Blue Hour
Chapitre 13 : Déception
4665 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 23/08/2023 19:12
- Pourquoi remets-tu ça sur le tapis ? m’écriai-je,
- Parce que c’est clair ! répondit Jasper, la voix cassante.
J’avais eu vision peu prometteuse : Jasper quittait la villa, sac à la main.
Je montai à l’étage et trouvai Jasper et Edward se toisant, l’air grave.
- Je vous laisse, dit Edward.
Il s’éclipsa rapidement et je me retrouvai seule face à mon mari, visiblement en proie à un trouble profond.
- Je vais partir, annonça Jasper, grave.
- Où, pour combien de temps ?
- Je … c’est terminé Alice. Je n’en peux plus.
- Quoi, mais comment ? non ? opposai-je, affolée.
La panique s’empara de moi et me fis perdre tous mes moyens. L’homme avec qui je venais de passer soixante années de mariage, la première personne que j’avais perçue après ma transformation, mon âme sœur, mon partenaire, mon complice, voulait me quitter. Comment pouvait-il effacer tout ce que nous avions été, tous ce que nous avions fait. Comment pouvait-il changer ainsi alors que notre condition nous figeait non seulement physiquement mais aussi dans nos sentiments ? Nous devions passer des siècles ensemble, pas seulement soixante ans !
Les souvenirs m’assaillirent soudain. Je revis tant de choses que nous avions faites ensemble. Notre arrivée chez Carlisle, nos chasses, nos jeux, nos voyages, notre tendresse. Mon esprit était bloqué sur ce foisonnement de souvenirs qui se bousculaient dans ma tête. Jasper me ramena très vite à la réalité.
- Je ne supporte plus ce que tu ressens pour lui, et c’est valable pour lui aussi, l’entendis-je prononcer.
Je ne comprenais pas ce que Jasper ressentait. Je l’avais éconduit, sûre de ma décision et Lucian n’en avait maintenant que pour Amy. Il se trompait, forcément. Ou s’il y avait une trace quelle qu’elle soit, ça n’allait pas durer.
- Jasper, je ne veux pas d’un autre que toi. Sois patient, je t’en prie, implorai-je.
- Non Alice, clairement, ce que vous ressentez l’un pour l’autre est mille fois supérieur à nos liens à tous les deux. Même en intervenant pour diminuer ne serait-ce qu’un peu l’intensité de cette émotion, le résultat serait dérisoire. Seulement, tu préfères te voiler la face, t’engluer dans notre routine. Moi je n’en peux plus, je t’aime Alice, mais je souffre au quotidien de ta frustration, de tes accès d’amour pour lui. Je souffre autant que lorsque je prenais leur vie à des humains.
- Comment peux-tu dire cela ?
Il m’accusait de ce dont il avait le plus souffert, j’étais sidérée qu’il puisse aller si loin. Comment pouvait-il comparer mes sentiments à des meurtres ?
- Alice, je ressens tout dans les moindres détails, quand le comprendras-tu ? Tu arrives à te voiler la face, mais pas moi. Je reçois tout de plein fouet. Et quand il est là, c’est encore pire. Ses sentiments sont étouffants, envahissants.
- Mais Jasper …
- Je ne t’en veux pas, tu sais, c’est tout à ton honneur de vouloir résister pour rester avec moi. Mais je ne peux plus lutter, c’est trop.
- Partons ensemble, loin, on oubliera vite, suppliai-je.
- Je ne veux pas passer ma vie à sentir et à tenter d’amoindrir tes frustrations. Il est ton chanteur. Tu dois poursuivre ton chemin avec lui, d’une manière ou d’une autre. Mais je ne veux pas être là. Pas comme ça.
- Comment as-tu fait avec l’amour d’Edward et Bella.
- Je trouvais ça beau, et tellement fort. Mais ça ne me concernait pas. C’était agréable de ressentir leur complicité. Ça ne me faisait pas mal. Et tu vois, tu compares naturellement ce que tu ressens pour lui à la relation d’Edward et Bella. Ça n’est pas anodin.
- Ce qui n’est pas anodin, c’est que je t’aime !
- Je sais Alice, je crois en ton affection, mais elle n’est plus suffisante. Laisse-moi du temps, nous devons nous éloigner l’un de l’autre, pour avancer. Peut-être plus tard pourrons-nous être ami.
Il parlait avec une grande douceur, calmement, assumant parfaitement sa décision. Je craignais de ne rien pouvoir lui objecter. Je comprenais que cela pouvait être difficile à vivre. Pourtant je n’avais pas l’impression que mes sentiments pour Lucian fussent si forts que cela. Quel moyen avais-je de le garder auprès de moi ? Il fallait que je réfléchisse.
- Je te laisse cinq minutes pour réfléchir à tout ce que tu vas perdre en partant d’ici. Ensuite je reviens pour la réconciliation.
Je quittai la chambre, feignant la légèreté, mais en proie à une profonde panique. Les vampires n’aiment pas le changement. Et je n’avais connaissance, autour de moi, d’aucun d’entre eux qui aient rompu leurs liens avec leur partenaire. Je détestais que cela m’arrive, et je haïssais encore plus être la première.
Je rassemblai mes esprits en descendant les escaliers à « l’humaine » étant donné que l’un d’eux était dans la maison. Et pas des moindre. L’objet même de notre discorde. J’essayai d’analyser pourquoi sa présence ici ne me mettait pas plus en colère. J’étais même heureuse de le savoir chez nous. Croiser son regard était à la fois douloureux et tellement agréable. Son parfum emplissait mes narines de cette façon si particulière. Il me brûlait moins fort, certes, mais il me procurait un plaisir inouï, infini. Il était si triste depuis l’accident de sa compagne, et j’avais tellement envie de le réconforter. De le serrer contre moi, ou plutôt de me blottir contre lui.
Jasper avait peut-être raison, je l’aimais probablement plus que je ne le pensais, et il m’était vraiment difficile de lutter contre. Je refoulais cela depuis longtemps et j’avais peur de laisser éclater mes sentiments.
Pourtant, il n’y avait rien de possible avec Lucian. Il était humain et peut-être même en passe de devenir un membre de la meute. Même si j’avais voulu le transformer en l’un des nôtres avant qu’il ne devienne un loup-garou, je n’avais aucune certitude que mon venin ne le tuerait pas.
Quand il serait l’un des leurs, son odeur si envoutante deviendrait une sale odeur de chien, comme nous la détestons tant. Même si nous arrivions à supporter celle de Jacob à force de le côtoyer, il était hors de question que je m’approche intimement d’un loup-garou.
Pourquoi Jasper n’arrivait-il pas à ces conclusions lui aussi ?
Tout jouait en sa faveur. C’était qu’une question de temps. Dès que Lucian aurait muté, tout serait terminé. Je ne pourrais pas continuer à éprouver quoi que ce soit pour lui.
Le fil de mes pensées fût interrompu par l’arrivée de Lucian sur le perron. Il avait son téléphone à la main, il était triste. Il était beau à en mourir malgré sa mine tendue. Il baissa la tête et regarda son téléphone, puis il le rangea dans sa poche. Ses cheveux châtains tombèrent devant son visage et il les repoussa vers l’arrière avec geste aussi sensuel que dans les pubs pour un après-rasage. Ses mâchoires carrées étaient crispées et saillaient, tout muscle dehors. Sa bouche charnue d’entrouvrit et il y passa sa langue humide. Des pensées peu chastes affluaient dans mon esprit. Je fondais littéralement.
C’est là que nous eûmes cette énième conversation qui vint fragmenter un peu plus les maigres liens que nous avions tissés.
J’avais été tellement maladroite avec lui. Je n’aurais jamais dû lui montrer un quelconque intérêt amoureux, mais je n’avais pu résister à me savoir appréciée de lui. Egoïste. L’entendre de la bouche de Jasper était bien suffisant finalement. Et maintenant, blessé, il me repoussait, et c’était normal considérant l’état de son ex-compagne mal. Ça aussi je pouvais le comprendre. Est-ce que Jasper ferait ça pour moi ?
Je remontai dans la chambre en traînant les pieds, un peu désabusée par ma déconvenue d’avec Lucian et par ce qui m’attendait là-haut.
Jasper était debout devant notre lit, son sac posé dessus. Il s’était figé, comme nous savons si bien le faire.
- Tu as réfléchi Jasper ? Partir n’est pas la solution. Dans quelque temps il fera partie des loups tout sera fini.
- Alors je reviendrai lorsque cela se sera produit. Ce que j’ai reçu à l’instant alors que vous n’étiez que tous les deux à fini de me convaincre. C’est trop, je dois m’éloigner. J’ai prévenu Charlotte et Peter, je pars les rejoindre. Tu pourras m’appeler, en cas d’urgence, uniquement.
- Tu n’as rien compris, tempêtai-je, en colère, je l’ai testé, il me rejette.
- C’est un leurre !
- Tu m’abandonnes alors ?
- Non Alice, je me protège. Laissons le temps faire son œuvre. C’est ce qu’il y a de mieux à faire.
- Tu reviendras ?
- Je dois changer de vie. Ce que je ferai plus tard, je ne le sais pas encore.
- Oui, je m’en rends compte, tout est flou, avouai-je en baissant la tête. Sois prudent.
- Je donnerai des nouvelles à Edward ou à Carlisle.
Jasper avança vers l’entrée de la chambre, où je me trouvais. Il déposa un long baiser sur mon front et me contourna pour quitter la pièce. J’étais à mon tour figé, choqué par le tournant que prenais ma vie.
J’aperçus des phares s’éloigner dans l’allée, la Jeep d’Emmett. Puis quelques minutes plus tard, ce fût la moto de Jasper qui quitta prudemment le chemin. Je m’étais toujours demandé s’il s’en servirait un jour. Eh bien voilà. C’est Edward qui allait être content.
Je me retrouvai seule, démunie, vidée.
Qu’allais-je devenir sans Jasper, mon âme sœur, mon confident ? Je n’avais jamais vécu plus de deux semaines loin de lui. J’allais devenir la fille en plus dans la famille. La fille seule. J’étais toujours mariée avec Jasper, me laisserait il au moins cela ? Pour mieux revenir ?
- Où est parti Jasper demanda Esmé ?
- Il vient de me quitter, prononçai-je d’une voix atone.
J’étais figée en haut de l’escalier, ne sachant plus quel pied avancer pour bouger. Mon corps ne m’obéissait plus. Il semblait bloqué, tout comme mon histoire avec Jasper.
Esmé porta les mains à son visage, horrifiée.
- Comment est-ce possible ? s’étonna Bella en se précipitant vers moi.
- Il l’a fait, répondis-je, déconfite.
Edward s’élança vers moi et me fit descendre les escaliers à son bras. Un vampire qui défaillait. Nous voilà bien ! Le pire, j’osais à peine me l’avouer à moi-même, est que je ne défaillais pas tant du départ de Jasper que du visage qui apparaissait dans mon esprit quand je prononçai ces mots. Lucian.
J’étais choquée par ce que mon esprit, mon inconscient me faisait découvrir malgré moi. Jasper avait raison, Lucian prenait beaucoup plus de place que je ne l’aurais souhaité.
Carlisle poussa la porte de la maison à ce moment même. Je me jetai dans ses bras, hoquetant de désespoir.
- Ça va aller Alice, tout doux, me dit-il en me caressant doucement le dos. Raconte-moi tout.
- Jasper m’a quitté, il est parti.
- Comment ça, que s’est-il passé ? demanda-t-il calmement en me caressant les cheveux.
- Rien, juste des sensations qui le font fait souffrir, des choses que je ne comprends pas moi-même, que je ne conçois pas. Il ne supporte plus d’être ici.
- Que se passe-t-il entre Lucian et toi ? demanda-t-il.
- Rien, on se parle à peine, et on se dispute !
- Alice ? insista-t-il.
- Quoi ?
- Que se passe-t-il entre Lucian et toi ? redemanda-t-il plus sévèrement.
- Je… ne sais pas, je ne veux pas le savoir. Pas comme ça, criai-je.
Carlisle se tourna vers Edward qui hocha la tête, confirmant leurs pensées.
- Les sentiments ne se commandent pas Alice, ils sont, ou ils ne sont pas. Il n’y a pas de demi-mesure. Lucian et toi êtes de bonnes personnes, vous avez de l’empathie pour les gens qui vous entoure. Ce qui vous arrive n’est pas simple mais vous allez devoir assumer. Sinon, cela va vous détruire.
- Mais pas à ce prix !
- Alice, le changement est difficile pour nous, mais il est tout autour de nous. Le monde change, lui aussi, il évolue, et si nous voulons nous y intégrer, nous devons aussi assumer ce paramètre.
- Certains vampires sont ensemble depuis des siècles ! Pourquoi pas moi ?
- Il ne faut pas en faire une généralité pour autant. Et nous sommes tous différents.
- Alice, intervint Edward à son tour. Je n’ai jamais pu lutter contre mon amour pour Bella. Plutôt mourir, tu te rappelles ? Lucian est ta Bella, tu dois l’assumer.
- Non, il y a trop de choses qui font que c’est impossible.
- Toutes seront démontables ! Dis-moi lesquelles, me défia Edward.
- Jasper ! hurlai-je
- Il est parti Alice ! Ses arguments sont concrets et recevables.
- Espion !
- Suivant !
- Lucian va devenir un loup et son parfum va disparaître, tentai-je.
- Le parfum de Bella n’a jamais totalement disparu lorsqu’elle est devenue vampire.
- Bella est un vampire, pas un loup. Ils sont sensé être nos ennemis naturels.
- Nous n’avons pas la preuve que Lucian mutera, ni que son parfum disparaitra pour toi.
- Jacob a vu les signes. Et le transformer avant qu’il mute pourrait le tuer s’il a le gène lupin.
- Le temps nous le dira. D’ici un ou deux ans il ne pourra plus muter nous a dit Jacob, il sera trop vieux. Alors il pourra nous rejoindre.
- Utopie !
- Suivant !
- Il aime toujours Amy. Il est auprès d’elle pour la soutenir.
- Elle ne va peut-être pas survivre très longtemps.
- Edward Cullen, comment peux-tu dire de telles horreurs ?
- Il a raison, coupa Carlisle, elle n’est pas en très bonne voie. Il nous reste encore quelques pistes à explorer mais c’est assez mal parti pour le moment.
Bella passa son bras autour de mes épaules et m’entraîna vers le canapé.
- Alice, murmura-t-elle doucement, Un jour ou l’autre, vous serez réuni, il ne peut pas en être autrement. Tous les éléments convergent vers cette réalité. Cela prendra peut-être du temps, mais les faits sont là. En attendant, nous sommes tous là pour te soutenir. Le départ de Jasper nous affecte tous, tu le sais. Qui va calmer les ardeurs de la famille maintenant ?
Son trait d’humour ne me fit pas sourire. Mais au mot famille, je tournai mes yeux vers Jacob, assis un peu plus loin avec Renesmé.
- Il me rejette aujourd’hui. Tout est perdu, dis-je à l’attention du loup.
- Laisse-lui du temps. Je suis sûr que tu l’auras avec tes yeux de biche. Et je préfèrerais qu’il mute plutôt que vous le transformiez en suceur de sang. Tu y gagnes de toute façon car il sera un être surnaturel et tu risqueras moins de le casser qu’un humain.
Jacob regardait Edward d’un air moqueur en prononçant ces mots. Le match entre eux avait été ponctué de coups bas pour attirer les faveurs de Bella. Edward lui retourna un clin d’œil victorieux.
Les hostilités avaient cessé à la naissance de Renesmé, quand Jacob c’était imprégné du bébé. Aujourd’hui, Edward et Jacob étaient relativement bons amis.
Je ne pouvais pas m’ôter de l’esprit l’idée que Lucian allait muter et qu’il passerait dans le camp ennemi. Et même si nous nous entendions bien avec certains d’entre eux, encore une fois l’intimité était exclue.
- Un loup et un vampire, impossible, inenvisageable. Je vais retourner à ma nature profonde, comme ça je ne serai plus différente des autres vampires. Et je resterai avec Jasper, décidai-je fermement.
- Jasper t’aime comme tu es Alice, pas sûr qu’il apprécie que tu te laisses aller à tes instincts les plus primaires, souffla Esmé. Et elle avait raison. Je deviendrais tout ce que Jasper ne veut pas revivre. Il fallait se rendre à l’évidence. J’étais à un carrefour de ma vie. Deux tunnels s’ouvraient devant moi. Mais des grilles énormes m’empêchaient de m’engager dans l’un comme dans l’autre.
- Edward, dit Bella, rentre avec Renesmé, je vais rester avec Alice ce soir.
- Bella, ça va ! protestai-je.
- Pas de chichis, je reste.
J’appréciais beaucoup son geste, je savais à quel point il était difficile pour eux deux de se séparer.
Nous passâmes la nuit à évoquer des souvenirs, à parler de mes tourments, de Jasper, de Lucian. A force d’en parler, de mettre des mots sur ce que je refoulais, j’avais un peu moins de mal à admettre les choses et parler de ce que je ressentais pour lui devenait plus fluide, plus naturel et plus évident, malheureusement. L’évidence était douloureuse et l’impasse on ne peut plus réelle. Me confier à Bella était simple. Et parler hors de la présence de Jasper et Edward était encore plus simple.
Je repris la route de l’école le lendemain, un peu rassérénée par ma nuit avec ma meilleure amie. Une ombre subsistait à mon tableau. J’allais revoir Lucian qui m’avait durement éconduit la veille. Je pris donc la décision de contourner les vœux de Mr Greene pour une fois et m’enfermai toute la journée dans ma classe.
Le soir, nous avions prévu une sortie cinéma avec Bella à Port Angeles, il pouvait venir à la villa s’il le voulait, je n’y serai pas.
Au retour de Port Angeles, un flash m’assaillit. Je me tenais au milieu de la grande pièce, ma famille regardait un vieux film en noir et blanc et commentait les costumes de l’époque.
- Qui est-ce ? demandai-je à Edward, paniquée.
Il me regarda, sondant les images que je lui offrais dans ma tête à toute vitesse.
- Je l’ai vu dans les pensées de Jasper, c’est Maria. Elle vient nous rendre visite.
- Maria ? répéta Rosalie, mais que viendrait-elle faire ici ?
- J’appelle Jasper, trancha Carlisle.
Il sortit un téléphone portable de sa poche et composa le numéro.
Il resta auprès de nous, sachant que nous entendrions tous parfaitement la conversation.
- Jasper ? Tu vas bien ?
- Carlisle, oui merci, je suis à Denali, j’irai voir Peter et Charlotte plus tard, un petit empêchement.
- C’est Maria n’est-ce pas ?
- Oui, comment …
- Alice l’a vu, Edward l’a reconnu d’après tes souvenirs.
- Elle vient à Forks ?
- Il semblerait. Tu sais pourquoi ?
- Elle a rendu visite à Peter et Charlotte. Ils ont été un peu bavards. Elle sait que ça ne va pas bien actuellement dans ma vie et elle me cherche pour me consoler à priori.
- Mais je croyais que vos rapports étaient tendus.
- Moi aussi, elle a dû changer d’avis, ou alors elle trame quelque chose. Il faut se méfier d’elle, c’est une conquérante. Veux-tu que je rentre pour l’éloigner ?
- Non, surtout pas, si tu n’es pas là elle ne restera pas.
- Ou alors elle vous jugera suffisamment faible pour vous attaquer.
- On l’attend, rugit Emmett, tous poings dehors.
- Elle ne sera surement pas seule.
- Alice n’a vu personne d’autre.
- Maria est rusée. Quand devrait-elle arriver ?
- D’ici la fin de la semaine, semble-t-il.
- Je serai dans les bois dans trois jours, sans me montrer, au cas où.
- Elle va sentir ton odeur !
- Elle me cherche, autant qu’elle me trouve, elle est violente, mieux vaut aller à sa rencontre.
Je n’avais pipé mot pendant la conversation, Jasper n’avait pas cherché non plus à me parler. Cette situation inédite me mettait mal à l’aise. Mais pas moins que la visite de son ancienne compagne, même si celle-ci avait toujours été plus intéressée par ses capacités que par sa personne. Venait-elle me reprocher de le faire souffrir ou bien voulait-elle monter un club des ex de Jasper ? Envisageait-elle de vouloir le récupérer, ou alors, comme l’avait évoqué Jasper, ses desseins étaient-ils plus sombres ?
Nous le saurions très vite, certes, nous pourrions la pousser sur le territoire des loups afin qu’ils s’en occupent, cela les amuseraient surement.
J’évoquai la chose auprès de Carlisle :
- Alice, cette fille est très rusée, Elle conquière des territoires depuis des années, elle a une très grande expérience de stratège, elle pourrait leur faire du mal et cela serait risqué pour la trêve. D’autre part, il ne faudrait pas nous attirer les foudres de ses disciples, elle doit en avoir pas mal. Je ne veux pas risquer d’attirer d’autres vampires ici. Donc nous la recevrons, et si elle est correcte et pacifique, nous la laisserons repartir. Nous n’agirons qu’en cas d’attaque.
- Pourvu qu’elle attaque ! Emmett trépignait tel un gamin prêt à rentrer dans un parc d’attraction.
- Carlisle a raison, ajouta Edward. Nous devons éviter de nous attirer de nouveaux ennuis et de créer du grabuge ici. Je suis sûr que les Volturi n’attendent que ça pour revenir ici et nous forcer à les rallier, ou à mourir.
- On est entraîné maintenant, poursuivi Emmett, ça serait facile et vite fini.
- Nous ne chercherons pas la bagarre, mais nous resterons sur nos gardes, conclut Carlisle.
Il enlaça tendrement Esmé. Celle-ci appréciait tant notre vie de famille actuelle, Carlisle ferait tout pour la conserver en l’état.
Son téléphone sonna. Jasper ? Voudrait-il me parler ? Il regrettait peut-être de m’avoir ignorée. Carlisle s’éloigna rapidement, hors de portée de nos oreilles.
Il revint quelques minutes plus tard, la mine grave.
- Mon confrère ne trouve pas de voie d’accès à la tumeur d’Amy. Elle est inopérable.
La nouvelle était rude. Ma mère, mes frères et sœurs gardèrent le silence, abasourdis par la nouvelle. Jacob lâcha un juron et se mit à trembler. Grâce au contrôle de sa respiration, il réussit à retrouver son calme.
- Jacob, reprit Carlisle, demain après le cours, je vais devoir annoncer la nouvelle à Lucian, j’aimerais que tu sois là.
- J’y serai, évidemment.
- Devons-nous rester aussi ? demanda Edward
- Non, allez chasser, ne traînez pas dans le coin. Et emmenez Renesmé, commanda Jacob.