Blue Hour
A lundi ! Mauvaise réponse, pensai-je, agacé. J’avais une sainte horreur de toute forme de pitié à mon égard. Et j’étais en colère contre Alice. J’avais l’impression qu’elle nourrissait un gout prononcé pour le sadisme avec moi. J’étais en colère contre Amy aussi. Elle n’avait pas le droit de se faire du mal. J’étais en colère contre le monde entier. Toute ma vie n’était qu’une mauvaise farce. Tout partait en vrille sans que je puisse maîtriser quoi que ce soit.
J’entrai en trombe dans l’hôpital, bousculant au passage un homme qui m’abreuva d’injures. Il ne devait pas être de bonne humeur lui non plus. En même temps, qui est de bonne humeur dans un hôpital ? J’adressai à l’homme un signe de la main en guise d’excuses sans m’arrêter. Rien d’autre ne m’intéressait que d’arriver au chevet d’Amy.
La chambre était plongée dans la pénombre. Malgré le manque de luminosité dehors, les stores étaient baissés et seul un bip régulier résonnait dans le silence. Amy était méconnaissable. Elle était intubée, sa tête était entourée d’un gros bandage, je reconnaissais tout juste son visage. Je m’assis à côté d’elle et saisi sa main inerte.
- Bonjour Amy, commençai-je timidement.
Les hôpitaux n’étaient pas un lieu que j’appréciais beaucoup. J’y avais vécu le déclin de ma mère ainsi que son décès. Etre ici faisait remonter des flots d’images de cette période douloureuse. Ajouté à l’état d’Amy, je ne pus retenir un sanglot et les larmes noyèrent mes yeux.
- Je suis là. Je …suis désolé. Tellement désolé.
La réponse ne vint pas. J’aurai aimé qu’elle me jette, qu’elle crie a douleur, ça aurait été préférable à cet état végétatif. J’embrassai doucement sa main.
- Lucian, vous êtes là !
Je séchai mes larmes et tournai mon regard en direction de la porte. Carlisle approcha doucement du lit, de sa démarche souple et silencieuse.
- Bonjour Carlisle, il y a du nouveau ? Vous en savez plus ?
- Pas pour l’instant, l’hématome doit se résorber. Nous en saurons davantage la semaine prochaine.
- Est-ce qu’elle m’entend ?
- On ne sait pas. Il y a bien des signes d’activité cérébrale mais avec cette tumeur…
Il ne finit pas sa phrase. Surement pour m’éviter quelques détails dont je n’avais pas besoin.
- Je te laisse, s’il y a quoi que ce soit, n’hésite pas à sonner.
- Merci Carlisle.
Je restai une grande partie de la journée à son chevet, à lui parler, à lui remémorer nos souvenirs. Le fou rire que nous avions pris lorsque nous étions dans le bureau de l’avocat de sa mère, pour y régler quelques affaires en son absence, et que tout à coup nous avions vu Spiderman descendre en rappel et faire les vitres. Les délires au zoo, à discuter avec les singes. D’autres moments plus romantiques où je lui comptais fleurette dans les parcs. La fois où elle avait failli démolir une groupie un peu trop pressante lors d’un concert. La fille avait dit à Amy :
- Je suis arrivée la première, il est à moi !
La groupie était agressive et déterminée. Amy lui avait expliqué que nous étions en couple et qu’elle ne pourrait rien y changer. La fille avait commencé à la traiter de folle hystérique et à grogner. Amy lui avait collé une droite directe dans le nez !
Je riais tout seul en lui racontant nos anecdotes. Les larmes coulaient en même temps. Elle, ne bougeait même pas un cil. A la tombée de la nuit, l’angoisse reprit le dessus et mes certitudes quant à sa guérison s’amenuisaient. Cela faisait vingt-quatre heures qu’elle était inconsciente. J’avais posé ma tête sur le lit, sombrant dans une demi-torpeur.
- Lucian ?
Je me relevai, à moitié dans les vaps. Jacob se tenait là, masse encore plus géante dans la pénombre de la petite chambre. Il était vêtu d’un simple jean déchiré et d’un T-shirt noir.
- Qu’est-ce que tu fais là ?
- Quand as-tu mangé pour la dernière fois ?
Je regardai le sachet de beignets d’Alice, resté intact. Je n’y avais pas pensé mais maintenant mon estomac criait famine.
- Heu, depuis quelques heures je crois.
En fait, je n’avais rien avalé depuis le vendredi midi.
- Carlisle nous appellera s’il y a du nouveau, viens avec moi. Tu as besoin de prendre l’air.
- Je ne peux pas la laisser ! dis-je, culpabilisant/
- Elle a plus besoin de toi vivant que mort de faim, rétorqua Jacob.
J’obtempérai.
- Allez, viens, on va faire un tour.
J’embrassai Amy, attrapai mon cuir et suivi Jacob. Une fois installés dans la Golf rouge, il démarra. Il dépassa ma rue et pris la direction de la sortie de la ville par le Nord.
- Où allons-nous ?
- Chez des amis, ça ne te fera pas de mal.
J’étais vidé, fatigué de ne rien avoir pu avaler et épuisé par les évènements. Je m’abandonnai sans mot dire, alors que dans mon état normal j’aurai fermement refusé de rendre visite à des gens à La Push. Car c’était la direction que nous prenions, sans aucun doute.
Jacob tourna sur un sentier non goudronné et se gara devant une maisonnette en rondins. Elle était petite, d’un gris bleuté délavés, égayée par la présence de jardinières remplies de fleurs colorées.
Jacob me précéda dans la maisonnette, je le suivis dans grande pièce. La cuisine, dans un coin, était ouverte sur le séjour. La grande table en bois clair supportait les bras musclés de plusieurs grands gaillards Quileute.
- Lucian, voici Sam, Paul, Jared, Quil et Embry. Là-bas, c’est Emily.
Une jeune femme s’affairait derrière les fourneaux. L’odeur de beignets était appétissante. Elle se retourna pour me saluer et sous ses longs cheveux noirs, je pu voir qu’une moitié de son visage était ravagé par de longues marques verticales. Poliment, j’évitai de la dévisager et lui adressa un sourire en retour.
- V’la l’frangin ! lança un des gaillards. La ressemblance n’est pas frappante !
- Je tiens beaucoup de ma mère, rétorquai-je.
- Viens t’asseoir avec nous, proposa un autre gentiment.
Je pris place autour de la table sur une chaise que m’avait apporté le maître des lieux. C’était le seul qui semblait avoir à peu près mon âge. Les autres paraissaient à peine sortir de l’adolescence et avaient déjà développé une musculature impressionnante. Ils étaient tous au moins aussi grands que moi, voire plus.
- Emily, s’il te plait, apporte des assiettes pour Jacob et son frère, ma chérie.
Il avait prononcé ces paroles avec une grande douceur, Il la regardait avec adoration. Tout chez lui respirait l’amour qu’il ressentait pour sa femme. Ses blessures n’avaient pas l’air de le gêner. Quelle leçon ! Je pouvais en prendre de la graine.
Elle déposa devant nous deux assiettes débordant de pâtes et apporta ensuite les beignets aux pommes aux garçons. Ceux-ci bavardaient joyeusement, parlant d’un nouveau défi de figures imposées lors de leurs prochains sauts de la falaise.
- Eh, au fait, railla celui qui devait être Embry, tu me dois quinze dollars Quil !
- Oh arrêtez avec vos paris stupides les garçons, râla Emily.
- Je ne suis pas d’accord moi, il y a un air de ressemblance, regardes la forme des yeux, rétorqua Quil.
- Désolé, intervint Sam à mon attention, ce sont des gamins en mal d’occupations. Ils parient sur tout et n’importe quoi.
- Pas de souci, répondis-je en souriant.
- Je vais te mettre une raclée si tu ne me paye pas, menaça Embry. Un pari est un pari !
- Ouais, sauf que t’as perdu et que t’es mauvais joueur, asséna Paul.
- Toi aussi t’en veux une ?
- Je ne voudrais pas être à l’origine d’une bagarre, lâchai-je, gêné.
- T’inquiète, me rassura Jacob, ils n’attendent que ça.
- Allez moi je file, on m’attend, à plus, pour la ronde, dit Jared.
- Attends, on arrive, cria Embry.
Les garçons, quittèrent la maisonnette et tout à coup le calme revint.
- C’est bien, vous allez pouvoir manger tranquillement, nous dit Emily en déposant deux bières sur la table.
- Comment va ton amie ? me demanda Sam.
- Elle ne s’est toujours pas réveillée. On en saura plus dans quelques jours.
- Et toi, tu tiens le coup ?
- Il faut bien. Merci pour ce repas, ça fait du bien.
- Tu seras toujours le bienvenu ici, tu es le frère de Jacob.
- Demi-frère, corrigeai-je.
- C’est pareil pour nous. Tu es à moitié Quileute, et Quileute est le mot important. Nous sommes attachés à chaque membre de cette tribu et solidaire les uns des autres.
- C’est chouette, avouai-je, je n’ai pas l’habitude, j’ai été élevé comme un fils unique, juste par ma mère. Et en ville. Tous ces gars sont tes frères ?
- C’est tout comme, nous avons les mêmes racines, les mêmes ascendants, et toi aussi.
- Je suis heureux de voir que vous ne mangez pas dehors autour du feu.
- Bonjour les a priori, maugréa Jacob.
- Pardon, c’est la première fois que je vous fréquente, me défendis-je.
- Il nous arrive de le faire, lors des conseils. Ça te plairait de venir une fois entendre les histoires de nos ancêtres.
- Peut-être, mais je ne suis pas prêt pour faire ça à votre manière. Je préfèrerai quelque chose de plus « ordinaire ». Dans une maison, autour d’une bière !
- Rien n’est normal ici, tu auras peut-être l’occasion de t’en rendre compte, marmonna Jacob.
Sam lui adressa un regard noir, un rappel à l’ordre. Sous la bonne humeur et la bonne entente, se cachait quelque chose de plus sombre. Comme partout, pensai-je, tout le monde à ses travers, ses secrets.
- Tiens, prends un beignet. Emily me tendit le plat et Sam l’attira tendrement sur ses genoux alors qu’elle le posait devant moi. Ce couple respirait le bonheur. Lorsque leurs yeux se croisaient, rien d’autre ne semblait exister. J’aurais tant aimé vivre cela. Mais celle avec qui j’étais capable de tant d’amour me rejetait. Et celle qui avait besoin de mon soutien était inconsciente. Je n’avais plus personne à qui offrir ce regard et je haïssais cette solitude. Emily avait l’air comblée avec Sam. Il était passé sur son aspect physique, et l’amour, la passion avait pris le dessus. Je devais bien ça à Amy moi aussi. Je ne la laisserai pas tomber, comme cet homme valeureux, j’assumerais sa maladie. J’avais envie que l’on pense de moi ce que je pensais de lui et je n’avais de toute façon rien d’autre à quoi me raccrocher. C’était ma manière d’essayer de m’amender et de garder la tête haute.
- Vous êtes retourné voir Billy ? demanda Sam à Jacob.
- Non, pas tant que …
- Tant que quoi ? les interrogeai-je.
- Billy a besoin de temps, répondit Jacob, évasif.
Je n’avais pas trop envie de parler de mon père, je laissai tomber.
- Il est temps de rejoindre les autres, conclut Sam.
- Je te ramène Lucian, dit Jacob.
- Je ne peux pas vous accompagner ?
- Non, une réunion probablement un peu trop anti-citadine pour toi. Une prochaine fois peut-être. Mais je suis content que tu le demandes, ça veut dire au moins que tu apprécies notre compagnie.
J’avais oublié mes soucis l’espace d’un instant. La chaleur de ce foyer m’avait rasséréné et l’ambiance ne m’avait effectivement pas déplu. Mon avis sur les Indiens sauvages commençait à prendre sérieusement la poussière.
Jacob me ramena chez moi.
- Je dois retourner à l’hôpital, lui dis-je, étonné qu’il m’ait amené ici.
- Va dormir, Carlisle a dit qu’elle ne se réveillerait pas tout de suite.
Il avait raison au fond, mais je me culpabilisais de laisser Amy dans cette chambre lugubre, seule avec ses machines.
- Elle ne va pas s’en aller et toi tu es crevé.
Je voulais retourner bosser lundi pour ne pas trop ressasser, il valait donc mieux que je me repose.
- Merci pour cette soirée, j’ai passé un bon moment, tes amis sont chouettes.
- J’espère qu’on le refera.
- Sans doute !
Il m’offrit un sourire rayonnant, la blancheur de ses dents ressortait dans la nuit, sur son visage hâlé.
- A bientôt Jacob !
- Salut Lucian.
Je m’affalai dans le canapé, l’estomac douloureux d’avoir mangé un repas trop copieux après des heures de diète. Plutôt que de prendre ma guitare, j’attrapai l’ordinateur portable en quête d’infos sur la tribu. Sur le net, il était dit que les Quileutes étaient un peuple de pêcheurs, très fort en construction marine. Ils étaient capables de construire des bateaux suffisamment grands pour la chasse à la baleine. En même temps, si leurs ancêtres étaient aussi bien bâtis que les gaillards que j’ai vus ce soir, ce n’était pas étonnant. L’article parlait aussi d’une grande spiritualité, d’esprits capables de communiquer avec les animaux. Là, on y était, ce que je redoutais, les fameuses histoires à dormir debout que je pensais n’avoir vu que dans les films, existaient bel et bien dans la tribu de mon frère, dans ma tribu. Mis à part mon père, tous avaient été sympa avec moi, et m’avaient intégré naturellement et simplement à leur groupe. Je devrais surement faire l’effort de m’intéresser à leur folklore, mais je m’en passerais aussi longtemps que possible.
Je retournai le lendemain au chevet d’Amy. Alice n’était pas venue frapper chez moi ce matin. Cela me manqua, mais ce n’était pas plus mal. Je devais me consacrer à Amy, l’assister dans sa maladie. Là était ma place.
Rien n’avait changé dans la chambre sinistre, Amy était toujours inerte, les yeux clos. Son visage était serein, elle n'avait pas l’air de souffrir, c’était déjà ça. J’appris par une infirmière que son œdème avait diminué et que les tests pourraient bien avoir lieu le lundi, dès l’arrivée du spécialiste. Je passai de nouveau la journée à son chevet et la quitta vers vingt heures, quand les infirmières finirent par me jeter dehors. Je rentrai à la maison et corrigeai des devoirs afin de me changer un peu les idées.
Je repris la route du Lycée le lundi matin. Amy allait passer une batterie d’examens et cela ne servait à rien que je sois sur le dos des médecins.
Emmett était déjà dans la salle des professeurs, il vint à ma rencontre, son air sérieux tranchait avec son habituelle bonne humeur.
- Salut, quelles sont les nouvelles ? me demanda-t-il d’une voix douce.
- Il n’y a rien de nouveau pour le moment, elle subit des examens aujourd’hui.
- Tu veux venir dîner à la maison ce soir ? Histoire de ne pas être tout seul ?
- Je ne suis pas sûr d’être le bienvenu.
- Jasper restera de son côté.
- Je n’ai pas trop envie de voir Alice non plus.
- Ça fait plaisir, lança-t-elle en surgissant de nulle part en sautillant comme une gazelle.
Elle m’adressa un sourire lumineux et déroutant, elle me pardonnait donc ma conduite.
- Tu peux venir à la maison, je resterai en haut avec Jasper. Edward et Carlisle seront ravis.
- Non, je pensais retourner à La Push, merci c’est gentil, une autre fois.
- Billy te parle ?
- Non, mais mon frère et ses amis sont plus accueillants.
- Comme de gentils toutous, railla Emmett.
- Emmett, le sermonna Alice.
- Pourquoi vous ne les aimez pas ? C’est agaçant cette attitude.
- Ils ne t’ont pas encore parlé des histoires de la tribu ? De leurs superstitions ?
- Je n’y tiens pas trop, ce n’est pas vraiment mon truc.
- Bah nous non plus, rétorqua Emmett, amusé.
- C’est pour ça ?
Alice et Emmett se regardèrent, complices. J’avais envie, un jour, de connaître cela avec Jacob.
- On se voit à midi, dit Emmett en quittant la pièce.
- Ok, super, répondit-je.
Alice se tenait là, plantée devant moi.
- Alors comme ça, tu ne veux plus me voir ?
- C’est toi qui as commencé, je te signale. Et maintenant je dois me consacrer à Amy.
- Ça ne nous empêche pas d’être amis
- Ce n’est pas si simple pour moi, vois-tu.
- Je comprends, je voudrais juste que tu saches que je t’apprécie Lucian, je voudrais pouvoir être là, tu peux compter sur moi.
- C’est gentil Alice, j’en prends bonne note. Mais premièrement, j’ai toujours envie de t’embrasser chaque fois que je te vois, deuxièmement je n’ai pas envie de me faire assassiner par ton mari et troisièmement je dois épauler Amy dans ses malheurs, je lui dois bien ça. Je n’ai donc pas vraiment de bonnes raisons ni de temps pour te fréquenter comme avant.
- J’aimerais pouvoir t’embrasser moi aussi, mais je ne suis pas libre.
- Alice, tu ne peux dire ça, c’est cruel. Tu ne peux pas me dire ça te jouer de moi après une pirouette. C’est injuste !
- Lucian, la situation est difficile pour moi aussi, mais j’ai fait un choix.
- Eh bien moi aussi, fulminai-je.
La réaction d’Alice m’avait laissée amer. Elle m’avait donné espoir, comme l’autre soir chez moi, pour m’adresser une fin de non-recevoir dans la seconde suivante. Que cherchait-elle exactement ? A m’enfoncer encore plus ? A me perdre définitivement ?
Et qu’y avait-il de difficile dans le fait de rester auprès de son magnifique mari, féru d’arts martiaux ? Ils vivaient dans une maison magnifique, dans un cocon familial de rêve, avec leurs parents, leurs frères et sœurs. Ils n’étaient jamais seul et tous tellement complices. Je comprenais ardemment son désir de rester dans un foyer aussi attrayant. Quel avantage aurait-elle eu à venir vivre avec moi ? Avec un homme seul, rongé par la culpabilité, déstabilisé par sa nouvelle famille, si loin et différent d’eux ? Ma place était auprès d’Amy, je devais la soutenir, et ça durerait le temps qu’il faudrait. Le temps effacerait surement mes tourments. J’appréciais néanmoins de pouvoir fréquenter les Cullen et qu’elle reste en marge avec son teigneux de mari.
Après les cours, Jacob m’attendait, appuyé contre sa moto. Son sourire, lorsqu’il m’aperçut, me ragaillardit.
- Tu me suis, je voudrais te présenter d’autres personnes.
Je réfléchis un instant, Carlisle devait m’appeler lorsqu’il aurait terminé les examens d’Amy et il ne l’avait toujours pas fait. L’après-midi n’étant pas encore très avancée, je pouvais prendre une ou deux heures pour suivre Jacob. J’aperçus au loin Alice et Emmett qui nous observaient, cela fini de me convaincre. Ne leur avais-je pas dit que j’allais à La Push ? Pour une fois, le hasard faisait bien les choses.
Nous enfourchâmes nos engins. Je laissai Jacob me précéder et me cala sur sa vitesse. Il roulait à vive allure le bougre ! Sa moto avait pourtant moins de puissance que la mienne – en théorie – mais il la maniait avec une telle aisance qu’il ne perdait aucune puissance lors de ses manœuvres. Nous nous arrêtâmes devant une autre petite maison en bois, à l’entrée du village. Paul se tenait sur le palier et nous adressait un salut de la main.
- Je l’ai vu hier soir ! je pensais que l’on verrait d’autres personnes ? m’inquiétai-je
- C’est le cas, patience ! Jacob m’adressa un sourire malicieux. Allez, suis-moi.
Nous pénétrâmes dans la maisonnette, supportant le même genre de grande pièce que chez Emily et Sam. Au fond de la pièce, un vaste bureau orné de plusieurs ordinateurs empiétait sur le petit salon.
Une jeune femme se retourna sur son siège de bureau. Elle avait le même sourire que Jacob.
- Voici Rachel, ma sœur, lâcha Jacob. Elle est la compagne de Paul.
Je restai coi. Elle portait le nom de ma mère, Jacob avait évoqué cela le soir où j’avais découvert que Billy était mon père. Elle était racée, jolie et menue. Ses cheveux noirs jais tombaient de chaque côté de son visage jusqu’à ses épaules en un carré plongeant. Ses traits, plus fins que ceux de Jacob, étaient étrangement similaires. Elle se dirigea vers moi et m’étreignit affectueusement.
- Je suis heureuse de te rencontrer. De rencontrer le fils de celle dont je porte le prénom, c’est un honneur. Bienvenu dans la famille Lucian.
Sur le moment, je ne pu lui rendre son accolade, j’étais trop surpris. Elle m’embrassa chaleureusement les joues et relâcha son étreinte pour me saisir les mains.
- Bonjour, commençai-je, ébranlé par tant d’informations et d’émotions. Tu es donc … ma sœur ?
- Oui, je trouve ça cool d’avoir un frère aux yeux bleus, ils sont magnifiques. Et effectivement, il y a un air de famille avec Jacob. Viens t’asseoir, racontes-moi tout ! Elle parlait d’un air enjoué et semblait conquise par ma présence, excitée comme une petite fille alors qu’elle avait sensiblement mon âge.
Elle m’attira vers le vieux sofa auprès de la cheminée.
- Heu, que veux-tu savoir ? bredouillai-je
On était loin de l’accueil glacial de Billy. Rachel était chaleureuse, radieuse.
- Mon père nous a caché cette histoire et continue à se murer dans son silence. Il est butté. Et je porte le prénom de ta mère, je veux tout savoir sur elle, et sur leur relation.
- Je ne sais pas grand-chose sur leur relation, c’était le temps d’un été et ils ne se sont jamais revus. Ils n’ont jamais communiqué après ça. Billy ne devait pas être au courant de mon existence. J’ai dû le choquer. Et ma mère n’a jamais voulu parler de sa relation avec lui. C’était douloureux. Elle a fait sa vie, seule, avec moi.
- Elle ne s’est jamais mariée ? s’étonna Rachel.
- Non, et pourtant ce ne sont pas les prétendants qui manquaient. Mais à priori elle n’a été capable d’aimer que ce Billy, je me demande pourquoi d’ailleurs.
- Il sait être gentil, s’insurgea Rachel.
- Oh, pardon, je ne voulais pas …
- C’est bon, on comprend, lâcha Jacob.
- Comment était-elle ?
- Ma mère était grande, blonde, des yeux bleus, magnifique. J’ai quelques photos chez moi, je te les apporterai. Elle était institutrice, dynamique et un peu farfelue. Elle avait toujours des tonnes d’idées pour divertir ses petits élèves et moi. Nous étions très proche tous les deux, fusionnels, je n’avais qu’elle finalement. Nous ne fréquentions pas sa famille. Elle m’a élevé de la meilleure manière qui soit. J’ai été choyé, aimé. Je suis parti en vacances, elle m’a aidé à payer mes études. C’était une femme extraordinaire. Elle est décédée l’année dernière de maladie.
- Je suis désolée, murmura Rachel. Je sais ce que c’est de perdre sa mère. Je suis heureuse que tu nous aies trouvé. Tu seras toujours le bienvenu ici, tu es de notre famille, quoiqu’en dise notre père. Tu n’es pas seul.
Rachel avait les larmes aux yeux en prononçant ces mots. Cette fille était vraiment touchante. Je lisais la sincérité dans ses grands yeux noirs. Je lui saisis la main et la portai à ma bouche afin de la remercier et la réconforter.
- Merci Rachel, je reviendrai te voir, c’est promis. Maintenant je dois vous laisser, on m’attend.
- Oh, ta compagne ? demanda-telle.
- Oui, je dois aller prendre des nouvelles.
- J’espère que ça ira. Reviens nous voir, j’ai tant de questions.
Je lui adressai un salut de la main et quitta la maison, Jacob sur mes talons.
- Tu veux que je t’accompagne à l’hôpital ?
- Non, je vais gérer seul, reste ici avec ta famille.
- Qui est aussi la tienne ! il m’adressa un clin d’œil amical.
- Merci pour ce moment, ça m’a fait du bien. Ta sœur et toi êtes vraiment super !
- On se voit bientôt alors ?
- Oui, sans aucun doute.
Je démarrai ma moto et reprit le chemin de Forks. Ce moment de bonheur fut immédiatement obscurci par l’idée de ce qui m’attendait un peu plus tard. La chambre d’hôpital, Amy, inconsciente. L’angoisse commençait à m’étouffer lourdement. Allais-je avoir des informations cette fois ?
J’entrai dans l’hôpital et aperçu Carlisle à l’accueil, le nez dans quelques dossiers. Il se retourna à mon approche, comme s’il m’avait entendu arriver.
- Lucian, comment vas-tu ?
- Bien merci, et vous-même ?
- Super ! bon j’ai passé la journée avec mon collègue, le docteur Herdman, il est neurochirurgien. La tumeur est grosse, comme nous l’avions vu lors des premiers examens. Et elle est très mal placée. En ce moment même, le docteur Herdman travaille sur les différentes approches possibles pour la retirer. Cette étude prendra un peu de temps mais c’est pour la bonne cause.
- Ok.
Aucun autre mot ne pouvait sortir de ma bouche pour le moment. Mon cerveau analysait les mots de Carlisle et tentait en même temps de me garder fort et alerte. Amy était donc en mauvaise posture, avec un truc énorme au milieu de la tête. Qu’avaient donc les femmes que j’aimais à tomber malade ? Dans mon idée, elle avait une grosse commotion qui devait se résorber pour qu’elle se réveille mais dans ma douleur, j’avais oublié la partie « tumeur » de son état. La difficulté à extraire cette bête de sa tête m’anéanti. Je m’éloignai, effondré, en direction de la chambre d’Amy.
Elle était là, comme je l’avais laissée la veille. Ça me rendait dingue. Je m’approchai d’elle, ma vue se brouilla à nouveau de larmes. Le pansement qui enserrait sa tête était moins gros mais le tube qui l’aidait à respirer était toujours en place. Son visage était serein, aucune émotion ne transparaissait. Elle qui d’habitude était si gaie, toujours souriante. Elle n’était qu’un pâle reflet d’elle-même. Au moins elle ne souffre pas, me dis-je. Moi je souffrais, terriblement. Je souffrais de ne pas avoir été présent auprès d’elle la semaine dernière. Je l’avais quittée, je l’avais laissée partir chez son amie. Si je l’avais gardée auprès de moi, j’aurais peut-être pu voir les signes, éviter l’accident. A présent, des ruisseaux coulaient le long de mes joues et je sanglotais tel un gosse de quatre ans.
- J’ai appelé Emmett, j’espère que tu n’y vois pas d’inconvénient Lucian, dit Carlisle. Je ne veux pas que tu sois seul.
Tout ce que je fus capable de faire fût un geste négatif de la tête. Je n’avais besoin de personne, je ne voulais déranger personne, je ne voulais être vu par personne dans cet état. Carlisle fit mine de ne pas saisir la nuance. Il posa une main ferme sur mon épaule. J’en senti la fraîcheur à travers mon blouson. J’avais chaud pourtant, comment pouvait-il avoir les mains aussi froides ? Tout à coup, les appareils se mirent à sonner autour d’Amy. La panique me figea sur place. Je fus alors bousculé hors de la chambre alors qu’une équipe de blouses blanches prenait ma place autour d’elle. Après quelques secondes et deux déchoquages, les bips redevinrent réguliers.
Carlisle se tenait à côté de moi, je ne l’avais pas vu arriver.
- C’est la seconde fois aujourd’hui. L’opération devient urgente. Je vais voir mon confrère. Ça va aller Lucian, rentre. Nous la gardons sous surveillance. Reviens demain soir, nous en saurons plus. Je t’appelle si elle est opérée cette nuit.
Je pris le chemin de la sortie, croisant quelques chariots remplis matériel divers, sans voir aux gens qui les poussaient. Arrivé dehors, je pris une grande respiration. Je devais tenir le coup, pour elle.
- Montes Lucian, me lança Emmett, à bord de son énorme Jeep Wrangler.
- J’ai ma moto Emmett.
- Je te retrouve chez toi alors.
- Ok.
Le ton de sa voix ne laissait pas de place à un refus, la réponse était sortie de ma bouche que j’y réfléchisse.
La route était humide, comme d’habitude, Le vent glacial. Pourtant, j’étais en nage dans mon blouson en cuir. Mon corps devait surement rejeter des tas de toxines secrétés par des émotions violentes, pensai-je.
J’ouvris ma porte et fis rentrer Emmett qui portait un pack de bière sous le bras.
- On regarde s’il y a un match ? proposa-t-il.
- Si tu veux, la télécommande est là.
Je n’avais pas trop envie de parler et la présence d’Emmett m’allait bien pour cela. Il se contenterait de faire quelques remarques pendant le match. Avec un peu de chance, j’arriverai à me concentrer et à oublier un moment cette situation.
- Il n’y a rien ce soir, ronchonna Emmett en zappant si rapidement que je n’avais pas le temps de reconnaître le moindre programme.
- On n’est pas en weekend, répondis-je, pas étonnant.
- T’as mangé ? s’enquit-il
- Non, je n’ai pas faim. Et toi ?
- Pas faim non plus, répondit-il en hochant la tête de gauche à droite.
- Tu veux aller au resto à côté de la maison ? proposai-je. Je suis sûr que tu bluffes.
En fait je mourrais de faim.
- J’ai une meilleure idée, je t’emmène à la maison, Esmé testait de nouvelles recettes tout à l’heure, ça sentait bon. Edward sera content de te voir.
La proposition était tentante. A la pensée des petits plats d’Esmé, mon estomac se mit à gargouiller sérieusement. Avec un peu de chance, Alice resterait dans sa chambre avec son mari et me laisserait tranquille.
- Je crois qu’il a décidé à ta place, rigola Emmett en désignant mon ventre.
- Ouais, je crois, répondis-je
- Je t’emmène, il pleut des cordes.
Je regardai par la fenêtre, et en effet, la pluie redoublait. La voiture d’Amy étant HS, je n’avais que ma moto pour me déplacer et être mouiller sans cesse n’était pas des plus agréable. Même si j’ét ais tout le temps en sueur.
Nous arrivâmes devant la grande villa blanche, l’entrée était baignée de lumière. Emmett poussa la porte devant moi et une odeur enivrante affola mes papilles. Je mourrai de faim.
- Attention, estomac en péril en approche ! s’écria Emmett alors que mon ventre émettait des sons gênants de plus en plus forts.
- Viens nous rejoindre, cria Esmé à mon attention, du fond de la cuisine.
Elle s’activait avec Bella à la préparation du dîner. Renesmé s’occupait du rangement et Jacob dressait la table pour trois personnes.
- Salut frérot, me lança se dernier. Content de te voir.
Il afficha son habituel large sourire. Renesmé vint m’embrasser sur la joue. L’ambiance était délicieuse, familiale, simple. C’était agréable de se retrouver ici. Je pensai à Amy, elle aurait aimé être là elle aussi. Je devais profiter de ce moment et lui raconter dès demain, peut-être cela l’aiderait-elle à se réveiller.
- Installe-toi, me proposa Esmé en désignant les trois assiettes.
- Vous ne mangez pas, m’étonnai-je
- Non, on a amplement grignoté en faisant les préparatifs, moi je n’en peux plus.
- Moi non plus, ajouta Bella en faisant la moue. J’en suis écœurée.
Elles riaient à gorge déployée.
- Et toi Emmett ?
- J’ai mangé un énorme sandwich avant de passer à l’hôpital, j’avais une faim de loup. !
Nous nous installâmes, Renesmé, Jacob et moi et profitâmes du dîner qui était délicieux.
- Alors on s’amuse par ici ?
Alice arriva dans la cuisine en sautillant, légère comme une plume. Son sourire s’effaça lorsqu’elle me vit.
- Oh, pardon, je vous laisse.
- Tante Alice, cria Renesmé, reste, s’il te plaît, je ne te vois plus en ce moment.
- C’est ça la vie de star, ironisa-t-elle en déposant un baiser sur la tête de sa nièce.
- Quelques sont les nouvelles d’Amy ? me demanda Esmé.
- Pas super, la tumeur est grosse et mal placée, le spécialiste cherche la meilleure façon de l’atteindre pour la retirer.
- Carlisle a appelé le meilleur, je suis sûre qu’il va y arriver, me rassura Bella.
Alice, adossée à l’évier, me regardait du coin de l’œil. Son attitude était bizarre, mêlée de rejet et de compassion. Je feignis de l’ignorer.
Notre dernière conversation avait été houleuse et marquait un terme à une quelconque relation, même amicale. Pourtant, son regard était doux et triste. Je suis sûre que son mari la martyrisait d’une manière ou d’une autre. Et cela me rendait dingue.
Un frisson me parcouru l’échine.
- Ça va Lucian ? s’inquiéta Jacob.
- Oui, le dîner est épicé, ça me donne chaud.
Jacob regarda tour à tour Bella et Esmé, l’air inquiet.
- Qu’y a-t-il Jacob, tu es allergique au piment, demandai-je ?
- Non, du tout …
- Salut tout le monde !
Rosalie entra telle une tornade dans la cuisine et embrassa Emmett.
- Blondie, s’esclaffa Jacob. J’en ai une bien bonne pour toi.
Rosalie le regarda d’un œil noir.
- Tu sais comment on appelle une blonde qui a du diabète ? reprit-il. Une tarte aux pommes.
Jacob parti d’un rire un peu niais, illustrant le niveau de sa blague. L’assemblée pouffa discrètement avant de reprendre leurs bavardages.
- Tu n’es vraiment qu’un animal, mon pauvre, rétorqua-t-elle, pincée.
- Rhhô, ma tigresse est énervée, viens avec moi ma belle.
Emmett attira Rosalie dans une étreinte comique et ils quittèrent la pièce.
- Toujours aussi heureux de se retrouver ces deux-là, souligna Esmé.
- Tu es dur avec elle, fis-je remarquer à Jacob.
- C’est l’amour cabotin entre eux, railla Bella.
Les autres partirent d’un rire gêné.
L’ambiance, la gentillesse de cette famille, tout me plaisait ici. Dommage que mes relations avec Alice soient si mauvaises. Sans parler de celles avec Jasper. Je me sentais bien aussi, dans ma vraie famille indienne, tout le monde avait été très accueillant, mais je me trouvais plus à ma place dans la villa blanche. A priori, Jacob aussi.
- Merci de m’accueillir chez vous aussi gentiment, balbutiai-je. Vous n’êtes pas obligé, j’apprécie beaucoup.
- C’est normal, répondit Esmé avec un grand sourire, les amis de mes enfants sont comme mes enfants. Et d’ailleurs, en parlant d’enfant, où est Edward ?
- Il est en haut avec Jasper, ils travaillent sur un essai.
Alice posa de nouveau son regard sur moi. Comme pour voir ma réaction à l’annonce de la présence de son mari dans la maison. Mais je n’avais pas peur, j’étais suffisamment entouré pour me considérer en parfaite sécurité. Elle se figea un instant. L’expression de son visage se mua en quelque chose de plus douloureux. Elle quitta la cuisine.
Nous finîmes le dîner et tout le monde passa au salon. Je m’excusai et sorti un moment dehors pour téléphoner à l’hôpital. Je savais que Carlisle appellerait en cas de besoin mais je ne pouvais retenir mon angoisse.
Alice était accoudée à la rambarde. Je repoussai mon appel à un peu plus tard. Elle se retourna vers moi, l’air triste.
- Quelque chose ne va pas ? Tu veux que je m’en aille ? proposai-je doucement.
- Non, rien de grave, cette situation me pèse. Je voudrais qu’Amy aille mieux. Et aussi que l’on puisse être ami comme avant.
Elle avait cet air charmeur et implorant, empreint d’une grande tristesse, toutefois. Malgré tour, elle m’avait blessé.
- Non, pas pour le moment Alice, je souffre suffisamment de la situation, Amy a besoin de moi. Je n’ai pas de temps à perdre avec une girouette.
Aie, les mots dépassaient ma pensée, une fois de plus.
- Tu es dur Lucian, asséna-t-elle.
- Tu es inconstante Alice, rétorquai-je.
Nous nous regardâmes longtemps, yeux dans les yeux. Sa beauté enjôleuse me fascinait, comme à chaque fois. Son parfum frais enivra mes sens. J’avais l’impression que ses yeux rayonnaient, que quelque chose de vivant bougeait derrière ses pupilles et voulait sortir pour me parler. Que ressentait-elle ? Pour ma part ? Un sentiment violent, passionné, un besoin irrésistible d’être ensemble, de la toucher, la respirer, mêlé à la colère de gâcher volontairement une si belle histoire, d’avoir été repoussé malgré l’évident émoi dont elle refusait l’existence. Etre ami avec elle ne me suffirait jamais, je le savais, je ne voulais même pas essayer.
Les femmes sont si légères. Elle choisit l’argent, la sécurité, plutôt que l’amour. Et maintenant elle revenait dans mes basques au nom de l’amitié alors qu’Amy était dans la pire des situations. Non, je ne reviendrai pas sur mes positions.
Elle baissa les yeux et rentra dans la maison.
Je ne la revis pas de la soirée. Edward descendit un peu plus tard, et s’informa à son tour des dernières nouvelles concernant Amy. Carlisle m’avait confirmé au téléphone l’absence d’évolution.
Alors que je saluais mes hôtes, j’aperçus Jasper en haut de l’escalier, un sac de voyage à la main. Je quittai la villa derrière Emmett et grimpai dans la Jeep.
- Jasper part en voyage ? demandai-je
- Ça m’en a tout l’air. Je n’étais pas au courant. Jasper est secret, tu sais.
Je réfléchis à la situation très vite. Alice seule sans son mari, Amy à l’hôpital…
Amy primait. Elle le méritait, elle.