Blue Hour
Je réfléchissais aux différentes options évoquées par Edward. Jasper allait souffrir, quoi que je fasse. Il avait raison, j’avais beau retourner cela dans tous les sens, Edward avait raison.
Ce que je voulais par-dessus tout c’était respecter ceux que j’aimais et la vie humaine. Ma décision n’était pas la moins dangereuse. Mais probablement la plus pratique. Rester loin. Ne pas s’approcher. Oublier.
Si Jasper devait souffrir, ce ne serait pas de mes frustrations ou de mes mensonges. Il était hors de question qu’il sente au quotidien mes émotions négatives dues à une mauvaise décision. Il était déjà assez difficile d’admettre que cet état allait affecter mon mari. Cette situation, je ne l’avais pas souhaitée, mais elle existait. Son parfum, qui enivrait tous mes sens, existait, dans ma ville, dans mon Lycée. Pourquoi avait-il fallu qu’il vienne ici ? Il arrivait de l’autre côté des Etats-Unis, de si loin. Pourquoi était-il venu troubler notre tranquillité, notre vie paisible. Est-ce que nous, vampires, étions maudits pour l’éternité ? Devrons-nous endurer des tourments tout au long de notre vie afin de mériter celle-ci, de prouver notre bonté ?
Et il n’y aurait aucun mort.
Ce n’était pas la partie la plus simple du défi. J’étais à la foi subjuguée par son odeur mais aussi affreusement en colère contre lui. A cet instant précis, il n’est qu’un obstacle sur ma route, un parasite dans mon nez. Le tuer aurait, là maintenant, résolu tous mes problèmes. Mais après ?
Ma décision est prise, c’est certain. Je vais passer au large. Ne pas le fréquenter et oublier son existence.
Ça y est, je l’ai dit… ma décision est prise … eh oh … là-dedans …
Rien. Je ne vois rien. Je devrais voir l’avenir. Je devrais distinguer quelque chose. Rien, le néant. Ai-je perdu la raison à cause de cet homme, de cette odeur ?
Je rentrai à la maison avec Emmett, soucieuse. Il avait bavardé tout le long du trajet, sur les capacités réduites des humains à faire du sport. Il comptait bien pousser les gamins pour en faire les meilleurs des Etats-Unis. Sacré Emmett. Il parla aussi de Lucian, il commençait à bien l’apprécier. Il me demanda ce que je comptais faire, conscient qu’il me posait problème sans pour autant en souligner l’importance.
- Je vais tâcher de m’habituer comme je peux et surtout en rester éloigner le plus possible.
- Et tu penses être assez forte ?
- Je l’ai été tout à l’heure. Tout va bien se passer, déclarai-je d’un ton enjoué.
Nous arrivions à la maison. Je croisais Rosalie qui partait au garage.
Oh
Elle va changer de voiture. Je distinguais clairement la Corvette STINGRAY qu’elle avait repérée. Blanche cette fois. Ça marche ! J’étais soulagée. La vision allait bientôt venir. Allez, concentre-toi !
Rien. Toujours rien. N’étais-je pas assez patiente ? N’était-ce pas la bonne solution ?
Les idées les plus folles me traversaient l’esprit, sans pour autant ressembler à une vraie vision.
Il était parfaitement inconcevable de penser faire de cet homme un vampire. Il avait une vie, une petite amie. Pourtant, son odeur disparaitrait. Et si elle aussi je la transformais. Comme ça, plus de problème. On leur explique tout, on leur propose l’immortalité et hop, l’affaire est réglée !
Ah, j’oubliais les Quileutes. Cette bande de chiens galeux ne me pardonneraient pas mon geste. Le traité.
Il faudrait que je les emmène loin, de l’autre côté du pays, pour les transformer. Mais je n’ai jamais fait cela. Je ne suis pas sûre d’y arriver. Et de quel droit viendrais-je troubler leur vie paisible ? Carlisle n’a jamais fait que sauver des humains de la mort en les transformant. Moi-même, j’ai été sauvée d’une mort certaine lorsque j’ai été mordue.
Ces deux-là se portent comme des charmes. Je ne peux pas me le permettre. Et s’ils refusaient, nous serions obligés de les tuer. Ce n’est pas envisageable.
Je dois m’en tenir à ma première décision. Le fréquenter de loin, voire pas du tout. M’habituer à son parfum qui volera forcément çà et là à un moment ou à un autre et vivre avec. Et advienne que pourra. Je partis en direction du cottage d’Edward et Bella. Jasper m’aperçut au même moment.
- Alice, où vas-tu ?
- Voir Bella, elle a besoin de conseils pour sa garde-robe, lançai-je d’un air léger
- Ah, des trucs de filles ! répondit-il en me souriant tendrement.
Ça commençait bien. Moi qui ne voulais mentir à personne ! Je fuyais Jasper afin qu’il ne ressente pas mon désarroi. Je filai chez Bella sans me retourner.
- Alice, Edward m’a raconté. Comment te sens-tu ? Qu’as-tu décidé ? Bella m’accueillit, inquiète mais bienveillante.
Je fusillai Edward du regard. Il ne devait en parler à personne.
- Alice, Bella n’est pas personne ! Elle pourrait t’être utile.
- Un secret est un secret Edward, tu aurais pu m’en parler avant.
- Alice, tu dois faire attention, il n’aura pas peur de toi. Il voudra connaître tes secrets…
- Bella, stop ! Ça n’est pas l’histoire d’Edward et Bella. Je suis Alice Cullen, mariée à Jasper Hale et lui est en couple aussi. Il n’y aura pas de proximité entre nous. Le but est simplement de rester loin et de gérer au mieux le problème. Un peu d’entraînement suffira, n’est-ce pas Edward ? Alors tout sera parfait et on pourra fêter ça, annonçai-je, victorieuse.
- Alice, tu es incorrigible ! se moqua Edward.
Finalement, j’avais ma réponse. Je n’avais besoin de personne. C’était mon histoire, mon problème.
- Bella, merci d’être là et de vouloir m’aider, tu es super mais, ne le prends pas mal, je vais gérer.
Je rentrai à la maison. Carlisle et Esmé discutaient dans le salon. Rosalie bricolait au garage avec Emmett. Jasper était dans ses lectures. J’avais tellement envie que cette vie reste inchangée pendant les siècles à venir.
- Mon amour, ça va ?
- Oui et toi ? Emmett m’a dit.
Bon sang, il n’aurait pas pu la fermer. Je n’avais tué personne.
- Il t’a dit quoi ?
- Que tu avais failli tuer le prof !
Ouf, et en même temps, qu’est-ce qu’Emmett aurait pu dire d’autre ?
- Ça va aller, un peu de self control et ça va passer tout seul, répliquai-je, avec le plus grand aplomb.
- Tu es bien sûre ?
- Oui Jasper. Je vais m’habituer, je passerai au large le plus souvent possible. Tu as vaincu tes démons toi !
- J’ai failli tuer Bella, son sang ne m’affolait pas plus que celui d’un autre humain.
- Non, mais il coulait !
J’avais marqué un point. Je sautillais autour de lui, en vainqueur de round. Ma bonne humeur lui fit du bien. Je restais contre lui un moment, tendrement, alors qu’il replongeait dans son livre.
- Je vais chasser, annonçai-je.
- Mmm, tu as chassé récemment ! répondit Jasper sceptique.
- Je suis prudente, je gère, tu vois !
- D’accord, amuses-toi bien.
Je sorti en direction de Forks. Ma course à travers la forêt m’amena en quelques minutes à l’orée. Qu’est-ce que je faisais là ?
Je parcourais les rues de la ville, narines aux aguets. L’odeur s’intensifiait, cette odeur si particulière, légère et pleine de l’humidité de la nuit. Je suivi la piste qui s’affirmait peu à peu. Je me retrouvais non loin du Lycée dans Wood Street, une petite rue perpendiculaire à l’axe principal de la ville. Une maisonnette en bois, petite mais jolie. Je m’approchais discrètement. Le parfum était plus soutenu. Il était à l’intérieur, seul. La brulure repris aussitôt son inlassable danse dans ma gorge. Moins forte que lorsque j’étais dans la même pièce mais l’effet était là, quand même. La rue était bordée de maisons, je ne pouvais décemment pas rester plantée là à le regarder. J’aperçus derrière moi quelques grands arbres. J’aurais un point de vue plongeant et discret. Je pris place sur mon perchoir. Mais qu’étais-je en train de faire ? C’était du voyeurisme pur et simple. Mais quelle vue ! D’où j’étais, son parfum restait supportable. Il fallait que je m’habitue en douceur, finalement, c’était parfait comme plan. Totalement imprévu, en dehors de toute préméditation, mais parfait. Il était assis sur un canapé jaune canari, et jouait de la guitare. Je fermais les yeux et me laissais bercée. Les notes tourbillonnaient dans ma tête. Sa musique me transportait. Je faillis perdre l’équilibre. Tomber de mon perchoir n’était dangereux pour moi, mais cela aurait été bruyant.
Je décidai donc de garder mes yeux ouverts et l’observai longtemps. Son visage s’animait en même temps qu’il posait des accords sur sa guitare, et il souriait lorsque la suite de notes sonnait bien. Il était doué. Par moment, il semblait perdu dans ses pensées, ses beaux yeux bleus yeux fixaient le vide. Sa mâchoire se crispait et lui donnait un air triste et dur. J’aurais tant voulu m’approcher, le consoler.
Voilà que je divague encore ! Tu es mariée ma vieille !
C’est ce moment-là qu’il choisit pour ôter son T-shirt et de disparaître de mon champ de vision. Le voir torse-nu me fit chavirer le cœur. J’en perdis légèrement l’équilibre et fit tomber une petite branche qui avait craquée sous ma maladresse.
Il était sculptural, parfait. Son torse généreux laissait apparaitre une musculature bien formée donnant envie de se lover tout contre. Tout mon corps était inexorablement attiré par cet homme. Les sensations purement physiques que j’éprouvais étaient assez nouvelles pour moi. Le feu n’était plus seulement dans ma gorge, dans mes veines. Il me consumait toute entière. Je n’avais jamais ressenti cette sensation auparavant.
A cet instant, je me demandais s’il était possible d’aimer un homme sincèrement et d’en désirer un autre charnellement. Non, c’était malsain. Déplacé, indécent et irrespectueux. Il ne fallait pas entrer dans ce jeu. J’étais certaine de sombrer dans quelque chose de foncièrement dérangeant et mal placé.
Je ne pouvais pas continuer comme ça. Le fréquenter, ne serait-ce qu’un peu afin de m’habituer à lui était dangereux. Pour lui, comme pour moi. Ça n’était pas la solution. Soit je le tuerais, soit je ... non. Il valait mieux passer au large. Il n’entrerait pas dans ma vie, ni dans mon couple. Dans quelques années, il serait vieux, ridé, puis mort. Et finalement, il n’était qu’un met un peu trop appétissant.
Je délaissais mon arbre, en colère contre mes pensées contradictoires. En colère contre lui. Pourquoi existait-il ? Mon envie de le tuer, de profiter de cette odeur une bonne fois pour toute et de la faire disparaître était encore plus forte.
Le retour vers la maison ne serait pas assez long pour calmer mon esprit. Je partis chasser, comme je l’avais décidé au départ. Je me laissai aller à mes instincts les plus viscéraux et tuai tout ce qui se trouva sur mon passage. Laisser libre court à ma rage était salvateur. J’errai plusieurs heures, dénuée de toute humanité. Alors que j’arrivais chemin menant à la maison, j’aperçus des lumières clignotantes à la sortie de la ville. Je m’y rendis à toute vitesse par les bois. Je m’arrêtai brusquement, apercevant des hommes à l’orée de la forêt, à une quarantaine de mètres de moi, penchés sur quelque chose. Carlisle, flanqué de Charlie et quelques acolytes, observaient quelque chose à terre. Je tendis l’oreille :
- Qu’est-ce qui a pu lui faire ça ? entendis-je Charlie demander.
- Surement un puma, assura Carlisle.
- Argh, il a la gorge déchiquetée, remarqua un autre policier.
Mon sang ne fit qu’un tour. La gorge déchiquetée ? J’avais erré dans la forêt comme un animal, cédant sans retenue à mes pulsions les plus sauvages. Je me rappelais à peine le nombre de proies que j’avais tué, ni leur race. Aurais-je … ?
Je rentrai à la maison à toute vitesse et m’engouffrai dans le garage. J’ouvris la première voiture et me précipitai à l’intérieur. Baissant le pare soleil conducteur et faisant coulisser le clapet qui libèrerait le miroir, je priai de toutes mes forces en fermant les yeux. Je respirai un grand coup et les rouvris doucement. Ils étaient toujours couleur ambre, prouvant que je n’avais bu que du sang animal. Mon soulagement fut immense. Je n’avais pas tué d’humain ce soir. Ma colère se dirigea à nouveau contre Lucian. Il me faisait vivre un vrai cauchemar, je ne me reconnaissais même plus. Je devais bel et bien en finir avec cette histoire. Je ne voulais plus revivre une telle frayeur.
Alors que je remontai dans la maison, le soleil émergeait. Ma décision serait sans appel. Cet homme n’existerait pas dans ma vie et Jasper ne souffrirait pas.
Il était dans un fauteuil en train de lire. En me voyant il se leva aussitôt, il avait l’air inquiet.
- Alice, enfin ! tu es allée chasser le bison au Texas ou quoi ? Il s’approcha de moi et serra mes mains dans les siennes.
- Non, j’ai traîné un peu c’est vrai. Jasper, je peux te parler ? je l’entraînai sur le bord de notre lit.
- Bien sûr, enfin ! Il me regardait, ses yeux ambrés étaient inquiets et avides de mes paroles. Il était vraiment soucieux. Plus que je ne l’aurais pensé.
- Jasper, toi et moi sommes ensemble depuis tant d’années. Notre complicité est sans faille et je veux que cela reste ainsi. J’ai eu un épisode troublant ces derniers jours.
- Oui, je sais, l’odeur. Il se rapprocha un peu plus de moi, protecteur.
- Il va falloir que je vive avec et cela ne sera pas facile. Mais je dois tout partager avec toi, tu dois savoir, et surtout ne pas t’inquiéter. Je vais y arriver.
Jasper marqua un long silence, les yeux dans le vague. Voilà, on y était, il souffrait alors que je souhaitais simplement le rassurer.
- Je sais que tu y arriveras, pourtant tu sembles inquiète, de quoi as-tu peur ?
Jasper tout craché. Lui ressentait tout mais ne voulait surtout rien laisser paraître de ses propres sentiments.
- De te faire souffrir ! de te faire ressentir mille choses dont tu n’as pas besoin. Ça me perturbe et je sais que tu le ressens.
- Savoir que tu m’aimes, c’est le plus important. Je comprends que tu sois chamboulée par le fumet de ce type – voilà, il était moins poli tout à coup- mais tu ne vas pour autant pas le mettre en cage dans notre chambre en guise de parfum d’ambiance ?
Je me trouvais face à un Jasper jaloux. Jaloux d’un humain. C’était insensé. Je savais des ma décision était la bonne.
- Jasper, ce n’est pas un animal – et moi, me voilà en train de défendre l’humain, n’importe quoi !
- Ça reste de la nourriture.
Je pris sur moi de passer sur cette dernière phrase. Elle me choquait, certes, mais je pouvais comprendre son désarroi. Je le comprenais d’autant plus après avoir laissé libre court à mes instincts. Je me saisis à mon tour de ses mains.
- Jasper, j’ai vraiment envie d’enseigner. Je veux honorer mon contrat au Lycée. Je veux éviter ce type au max mais il y aura surement des ratés. Je risque de rentrer parfois un peu agacée, irritée à cause de cela – je n’osais plus mettre des mots sur la situation – et je souhaite simplement savoir si tu es prêt à accepter mes sautes d’humeur jusqu’à ce que j’arrive à vivre avec. Et surtout ne prendre mes réactions que pour des sautes d’humeur.
- C’est donc ça ? J’ai eu peur que tu veuille me substituer à un humain, un instant.
Moi aussi j’y ai pensé figures-toi.
- Jasper !
Je pris l’air aussi indigné que possible, tentant de cacher mon malaise.
- Soit, tu es une tornade, tu changes d’humeur comme de robe, ça ne devrait pas changer grand-chose.
Maintenant il tournait cela en dérision. Il se leva et se dirigea vers la fenêtre.
- Donc tu m’aimeras toujours ? N’avais-je pas du toupet de poser cette question, moi qui l’avais presque trahi ?
- Oui Alice. De tout mon cœur.
Nous nous enlaçâmes tendrement. Je profitai de ce moment tendresse autant que possible. Cette étreinte était sincère et véritable. J’étais consciente que parler à Jasper était une forme d’égoïsme, une façon de me persuader moi-même de ce qui était bien.
Mes visions étaient toujours absentes, quant à la suite de ces évènements. La seule chose que je vis fût Jasper, en train de courir aux côtés de Charlotte et Peter.
- Charlotte et Peter viennent nous voir bientôt ! Lui annonçais-je, guillerette.
- Non, c’est moi qui me déplace cette fois. Ils sont au nord-est du lac Michigan, j’en profite pour voir si c’est intéressant pour nous, si nous devons bouger dans les mois ou les années à venir. On ne connaît pas cette région.
- Quand pars-tu ?
- Vers mi-octobre je pense. Je devais partir plus tôt mais je préfère rester avec toi quelques temps. Etre sûr que tout va bien.
Mes rapports avec Peter et Charlotte étaient distants, leur régime me déplaisait. Nos avis divergeaient sur ce point. Je savais gré à Jasper de m’éviter de les côtoyer trop souvent. Il était mieux que Jasper aille à leur rencontre plutôt que de leur imposer d’aller chasser à des kilomètres de chez nous lorsqu’ils venaient ici. Ils avaient partagé la compagnie de Jasper pendant des années et étaient restés très liés. Jasper prenait plaisir à les revoir régulièrement.
Carlisle poussa la porte de la maison et nous salua de la main en soupirant.
- Longue nuit ? demanda Jasper
- Inquiétante, répondit Carlisle, visiblement affecté. La police a trouvé un homme sur le bas-côté de la route à la sortie de la ville, non loin de notre chemin. Il a été vidé de son sang et les traces son sans équivoque, c’est un vampire.
- Quoi ? Emmett dévala les escaliers, suivi de Rosalie, Bella et Edward. Esmé apparu à son tour, alertée par le raffut.
- C’est sans conteste, il va falloir le trouver, et vite. Edward, appelle Jacob afin qu’ils entreprennent des recherches sur leur territoire. Et dis-lui de conseiller à Charlie d’enquêter en ville, pas en forêt. Il l’écoutera.
- Oui, bien sûr, j’appelle de suite.
- Qui cela peut-être ? demanda Rosalie.
- N’importe qui, répondit Jasper. Un nomade de passage, un Volturi qui veut notre perte, un nouveau-né incontrôlable. Qui que ce soit, nous devons réagir afin de préserver la paix et la sécurité à Forks.
- D’autant plus que notre visiteur est violent, il a quasiment arraché la tête de la victime, ajouta Carlisle.
- Il était mort depuis combien de temps ? demanda Edward
- Ça s’est passé cette nuit, le corps était encore tiède.
- Nous allons organiser des rondes la nuit prochaine. A priori, c’est à ce moment-là qu’il a l’air de vouloir attaquer, reprit Jasper.
Ma famille acquiesça et chacun reparti à ses occupations.
Mes pensées se focalisèrent à nouveau sur mon problème personnel. Toujours aucune vision en vue concernant mon histoire. Ça commençait vraiment à m’irriter. Je décidai de parler aux miens le soir même, juste avant les rondes, pour les rassurer de vive voix sur mon choix. Peut-être cela déclencherait-t-il enfin quelque chose. Au pire cela ferait cesser les bavardages !
Ne repartîmes pour le Lycée, Emmett et moi. Il essayait de savoir ce que j’allais leur dire le soir même :
- T’as eu du cran de ne pas le tuer. Moi je n’ai pas réussi à l’époque. Alors tu vas faire quoi ?
- Tu le sauras ce soir !
- Je fais partie des élus, j’ai connu ça moi aussi, et tu ne veux rien me confier ?
- Des prunes ! Toi tu l’as tuée.
- Ça veut dire que tu en as parlé à Edward ? Eh, moi aussi je suis ton frère !
- Emmett, je t’adore, tu le sais ! Et tu sais aussi qu’on ne peut rien cacher à Edward. Laisse-moi faire durer le suspense pour vous autres, ajoutai-je, taquine.
- Dis-le-moi ou je te promets que je te sape toutes tes prises lors de la prochaine chasse.
- Même pas en rêve, je te verrai venir de loin.
- Aller, ou je te fais une réputation d’enfer auprès de tes élèves !
- Ça, je n’ai pas besoin de toi ! Tu attendras comme les autres, un point c’est tout. Tu n’as qu’a pensé à ce vampire qui tue des humains, ça t’occupera l’esprit.
- Mais on va n’en faire qu’une bouchée de celui-là, crois-moi ! On peut l’oublier.
La discussion fût coupée court alors que nous nous garions sur le parking. Emmett ronchonnait en sortant de la voiture. En sortant de mon côté, j’aperçus Lucian qui s’était garé un peu plus loin et qui nous rejoignait à grands pas, tout sourire. Il portait un Jean bleu et un blouson en cuir marron. Ses cheveux clairs flottaient dans le vent. Son sourire désarmant éclairait son visage. Il avait l’air bon, au sens figuré bien sûr. Il fallait que je parte au plus vite. L’éviter au maximum était vital pour nous tous. Pour mon intégrité mentale et sa sécurité.
- Emmett, je pars en avant préparer mon cours, je suis en retard.
Il eut à peine le temps de m’adresser un « ok, bonne journée » que je m’élançais déjà à grands pas vers l’école. Je n’aurais pas à croiser Lucian. J’entendis pourtant sa remarque, de loin.
- Toujours aussi conviviale ta sœur, je vais finir par croire qu’elle a quelque chose contre moi. Est-ce que je pue ?
Oh, ne dis pas ça, non …
- Je ne dirais pas ça comme ça ! Emmett parti d’un grand éclat de rire, sachant que je les entendais toujours, chemin faisant. Madame veut être au top pour accueillir ses élèves. Juste un peu perfectionniste. Et stressée. Et stressante aussi !
Emmett me le paierait !
Ma journée se passa sans anicroche. Je passais mon heure de déjeuner dans ma classe à peaufiner mes futurs cours. Je regagnai la voiture en fin de journée, Emmett m’attendait, seul. Si cela pouvait continuer ainsi, tout se passerait bien.
A la maison, tous nous attendaient autour de la grande table, qui ne servait qu’a nos réunions. Carlisle et Esmé étaient assis an bout et ses tenaient la main. Bella, Edward et Emmett chahutaient, Rosalie, rigide sur sa chaise, me toisait de son air hautain. Une fois de plus elle n’était pas le centre du monde et cela lui déplaisait. Jasper m’adressa un sourire charmant et m’invita à prendre place auprès de lui en tapotant le siège libre à côté de lui. Il glissa un tendre baiser sur ma joue.
- Eh bien, tout le monde est là ! Dis-je, gênée.
- Tu n’as pas apporté ton goûter avec toi ? Je pensais que tu allais nous le présenter en bonne et due forme. Railla Rosalie. Toujours le mot pour rire celle-ci.
- Il ne s’agit pas de goûter ou de quoi que ce soit d’autre. Si je vous ai réunis c’est justement pour couper court à toute mésentente. Il n’y aura aucun mort, aucun jouet, aucun nouveau vampire. J’ai décidé – je le dis tout haut cette fois petite tête – de ne pas le fréquenter, d’éviter son contact. De cette manière, exit le danger de le tuer. Je ne peux pas parler du danger de l’aimer devant Jasper.
Edward me lança un regard, attristé. Je savais qu’il n’approuverait pas ma décision mais je ne souhaitais pas mettre mon mariage en péril. Jasper étant avisé des risques concernant mes humeurs, cela finirait par se tasser. Je repris, balayant d’un geste l’air réprobateur d’Edward.
- Effectivement, c’est vrai, son parfum me donne déraisonnablement soif, cela arrive à tout vampire un jour, apparemment. Emmett et Edward m’en sont témoin. Mais je suis une grande fille, si ce n’est pas par la taille, ça le sera par mon éducation et ma volonté. Je ne mettrai personne en danger, humain ou vampire, et respecterai la vie de chacun. Ce qui compte le plus à mes yeux c’est Jasper et ma famille. Le reste, je m’en accommoderai. Nous ne changerons rien à notre vie actuelle.
- C’est ta décision Alice, dit Carlisle, Nous la respectons et nous t’en remercions. Si toutefois c’était trop difficile et que tu doives changer d’avis, nous te soutiendrons. Nous serons prêts à partir s’il le faut.
- Oui, renchérit Esmé. Ton bien-être est important pour nous.
- Et nous resterons ici avec Emmett, rétorqua Rosalie, toujours aussi agréable. Hors de question qu’Emmett change son programme.
- Rosalie, détends-toi ! Lui souffla Bella. C’est différent cette fois.
- Encore heureux que cette histoire soit différente, je suis là, remarqua Jasper, contrit.
- Il n’y a pas d’histoire, c’est là où je veux en venir, repris-je. Je ne vais pas me laisser déstabiliser par une odeur humaine. J’en fais mon affaire, un point c’est tout.
- Ok, Alice, on a terminé alors, conclu Carlisle.
Rosalie fut la première à quitter la pièce. Les autres se levèrent et repartirent à leurs occupations après m’avoir adressé des regards reconnaissants. Sauf Emmett, qui paraissait contrarié.
- Ça t’ennuie si je le fréquente, moi ? J’aime bien ce mec !
- Je m’en accommoderai, Emmett, fais comme tu veux, répondis-je en soupirant. Evites de t’approcher trop près de lui si tu ne veux pas que je te mange ! l’agaçai-je.
Il s’éloigna en haussant les épaules.
Un peu plus tard, alors que j’écoutais les bruits de la nuit sur le seuil de la maison, Edward me rejoint. Bella était à l’intérieur avec Jacob et Renesmé, dont les rires éclataient joyeusement.
Edward s’assis à mes côtés, sur les marches de l’escalier.
- Tu n’as pas été très sincère avec toi-même Alice, dit-il à voix basse. Je lui répondis mentalement.
- Si, parfaitement Edward, c’est ce que je veux. Et si je veux que mon mariage survive, je ne dois pas fréquenter cet homme.
A ce moment-là, Edward vit l’image de Lucian torse-nu dans son salon.
- Oh
Il étouffa un rire moqueur.
- Edward, non. Sors de ma tête !
- Alice, tu admets qu’il y a quelque chose à sauver. Tu admets qu’il représente un danger. J’ai juste quelques doutes sur notre avenir en le sachant dans les parages. Il me semble que ton trouble est plus profond que tu ne veuilles l’admettre !
- J’y arriverais. C’est vrai il me trouble, mais j’y arriverai ! Car je ne veux PAS qu’il me trouble.
- J’ai essayé avant toi.
- Encore une fois, c’est différent !
Cette fois je l’avais dit tout haut, et je l’avais fusillé du regard. Je me levai et regagnai ma chambre au plus vite. Ce fût le dernier échange à ce sujet entre Edward et moi.
Je passai le mois entier à me consacrer à mes cours, à mes élèves. Il était parfois difficile de les intéresser à la littérature anglaise mais mon charme naturel et mes talents d’actrices – oui, j’ai quelques dispositions - m’aidaient à les séduire. Pour moi, faire vivre la lecture, la mettre en scène, travailler l’interprétation étaient la clé pour les intéresser. Mon prédécesseur usait de vidéos vieillottes, j’estimais qu’un bon coup de jeune était de mise. Je souhaitais donner vie aux plus belles scènes de la littérature anglaise et la création des décors, mes répétitions d’interprétation et de mise en scène, me prenait du temps. J’alliais savamment mon gout pour tout ce qui touchait à la mode à celui de la littérature. Je profitai des pauses pour peaufiner mon travail, dans ma classe, isolée.
Je pensais à lui, oh, ça oui, j’étais en colère qu’il ne sorte pas de ma tête. Je voyais sa silhouette partout. Et Emmett, qui passait beaucoup de temps avec lui, était intarissable sur le chemin du retour. Pourquoi Aurait-il été délicat envers moi, c’était Emmett. Evidemment, ça ne me simplifiait pas la tâche. Il me parlait de leurs conversations. Lucian s’ouvrait à Emmett, ce dernier restant plus discret sur sa propre vie, il affichait un intérêt naturel concernant Lucian. Et finalement, ma brute de frère s’était prise au jeu. Lucian lui avait parlé de sa vie à Chicago, de sa mère et du reste. Emmett le trouvait attachant, plein d’une sensibilité jeune et fragile. Il avait oublié ce que c’était d’avoir réellement vingt-cinq ans. Ils rigolaient beaucoup ensemble, à grands coups de vannes ou de blagues. Il aurait voulu lui proposer de l’aider à retrouver la trace de son père mais je l’avais dissuadé de faire du porte à porte avec lui à cause de son apparence. Les portes risquaient de se refermer dans la seconde. Même si Emmett avait un ami humain, il n’en restait pas moins un vampire. Ce qui m’étonnait, c’est qu’il n’était pas du tout tenté par son sang. Son odeur lui était complètement indifférente. J’aurais tant aimé qu’elle le soit pour moi aussi.
Le soir, Edward m’adressait quelques œillades tristes. Le connaitre, aller au fond des choses, était pour lui la meilleure façon de gérer le problème. Ce n’était pas la mienne. A force de ténacité, il finirait par sortir de ma tête et me laisser tranquille.
Bella était plus compréhensive mais n’abondait pas vraiment non plus dans mon sens. Un soir, elle m’avait rappelé les souffrances qu’elle avait vécue lorsqu’Edward était parti. Elle voulait s’assurer que je ne vive jamais cela. Mais moi j’avais Jasper. Enfin, je crois.
Jasper était souvent perdu dans ses lectures et passait peu de temps avec la famille. Il était totalement absorbé par ses recherches. Il avait entrepris de travailler sur une thèse dont il gardait le sujet secret. Les quelques moments que nous passions ensemble étaient tendres et complices, comme ils l’ont toujours été. Il n’avait jamais reparlé de cet évènement. Il me soutenait à sa manière. Ses yeux étaient toujours remplis d’une grande tendresse pour moi. Je m’efforçais de lui rendre la pareille. Je l’aimais sincèrement mais l’émoi qu’avait provoqué Lucian en moi avait suscité quelques questions quant à la forme d’amour que j’éprouvais pour Jasper. Je n’osais pas mettre de mots là-dessus. Il fallait que j’arrête d’y penser. Cela passerait et tout rentrerait dans l’ordre avec le temps. Il fallait tenir quelques mois. Qui sait, ses recherches paternelles n’aboutissant pas, il allait surement repartir à Chicago, il quitterait peut-être Forks avant nous.
Nous partions chasser en famille, tous ensembles, comme avant. Même Rosalie avait fini par se détendre. Un weekend nous avions programmé une partie de base-ball. Cela faisait tellement longtemps que nous n’avions pas joué. Cette fois, Bella avait participé aussi, Jacob et Renesmé nous arbitraient. Cela avait été un grand moment. Mauvais perdant, Emmett s’était entouré de Rosalie, Bella et Edward dans son équipe, pas bête. Je jouais avec Jasper, Esmé et Carlisle. Notre équipe avait perdu mais nos liens s’étaient resserrés. C’était le plus important. Nous faisions des rondes tous les soirs, deux par deux. Cherchant des traces, une odeur, un cadavre, sans rien trouver. Les Loups avaient repéré des traces de pas qui indiquaient que quelqu’un courrait vers le sud. Peut-être était-ce un vampire de passage. Rien de plus.
Un midi, au milieu du mois d’octobre, Mr Greene frappa à la porte de ma classe.
- Bonjour Alice, est-ce que tout va bien ? Il passa la tête dans l’entrebâillement de la porte.
- Bonjour Mr Greene, oui parfaitement, merci, et vous ? Il finit par entrer timidement dans ma classe. Son costume marron, élimé avec le temps, lui faisait une mine grise. Il aurait bien eu besoin d’un bon relooking, pensais-je.
- Et bien Alice, comment se passe votre intégration parmi nous ?
- Super Mr Greene, je prends beaucoup de plaisir et je crois que mes élèves aussi.
Il écarquilla les yeux en voyant la foultitude d’accessoires qui avaient envahis ma classe.
- C’est parfait Alice, me dit-il en me souriant gentiment. Vos cours ont l’air de plaire, je n’ai eu que des bons échos et je comprends pourquoi en voyant votre classe. Cependant j’ai un petit souci concernant votre intégration parmi vos collègues, nous ne vous voyons jamais. Il est difficile de bâtir une stratégie de groupe cohérente si vous n’êtes jamais parmi nous pour en parler.
- Oh, ne vous inquiétez pas, Emmett me fait un compte rendu quotidien et je lui fais aussi part de mes idées. Vous ne manquez rien. C’est que mon travail me prend tellement de temps, vous comprenez, et j’y prends beaucoup de plaisir.
Il semblait mal à l’aise face à l’aplomb qui j’arborais, comme s’il savait inconsciemment que je pouvais le tuer en quelques secondes.
- Chère Mademoiselle Cullen, comment vous dire, vous ne pouvez pas rester dans votre classe constamment, reprit-il. Il prit une profonde inspiration et se lança :
- Je vous saurais gré de bien vouloir passer un peu plus de temps avec vos collègues, en salle commune. Cela fait aussi partie de votre contrat. Nous ne vous y voyons jamais. La pédagogie, surtout lorsqu’on débute, est une affaire de tous les jours et vos collègues seraient enchantés d’échanger avec vous. Je suis sûr que vous aussi en tirerez satisfaction. Nous tentons d’enseigner à nos élèves l’esprit de communauté et devons pour cela en être l’exemple. La salle commune est souvent le lieu de débriefing informels, mais nécessaires et bienfaisants.
- Avez-vous eu des plaintes concernant ma façon d’enseigner ? Demandai-je, soucieuse.
- Non, aucune, répondit-il gentiment. Mais ne négligez pas pour autant la vie en collectivité. Peut-être une ou deux fois par semaine pour commencer. Je peux comprendre que vous soyez timide, votre statut d’ancien élève vous place peut-être dans une situation malaisée, mais sachez que vos collègues ne vous railleront pas pour cela. Parlez-en à votre frère, il a parfaitement trouvé sa place.
Il recula dans l’entrebâillement de la porte, et attrapa la poignée. Puis il se ravisa et m’apostropha à nouveau :
- Détail important, ce n’est pas une recommandation, mais une obligation.
J’étais agacée, contrariée, énervée.
Oui mais je suis un vampire et j’ai envie de tuer le professeur Dove. Donc je reste à l’écart pour sa sécurité, et la mienne.
J’avais envie de lui hurler la vérité. Au moins j’aurais été tranquille. Au lieu de ça, j’allais devoir me contraindre à passer du temps là-bas. Le doyen serait intransigeant là-dessus.
- Je comprends Mr Greene, je ferai un effort, répondis-je le plus poliment possible, dents serrées.
- Merci Mademoiselle Cullen.
Il fit une légère courbette et referma la porte doucement, comme s’il craignait des représailles. Peut-être aurais-je du montrer les dents pour le dissuader de me parler. Profiter de la légère retenue naturelle qu’il éprouvait pour en faire un tout petit peu plus et le garder en dehors de ma classe. Non, pas de vagues.
Je m’affalai lourdement sur mon bureau, la tête dans les bras. Ma décision allait être mise à rude épreuve ! Mon plan tombait à l’eau. J’allais devoir me comporter « normalement » dorénavant. Enfin, en humain sociable tout au moins. Et éviter Lucian en étant dans la même pièce que lui relèverait de l’impossible. Avec Emmett si proche de lui en plus. Je ne pouvais pas demander à mon frère d’arrêter de le voir afin de rester avec moi dans cette salle. Cela ne marcherait pas ou finirait forcément mal. Edward serait content, il avait gagné finalement ! J’allais être obligé de le fréquenter un minimum et tenter de m’habituer à son arôme tant bien que mal. Ou peut-être valait-il mieux partir, simplement ? Mais je ne voulais pourtant pas renoncer à mes cours, j’aimais trop cela. Il me semblait être suffisamment forte et déterminée pour relever le défi. Allez ma vieille, tu t’armes de courage, de bonne humeur et de ton espièglerie et tu fonces !
Mon premier réflexe fut d’aller me confier à Carlisle. Je décidai d’aller le voir à l’hôpital. Ma famille n’entendrait pas ma conversation.
- Ma chérie, tout n’est jamais aussi simple qu’on le voudrait. La vie est une épreuve. Comme je te l’ai déjà dit, je te soutiens et nous serons prêts à partir si tu le demande.
- Carlisle, je voudrais simplement trouver la force d’être celle que je suis en sa présence, j’aimerais tant pouvoir satisfaire tout le monde. Si tout était normal à son contact, ce serait tellement plus simple.
- Alice, cette force est en toi. Le seul fait d’en parler et de le vouloir, prouve que tu en es capable. C’est ta volonté qui fera la différence. Cette même volonté qui fait que nous sommes différents aujourd’hui, et heureux de l’être.
Toujours pas de visions le concernant ?
- Non, rien. Je suis aveugle. Je me repose un peu sur ce que m’a dit Edward. Peut-être qu’en le connaissant tout deviendra plus clair.
- Je te le souhaite Alice. Mais si ça ne le devient pas, crois en toi.
- Merci Carlisle.
Je quittai Carlisle sur ces mots. Je pris le couloir menant vers la sortie. Un homme, visiblement avec une fracture ouverte à la jambe attendait sur un brancard. L’odeur du sang me brula la gorge. Je ne sentais que rarement cette odeur. C’était tellement appétissant comparé à l’odeur du sang animal. La fragrance était tellement plus enivrante à mes narines. Pourtant je réussis à m’éloigner sans trop de difficultés. Ma persévérance faisait ses preuves aujourd’hui. Tout était possible.
A cet instant, au détour du couloir je la croisai. Sa compagne. Elle était belle, tout simplement. Ses traits fins, sa peau délicatement rosée, ses cheveux d’or soyeux, tout était si charmant chez elle. Elle me sourit poliment, continuant d’écouter les paroles d’une autre infirmière au look assez bizarre. Après l’avoir légèrement dépassée, l’odeur apparût dans son sillage, légère, diluée, mais reconnaissable entre mille. Je serrai les poings et continuai de m’éloigner sans me retourner. Un mélange de colère mêlée à une pointe de jalousie emplit mes yeux de larmes que je ne pouvais faire couler. Allez, j’étais forte, je m’étais battue et j’avais toujours gagné jusqu’à présent.