Blue Hour
Chapitre 3 : Divertissements
4445 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 23/08/2023 18:53
J’étais tranquillement assise dans le grand canapé, parfaitement immobile. Je regardais le jour se lever, les reflets dorés du soleil, présent ce matin, offraient un joli spectacle. J’entendais la nature se réveiller, le chant des oiseaux, le bruit des petits animaux qui s’agitaient dans les sous-bois. Le seul bruit qui ne changeait jamais était celui de la rivière. Les matinées ensoleillées étaient toujours plus bruyantes, plus vivantes que les habituelles matinées pluvieuses. Je profitais de ce moment, parfaitement immobile.
J’avais revêtu un pantalon battle et un sweat confortable. C’était le grand jour. Ma fête était pour ce soir.
Renesmé avait dormi à la maison cette nuit, j’étais priée d’attendre sans bruit qu’elle se réveille avant de commencer à ruer de tous les côtés pour que tout soit parfait pour ce soir - paroles de mon cher Edward. Elle avait beau avoir l’apparence d’une jeune fille de seize ans, elle n’avait que quatre ans et Carlisle estimait qu’elle avait besoin de beaucoup de sommeil pour pallier un développement si rapide.
J’allais pouvoir compter sur l’aide de tout le monde. Même s’ils râlaient après moi et mes multiples fêtes, chacun prenait soin d’y apporter sa touche personnelle.
Emmett était déjà parti dans la forêt à la recherche des meilleurs arbres qui constitueraient quelques bancs naturels. Il avait prévu de ramener de gros troncs qu’il scierait en deux dans le sens de la longueur afin que l’assise soit plate et confortable. Il garderait un tronc avec lequel il débiterait de petits rondins afin de créer les pieds qui accueilleraient les assises.
Edward et Bella m’avaient concocté une playlist musicale énorme. La fête aurait sans doute pu durer trois jours s’il avait fallu l’écouter jusqu’au bout. J’avais loué une sono complète avec plein d’enceintes. Ils seraient chargés de l’installation.
Rosalie, jamais très loin d’Emmett, avait travaillé quelques arceaux en bois ne nous devrions fleurir aujourd’hui. Le but était de créer quelques pergolas sous lesquelles de petits groupes pourraient se retrouver pour converser.
Carlisle, très occupé à l’hôpital, avait pris la peine de faire livrer plusieurs caisses de très bon champagne. Esmé avait tenu à préparer elle-même tous les amuse-bouches pour l’apéritif.
Jacob fabriquait des fleurs en papier avec Renesmé.
Jasper m’avait commandé … une robe ! Etonnamment parfaite. Elle n’était pas encore arrivée mais je l’avais vue, en me servant de mes visions … par sécurité et souci d’organisation. Il fallait que je sache ce qu’il m’offrirait afin de ne pas être prise au dépourvu. Et je l’aimais déjà. Je suis restée muette concernant ma découverte mais il n’était pas dupe.
Une heure plus tard, Bella et Edward me sortaient de mes pensées. Ils entrèrent dans la maison, un vent de fraîcheur accompagnant leurs rires.
- Alors, la chasse a été bonne les amoureux ?
Ces deux-là étaient toujours collés l’un à l’autre. On avait beau leur dire qu’ils avaient l’éternité devant eux, ils restaient inséparables.
- Des ennuis, tu es tombée Bella ? tes cheveux sont pleins d’herbe ? remarquai-je, taquine.
Elle s’ébouriffa les cheveux aussitôt. Si elle avait pu rougir, elle aurait été écarlate. Ils n’avaient pas fait que chasser.
- Alice à compris, murmura Edward à Bella.
- Renesmé n’est pas encore debout, lança Bella pour détourner la conversation.
- Je suis là maman !
Elle descendait de l’escalier à toute vitesse. Rosalie la suivait derrière avec une brosse à cheveux à la main. Furieuse.
- Ma princesse, lui dit tendrement Edward en l’enlaçant. Tu aurais pu laisser Rosalie finir de te préparer.
La jeune fille n’avait qu’une chaussure et ses longs cheveux bruns, les mêmes que ceux de sa mère, n’étaient brossés que d’un côté.
- Je t’aime papa, je t’aime maman, dit la petite en se lovant contre ses parents. Comment résister ? Et Rosalie me tire les cheveux.
- Allez allez, trêve de plaisanterie, au boulot ! m’écriais-je. Il faut mettre les Tivoli en place, puis les tables et les chaises, les bancs d’Emmett. J’ai toute la déco à faire. Dépêchons, dépêchons.
Dans quelques heures les invités seraient là. Notre dernière soirée de ce genre remontait à la remise des diplômes. Elle était d’ailleurs restée dans les souvenirs de tous comme une des plus belles soirées à Forks.
Cette année, oubliée l’ambiance discothèque et ses lumières psychédéliques. Tout se passerait dehors, ce qui évitera notamment de concentrer les odeurs. Jasper m’en savait gré.
J’avais opté pour une ambiance naturelle et champêtre. Des lumières tamisées grâce à des lampions, des nappes blanches en dentelles, décorées de chemins de tables beige et marron, de branchages ornés de fleurs des champs et de décorations pailletées. Des photophores étaient disposés entre les plateaux de nourriture. J’avais prévu de disposer les bancs d’Emmett sous les Tivoli décorés par Rosalie, qui elle, devait disposer les arceaux fleuris afin créer une ambiance pergolas. En y ajoutant quelques tentures en tissu léger, afin de couper le vent et créer des espaces chaleureux, j’étais sûre que le résultat serait parfait. Chaque pergola aurait en son centre des tables en bois ornées de bougies et des mêmes décorations que le buffet.
J’avais loué une fontaine pour le champagne. Tout sera parfait.
Pourtant, malgré toutes mes indications, mes frères et sœurs avaient tous décidés de n’en faire qu’à leur tête. Les bancs n’étaient pas à la bonne place, les Tivoli trop loin de la maison. Emmett s’entêtait à poser les tables au pied des escaliers alors que je les souhaitais sous les Tivoli. Ils mettaient tous un joyeux désordre dans mon organisation et je devais les fustiger sans cesse pour obtenir ce que je voulais.
- Emmett, reviens avec les tables, c’est par ici ! Edward, le grand Tivoli doit être juste là ! Rosalie, arrête avec ces arceaux, ils ne vont pas là !
Ils me regardaient tous en pouffant ! Emmett ignorait mes remarques et tortillait des fesses en s’éloignant. Bella et Rosalie faisaient mine de faire tomber mes décorations et me lorgnaient l’air moqueur en m’entendant hurler au scandale.
Les bougres, ils me faisaient payer l’organisation de cette soirée !
C’était l’heure, les premières lueurs de phares apparaissaient au loin.
Angela Weber était au bras de Ben Cheney, suivis de Jessica Stanley et Mike Newton, visiblement toujours en couple eux aussi. Tyler Crowley et Lauren Mallory était chacun accompagné de quelqu’un que je ne connaissais pas. Puis une armada d’anciens élèves, dont j’avais oublié les prénoms, suivi. Les professeurs arrivèrent juste derrière, les uns après les autres. Une bonne dizaine d’entre eux avaient acceptés l’invitation, tous accompagnés de leurs conjoints.
Un peu plus tard dans la soirée, les Quileutes arrivèrent. Billy, Seth, Sam et Jacob se pressèrent autour de Renesmé, un peu moins séduits de côtoyer Rosalie et Emmett, chargés de sa surveillance. Charlie les rejoint dès son arrivée.
Esmé accueillait nos cousins de Denali, végétariens comme nous. Je n’avais pas réagi à la remarque de Jasper mais à la demande de Carlisle qui m’avait fait remarquer que nous ne les voyions pas très souvent et je les avais finalement invités. Carmen et Eleazar s’approchèrent les premiers et saluèrent Esmé. Tous les deux Bruns au teint olivâtre, ils étaient habillés de couleurs sombres. Les longs cheveux de Carmen tombaient sur un manteau noir cintré à la taille qui descendait jusqu’à ses chevilles. Eleazar portait un pantalon et un blouson de cuir, rehaussé d’un foulard aux diverses nuances d’ocre.
- Bonjour mes amis, soyez les bienvenus, dit Esmé, visiblement ravie de les voir.
- C’est un plaisir, Répondit Eleazar. Je te prie d’excuser Tanya, elle est partie voyager depuis quelque mois, le célibat lui pèse toujours autant, elle s’est mise en tête de trouver un partenaire, encore une fois.
- J’espère que ses vœux seront exhaussés. Approchez-vous du buffet mes amis, les enfants et Carlisle doivent être vers les autres convives.
Le couple s’éloigna d’un pas nonchalant en direction de Carlisle.
Suivirent Katrina et l’étrange Garett. Tous deux étaient plus hésitants. Et pour cause, c’était la première soirée « humaine » pour Garett. Il avait rejoint le clan Denali depuis seulement quatre ans, après être tombé fou amoureux de Kate lors de la dernière confrontation avec les Volturi. Il s’était converti par amour au régime végétarien mais ce n’était pas sans peine. Il salua Esmé poliment, sa tension était palpable. Le grand blond dégingandé était mis à l’épreuve par sa belle. Kate le tenait fermement par le bras. Ses longs cheveux blonds cachaient en partie son long manteau en peau retournée, aux extrémités bordées de fourrure.
- Chère Esmé, merci pour ton invitation, plus festive que la dernière fois, plaisanta-t-elle. Garett et moi ne nous mêleront pas trop à la foule, par sécurité. Nous profiterons tout de même de votre compagnie.
- Bonjour Katrina, bonjour Garett, je suis ravie de vous voir ici, en ce temps meilleurs, comme tu le soulignes si bien. Je vous propose de vous installer sous cette pergola, vous serez un peu à l’écart sans pour autant manquer la fête. Je demanderai à ma famille de bien vouloir venir vous saluer.
Esmé leur indiqua la première pergola, à la fois suffisamment éloignée du buffet et assez proche de la forêt. Ils s’y rendirent d’un bon pas, probablement soulagés.
Le reste des invités se tenaient au centre de mon installation, personne n’osant être le premier à se laisser tenter par le buffet. Je dirigeai chacun vers le Tivoli du buffet, les invitant à se faire servir un verre par le personnel loué pour l’occasion. Au son de la musique, je les invitai ensuite à prendre place sous les autres pergolas. Les gens se mêlaient peu, les étudiants restaient ensemble, se présentant leurs conjoints respectifs, tout comme les professeurs. Les Indiens occupèrent la pergola la plus opposée aux Denali, flanqués de Charlie. L’ambiance n’en était pas moins chaleureuse. L’effet tamisé faisait sensation ainsi que la playlist de mes frères et sœurs.
Bella et Edward s’entretenaient avec tous les convives et les incitaient à profiter du buffet. Edward ne la lâchait pas d’un pouce et guettait le moindre signe de défaillance de sa bien-aimée. Elle s’en sortait bien. Même l’étreinte généreuse de son père ne la fit pas sourciller. Jasper s’était mépris sur elle. Mais où est Jasper d’ailleurs ?
Je levais les yeux vers l’étage de la maison et aperçu la lumière. Jasper était là-haut. Il avait pris la peine de saluer nos invités en ma compagnie et s’était retiré rapidement. Pour leur sécurité surement, pour sa tranquillité surtout. Cela m’attristait de ne pas l’avoir à mes côtés. Je poussais un soupir quand je vis se garer un nouveau véhicule.
Je les observais déambuler sur le chemin menant jusqu’au Tivoli.
C’était un couple magnifique et parfaitement assorti. Ils avaient tous les deux plus de vingt ans. Peut-être vingt-cinq, guère plus. La jeune femme était fine et élancée, ses cheveux blond foncé mi-long tombaient en cascade sur ses épaules. Son visage un peu allongé avait gardé des rondeurs juvéniles, ses grands yeux vert émeraude étaient magnifiques. Ses narines légèrement évasées et sa bouche pulpeuse fermée en une petite moue lui conféraient un air boudeur mais emplit d’une grande douceur.
Mes yeux se posèrent ensuite sur l’homme. Il avait un physique harmonieux. Il devait mesurer pas loin d’un mètre quatre-vingt-cinq. Il avait de belles épaules larges et un cou musclé. Des cheveux châtain clair mi- longs coiffés en arrière. Son visage était ovale et presque androgyne. Ses yeux étaient bleu clair et légèrement rapprochés. Ils s’étiraient légèrement en amande, ce qui lui donnait un air un peu mystérieux. Ses mâchoires carrées, sa bouche pleine et bien ourlée, son nez droit et régulier faisaient de lui le parfait apollon. Alors qu’ils s’approchaient, Carlisle vint à leur rencontre. Alors que d’autres convives m’interpellaient, j’écoutai Carlisle parler dans mon dos.
- Bonjour Amy, Quel plaisir de vous voir ici ! dit Carlisle avec un large sourire.
- Bonjour Docteur Cullen, je vous présente mon ami, Lucian, il va enseigner la biologie au lycée. Je me suis permise de l’accompagner.
- Vous avez bien fait Amy. Mais appelez-moi Carlisle ce soir, je vous en prie. Suivez-moi que je vous présente »
Le professeur Lucian Dove, le nouveau professeur qui était absent vendredi, lors de la pré-rentrée. Celui qui avait eu le toupet de rater ça. Il n’était donc pas le vieux professeur aigri que je m’attendais à voir. J’avais tout de même glissé une invitation dans son casier par politesse. Il l’avait donc bien eu. Tentait-il de rattraper sa maladresse en venant ce soir ?
Tandis qu’il s’approchait de moi, je me dis que je ne pouvais pas faire autrement que de lui pardonner. Il était beau comme un Dieu. Je le voulais. Qu’est-ce que je viens de dire ? je déraille complètement ! En plus il a à son bras une magnifique compagne. A force de vouloir devenir humaine, ça marchait. Je me retrouvais à baver comme n’importe quelle midinette de seize ans devant la star du dernier tube en vogue. Et après tout, c’est ce que je souhaitais. Je l’ai détaillé encore une fois, d’une manière si furtive qu’il n’a rien vu. Quel ravissement pour mes yeux.
« Alice, comme le monde est petit, me lança Carlisle avec toute la classe qui le caractérise. Ton nouveau collègue est l’ami d’Amy, qui vient de rejoindre notre équipe en tant qu’infirmière à l’hôpital. Il arrive tout juste de Chicago.
- Bonsoir, ravi de faire votre connaissance à tous les deux. Je suis Alice Cullen, professeur de littérature. Nous n’avons pas eu le plaisir de vous voir hier à la réunion des professeurs.
De plus près, sa beauté était encore plus saisissante. Ces yeux bleus, j’étais perdue dans un ciel d’été … allez, encore plus près, approche.
- Bonsoir, je suis Lucian, nouveau professeur de biologie Je suis arrivé tardivement à Forks, un empêchement. Enchanté de vous rencontrer Alice.
Alors, qu’il parlait et s’approchait tenant sa compagne par la taille, mes sens s’emballèrent à toute vitesse. Je me figeai. Telle une statue, pétrifiée. Une odeur des plus délicieuses envahit mon espace. » Un parfum mi- sucré, mi- musqué si envoutant que ma tête s’est soudain mise à tourner. Dans le quart de seconde qui a suivi, mes sens de vampire se sont affolés. Ma gorge s’est mise à me brûler si fort que je n’arrivais même plus à déglutir le venin qui montait dans ma bouche. Je sentis alors que je devais afficher sur mon visage la pire des grimaces. Je couvris ma bouche et mon nez avec ma main non seulement pour cacher ma grimace mais aussi pour empêcher cette odeur de pénétrer dans mes narines. J’avais envie de les gouter … de les tuer là maintenant. Il fallait réagir, et vite. Je regardais autour de moi pour analyser la situation. A quelques mètres une quinzaine d’humains festoyaient joyeusement. Trop de monde, trop de témoins. Je pourrais attraper l’humain dont l’odeur émanait mais je ne savais pas s’il s’agissait d’elle ou du lui. Ils étaient collés l’un contre l’autre. Carlisle était à cinquante centimètres de moi. Aurais-je le temps de les prendre tous les deux et de les tuer avant que Carlisle m’interrompe ? Oui peut-être. Personne d’autres ne les avaient vus arriver. Carlisle aurait pu me couvrir. Je ne serais pas le premier vampire à fauter. Il pourra dire que la fille se sentait mal à Forks et que finalement ils repartaient à Chicago. Ça serait facile, vite fait, je ne les ferais pas souffrir. Alors je n’aurais plus cette terrible brûlure dans ma gorge. Je serais assouvie.
Mais que penserait ma famille ? Que serais-je à leurs yeux ? Et aux miens ? Un monstre. Une bête sauvage. Ils me chasseraient. Et Jasper ? Mon dieu Jasper, qui souffre toujours de l’attrait du sang humain. Après tout il avait failli tuer Bella, alors qu’elle s’était coupée en ouvrant ses cadeaux le jour de son anniversaire. Nous l’avions tous retenu de justesse.
Bon d’accord, elle saignait, eux ne saignent même pas et je vais craquer. Je vais le faire. Cette odeur affolait tous mes sens et rendait ma soif incontrôlable. J’avais chassé jeudi soir pourtant. Cela suffisait à rester en compagnie des humains une quinzaine de jours, normalement. Mais … pourquoi est-ce que je ne vois pas ce qu’il va se passer ? Où est passée ma clairvoyance ? Je vais les tuer, je le sais. Alors je devrais voir ce qu’il va se passer, la réaction ma famille. Rien, seule l’odeur envahissait mon esprit. Ça n’était pas normal. Cette pensée détourna un instant mes instincts et je coupai ma respiration. Mon esprit fut alors un peu plus clair et pourtant la seule vision qui m’apparue fût celle de la fille, à moitié morte sur un lit d’hôpital. J’allais échouer quoi que je fasse, j’étais pétrifiée, j’ignorais comment j’allais réagir si je bougeais ne serait-ce qu’un orteil.
« Carlisle, emmène-moi, le suppliai-je à voix basse. Aide-moi, vite.
- Alice ? en moins d’une seconde ses yeux furent sur moi et il réalisa aussitôt que j’étais dangereuse.
- Veuillez-nous excuser, ma fille a dû abuser du champagne, je la raccompagne à l’intérieur. Je reviens dans une minute. »
Non pas une minute. C’était trop long une minute. J’allais les tuer. Il fallait aller plus vite. Il me saisit par le bras d’une poigne de fer. Il avait bien compris qui ne fallait pas me lâcher. En me retournant vers la maison j’aperçue Edward toujours en train de couver Bella et ses instincts de prédateur. Elle s’en sortait mieux que moi, qui l’aurait-cru. Alors que la soif me dévorait littéralement, ma seule pensée fût pour lui. Il peut m’aider. Seul lui le peut. « Edward », hurlais-je alors dans mon esprit.
Il se retourna immédiatement. Mon frère m’avait entendu.
C’était un cauchemar. Toutes mes convictions étaient en train de s’effondrées une à une. Je ne serais jamais « humaine ». J’étais un vampire, un point c’est tout. Une créature surnaturelle, monstrueuse et sanguinaire. Un monstre, j’étais une abomination !
Je ne me souviens pas de la période pendant laquelle j’ai été humaine. Toutes mes connaissances sur la vie des « gens normaux » ont été acquises grâce à l’observation, aux lectures. J’avais été assez bête pour me projeter en tant qu’humaine. J’avais imaginé une minute être sensible, délicate, vivre ma vie comme n’importe quelle jeune fille en fleur. Le retour à la réalité était d’une grande violence. Est-ce que la part d’humanité que j’avais conservée n’était finalement que la conscience et la souffrance de ce que j’étais ? N’étions-nous pas tout simplement condamnés à payer notre immortalité ?
Carlisle m’amena à la cuisine, Il y flottait encore les effluves des mets concoctés par Esmé. Cela suffit à me faire reprendre un peu mes esprits.
« Alice, qu’est-ce qui t’as pris, ma lança Edward, soucieux. Tu as failli les tuer tous les deux. Pourquoi ?
Edward avait vu dans ma tête les différents scénarios que j’avais montés pour les tuer. Il n’avait néanmoins pas saisi le déclencheur.
- Edward, cette odeur … je soutenais son regard inquiet de mes yeux terrifiés. C’était plus fort que moi … tu le sais.
Je savais que Carlisle et Bella comprenaient parfaitement eux-aussi. Ce qu’Edward avec vécu, l’odeur délicieuse de Bella. Nous le savions tous. Mais ils ne l’avaient pas senti.
- Oh, Alice, je suis désolé, murmura-t-il, abattu. Je sais, c’est désarmant.
- C’est la fille ou le garçon ? demanda Carlisle
- Je ne sais pas, ils étaient tellement proches. Et je ne vois rien. Je devrais avoir des flashes. Je ne peux rien envisager. Je deviens folle. Je suis perdue.
Je préférai occulter le passage où je voyais la fille sur un lit d’hôpital. Edward décoda parfaitement cette image dans mon esprit, il me jeta un regard inquiet mais resta silencieux.
Jasper décida de surgir à ce moment-là.
Je sentis immédiatement l’afflux de sérénité qu’il imposa dans la cuisine.
- Que se passe-t-il ici, Bella a tué quelqu’un ?
- Figure-toi que j’ai été plus sérieuse que ta chérie. C’est elle qui a failli perdre les pédales, rétorqua Bella.
- Alice ?
Jasper posa des yeux interrogateurs sur moi. Je me sentis soudain horriblement coupable.
- Alice, Tes instincts sont restés longtemps endormi, tu as le droit de flancher un peu, cela ne veut rien dire. Edward me sourit gentiment. Il tentait de dédramatiser la scène. Il voulait rassurer tout le monde. Edward, ça ne me fait pas rire.
Il me lança un regard soucieux.
- Nous pouvons en parler Alice, proposa-t-il.
- Je t’avais dit que c’était une mauvaise idée, interjeta Jasper. Comme ça, tu l’as mesuré par toi-même. Dans ces soirées, il y a une concentration de phéromones humaines qui nous dépassent complètement. C’est encore pire qu’au lycée, l’alcool désinhibe leurs pensées et leurs pensées amplifient leurs odeurs.
Il s’approcha de moi et m’enlaça la taille. Il semblait en colère et désolé à la fois.
- Tu en as assez fait pour ce soir. Montes avec moi, détendons-nous. »
Edward m’adressa un regard tellement compréhensif. Bella me regardait avec amusement. Et Jasper me chérissait. J’avais failli tout gâcher. Moi ! Alors que je pensais être la plus inoffensive de nous tous, après Carlisle bien sûr.
Celui-ci était reparti s’occuper des convives. Il adressait nos excuses à mes supposées victimes.
J’étais un monstre. Je me fustigeais. Je regardais le couple par la fenêtre. Ils s’étaient rapprochés des autres professeurs et faisaient connaissance, comme si rien ne c’était passé.
- Arrête de les observer, me tanna Jasper alors que je les épiais derrière la fenêtre.
Viens me raconter petite vampirette.
- Arrête ! Je ne veux pas être un monstre. Ne m’appelle pas comme ça. J’ai eu soif, soudain. Comme ça, sans prévenir. » Lui expliquai-je.
J’omis volontairement de lui parler de l’odeur si particulière, du physique de ces humains magnifiques. Qu’est-ce qui m’arrivait ?
Comment allais-je faire si elle émanait de lui, au lycée ? Je tâchai de ne pas trop penser à Edward mais je vis qu’il levait les yeux vers moi. Je savais que nous en reparlerions un peu plus tard lui et moi.