèrent ensemble le canal, marchèrent à travers les rues désertes sans se soucier des éventuels voleurs qui pouvaient s'y trouver, puis sortirent sur les quais, du côté du lac Honrich. La jeune femme était émerveillée par la beauté du lieu, qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de voir. Brynjolf l'emmena au bord du ponton et s'assit les pieds dans le vide, vite imité par sa cadette. Cette dernière contemplait la surface de l'eau, au-dessus de laquelle flammourches et noctuelles volaient paresseusement.

- Dis m'en plus sur toi, demanda Brynjolf distraitement. Comment tu as appris à contrôler la magie, pourquoi tu es revenue...

L'elfe resta silencieuse. Elle leva à peine les yeux vers lui, puis se replongea dans la contemplation du paysage. Le voleur prit sa main dans la sienne.

- Tu n'es pas réellement muette, affirma-t-il. J'ai clairement entendu ta voix, quand tu as utilisé cette... Magie... Et tu sais parler par l'esprit, aussi. Alors pourquoi est-ce que tu refuses de parler?

La jeune femme garda le silence quelques instants. Brynjolf était prêt à aller lui chercher un morceau de papier lorsqu'il entendit une voix légère, presqu'aussi frêle que la jeune femme assise à côté de lui:

- Mes parents m'ont livrée à Hermaeus Mora en échange de ma survie. Ils ont été emprisonnés par des bandits quand j'étais bébé, et ils savaient qu'ils n'allaient pas garder un bébé en vie très longtemps... Le Prince s'est manifesté à travers un Livre Noir que ma mère a déterré dans la cellule où ils étaient enfermés. Il lui a proposé de la sauver grâce aux connaissances disponibles dans Apocrypha, mais ma mère a refusé... La seule chose qu'elle voulait, c'est que je reste en vie. Mora a accepté de me protéger à la condition que je le serve pour le reste de ma vie. J'ai passé mes premières années à Apocrypha avec mes parents, mais mon père a voulu tenter de rompre le pacte avec le Prince pour me permettre d'avoir une vie ordinaire... Il m'a renvoyée à Tamriel sans aucun souvenir de la bibliothèque daedrique, et c'est probablement là que les impériaux m'ont trouvée... Ca n'a pas plu à Mora, qui a œuvré en secret pour que je me retrouve à Honorem, entre les mains de Grelod. Là, il m'a envoyé l'un de ses Livres Noirs sans me dire de quoi il s'agissait pour continuer à m'enseigner ce que je devais savoir... Il me parlait à travers les dernières pages du livre et, parfois, me ramenait à Apocrypha le temps de quelques minutes ou quelques heures pour me montrer des choses ou m'apprendre des trucs inimaginables autrement... En fait, j'y allais presque tout le temps, quand je disparaissait.

Brynjolf écoutait, abasourdi.

- Mon mutisme était aussi une conséquence de la décision de mon père: pour éviter que je ne divulgue mon savoir quand j'étais enfant, Mora m'a jeté un sort... Qui était également une punition pour lui avoir désobéi. Il a levé la malédiction quand mes parents ont perdu l'esprit, noyés dans ces connaissances qu'ils amassaient dans la bibliothèque... Et, bien entendu, quand je suis devenue assez grande pour savoir qu'il valait mieux que je ne divulgue rien de mes connaissances.

Elle jeta un regard à son compagnon avant de continuer, un peu plus fort:

- En revanche, ce n'est pas lui qui m'a appris à utiliser l'art de la Voix. Ca, c'est un don inné pour moi... Je suppose que tu sais pourquoi.

- Tu es l'Enfant de Dragon, murmura Brynjolf sans y croire.

Elle hocha la tête.

-C'est assez dur de tout porter, parfois... Surtout quand les Vigiles de Stendarr se mettent en tête que je suis une fanatique des Daedra ou que Molag Bal tente de me faire capturer pour se servir de mes connaissances pour envahir le monde... Ou qu'un dragon décide que je serais mieux morte...

Brynjolf laissa échapper un petit sifflement impressionné.

- Et dire que Mercer trouvait ta vie plate et monotone... dit-il. Je suis sûr qu'à toi seule, tu en as vécu plus que tous les membres de la Guilde réunis!

La jeune femme sourit.

- Ne raconte surtout rien à qui que ce soit, s'il te plaît. Pas même à Mercer ou Vekel.

- Et pourquoi cela? demanda Brynjolf.

- Si tu étais à ma place, tu aimerais que je raconte ta vie à n'importe qui? répliqua l'elfe en le regardant dans les yeux.

- T'as gagné, je ne dirai rien! céda Brynjolf.

-Merci, répondit la jeune femme en souriant.

Ils contemplèrent le lac en silence pendant quelques instants, puis Brynjolf brisa de nouveau le silence:

- Tu le cachais où, ton livre?

La jeune femme sourit de nouveau.

- Dans l'arbre, comme tu t'en doutais. Seulement, je ne me contentais pas de protéger un objet aussi précieux avec de simples branchages... Chaque fois que je le posais contre le tronc, il était entouré d'un voile magique qui le rendait à la fois invisible et indétectable pour les mortels autres que moi. L'arbre maintenait le sort grâce à son énergie vitale.

- Tu l'avais laissé...

- Oui, le coupa l'elfe. Je pensais qu'il y serait en sécurité... Je ne pensais pas que l'arbre allait être frappé par la foudre aussi rapidement. Et c'est pour venir le mettre à l'abri que je suis revenue à Faillaise, à l'origine.

- Et tu comptes rester?

- Tu n'as pas peur de moi? s'étonna la jeune femme.

Brynjolf éclata de rire.

- Pourquoi est-ce que j'aurais peur? Tu es aussi forte que quand tu étais enfant!

- Mais je contrôle la magie.

- Je m'en fiche. Pour moi, tu es et restera toujours la petite elfe fragile que je défendais contre Grelod quand nous étions enfants.

L'elfe esquissa un sourire.

- Toujours?

- Toujours, assura Brynjolf.

L'elfe fit mine de réfléchir, puis annonça:

- Alors je veux bien rester à la Guilde!

- Bienvenue parmi nous, alors! s'exclama Brynjolf en la serrant dans ses bras.

Ils se levèrent et reprirent la direction de la Guilde afin d'officialiser son entrée dans celle-ci. En chemin, Brynjolf posa une dernière question à la jeune femme:

- Pourquoi tu m'as raconté tout ça?

La jeune femme haussa les épaules.

- Peut-être parce que tu étais celui qui se souciait le plus de moi à l'orphelinat... Et parce que tu avais l'air réellement coupable, tout à l'heure, quand tu m'as dit que tu étais désolé de m'avoir abandonnée...

- Je l'étais réellement! se défendit Brynjolf. Ca m'a fait mal de ne plus pouvoir venir te voir, tu sais... 

La jeune elfe sourit. 

-Je te crois... Grand frère. 

Brynjolf se mit à sourire également. 

-Viens, je vais te présenter au reste de la famille, petite sœur! 

Il serra de nouveau la jeune femme dans ses bras avant de repartir avec elle en direction de la Guilde. Comme promis, il ne dit rien au sujet de sa véritable identité, ravi d'être celui avec qui elle avait accepté de partager son secret, un secret que seul l'arbre connaissait, lorsqu'ils étaient enfants... 


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