Blue Hour

Chapitre 2 : A l'Ouest

Chapitre final

8740 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 23/08/2023 18:33

Ça y est, je l’ai !! Je vais pouvoir enseigner à Forks. Ma première affectation en tant que professeure.

Je m’appelle Alice, je suis un vampire. Je vis dans l’état de Washington avec ma famille, dans la petite ville de Forks. Nous aimons tant cet endroit. 

Quitter le comté de Clallam serait pour nous un déchirement. Les paysages magnifiques de la péninsule d’Olympique avec son immense forêt d’érables et de sorbiers, nous manqueraient tellement.

    Pourtant il le faudra un jour. Car nous ne vieillissons pas. Nous avons renoncé au sang humain, à la faveur du sang animal. Cela requière beaucoup d’entrainement et de frustration mais nous apprécions d’avoir retrouvé une partie de notre humanité et de mener une vie quasiment normale. Nous pouvons presque tous nous mêler aux humains sans trop de difficultés, faire des études, exercer une profession. Nous n’en sommes plus réduits à vivre cachés, reclus, avide du sang des gens. C’est la seconde fois que Carlisle, mon père adoptif, vient s’installer ici. Il déjà passé quelques années à Forks, pendant lesquelles il avait réveillé les vieux démons de la tribu des Quileutes. C’était dans les années cinquante.

    Le climat n’est pas la panacée pour la population normale. La climat pluvieux et le manque de luminosité ambiant constant nous conviennent parfaitement, à nous. Cela nous permet de vivre en plein jour sans briller de mille feux comme notre condition nous l’impose, en plein soleil. Cette région est l’endroit parfait pour vivre normalement tout en cultivant notre secret.

Enfin presque, n’est-ce pas mon cher Edward.

 

    Nous habitons une magnifique maison toute blanche, trouée de grandes baies, au nord-est de Forks. Elle est perdue au milieu de la forêt, entourée de cèdres centenaires. Nous pouvons y vivre normalement, en nous laissant aller à notre propre nature, sans peur d’être épié par les humains.

    En « public », nous devons prendre quelques précautions. Notre aspect les inquiète naturellement, leur instinct de protection ancestral surement. Les gens ne s’attardent pas trop près de nous, surtout si nous ne le souhaitons pas.  Nous devons penser à nous déplacer lentement et à faire les mêmes gestes naturels, comme cligner des yeux ou changer de position régulièrement.

    Dans cette maison et son environnement, nous avons tout loisir de nous déplacer à toute vitesse, de grimper en haut des arbres ou encore de nous figer comme des statues sans effrayer personne. Elle se trouve au milieu d’un terrain de chasse idéal, regorgeant des animaux qui constituent notre régime alimentaire exclusif.

    Elle abrite ma famille, mes parents adoptifs, mes frères et sœurs d’adoption et mon mari.

 

    Ces quatre dernières années, j’ai rejoint Emmett, mon frère, à l’université de l’Etat de Washington à Seattle. Il y était rentré l’année précédente. Ce n’était peut-être pas l’université la plus prestigieuse du pays mais nous ne souhaitions pas trop nous éloigner de notre famille.

    Je suis partie pour l’université sans Jasper, mon mari depuis 1958. Heureusement Emmett me réconfortait par bonne humeur. Nous étions tellement collés l’un à l’autre depuis des décennies. Jasper, lui, avait décidé de rester à Forks. Diplômé de philosophie et d’histoire, il avait préféré rester à la maison pour continuer ses recherches et écrire. La solitude et la proximité de quelques vampires lui suffisait largement. Son combat pour se sevrer du sang humain avec commencé après le nôtre et il éprouvait toujours des difficultés à se mêler à eux. Il avait besoin de faire une pause dans sa quête du vampire parfait. Contrairement à la plupart d’entre nous qui étions convaincu de la bienséance de notre régime, lui ne le faisait pas par respect des humains mais surtout parce que son don de manipuler les émotions le mettais aux premières loges quant au ressenti de ses victimes. Il recevait de plein fouet la douleur et de l’effroi de ses proies.

    Malgré la complicité que nous avions tous les deux, il restait néanmoins toujours en marge de notre vie « normale ».

 

    Notre frère Edward s’était inexorablement épris d’une humaine, Bella. D’abord, attiré follement par sa fragrance, il s’étonna ensuite de ne pas pouvoir lire ses pensées. C’était la seule. Cela a attisé sa curiosité et il s’est finalement éperdument épris d’elle. Ils se sont fréquentés malgré le danger que cela représentait pour elle, et malgré nos appréhensions. En cent ans, c’était la première fois que nous voyions notre frère si épanoui. Il la voulait humaine le plus longtemps possible, pensant qu’elle perdrait son âme, comme lui, si elle devenait vampire. Cela nous a causé bien des soucis. Entre les attaques du vampire traqueur ou de sa compagne jalouse, de son armée de nouveau-nés, la menace des Volturi – ces vampires millénaires qui se chargeaient de faire respecter les quelques lois vampiriques - qui n’acceptaient pas qu’une humaine connaisse notre secret et qui nous avait mis au défi de la transformer, nous avons été bien occupés.

Jasper avait lui-même failli tuer Bella, et après cet épisode, Edward avait pensé que sa proximité la mettait en danger et l’a quitté pendant presque un an. Nous nous sommes alors tous éloignés de Forks afin qu’elle nous oublie.

    Pendant cette année, Bella a vécu comme un zombie et prenait des risques inconsidérés car dans ces moments de montée d’adrénaline elle avait des visions d’Edward. Un jour tout a dérapé et nous n’étions pas passé loin d’une fin tragique pour tous les deux.

    Bella était devenu vampire après la naissance de Renesmé, sur son lit de mort. Elle s’était retrouvée enceinte alors qu’elle était encore humaine et la grossesse avait failli la tuer. Renesmé s’est avéré un petit être exceptionnel. A demi mortelle et à demi immortelle. Une nouvelle race hybride. Son existence a été incomprise par certains de nos pairs qui s’imaginaient que nous avions créé un enfant immortel, ce qui était strictement interdit. Cela avait provoqué une nouvelle fois la colère des Volturi. Ceux-ci s’étaient déplacés dans le but d’exterminer notre clan. Heureux prétexte pour éliminer d’ostensibles rivaux. C’est ce qui nous avait menés dans cette prairie, avec nos amis vampires du monde entier, présents comme témoins de notre bonne foi, nous soutenant dans le fait qu’aucune règle n’avait été transgressée. J’avais prouvé à Aro, grâce à la présence d’un autre individu mi-homme mi- vampire, que notre secret serait bien gardé. Pourtant il avait peur et pensait que nous exterminer était la meilleure chose à faire. Nous étions, encore une fois, passé pas loin du drame.

Depuis qu’elle était devenue vampire, Bella jouissait de son nouveau statut dans toute sa splendeur et profitait de sa nouvelle vie avec Edward et leur fille.

    Elle se débrouillait bien au contact des humains mais avait préféré prendre quelques précautions. Elle avait fait croire à son père qu’elle faisait ses études avec Edward à Dartmouth. En fait, elle étudiait par correspondance et continuait à élever sa fille. Ils vivaient dans leur petite maison, à quelques encablures de la nôtre, mais passaient aussi beaucoup de temps avec nous, dans la grande maison qui était notre univers.

    Edward était un père génial, un mari idéal. Leur fille magnifique. A 4 ans, elle donnait l’impression d’en avoir presque 16 et son esprit était tout aussi éveillé que son physique était développé. Ses parents passaient des heures à lui faire l’école, à jouer avec elle. Quand ils partaient chasser, Renesmé restait avec Jacob.

    La rencontre avec Bella nous avait forcés à fréquenter tant bien que mal nos ennemis naturels, ces hommes de la tribu des Quileutes qui se transforment en loup soi-disant lorsque des vampires traînent dans leurs parages. Un traité avait été signé entre les aïeux de Jacob et Carlisle. Les vampires ne devaient pas créer d’autres vampires, et ne pas tuer d’humains. Ils devaient aussi rester en dehors du Territoire Quileute. C’était une entente fragile et la haine était toujours présente entre nous. Pourtant, et ce, grâce à Bella, ils avaient été d’un bon soutien lors de nos mésaventures. Ils nous avaient aidé à combattre les nouveau-nés et étaient présent lorsque les Volturi étaient venu avec des intentions belliqueuses.

    Jacob, l’indien à l’odeur de chien et meilleur ami de Bella, s’était imprégné de Renesmé à sa naissance. Un truc de loup à priori. Dans la tribu des Indiens Quileute, les individus avaient cette faculté de voir leur raison s’envolée à la vue d’une autre personne. Ils ne vivaient alors plus que pour celle-ci. Un amour et un dévouement inconditionnel et respecté par leurs pairs. C’est d’ailleurs ce qui a sauvé les Cullen lorsque Bella est devenue comme nous. La meute a pour principe de ne jamais nuire à la personne dont un de ses membres s’est imprégné. La transformation de Bella étant une atteinte au traité, l’imprégnation de Jacob a été salvatrice.

Depuis ce temps, mis à part nos relations avec Jacob et Seth, nous avions reprit nos anciennes habitudes de ne pas nous fréquenter.

 

    Rosalie s’était accommodée de la présence de Jacob. Elle n’avait pas le choix. Habitée d’un désir fou d’enfant qu’elle savait ne jamais pouvoir assouvir, elle avait protégé farouchement Bella lors de sa grossesse et s’occupait aussi beaucoup de Renesmé depuis sa naissance. Cette petite était un don du ciel. Rosalie était d’une beauté parfaite mais ses yeux étaient vides et elle semblait toujours en colère. L’arrivée de Renesmé a été une renaissance pour elle. Son désir de rester auprès de la petite avait été plus fort que son envie d’université.

    Malgré ses réticences, ces derniers mois, elle avait partagé beaucoup de temps avec Jacob auprès de Renesmé. Chaque fois que ses parents partaient chasser. Et aussi pour pallier l’absence d’Emmett. Elle riait, ce qui n’était …non, jamais arrivé depuis que je la connaissais.

 

    Emmett, son compagnon, est comme moi. Il dévore la vie à pleine dent, il est fougueux, enjoué et blagueur. A Seattle, Il a entrepris un cursus qui convenait bien à sa morphologie et à son caractère, le sport. Il était toujours obligé de ronger son frein pour ne pas écraser les autres étudiants mais il savait qu’il finirait par enseigner et qu’il déverserait ce flot d’énergie à motiver ses élèves, à leur transmettre le gout du sport, de la compétition. Il était enchanté de quitter pour quelques années sa vie de simple élève et de pouvoir enseigner.

    Nous feignions d’être un couple afin de ne pas trop attirer les autres étudiants. Tout comme au Lycée de Forks, nous préférions ne pas nous mêler. Nous participions pourtant à la vie étudiante et Emmett, par sa présence sur les terrains, était malgré lui la coqueluche des filles. Lesquelles d’ailleurs ne m’approchaient pas, par méfiance surement. En fait, la popularité d’Emmett nous isolait de tous. Ce qui nous convenait parfaitement.

    Pourtant, quel bonheur de retrouver nos amoureux respectifs. Le weekend, Emmett et Rosalie illustraient leurs retrouvailles charnelles de nombreux bris de mobilier, comme au début de leur amour.

    Pour ma part je chassais certains weekends avec Jasper, d’autres avec Bella, ma meilleure amie. Puis nous nous retrouvions autour du piano avec Carlisle et Esmé pour de doux moments musicaux que nous offraient Edward et Renesmé. Ma relation avec Jasper était beaucoup plus cérébrale que celle d’Emmett et Rosalie. Nos effusions de tendresse étaient beaucoup plus « polies » et discrètes, même dans l’intimité. Nous savions que nous étions des âmes sœurs et cette complicité nous convenait.

 

    Carlisle avait maintenu son activité de médecin à Forks. Il était celui qui avait le mieux réussi à combattre son attrait pour le sang humain. Aujourd’hui, après plus de trois cents ans d’entraînement, procéder à une opération chirurgicale n’avait plus aucun effet sur lui. Il s’était imposé pour pénitence de prendre soin des humains toute sa vie durant. Il n’avait jamais accepté ce qu’il était et avait lutté farouchement contre sa condition. C’est lui qui avait le premier, commencé à se nourrir du sang des animaux. Il avait réussi à être autre chose qu’un buveur de sang féroce et sans âme. Il avait créé certains d’entre nous alors que nous étions proche de la mort, afin de constituer une famille, civilisée, humanisée. Et cela avait fonctionné.

 

    La douce Esmé, compagne de Carlisle, nous entourait de tout son amour et de ses attentions. Elle s’était prise au jeu de la cuisine pour Jacob, Seth et Renesmé. Elle remplissait la maison de bonnes odeurs de cuisine américaine qui leur rendaient l’atmosphère agréable.

 

    Cette vie presque normale est la nôtre, et ça va continuer. Enfin, je crois. Emmett et moi avions réussi la prouesse d’être affecté en tant que professeurs, lui de sport et moi de littérature au collège de Forks. Je remplacerai Mr Berty, dans la même classe où j’avais suivi ses cours. Il était retourné vivre à Port Angeles, Forks était une trop petite ville pour lui apparemment. Emmett, lui, prendra la place de Mr Clapp, qui s’était gravement blessé lors d’une chute au cours d’une randonnée sur le Mont Olympus. Il ne savait pas s’il pourrait reprendre son travail un jour. Après mes diplômes en design vestimentaire et en commerce international, je m’étais laissée tenter par la littérature Anglaise, Jasper, Bella et Edward n’y étaient pas étranger. Finalement, ça m’avait plu, jusqu’à avoir envie d’enseigner. J’aurais préféré enseigner la mode, mais au Lycée de Forks, la matière n’était pas à l’ordre du jour.

 

Nous pensions rester au maximum cinq ans à Forks, sachant que Carlisle devrait probablement se retirer avant, vu qu’il exerçait déjà depuis plusieurs années sans pour autant vieillir. Bella et Edward refusaient de laisser Renesmé avec Jacob et ces derniers ne pouvaient envisager de se séparer. C’était là un problème dont ils n’avaient pas la solution.

 

 

**

 

 

Le plus surprenant pour moi, ces dernières années, a été la gestion de mes visions. J’ai réussi petit à petit à les contrôler. A les faire apparaitre uniquement en cas de besoin. Tout comme Edward et Jasper, j’étais douée d’un don un peu spécial qui me permettait de voir l’avenir à partir du moment où une personne à prit sa décision. Tant que la décision n’est pas tranchée, préméditée, je ne vois rien de précis. Je me débrouille assez bien quand il s’agit de l’avenir des vampires, c’est un peu plus flou lorsqu’il s’agit d’humains et carrément obscur en ce qui concerne les loups. Mais sans blague, ont-ils vraiment un avenir ces toutous ? Je ne vois pas non plus celui des gens que je ne connais pas. Mes visions sont souvent changeantes et imprécises. Ces dernières années, la vie était tellement calme que j’ai presque fini par cesser de m’en servir. A quoi cela aurait-il servi ? Tout était paisible. Mis à part pour taquiner ma famille en sapant quelques surprises, quelle en était l’utilité ? J’y pense de temps à autre. Alors, je suis partagée par l’inquiétude de rater quelque chose et la certitude que si un évènement grave devait arriver, mes sens, même mis en sommeil pendant tant d’années, ne me lâcheront pas comme cela. Mais je ne me soucie pas et je profite à fond de notre vie si agréable. Un vampire se laisse vite distraire.

Nous profitons de la vie pour laquelle nous nous battions au quotidien. La vie sans le sang humain. Aujourd’hui nous avions la preuve que cela en valait la peine. Quoi de plus enivrant que de pouvoir vivre au milieu des humains, de cohabiter et de participer à leur quotidien. Quoi de plus grisant pour un vampire, que de vivre normalement ? De faire partie du jeu ? Et de ne plus être torturé par le fait d’être un monstre.

Quelques sensations lointaines me dérangent pourtant. Je n’arrivais à en analyser la cause et encore moins les effets. Ce ne sont pas des visions, plutôt l’impression d’un cauchemar éveillé, mais incompréhensible. Des cris, des ombres. Sans vraies images. Cela repart comme ça vient.

Depuis que nous sommes rentrés, de Seattle pour l’été, Emmett et moi, je me suis remise à mes passe-temps favoris. Jasper s’en est vite aperçut :

-     Mes chemises se retrouvent à nouveaux serrées comme des sardines dans le dressing. Alice, tu as encore empiété sur mon espace ! ironisa Jasper dans mon dos alors que je triais de vieux vêtements.

Son regard était malicieux et sa bouche affichait un petit sourire en coin. Ses cheveux blonds entouraient sa mâchoire d’un carré ondulé.

-     Mon cher amour, tes chemises ne sont pas plus serrées, tu en as une dizaine toutes neuves. Mon attrait pour le shopping ne s’arrête pas seulement à ma propre garde-robe. Il m’importe aussi de m’accrocher à un bras classe et dépoussiéré, lançai-je fière et désinvolte.

-     Dépoussiéré ? Tu ne serais pas en train de me faire passer pour un vieux vampire croupissant par hasard ? ma passion pour l’écriture ne nécessite surement pas un complet trois pièces propre tous les jours mais en ton absence j’ai continué à vivre comme quelqu’un de civilisé. Répondit-il, piqué.

Jasper avait une classe naturelle incroyable. Une simple serviette suffisait à l’habiller. Il arborait un style classique mais toujours impeccable. Je savais que je touchais une corde sensible.

-     Oh je te taquine, je suis tellement contente de ne plus repartir. Tiens au fait que penses-tu de cette tenue, j’ai prévu une grande fête, pour célébrer notre retour, juste avant la rentrée et je pense que tu serais génial dedans.

Je lui présentai un pantalon enduit noir et une chemise aux manches blanches et au corps strié de fines rayures noires.

-     Encore une fête. Ça y est, fini ma tranquillité.  Combien d’invités y aura-t-il cette fois ?

Jasper avait prononcé cette phrase dans un long soupir. Il savait que quand j’avais un projet en tête, et surtout quand il s’agissait d’une fête, rien ne pouvait m’arrêter. Je ne faisais pas les choses à moitié. J’avais un goût prononcé pour les mises en scènes grandioses. Pour notre fête de fin d’étude et aussi pour le mariage de Bella, j’avais rempli notre maison de vampires, d’humains et de loups. Un cocktail explosif qui aurait pu sans doute tourner au drame. Pourtant tout c’était parfaitement déroulé. Alors pourquoi se priver de recommencer !

-     Juste les anciens du Lycée, quelques amis de la réserve et nous. J’ai aussi invité les anciens professeurs que nous remplaçons et quelques collègues. Lui expliquai-je.

-     Des humains et des loups, ben voyons, as-tu pensé à nos cousins d’Alaska ?

-     Oh, je les appelle tout de suite !

-     Alice ! tu n’es pas sérieuse ! C’était une blague ! Et Bella est encore jeune pour fréquenter autant d’humains.

-     Jasper, ça fait 4 ans maintenant qu’elle est avec nous, elle gère parfaitement !

-     Déjà quatre ans, c’est passé si vite ! Mais elle est loin d’avoir notre expérience, reprit-il, inflexible.

-     Tu la sous-estime. Râlais-je, énervée.

-     J’ai eu tellement de mal, Alice, j’ai mis tellement d’années. Encore aujourd’hui …

-     Bella n’a jamais gouté au sang humain. C’est différent.

-     Justement, quelle frustration cela doit-être pour elle, murmura Jasper les yeux lointains et tout à coup plus foncés.

-     Jasper …

-     Je sais, je ne devrais pas y penser.

-     Tu as tué des humains pendant tellement d’années. Elle ne sait même pas ce que c’est. Elle ne peut pas être frustrée. Regarde Carlisle, lui non plus n’a jamais goûté au sang humain, et finalement c’est lui qui s’en sort le mieux.

-     Pourtant elle chasse encore très souvent. Plus souvent que nous n’en avons besoin.

-     Ça prend du temps. Mais elle est suffisamment forte, tout se passera bien. Edward est là. Elle ne souffre pas non plus de la présence de Renesmé.

-     Avec l’odeur de chien qu’elle traîne partout avec elle, rien de plus normal.

Il tordait le nez.

-     Et tu vas en ramener d’autres, ajouta-t-il.

Même si la présence de Jacob était devenue supportable, l’odeur n’en était pas plus agréable.

-     Je les ai invités. S’ils réagissent comme toi, ils ne viendront pas. Mais je tenais à les inviter pour Jacob surtout. Jasper leva les yeux au ciel et me tourna le dos.

-     N’oublie pas le buffet spécial croquettes !! Jasper paradait, content de sa blague.

J’étais d’accord avec lui, mais la bienséance me faisait envisager les choses autrement.

-     Et puis, il y aura Charlie aussi. Lançais-je en sautillant jusqu’à la salle de bain.

J’entendis Jasper pousser un grognement sourd et profond.

Là je me doutais que j’étais allée un peu loin. Charlie était le père de Bella, il était le chef de la Police de Forks. Nous avions bien veillé à ce qu’il ne connaisse pas notre secret, même si Jacob lui avait révélé le sien pour nous empêcher de partir après la transformation de Bella. Mais Jacob ne pouvait envisager une seule seconde de voir Renesmé s’éloigner alors que lui était coincé avec la meute. Il s’était transformé en loup devant Charlie, arguant qu’il y avait des choses qui dépassaient ce dernier, qu’il fallait qu’il accepte que sa fille ait changé sans pour autant savoir pourquoi. Charlie avait été à la fois suffisamment effrayé et heureux de savoir sa fille en bonne santé qu’il s’était contenté de cela. Mais Bella était dangereuse et il ne le savait pas. Et son père s’approchait d’elle quand il la voyait, trop près.

-     Je me demande si tu ne serais pas en manque d’adrénaline finalement Alice. En manque d’action. Veux-tu que j’appelle les Volturi pour ta sauterie ? Nous serions au complet.

Jasper, les mains sur les hanches, avait l’air furieux. Je me demandai même s’il n’aurait pas été capable de les appeler, les Volturi. Il fallait que je calme le jeu.

-     Je suis juste en manque de toi, le reste n’est qu’apparat, tentai-je, mutine.

Je lui lançai un regard explicite et complice et m’approchai de lui. Jasper étreignit tendrement mes mains sur son cœur et déposa un baiser tendre sur ma bouche.

-     Il reste plusieurs semaines avant la fête, nous allons tous nous y préparer, recommençais-je.

Nous n’étions qu’au début de l’été. Je n’avais aucunement envie qu’on me mette des bâtons dans les roues pour cette fête. J’aimais par-dessus-tout organiser des fêtes somptueuses et j’avais la ferme intention de célébrer notre nouvelle vie. A quoi cela servirait-il de vivre comme les humains si ça n’était pas pour profiter des meilleurs choses ! Nous avons dû recommencer tant de fois, et toujours au début du lycée, afin d’envisager le maximum de temps dans un endroit.

Pourtant, à cause de nos erreurs, à tous, nous devions partir, vite, à chaque fois. C’était souvent parce que quelques humains, dont l’instinct naturel, qui pousse toute proie à fuir devant son prédateur était défaillant, nous regardaient de trop près. Ces humains un peu trop avides de romans fantastiques qui se posaient trop questions. Au cours de la première moitié du vingtième siècle, c’était plus pour couvrir nos erreurs de chasse, nos failles face à notre régime alimentaire que nous qualifions avec humour de « végétarien ».

Nous étions tous en colère contre Edward quand il a rencontré Bella. Nous étions tous sevré du sang humain, bien dans cette région presque faite sur mesure pour nous. Edward a bien failli tout mettre en péril.

Alors le fait d’avoir finalement pu continuer ici est presque inespéré. Et je veux fêter ça.

Fini la vie d’élève, je suis professeur. Pour la première fois en cent ans, j’avance dans la vie, je peux être autre chose qu’une élève !

-     Soit, mais je ne sais pas si je m’impliquerai autant que tu le souhaite ma belle, reprit Jasper. Je laisserai les sauts d’humeur de chacun œuvrer naturellement.

-     Tout ira bien, murmurais-je tout contre son cœur.

 

 

 

***

 

 

 

    Ce vendredi matin, Emmett et moi étions excités comme des puces. C’était le jour de la pré-rentrée des professeurs, le vendredi avant la rentrée officielle.

Nous avons quitté la maison avec ma nouvelle BMW M3 coupé bleu électrique. J’avais encore réussi un gros coup à la bourse grâce à ma clairvoyance et notre fortune n’en était que plus confortable.

    Le temps était à la pluie, rien d’étonnant. Le mois de septembre marquait la fin de l’accalmie estivale et le retour de l’humidité ainsi que du brouillard matinal. Les épais nuages bas masquaient la cime des arbres immenses qui bordaient la route. La forêt environnante était un épais fouillis de verdure indistincte. Tout était si vert, même le tronc des arbres était recouvert d’une épaisse mousse. Entre les arbres, d’énormes fourrés de fougères cachaient le sol humide. Nous arrivions à Forks, la circulation était fluide en ce jour de pré-rentrée. Le Lycée se situait en plein cœur de la petite ville. Nous avions garé la BM sur le parking près des grands bâtiments en brique rouge.

C’est avec un sourire complice et ravi qu’Emmett et moi nous dirigions vers le bâtiment où se situait l’accueil.

-     Prête pour une nouvelle vie petite sœur ? Emmett éclata d’un rire jovial et me donna un coup d’épaule. Bien que je sois habituée, je décollais encore une fois et me rattrapais avec agilité deux mètres plus loin.

-     Emmett, nous sommes en « public », pestais-je. Un peu de tenue voyons. Les vacances sont terminées.

Nous entrâmes dans le bureau d’accueil. Il était comme cinq ans auparavant. Les mêmes chaises pliantes capitonnées, posées sur la même moquette orange mouchetée. La grosse pendule affichait indiscutablement l’heure juste et Mme Cope se tenait debout derrière le long comptoir avec ses cheveux rouges. Quelques nouvelles rides creusaient son visage, rien d’autre n’avait changé. Le comptoir était presque vide. La rentrée allait amener son flot de prospectus qui l’encombrerait à nouveau.

La secrétaire jeta un coup d’œil par-dessus ses lunettes :

« Alors comme ça on ne peut plus se passer de son Lycée chez les Cullen. Et deux pour le prix d’un en plus.

Elle nous regardait en fronçant les sourcils. Le premier effet que nous faisions aux humains lorsqu’on entrait quelque part était une sorte de méfiance naturelle mêlée de rejet. Une réaction inconscience et épidermique face à un potentiel danger. Tout à coup elle se mit à rire et son visage se détendit. Mme Cope nous pratiquait depuis quelques années déjà et s’était surement habituée à ce malaise sans pour autant le cerner.

-     Soyez les bienvenus. Je suis contente de voir que vous avez réussi dans la vie. Voici les clés de votre classe. Les numéros du bâtiment et de la salle sont sur le porte-clés mademoiselle Alice, Monsieur Emmett, inutile de vous préciser ou le trouve le gymnase, voici les clés de la remise et du vestiaire. La réunion se passe dans la salle des professeurs. J’imagine que vous n’avez pas besoin de plan pour vous y rendre, railla-t-elle en souriant de toutes ses dents.

-     Ça devrait aller Mme Cope, lançais-je poliment.

Nous avions tourné les talons et en ressortant sous la pluie fine je ressentis un léger sentiment de malaise. Lorsque nous étions élèves, Mme Cope était une secrétaire professionnelle et austère. C’était une nouvelle Mme Cope qui s’adressait à nous aujourd’hui et nous n’étions pas habitués à une telle allégresse. Etait-ce notre nouveau statut de professeur qui nous valait cet élan. C’était déstabilisant. Plus tout à fait comme avant. Il allait falloir s’habituer au changement. Un autre changement notable, il n’y avait quasiment personne, aucun élève. Voir le Lycée désert était déroutant.

Nous nous dirigions vers la salle des professeurs, encore une nouveauté. Jamais auparavant je n’y étais entrée. Une espèce de trac me tordait le ventre. Je prenais conscience qu’après tant d’années à vivre comme simple élève – une bonne cinquantaine en fait – mes habitudes enracinées s’envolaient maintenant. J’accédais à la vie d’adulte. C’était un vrai choc. Malgré tout ce que nous avions traversé, ce qui serait surement impossible à supporter pour la plupart des humains, je me retrouvai devant la porte de la salle des professeurs avec une envie profonde de m’enfuir et d’hurler comme une petite fille. Même après presque cent ans d’existence, les nouvelles expériences, si rares fussent-elles, restent d’autant plus terrifiantes. Nous sommes figés tant physiquement que mentalement dans l’âge auquel nous avons été transformés, ce qui fait de moi une toute jeune fille propulsée dans le monde adulte.

Emmett avait l’air d’assumer cette rentrée beaucoup mieux que moi. Il poussa la porte et me laissa poliment le passage.

-     Madame la professeure, je vous en prie.

Il murmure ces mots tellement bas et si vite que moi seule pouvait les entendre. Je pénétrai dans la pièce avec un grand sourire. Il avait usé de sa bonne humeur pour alléger l’ambiance.

-     Comme il est agréable de voir nos nouveaux collègues si contents !

C’était ce bon Mr Jefferson qui venait de s’esclaffer. Il était assis à côté de Mr Varner, mon ancien professeur de math.

Nous avançâmes dans la salle déjà bondée, trois places étaient libres autour d’une grande table qui trônait au milieu de la pièce.

-     Bonjour à tous, lançai-je timidement. Emmett fit de même.

Le reste des personnes présentes étaient occupées à débriefer leur été avec leurs collègues et nous accueillirent avec quelques regards rapides et non-insistants. Quelques autres que je n’avais encore jamais vues nous dévisageaient, visiblement troublées. J’avais l’impression, à cet instant précis, de constituer une menace qu’ils préféraient occulter. J’avais l’habitude pourtant, mais j’étais gênée de mettre les humains mal à l’aise. Moi qui voulais tellement être comme eux.

Nous avançâmes dans la salle pour prendre place. Le mur à côté de la porte était habillé de nombreux grands casiers gris.

Au fond de la pièce, un distributeur de boissons flambant neuf proposait toute une gamme de rafraîchissements et autres boissons chaudes que nous n’aurions pas le loisir de goûter. Entre les deux grandes fenêtres qui faisaient face à la porte, une énorme machine, le photocopieur surement, avec lequel il allait falloir se familiariser.

    Mme Cope nous avait rejoint et nous pria tous de nous installer autour de la grande table.

Emmett et moi avons pris place côte à côte, laissant une dernière place vide à côté de moi.

Tous nos collègues nous jetaient des regards par-dessous, tout en continuant leurs conversations. J’avais l’impression d’être le clown de service. L’enfant de la ville revenue enseigner à la maison. La plupart des gens de Forks, enfin ceux qui partaient à l’université, envisageaient leur avenir à Seattle ou au pire à Olympia. Forks devenait pour eux la ville de leur enfance, la ville de leurs parents. Trop petite pour leur ego. Mais nous étions là. Nous avions chassé la veille. Nos yeux étaient ambre clair et nos cernes violets étaient presque complètement estompées. Il faudrait que l’on veille à cela plus qu’avant, maintenant que nous étions propulsés sous les feux de la rampe. J’avais opté pour un pantalon noir et un pull ras le cou beige, afin de ne pas faire ressortir ma pâleur. Une touche de maquillage, afin de rehausser mon teint, et le tour était joué. Outre les premières secondes, les regards de mes nouveaux collègues ne venaient donc certainement pas de notre air vampirique mais bien de la fantaisie que nous leur offrions.

-     Nous pouvons commencer.

C’était Mr Greene, le doyen. Un homme charismatique et bienveillant.

-     Tout d’abord, je vous remercie d’excuser Mr Dove, le remplacement de Mr Banner en biologie. Il sera présent dès lundi pour la rentrée. Je vous remercierai de l’accueillir comme il se doit et de l’aider dans le démarrage de son année. Les deux autres nouveaux professeurs auront sans doute beaucoup plus de facilités à s’adapter à notre Lycée puisque ce sont d’anciens élèves, dit-il en nous désignant d’un geste souple et poli. Passons maintenant à ce qui nous intéresse.

Une fois de plus, les regards se tournaient vers nous. Il fallait que je m’habitue à ce nouvel intérêt « normal ».

J’aimais bien Mr Banner, il va me manquer. L’heure de la retraite avait sonnée pour lui. Que le temps des mortels passait vite…

Je me demandais qui pouvait être ce nouveau professeur qui n’était même pas là le jour le plus important de l’année. Quel toupet ! Même si Forks n’était qu’une petite ville, elle méritait autant qu’une autre le respect. Surement un vieux professeur aigri par de nombreuses rentrées dans sa vie.

La réunion eut pour objet la mise à disposition de financements pour les départements, puis l’achat de nouveau matériel informatique et le développement du travail de groupe, l’apprentissage de la vie sociale et l’utilisation d’outils pédagogiques. Nous eûmes notre lot de motivations diverses et de bonnes résolutions à appliquer. Chacun reçu ses listes d’élèves et son emploi du temps. Ainsi qu’un lot de paperasse à remplir qui aurait fait frémir un scribe.

La fin de la matinée arriva et chacun fut prié, après la pause déjeuner, de rejoindre sa classe – le gymnase pour Emmett – afin d’y préparer sa rentrée.

Pendant la pause, nos collègues eurent la bonne idée de nous prodiguer des tonnes de conseils émanant de leurs expériences personnelles. Il fut simple d’éviter les questions sur le fait qu’Emmett et moi manquions d’appétit tant ils étaient occupés à nous noyer sous des tonnes d’informations au sujet de ce qu’il fallait faire ou ne pas faire avec les jeunes lycéens. J’étais sûr d’avoir passé suffisamment d’années au Lycée pour me débrouiller seule avec une classe et j’écoutais d’une oreille distraite en acquiesçant à leurs flots de paroles. Le reste de ma famille me manquait. Jasper surtout. Il aurait pu, à cet instant, imposer une atmosphère plus calme et son regard doux m’aurait rassuré. Cette excitation et ce vacarme de paroles m’empêchait de penser calmement.

Je vis arriver avec la plus grande joie le moment de rejoindre ma classe. Moi qui étais d’une nature enjouée et gaie, j’étais dans un état de stress inimaginable. Et ce malaise qui persistait.

J’actionnai les interrupteurs de ma classe, même en plein jour, le manque de lumière se faisait sentir avec ce temps pluvieux. Surtout ne pas attirer l’attention, être comme eux. Les murs étaient nus. Mr Berty avait emporté avec lui les différentes affiches des livres que nous avions étudiés avec lui. Il faudra que je pense à mettre ma touche personnelle à cette classe.

Je m’attablai à mon bureau et regardai les chaises vides devant moi. Lundi elles seraient toutes occupées et j’aurais à prendre la parole devant cette assistance. Le stress m’envahissait de nouveau. Allez, c’est nouveau, c’est pour ça. Tu n’as pas l’habitude d’être exposée, mais tu l’as cherché ma vieille. Je n’étais déjà plus sûre de faire cela pendant quatre ou cinq ans.

Après avoir fait le point sur mes premiers cours, et regardé ma classe vide une dernière fois, je la fermai et me dirigeai à la rencontre d’Emmett.

-     Alors Mme la professeure, ça roule ? lâcha-t-il en souriant largement. Il finissait de trier les chasubles par couleur et les plaça dans un grand placard.

-     Je suis prête Mr le professeur. Et toi, ça va ? La proximité d’Emmett m’avait fait retrouver le sourire.

-     Prêt. Je crois que je vais m’éclater.

-     Tu as l’air confiant.

-     Pourquoi, je ne devrais pas ?

-     Je suis un peu moins rassurée que toi.

-     Déclamer Hamlet est probablement plus stressant que d’énoncer les règles du badminton. Il faisait semblant de rattraper des volants imaginaires en sautillant ? Hop hop hop.

-     T’es vraiment à fond Emmett ! lui lançai-je, amusée.

Je me laissai même aller à un soupir de soulagement. Emmett était un rayon de soleil. Un roc. Rien ne l’inquiétait. Les évènements de ces dernières années n’avaient eu aucun effet sur lui, contrairement à moi. Il me semblait que j’encaissais moins bien qu’avant. Pourtant, on était loin d’une rencontre avec une armée de jeunes vampires ou avec les Volturi. Mais finalement c’était mon monde. Là je m’embarquais vers l’inconnu. Je n’étais plus humaine depuis une centaine d’année et j’allais interagir directement avec de jeunes humains dès lundi.

Nous avions repris la route pour la maison. Il fallait que je me concentre maintenant sur les derniers préparatifs pour la soirée du lendemain.

Elle devait être parfaite. Heureusement, la pluie s’était arrêtée et cela devrait durer un peu.

-     Alice ! Bella avança au-devant de moi avec la grâce légère d’une danseuse. Elle portait une robe en lin et ses longs cheveux bruns et bouclés tombaient en cascade sur ses épaules. Ils entouraient harmonieusement son visage fin et allongé, éclairé par deux grands yeux aux couleurs nuancées d’une ambre légèrement plus foncée que la mienne. Son regard pétillait et l’assurance qu’elle affichait en tant que vampire ne masquait en rien la douceur et l’humanité qui l’habitait quatre ans auparavant.

-     Cette première journée, racontes !

-     Oh, de la paperasse, des conseils. J’ai hâte de rencontrer mes élèves, c’est là que ça deviendra intéressant, mentis-je, pour me rassurer moi-même. J’avais peur, oui, mais j’avais envie de cette vie. J’en rêvais depuis si longtemps.

Edward, jamais très loin, nous avait rejoint. Mon frère était grand et élancé. De sa personne émanait un charisme sans égal. Ses mâchoires carrées et son regard de braise lui conférait un charme fou. Sa bonté et sa beauté rayonnaient.

-     Alice, il me semble que tu es soucieuse, me dit-il d’un ton calme et avenant.

-     Edward !

-     Alors comme ça tu as la trouille ! Un petit rire moqueur s’échappa malgré lui.

-     Edward, tu pourrais cantonner mon intimité à ton esprit ! Mais bon, maintenant que Bella sait tout, je peux m’épancher et me plaindre sans retenue. C’est le stress de la nouveauté. Je pensais être armée mais il se trouve que j’ai moins peur de chasser des nouveau-nés que d’affronter une classe pleine d’adolescents.

Edward partit dans un éclat de rire.

-     Tu m’étonneras toujours petite sœur. Comment un vampire de plus de cent ans peut-il être terrorisé par une classe d’élèves.

Bella souriait elle aussi. Mais faisait preuve de plus de compassion que mon frère.

-     Je me rappelle mon premier jour au lycée de Forks. Je ne faisais pas la fière. Si j’avais pu disparaître dans un trou de souris, je l’aurais fait.

-     C’est exactement ça Bella. Heureusement toi tu ne te moques pas comme mon imbécile de frère.

Emmett arriva vers nous à ce moment-là, le sourire espiègle aux coins de lèvres.

-     Quoi, il va y avoir de la bagarre ? Edward, un p’tit match ?

-     Non Emmett, repris-je agacée, Edward se fiche de moi. Et figures-toi, monsieur je me moque, qu’il y a plus risible que mon fichu stress. Un nouveau professeur remplace Mr Banner, il n’a même pas daigné être là pour la pré-rentrée. Encore un scientifique dont l’égo doit exploser.

Edward tordit un peu la mine. En plein dans le mil. Il avait passé plusieurs années à étudier la médecine et se sentait visé par ma remarque.

-     Tu l’as cherché Edward ! lança Bella en me regardant d’un air complice et amusé.

Elle m’entraîna vers le grand canapé où nous nous installâmes pour papoter. Emmett montrait à Edward, amusé, comment il envisageait son premier cours de badminton du lundi. Ils partirent dehors afin de donner un peu d’espace aux gestes d’Emmett.

-     Alice, ça va aller, dès la fin de la semaine prochaine tu te sentiras à l’aise.

Elle prit mes mains dans les siennes. Quel bonheur de pouvoir la toucher, l’approcher sans risques. Bella était ma meilleure amie, ma sœur. Je le savais depuis bien avant qu’elle soit comme nous, que nous serions si proches. J’ai attendu longtemps que ça arrive. Je savourais depuis chaque instant de notre amitié. Elle avait enfin fini par admettre que mes goûts en matière de mode étaient meilleurs que les siens et me laissait le soin de manager sa garde-robe. Quel bonheur pour moi d’avoir une poupée à choyer. Elle m’avait transmis son goût pour la littérature classique et orientée vers beaucoup de bonnes lectures. Ma récente réussite était en partie due à sa persévérance.

Dans quelques années, quand elle serait suffisamment forte, je pensais honnêtement qu’elle ferait un bien meilleur professeur que moi, car la passion l’animait encore plus que moi. Mais pour le moment, elle découvrait son statut de vampire et apprenait à vivre avec.

-     Veux-tu m’aider aux derniers réglages de la soirée de demain ? lui demandais-je

-     Alice, tu sais à quel point j’aime les fêtes ! Je pense que je prendrais autant de plaisir à t’aider que si tu m’amenais un hamburger dégoulinant.

Alors que je tentais de l’enrôler dans mes derniers préparatifs, une odeur de chien m’emplit les narines.

-     Renesmé, Jacob, vous êtes rentrés ! Bella se leva pour enlacer sa fille.

-     J’ai eu un A en math maman !

Edward et Emmett rentrèrent eux aussi pour accueillir les deux arrivants.

-     Une future scientifique ma fille ! s’exclama Edward en me toisant d’un regard moqueur.

Edward, Bella et Renesmé partirent rejoindre Esmé en cuisine.

Je m’approchais de Jacob. Il était comme à son habitude, vêtu d’un simple short en jean et de vieilles baskets.

-     Salut l’ami toutou, l’interpellais-je

-     Salut globule, me répondit-il en me faisant un clin d’œil.

-     Sais-tu si tes amis de la réserve viendront demain soir ? Je termine les derniers préparatifs et je dois savoir combien de kilo de pâté pour chien je dois commander.

Jacob m’envoya une bourrade dans l’épaule et je fis mine d’engager un combat de boxe avec lui. Nous avions appris à nous connaitre et malgré son impulsivité j’avais appris à l’apprécier. Il avait interrompu ses études après le bac, afin de reprendre l’activité de pêche de son père. Il connaissait tellement bien la nature et nos bois. Il nous parlait avec passion de la vie de la forêt. Il nous demandait parfois de nous nourrir avec une race précise afin d’équilibrer la faune locale. Sa présence était finalement agréable.

-     Mon père et Sam seront là. Ils viendront pour honorer ton invitation même s’ils ne sont qu’à moitié enchantés. Les autres préfèrent ne pas risquer l’incident diplomatique. Seth sera aussi de la partie bien sûr.

-     Jacob, après tant d’années à nous fréquenter, tu n’as pas réussi à leur faire entendre raison. Nous ne sommes pas des monstres.

-     Vous non, je sais. Mais vous rester des sangs froids quand-même et on ne déloge pas les vieilles croyances comme ça. Laisse-leur du temps. Mais je te rassure, moi non plus je ne vous aime pas !

Il me fit un grand sourire et s’enfuit à toute vitesse. Je me lançais à sa poursuite alors qu’il mutait sur le seuil de la porte. J’avais alors devant moi un grand loup magnifique. Nous jouions à nous combattre, c’était à celui qui réussirait à bloquer l’autre au sol. A ce jeu, je gagnais toujours, et il prenait plaisir à me défier dans l’unique but de me battre un jour.

Jasper nous regardait de l’intérieur, son visage était fermé et anxieux. Il avait du mal à comprendre que je sois devenue amie avec ce loup. Je décidai alors d’arrêter nos enfantillages pour le rejoindre. J’aurais aimé qu’il prenne part à nos délires, à cette vie hors du commun que nous nous étions fabriquée. Mais Jasper était Jasper, un vampire, un vrai. Seule son empathie due à son don le faisait rester avec moi, j’en étais sûre. J’accompagnais Jacob, redevenu humain, short enfilé, jusqu’à la cuisine, où je savais qu’il allait dévorer la moitié du frigo. Heureusement que celui-ci n’était que pour lui et Renesmé.

Je montai à l’étage, Jasper était de nouveau penché sur son ordinateur, à étudier.

-     Veux-tu qu’on fasse une partie d’échecs ?

-     A condition que tu te débarrasses de cette odeur de chien, répondit-il, visiblement contrarié.

J’obtempérais à sa demande. J’aimais Jasper tendrement et je ferais tout mon possible pour essayer de le rendre plus heureux. Je lui avais demandé quelques années de répit supplémentaire à Forks, mais je savais qu’au bout du compte je ferais l’effort de me plier à ses envies, sans pour autant renier mon régime alimentaire actuel. C’était la condition sine qua non.


Laisser un commentaire ?