Blue Hour

Chapitre 17 : Préparatifs

Chapitre final

12513 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 23/08/2023 19:25

-     Il finira bien par s’y faire, dit Emmett en retournant à la maison.

    Jasper attendait au salon. Les autres s’installèrent autour de lui. Je restai un peu à l’écart, Bella à mes côtés. J’étais effondrée. Lucian m’avait repoussé avec une haine inimaginable. Et il était venu ce soir pour me tuer, pensant que j’avais pris part au meurtre de notre proviseur. Il avait tellement changé. Il s’était découvert, révélé à lui-même, ça se voyait. Il possédait un aplomb qu’il n’avait pas avant, il respirait la force, la puissance. Pourtant, il se trompait. Cependant je l’avais bel et bien perdu. Mon éducation m’ordonnait d’être heureuse pour lui. Il s’était trouvé, il avait une famille, il appartenait à un monde. C’est ce qu’il était venu chercher ici. Pourtant j’étais égoïstement dévastée. Son amour pour moi avait semblé si fort. Sa sincérité m’avait tellement émue. Que tout puisse disparaître comme ça, du jour au lendemain, était violent, cruel. Je n’arrivais pas à comprendre ce revirement.

-     Nous devons trouver les autres, nous devons débarrasser Forks de ces vampires, annonça Jasper.

-     S’ils sont tous comme le géant que nous avons rencontré au Lycée, 9a ne sera pas chose facile. Ils sont jeunes et puissants, objecta Edward.

-     C’est du Maria tout craché, siffla Jasper. Renouveler sans cesse ses soldats pour qu’ils soient toujours au top. Ils auront la force des nouveau-nés et les connaissances de Maria. Elle est un fin stratège, croyez-moi.

-     Nous avons l’expérience, argua Bella. Nous avons déjà combattu des nouveau-nés. Nous y arriverons tous ensemble.

-     Et c’est la plus jeune qui parle, nous voilà rassuré, railla Rosalie en adressant un clin d’œil amical à Bella.

-     T’as peur de te casser un ongle, Blondie, ricana Jacob à l’attention de Rosalie.

-     Toi, le …

-     Stop, cria Jasper. Revenons à nos moutons.

-     Des moutons-vampires, on va en faire un ragout ! Emmett ricanait lourdement en se tapant sur les cuisses.

    Tous le regardèrent, pouffant de rire. L’heure était grave.

-     Vous ne devriez pas sous-estimer Maria, insista Jasper, plus sérieux que jamais. Encore une fois, elle a des décennies d’expérience en stratégie guerrière. Nous devons trouver le moyen de la piéger.

-     Qui est la fille que Lucian a vue ? demanda Jacob.

    Les yeux se tournèrent tous vers moi.

-     Je ne l’ai pas vue. J’ai vu le géant mais pas elle. C’est comme si elle me bloquait.

-     Un autre bouclier, comme moi ? tenta Bella.

-     Ça n’est pas impossible. Ce pourrait être pour cette raison que je n’ai rien vu des autres meurtres, ni l’arrivée de Maria, ajoutai-je.

-     Elle protège surement les autres. Combien peuvent-ils être ? demanda Esmé.

-     Il n’y a qu’une manière de la savoir, je vais la rejoindre, annonça Jasper.

-     La rejoindre ? comment ça ? s’inquiéta Esmé.

    J’étais heureuse qu’elle ait posé la question. Je bouillais de l’intérieur mais je n’avais aucune envie de montrer mon désarroi à quiconque.

-     Je vais feindre de rejoindre son clan, me rallier à elle. Pour cela nous devons lui prouver que j’ai des raisons de le faire.

-     Jasper se tourna vers moi, déterminé. Son regard était froid et calculateur. Le Jasper que j’aimais était parti, lui aussi.

-     Il faut que tu te montres au bras de Lucian en public. Ils doivent avoir des yeux partout, Maria le saura et reviendra me chercher. Nous lui tendrons une embuscade lorsque je prendrai le départ pour le sud avec elle. Nous aurons besoin des loups, ne connaissant pas leur nombre.

    Il s’adressait à moi comme à un soldat à qui il donnait ses ordres. Je reçu ses ordres en plein cœur et celui-ci se brisa en mille morceaux. Je n’étais même plus son ancienne compagne aujourd’hui, il m’utilisait pour atteindre Maria. Je n’aurais pas été là, il aurait trouvé autre chose sans regret.

-     Mais Lucian me hait ! il était venu pour me tuer ce soir, t’en souviens-tu ? objectai-je.

-     Ce n’est pas mon problème Alice, c’est en partie à cause de vous deux si on en est là aujourd’hui. Vous devez nous aider, m’asséna-t-il. Jacob, je t’accompagnerai pour lui expliquer. Je pourrai le calmer au besoin.

    La violence des mots de Jasper nous stupéfia et imposa le silence dans le grand salon.

-     C’est ma faute peut-être si tu as rencontré cette Maria avant qu’on se connaisse et si elle t’a transformé ! Allons-y, que me reproche-tu d’autre ? me défendis-je. J’étais littéralement hors de moi. J’écumai, j’avais envie de l’égorger pour avoir osé me parler comme ça.

-     C’est bon Alice, souffla doucement Esmé. Nous sommes tous à cran et ce que souhaite Maria par-dessus tout c’est nous diviser.

    Je ravalai ma colère, pourtant loin d’être à court de remarques désobligeantes. Je n’étais surement pas la seule.

-     Jasper à raison, tempéra Jacob. Elle est revenue parce qu’elle le croit désespéré, il faut lui donner de la matière. Je me charge de convaincre Lucian. Je me débrouille, ajouta-t-il à l’attention de Jasper. Ça vaut mieux.

-     D’après ce que j’ai vu ce soir, ça va être compliqué, prédit Renesmé.

-     Je m’en charge ma belle, lui répondit-il tendrement. Lucian est un gars raisonnable, et bon. Il fera ce qu’il faut.

    Il me jeta un regard en coin en même temps.

-     C’est bon, je le ferai ! capitulai-je.

-     Carlisle, il faudra qu’à la nuit nous ayons une dispute à l’extérieur, qu’elle comprenne que je veux la rejoindre, ajouta Jasper.

-     Pouvons-nous mettre au point cela tranquillement dans mon bureau ? Demanda-t-il ?

-     Oui, allons-y, nous avons fini, chacun sait ce qu’il a à préparer.

    Il prononça ces mots tout en s’éloignant, accompagné de Carlisle. Pas un regard, pas une émotion. Je ravalai ma rancœur, elle avait un goût amer.

-     Quand voulez-vous commencer ? On va leur botter le derrière à ces guerriers à deux balles, demanda Emmett en se frottant les mains.

-     Je parlerai à Lucian demain, dit Jacob. Je pense qu’il vaut mieux le laisser tranquille ce soir.

 

 

 

***

 

 

 

-     Stop, là ils pourraient nous apercevoir, vas-y commence, murmura Maria à sa comparse.

    La brunette ferma les yeux et pris une profonde inspiration. Autour d’elle, un halo presque translucide commença à s’étendre. Quand Maria se vit dépassée par le halo, elle dit d’une voix presque inaudible pour le commun :

-     C’est bon, nous pouvons avancer, plus prêt, ne lâche rien surtout.

    Elle se tenait à une vingtaine de mètres de la maison des Cullen, dans l’ombre de la forêt.

    Elle posa son bras sur celui de la brunette, lui intimant de s’arrêter. Elle la regarda, l’encourageant à ne pas lâcher l’aura de protection qui les entourait. Le halo les entourait, mais il était encore fragile, il oscillait, les contours n’étaient pas précis et menaçaient de les révéler à chaque instant.

-     Concentre-toi. Maintiens-le de toutes tes forces. A force d’entraînement, ça deviendra plus simple, dit Maria sur un ton encourageant mais ferme.

    Elles avancèrent et se placèrent à l’abri d’un chêne centenaire. Maria tourna les yeux en direction de la maison. Tout en caressant le tronc de l’arbre immense, elle le vit à travers les grandes baies. Une légère ride se forma entre ses sourcils, ses lèvres s’entrouvrirent. Jasper.

    Elle dévorait de ses grands yeux, chaque centimètres carrés de l’homme qu’elle apercevait au loin. Il se tenait debout, au milieu de sa famille et leur parlait, charismatique, fier, magnifique.

    Jasper lui manquait tant depuis toutes ces années. Outre ses dons si précieux pour calmer les nouveau-nés, il avait été le seul à la combler vraiment. Il avait été un partenaire aimant et attentif, un combattant hors pair et un allié fidèle. Il avait été le seul dont elle tomba réellement amoureuse. Aujourd’hui, il était malheureux et elle ne pouvait pas le laisser comme ça. Non seulement cela la faisait souffrir, mais en plus c’était le meilleur moment pour le rallier à elle. Son expérience malheureuse avec Alice l’avait moralement affaibli et si elle pouvait le récupérer, c’était maintenant. Elle lui montrerait comme elle l’aimait, ça ne serait pas difficile, elle n’aurait pas besoin de feindre pour une fois. Elle en profiterait pour récupérer ce territoire d’une manière ou d’une autre.

    Elle observa longuement Jasper, les yeux remplis d’étoiles et d’espoir. Le voir se tenir si loin d’elle la torturait. Sa place était à ses côtés, elle en était intimement persuadée.

    Elle ne pouvait se rapprocher trop près. L’inexpérience de la brunette pouvait la trahir à n’importe quel moment. Elle ne maîtrisait pas parfaitement son pouvoir et Alice, la fameuse, avait pu entrevoir plusieurs fois leurs agissements. Le prétexte de l’entrainer, sans lui avouer ses pensées profondes, était la meilleure façon d’approcher Jasper sans être vue.

    Elle pousserait la fille jusqu’à ce que le bouclier décline vraiment, puis elles prendraient la fuite. En attendant, elle avait tout loisirs d’épier l’objet de ses désirs, celui qui lui manquait depuis si longtemps.

    Ce furent les Cullen qui mirent fin à ses rêveries. La réunion familiale avait tout l’air d’être terminée et les individus commençaient à se disperser. Il était temps de filer, avant d’être percée à jour.

    Elle regarda la fille et lui fit un signe de la tête, en direction du sud. Elle leva la main et compta jusqu’à trois. Puis les deux femmes s’évanouirent dans l’obscurité de la forêt.

 

 

 

***

 

 

-     Allo ?

-     Alice, c’est Jacob.

-     Jacob ? Tu lui as parlé ? demandai-je, anxieuse.

-     Oui, ça n’a pas été facile, admit-t-il J’ai dû reprendre les arguments douteux de Jasper pour le faire plier. Le faire culpabiliser. Il refusait d’être mêlé à nos affaires, il veut partir loin de tout ça. Ça me rend dingue ! Il va falloir que tu y mettes du tien, et de la douceur.

-     Je veux bien Jacob, mais c’est lui qui me hait ! Il veut … partir ? repris-je désespérée.

-     Pour le moment, il a accepté de jouer le jeu, c’est le plus important. Ça se passera au cimetière, après l’enterrement de Mr Greene, vous irez vous promener et vous resterez ensemble jusqu’à la fin. Je suis sûr qu’ils ne seront pas loin et que des oreilles traineront. A vous d’être bons acteurs. J’ai vérifié la météo, le temps sera bien couvert, voir pluvieux, on a au moins ça de notre côté.

-     Jacob, j’aurai voulu le voir avant, je n’ai pas envie de lui mentir.

-     Je ne te demande pas de lui mentir, mais de le séduire, un jeu d’actrice. Il n’y a rien de tordu là-dedans. Il m’a promis de jouer le jeu.

-     Et dans quelles mesures t’a-t-il promis de jouer le jeu lui, alors qu’il a envie de me tuer ?

-     Il pourra voir Amy en échange, accompagné bien sûr, répondit Jacob en baissant les yeux.

-     Oui, évidemment, ça ne pouvait être que quelque chose comme ça ! crachai-je, dépitée.

    Je n’étais donc que le dindon de la farce. L’appât qui permettrait de réparer ce que j’avais moi-même cassé. Je serais sous les feux de la rampe, accompagnée et protégée par deux hommes que j’aimais et qui me haïssaient. Sympa comme scénario.

 

 

 

***

 

 

 

    Ce vendredi, la petite église attenante au cimetière était bondée. Ce n’était pas une de ces églises gothiques ou romanes mais une construction en bois, toute simple, sans rien d’ostentatoire. Tous les élus, élèves, professeurs et amis étaient là. Le prêche du prêtre fut émouvant. Les témoignages aussi. Mme Greene, soutenue par deux de ses enfants, les collègues et amis rendirent des hommages, le temps imparti à la cérémonie ne permettant pas de laisser la parole à tous C’était un homme juste qui s’était toujours démené pour offrir à ses élèves la meilleure éducation et les meilleurs professeurs. Il était à Forks depuis des années et était devenu une institution. Nos anciens amis étaient là, eux aussi. Angela, Mike, Éric, Jessica, Ben, Tyler, Lauren, Connor, Mike, Austin, Katie, Samantha, tous tenaient à lui rendre un dernier hommage. Tous étaient consternés, épouvantés par cette mort horrible. 

    Dès la fin des prières, les frères du proviseur ainsi que deux professeurs descendirent l’allée centrale en portant le cercueil jusqu’au corbillard qui attendait. Une bruine légère attristait ce moment poignant.

    La procession se mit en place silencieusement, le corbillard entama son lent déplacement jusqu’au lieu de la mise en terre. L’épouse de Mr Greene, sa fille et ses deux fils marchaient, accrochés les uns aux autres derrière le véhicule.

    Le Chef Swan, avec quelques collègues, restaient concentrés. Ils assuraient la sécurité de la famille de Mr Greene en cas de récidive du forcené. Si seulement on avait pu leur dire qu’il n’était plus de ce monde. Emmett et Edward avaient brûlé le corps du monstre dans un coin reculé de la forêt. Mais nous savions que d’autres pouvaient attaquer, ils étaient jeunes d’après Jasper et contrôlaient mal leurs pulsions. Et impossible de savoir combien ils étaient avec cette satanée gamine qui servait surement de bouclier.

    Nous avions compris que le meurtre du proviseur avait un caractère clairement ciblé : faire du mal à mon entourage afin que je laisse partir Jasper. Nous en étions tous conscient et allions réagir très vite. Comme si je n’avais pas créé assez de problèmes jusque-là !

    Dans l’église, Jacob et Lucian s’étaient tenus à l’écart, restant dans le fond et mettant l’allée entre nous. Ils étaient là plus pour la mise en place de notre plan que pour Mr Greene lui-même. Jacob ne l’avait pas connu, il avait toujours fréquenté les écoles de la Réserve. Lucian, lui, le connaissait depuis seulement trois mois. Je savais qu’il l’appréciait. Il avait été très accueillant et très arrangeant avec lui lors de la rentrée. Il avait assisté à la fin tragique du proviseur et j’imagine qu’il faisait tout pour ne pas replonger dans cet instant.

    Ils chuchotaient sans vraiment prêter attention à l’éloge funèbre. Je les épiais discrètement de ma rangée, sans me faire repérer. J’appréhendais vraiment le moment où nous allions nous retrouver pour « jouer » au couple parfait.

    Je n’avais pas osé croiser son regard jusque-là. La fin de la cérémonie arriva et, alors que je sortais sur le parvis avec Bella et Edward, Lucian, déjà dehors, se dirigea vers moi d’un air assuré.

-     C’est là qu’on commence, me glissa-t-il à l’oreille sans même me regarder.

    Il m’offrit son bras, que je saisi sèchement. Sa chaleur me surprit. Son odeur aussi. Celle-ci s’était un peu atténuée mais elle était toujours aussi délicieuse. Sans pour autant me brûler la gorge, elle déclenchait en moi toujours la même ardeur. C’était un régal. Le chemin jusqu’à la tombe ne serait pas très long, pas assez long. Je décidai me contenter de ce que la vie m’offrait et tâchai de profiter de chaque seconde.

-     Tu n’as pas envie de me tuer aujourd’hui ? demandai-je, caustique.

-     J’ai un peu de mal à me contrôler ces derniers temps, se défendit-il.

-     Si tu avais accepté de me parler, nous n’en serions pas là, me vantai-je.

-     Je n’ai pas confiance, confia-t-il, sceptique.

-     Tu devrais, répliquai-je.

-     Ça suffit, on entre dans le cimetière, les gens se taisent !

    Je tournai les yeux vers lui rapidement. Il regardait toujours au loin, le visage fermé, glacial. Je poussai un soupir et ne pipai mot.

    Nous pénétrâmes en silence sur les lieux de la dernière demeure de Mr Greene.

    L’entrée du cimetière était marquée par deux grands thuyas taillés en fusées pointés vers le ciel. Comme indiquant la direction privilégiée par les occupants du lieu. Juste devant, un panneau en bois mentionnait qu’il s’agissait du cimetière de Forks. Un côté du cimetière était occupé par des pierres tombales presque totalement recouvertes d’herbes folles. L’autre côté était dévolu aux tombes plus récentes. Des arbres immenses ombrageaient cyniquement les pierres tombales. Arrivés auprès de la fosse grande ouverte, le silence se fit et nous nous recueillîmes. Je me tins à côté de Lucian, frôlant la manche de son blouson. Il ne s’écarta pas. Le prêtre prononça encore quelques mots puis les gens vinrent se recueillir une dernière fois sur le cercueil. Le caveau se rempli des fleurs, derniers témoignages d’affection que tant de personnes avaient voulu laisser.

    La foule se dispersa petit à petit. Je restai auprès de Lucian. Je savais que Jasper n’était pas loin, les lieux offrant suffisamment de nature pour se cacher, épier. Et il était surement lui-même surveillé par des créatures aux plus sombres desseins. C’était à nous de jouer.

-     Veux-tu marcher un peu Alice ? me demanda-t-il suffisamment fort pour que sa voix porte, en m’adressant un sourire tout en regardant autour de lui.

-     Oui, volontiers, répondis-je. Son jeu d’acteur était léger et cela m’énervait. Je savais que moi, je risquais de me prendre au jeu. Au moins, mes dons d’actrice n’auraient pas à être remis en cause puisque qu’au final, je ne jouais pas. Je repris son bras et nous promenâmes lentement dans le cimetière.

-     Tu voulais me parler, repris-je à voix audible moi aussi.

-     Oui. Pas facile d’avoir un moment tranquille, n’est-ce pas ? Il était visiblement gêné et cherchait la meilleure attitude à adopter.

-     Ce que j’ai à te dire pourrait déclencher un ouragan, j’en suis conscient. Mais je vais quand même me lancer. Nous verrons après comment on se débrouillera avec les autres.

Il se plaça face à moi, jeta un œil rapide autour de lui et me regarda dans les yeux. Enfin. Je fondis instantanément et m’accrochai de toutes mes forces à son regard bleu ciel d’été, si envoutant.

-     Voilà, malgré toutes les différences qui nous opposent, je t’aime Alice.

    Je vacillai sur mes jambes, je fermai les yeux une demi-seconde. Ce n’est qu’une mise en scène, reprends-toi, m’efforçai-je de penser

-     Je ne pouvais pas venir te dire cela chez toi, reprit-il, devant ta famille et ton époux, peut-être présent, ni au lycée, trop d’oreilles traînent. Je sais que pour bien des raisons nous devons être discret pour le moment.

    Il prononça ces mots tout en regardant au loin, sans plus croiser mon regard. Tout chez lui me donnait l’impression qu’il tentait d’esquiver la situation de toutes les manières possibles.

-     Alors il pourra vraiment y avoir un « nous » ? demandai-je la voix tremblante.

-     Oui Alice, je ferai tout pour que ça soit possible, répondit-il en me regardant de nouveau. Son regard, cette fois, était intense, persuasif. J’étais perdue, égarée dans un labyrinthe de sentiments auxquels j’avais envie de croire à tout prix, que je les savais faux de sa part. J’avais tant envie d’en douter ! A cet instant, les méandres de notre relation me torturaient cruellement.

    Il plaça son bras autour de mon épaule, me serrant tout contre lui.

    Je tentai de ralentir, de chercher son regard. Je posai une main sur son torse et lui fit face. Après avoir jeté un coup d’œil inquiet aux alentours, je rencontrai de nouveau le bleu de ses yeux. Il était mêlé de colère et d’envie.

-     Lucian, je le souhaite du plus profond de mon cœur, lâchai-je, émue, sincère.

    Il se détourna un peu, j’aperçu une larme couler sur sa joue. Il tremblait légèrement. Emotion ou colère ? Son envie de me tuer était-elle si forte qu’il en souffrait ?

    J’attendis sa prochaine réaction. Il tourna lentement sa tête vers moi et déposa un baiser sur mon front. La chaleur de ses lèvres tremblantes m’envahit. Le baiser dura, dura encore. Son intensité était incroyable. Je sentais tout son corps vibrer dans ce baiser. Son souffle chaud était profond et saccadé en même temps. Ce fut un des plus beaux moments de ma longue vie. Sa proximité mettait tous mes sens en émoi et me faisait chavirer. J’étais prête à tout abandonner pour que ce moment dure toujours. L’espoir naquit au fond de moi. Et si finalement tout cela n’était pas de la comédie ? Ce baiser avait l’air si sincère.

-     Retournons vers les autres. Il est temps de les rejoindre chez Mme Greene, dit-il, coupant court à mon bien-être.

    Nous rebroussâmes chemin jusqu’à ma voiture. Tout le monde quittait le parking. Nous restâmes silencieux, accrochés l’un à l’autre. Lucian monta avec moi, cela faisait partie du plan. Je mis la radio, suffisamment fort pour pouvoir parler sans être entendu, et nous prîmes la file pour sortir. Nous devions nous rendre au domicile de Mme Greene pour le pot d’adieu.

    Le silence entre nous pesait lourd. Lucian regardait par la fenêtre comme s’il préférait ne pas me voir.

-     Retour à la case départ, lançai-je désabusée.

-     On peut se dépêcher d’en finir, soupira-t-il.

    Sa phrase me fit l’effet d’un poignard en plein cœur.

-     Nous attendons un texto de Jasper maintenant. Nous devons continuer jusqu’à ce que Maria morde à l’hameçon, dis-je, désespérée.

-     Je sais, je ferai mon boulot, rouspéta-t-il.

-     C’est si difficile ? demandai-je, vexée.

-     Oui Alice, répondit-il violemment en se tournant vers moi. C’est difficile ! Pas la peine d’en rajouter.

    Mes espoirs s’envolèrent instantanément.

-     Comment est-ce possible ! Répondis-je, piquée. Moi, ce que je t’ai dit au cimetière était sincère ! Tu pourrais y mettre du tien. Te souvenir. Je suis toujours la même, je ne suis ni une tueuse ni un monstre. Je souhaite simplement vivre comme le commun des mortels et profiter de la vie. Tu pourrais au moins faire l’effort de l’admettre. Il y a quelque temps, tu m’as déclaré tes sentiments, ça n’a pas pu disparaître comme ça ! J’ai senti que ton baiser …

-     J’ai admis que tu étais un vampire, Alice, me coupa-t-il. Je l’ai admis parce que c’est un fait.

    Il tourna les yeux le premier. Silence.

-     Oh, tu as peur de moi, compris-je soudain.

-     Peur ? moi ? je pourrai t’arracher la tête en un clin d’œil, me lança-t-il, sarcastique.

-     Non Lucian. Tu as eu peur l’autre soir, quand Mr Greene s’est fait tuer, c’est ça ! Edward m’a parlé du grand gars. Mais tu as bien vu qu’il n’avait rien à voir avec nous, ce monstre. Tu as vu la différence ! Admets-le bon sang ! insistai-je.

-     Oui, je l’ai vu, ok, avoua-t-il contraint. Mais vous êtes de la même espèce et ce qu’il a fait au proviseur … et j’ai cru te voir !

    Il remuait la tête comme pour essayer de chasser les images de son esprit.

-     Il l’a laissé tomber comme un vulgaire … emballage ! dit-il, écœuré.

-     Je sais, répondis-je en baissant la tête. Je sais comment ça se passe. Et ce n’était pas moi !

-     As-tu déjà … fais ça ? demanda-t-il en se tournant vers moi avec des yeux accusateurs, sans même m’écouter.

-     Lucian, ça n’est pas le moment.

-     Réponds, hurla-t-il.

-     Je, je n’ai jamais voulu faire du mal aux humains, commençai-je. Depuis le début j’ai toujours cherché une alternative. C’est pour ça que j’ai rejoint Carlisle. Mais … je n’ai pas toujours réussi à me maîtriser …

    Je baissai la tête, honteuse.

-     Combien ? demanda-t-il d’un ton accusateur.

-     Je ne sais pas, je ne sais plus, répondis-je énervée. Tellement moins que certains autres qui tuent plusieurs fois par semaines ou même par jour depuis des centaines d’années. J’ai craqué, quelques fois. Mais plus depuis soixante-dix années, je pense avoir suffisamment souffert de ces temps-là.

-     Tu as tué des humains, conclu Lucian.

    Silence.

-     Mais rien depuis soixante-dix ans ? répéta-t-il.

-     Test réussi, ton audition est bonne, répondis-je, railleuse.

    Il nous sembla nous détendre légèrement.

-     Mmm, grogna-t-il.

    Silence.

-     Quel âge as-tu ? reprit-il.

-     J’ai été transformée en 1920.

-     Donc l’immortalité dans les contes et tout ça, c’est vrai ? demanda-t-il, soudain intéressé.

-     Oui, Carlisle ne te l’a pas expliqué ? m’étonnai-je.

-     Non pas tout.

-     Alors, revoyons-nous, il y a tant de choses que tu dois savoir, l’implorai-je.

-     On se verra à l’école, ça suffira, asséna-t-il.

    Encore un coup en plein cœur. Je restai silencieuse, ne souhaitant pas lui montrer à quel point j’étais blessée par ses paroles, son attitude. L’ascenseur émotionnel de ces derniers instants avaient eu raison de ma patience.

    Nous arrivâmes devant le domicile du défunt. La foule entrait et sortait de la maison comme un jour de soldes, sans la liesse. Nous sortîmes du véhicule et cette fois, Lucian me tendit le bras en me regardant. Pas dupe cette fois, je le saisi avec dédain. 

    La femme du défunt nous accueilli gentiment :

-     Que c’est bon de voir les professeurs soudés entre eux. Entrez mes amis, servez-vous.

-     Merci Mme Greene, répondis-je poliment.

-     Soudé à mort, marmonna Lucian, caustique.

    Je le fusillai du regard. Sourire en coin, il m’entraîna dans le salon. Nous nous dirigeâmes vers le buffet garni de gâteaux et boissons diverses.

-     Je te sers quelque chose ? me demanda-t-il.

-     Non merci, déclinai-je.

-     Fais un effort, nous sommes en société, insista-t-il.

-     Je serai obligé soit de le jeter dans un pot de fleur, soit de le vomir en rentrant, avouai-je, agacée.

           Il se servit et nous allâmes jusqu’à un coin de la grande pièce.

-     La vraie nourriture ? tu ne peux pas ?

-     Non, pourquoi crois-tu que ce soit si dur ?

-     Tu ne peux que chasser pour boire du … ?

    Je lui lançai un regard appuyé afin qu’il se taise enfin.

-     Oui, toi, tu peux manger normalement sur tes deux pattes, repris-je, tu as une chance inouïe ! Pas nous.

-     Oh ! Mais le café ?

-     Un leurre. L’odeur masquait la tienne, trop exquise, répondis-je gênée.

    Il sourit doucement, flatté. Nous restâmes ainsi à discuter pendant quelques instants. Le brouhaha couvrait nos voix. Nous nous étions rapprochés afin de nous entendre. J’étais bien. C’était comme avant. Je retrouvai l’espace d’un instant notre complicité et je pouvais répondre sans crainte à toutes ses questions.

-     Te sens-tu humaine avec le régime que tu suis ?

-     La violence, l’envie de régner, tout cela disparait. Je perçois mieux le ressenti des gens et j’ai plus envie d’apprendre, de connaître que de chasser. Donc oui, en quelque sorte je me sens plus proche des humains que de ceux de ma propre espèce qui se nourrissent … enfin tu vois.

-     Oui, je vois. Mais ton régime alimentaire reste quand même particulier, jugea-t-il.

-     Jacob ne t’a-t-il donc pas encore emmené chasser avec lui, enfin je veux dire, sous votre autre forme ?

-     Non, il fait ça ? chuchota-t-il, sidéré.

-     Quand il passe plusieurs jours dans la forêt, il faut bien qu’il mange !

-     Je n’avais pas pensé …

    Lucian resta coi, les yeux dans le vague.

-     Et toi, comment gères-tu …

-     Eh bien, euh, c’est une expérience incroyable maintenant, reprit-il, visiblement enchanté. Au début j’étais terrifié, maintenant je profite. Seul ce lien télépathique avec les autres me pèse. Je n’aime pas partager leurs pensées, et les miennes. Mais quand je suis … l’autre moi… tout est amplifié. Je vois mieux, j’entends mieux. Je suis rapide et agile. J’ai l’impression de faire corps avec la nature, moi qui la détestais … je me sens vivant. Mais ça tu auras surement du mal à le comprendre.

    Un sourire moqueur illuminait son visage

-     Lucian ! râlai-je en souriant.

-     Je vais rentrer maintenant, on leur en a assez donné comme ça, annonça-t-il en baissant les yeux.

-     Je te dépose ? demandai-je, dans l’espoir de gagner encore quelques minutes avec lui.

-     Non, ça va aller. Il se détourna doucement de moi en m’adressant un petit signe de la main.

-     Oh, tu recommences ! fulminai-je.

-     Bonsoir Alice.

    Je restai sur le perron de la maison à le regarder s’enfoncer dans la nuit. Ce soir, il y avait un épais brouillard et je le vis disparaître rapidement malgré les lumières de la ville. Il emportait avec lui mes maigres espoirs de cette après-midi idyllique. Finalement, il avait été bon acteur. Trop bon acteur. J’étais triste, vide.

 

 

 

***

 

 

 

-     Tu en es réduit à espionner ta propre épouse, voilà qui n’est pas très digne d’un Général.

    Jasper, qui se cachait derrière un arbre à couvert du cimetière, lâcha Alice du regard et se retourna.

-     Maria ! Tu es là ! Quelle surprise !

    Elle se tenait quelques mètres derrière. Vêtu d’une longue robe noire et d’un blouson en cuir marron qui, cintré, mettait sa silhouette harmonieuse en valeur, ses cheveux noirs et bouclés tomb                aient sur ses épaules et cachaient la délicatesse de la peau blanche de son cou. Elle était appuyée à un arbre, bras croisés, et le fixait d’un air moqueur.

-     Tu ne crois pas que j’allais t’abandonner. J’attends ce moment depuis si longtemps. Etre enfin seule avec toi, sans témoin.

-     Combien de tes sbires nous observent en ce moment ? osa Jasper.

-     Question de sécurité à laquelle je ne te répondrai pas, rétorqua-t-elle, hautaine.

    Elle s’avança et tourna doucement autour de Jasper en laissant traîner sa main sur son torse puis sur son dos et s’arrêta face lui.

    Jasper la regarda, méfiant.

-     Tu n’as plus rien à faire ici, viens avec moi. Arrête de la reluquer, elle a fait son choix semble-t-il.

-     Qui te dit que je ne suis pas venu rendre hommage à un homme qui comptait pour nous ? Je suis offusqué par les activités de tes sbires.

    Tout en parlant, Jasper scrutait les alentours attentivement.

-     Tu serais parmi eux, pas ici à te cacher et à te morfondre, rétorqua-t-elle, sûre d’elle.

-     Mes yeux sont rouges, Maria. Je ne fais plus partie des leurs à présent. Je ne peux pas me montrer en public, répondit Jasper.

    Il savait qu’il devait à tout prix mettre sa haine de côté et insuffler la confiance et le calme entre eux. Il se concentra afin d’apaiser les tensions autour d’eux.

-     Alors pars avec moi ! murmura-t-elle.

-     L’idée est tentante. Entre nous, j’en ai assez des Cullen et de leurs … manières. Mais qu’as-tu à m’offrir de mieux ?

-     L’amour, le vrai ! s’enflamma-t-elle, d’un air envoutant.

-     Mais on laisse les Cullen tranquille, ils sont inoffensifs. Et je ne veux plus combattre non plus.

-     Mon territoire est immense, Jasper, tu n’aurais qu’à profiter de ses bienfaits et de moi. Plus de combat. Pour ce qui est de ta famille, on en reparlera plus tard veux-tu. Mais la couleur de tes yeux prouve que tes instincts ont été plus fort que toi. Tu sais ce qui est bon pour toi, au fond. Tu seras le roi, mon roi !

    Elle s’approcha de Jasper en balançant ses hanches, séductrice, offerte.

-     Je n’ai pas la même force que les Cullen. Surtout, je n’en ai pas envie, je n’en ai jamais eu envie. Mais la douleur de mes victimes va de nouveau me détruire !

-     Nous trouverons une solution. Nous chasserons les criminels, je les assommerai pour toi avant, je ferai ce que tu veux, viens, lui souffla-t-elle de tout près.

    Jasper ne bougea pas. Maria déposa un baiser sur ses lèvres.

-     Nous serons heureux, murmura-t-elle. Elle caressa doucement sa joue.

-     Pour un temps, pourquoi pas. Essayons. Mais promet-moi de laisser les Cullen tranquille, insista-t-il.

-     Oui mon bel amour, tout ce que tu voudras. Elle s’éloigna un peu de Jasper. Tu viens, reprit-elle ?

-     Demain. Partons à l’aube, opposa-t-il.

-     Tu veux les prévenir ? demanda Maria, inquiète.

-     Oui et non. Juste leur dire que je pars. Où et avec qui ne les regarde pas.

-     Je serai devant ta maison, au lever du jour.

-     Où partons-nous ?

-     Dans un premier temps, à la maison, au sud. Il faut que tu trouves tes marques.

    Elle toisa Jasper de haut en bas et lui envoya un baiser de la main. Puis elle disparut dans la forêt.

 

 

 

***

 

 

 

    Nous étions de nouveaux tous réunis dans le grand salon. Dehors, la nuit était noire, le brouillard la rendait inquiétante. Jasper poussa la porte d’entrée et nous rejoint. Il se mit à parler à voix presque inaudible.

-     Elle est venue. Elle vous a vu, annonça-t-il en me désignant à peine de la tête. Elle a marché. Je pars demain à l’aube. Ils sont plusieurs. Il y a une fille, elle a été transformée il y a moins d’un an et elle a un don. Elle fait disparaître les présences, les odeurs, mais pas les sons. C’est un genre de bouclier, comme toi Bella, mais différent. Elle, son truc c’est la dissimulation et non la protection. Elle n’est pas très douée encore, elle manque d’entraînement. J’ai pu la voir car elle doit être assez proche de celui ou celle qu’elle veut cacher. Et les sbires de Maria se tenaient tout près de nous. Cette fille gère son pouvoir de manière instable. Je l’ai vu apparaître plusieurs fois alors que son bouclier faiblissait à les dissimuler, elle et les autres. Il faudra la neutraliser avant tout si on veut avoir les autres. Il faut trouver un moyen de l’éloigner des autres, de l’isoler. Elle a l’air d’un animal effrayé. Elle sera impressionnable. Les desseins de Maria sont clairs pour moi. Elle ne vous laissera pas tranquille, même si je pars avec elle. Si elle s’arme de pouvoirs comme ceux de cette fille c’est pour gagner du terrain, encore plus.

-     Ok Jasper. Que devons-nous faire ? demanda Carlisle.

-     Elle sera ici, demain à l’aube. Nous partirons vers le sud. Je pense qu’ils doivent avoir un repaire pas trop loin de la ville. Ce ne sera donc pas trop difficile de filer au sud en fin de nuit afin de les intercepter loin de la ville sans qu’ils nous repèrent. Disons qu’une vingtaine de kilomètres feront l’affaire.

    Jasper attrapa une carte dans le bureau et montra un endroit où la route faisait un coude en direction de l’ouest.

    Puis Edward s’éloigna légèrement, pour appeler Jacob. Ce dernier avait proposé de se joindre à eux avec la meute.

-     On va casser du méchant ! s’exclama Emmett en frétillant comme un enfant.

-     On va assurer notre tranquillité, corrigea Rosalie, tentant de freiner les ardeurs du géant.

-     Doucement, coupa Jasper, nous ne savons pas exactement combien ils sont et nous devrons être plus intelligent qu’eux. Nous resterons en embuscade, prêt à agir au moment opportun. Il faut réussir non seulement à neutraliser le bouclier mais aussi à disperser les autres, à les isoler d’elle et des autres.

-     Je ne pense pas qu’ils soient tant que ça. Ils doivent se nourrir, les meurtres auraient été plus nombreux. Je dirai trois ou quatre autour de Maria, pas plus, évalua Edward.

-     Le bouclier m’empêche de les voir, je ne serai d’aucune aide, avouai-je, déçue.

-     J’en ai vu deux, plus la fille, expliqua Jasper. Mais effectivement, ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas d’autres.

-     Les loups seront notre élément de surprise, rassura Bella, ils ne pourront rien contre nous tous.

-     Oui, je vous laisse leur en parler. Tenez-moi au courant s’ils refusent. Nous devrons nous adapter.

-     Ils devraient nous suivre, répondit Bella. Tuer les vampires est ce pourquoi ils existent.

-     On se retrouve demain après l’aube, comme prévu, conclut Jasper.

    Il n’avait visiblement pas envie de rester auprès de nous, de moi. Comment avait-il vécu la mise en scène du cimetière, comment gérait-il la situation ? J’en mourrai d’envie mais je n’aurai pas l’audace de lui demander. Il avait besoin de toute ses facultés pour gérer Maria et je ne viendrai pas compliquer la situation. J’avais beaucoup de compassion à l’égard de Jasper, et un profond respect. Mon affection pour lui était immense, mais à ce moment précis, à ce moment-même où il quittait la maison, je ne ressentis pas le trou béant au milieu de ma poitrine que m’avait laissé Lucian quelques heures auparavant en s’éloignant dans la nuit. Jasper serait toujours mon Jasper, mais seulement un complice, un ami. Enfin, s’il le souhait un jour. La solitude m’envahie et mon regard se perdit dans l’obscurité de la forêt.

 

 

 

***

 

 

 

-     Alice ?

Rosalie se tenait à côté de moi et me regardait, inquiète. Ma famille était là, silencieuse, inquiète. Je continuai à contempler la forêt derrière la grande baie 

-     Tu devrais peut-être rester là demain matin. Tu à l’air tellement perdue, dit-elle doucement.

-     Ça va aller Rosalie, je dois être là-bas. Je ne vous laisserai pas régler cela seul, répondis-je, irritée.

-     Alice, j’ai été violée et battue à mort par l’homme que j’aimais. Je sais mieux que quiconque ce que cela fait d’être repoussée, maltraitée par des hommes en qui on avait confiance. Et toi tu en as perdu deux. Tu as le droit d’être malheureuse.

-     Merci de ta compréhension, Rosalie. Ils ne m’ont pas violé, ça n’est pas la même chose, objectai-je froidement.

-     Les douleurs psychiques sont aussi intenses que celle du corps, insista-t-elle. Peut-être même plus. Tu fais bonne figure depuis des jours. C’est de mon devoir de te dire que tu as le droit de te laisser aller. Ce n’est pas de la faiblesse.

-     Tu veux quoi, répondis-je énervée, que je pleure, que je hurle ? Ça servirait à quoi ? A part me donner une fois de plus en spectacle devant ma famille. J’en ai assez fait. Et puis … j’ai de l’espoir.

-     De l’espoir ? S’étonna Rosalie. L’espoir de récupérer Jasper ou de vivre avec un loup puant ? Les deux éventualités sont irréalisables. Jasper boit du sang humain et Lucian est une bête qui veut ta mort.

-     Merci encore une fois pour ton immuable soutien Rosalie ! crachai-je, hors de moi. Excuse-moi, j’ai à faire.

Je partis m’enfermer dans ma chambre. Les autres membres de ma famille regardaient Rosalie, incrédule. Elle avança comme excuse, les bras levés :

-     Il fallait bien que quelqu’un lui dise !

    Je m’enfouis la tête dans un coussin et me retînt d’hurler. Je restai prostrée, longtemps. Je fini par relever la tête et me levai rapidement de mon lit. Personne n’avait le droit de me dicter m vie, de me juger. Je n’avais rien à me reprocher et j’étais une battante.

     Je suis Alice Cullen, j’ai survécu au pire, j’ai vaincu mes démons, je suis une amoureuse de la vie, une amie sincère, je suis intelligente. Rien ni personne ne viendra me casser, c’est hors de question.

           Je me dirigeai vers mon dressing et sortis une paire de jean, des bottes en cuir noir et une longue veste en daim. J’irais au combat avec ma famille et je les aiderais à éradiquer ces envahisseurs. Puis je reprendrais ma vie de professeur qui me plaisait tant. Et pour le reste, advienne que pourra. Je suis un vampire, et mon plus grand atout, c’est le temps. J’ai le temps de laisser les choses murir, s’apaiser, renaître, changer. Le temps serait mon allié. Esmé se présenta à ma porte, il était l’heure de partir. Elle m’adressa un sourire plein de compassion et de fierté.

 

 

 

***

 

 

 

    J’arrivai à La Push à la nuit tombée. Jacob et Billy m’attendaient, assis autour de la table de la cuisine. Billy fit un geste en direction du plat. Il restait quelques donuts.

-     Prends place et sert toi, fils.

    Jacob me tendit une tasse de ce qu’il semblait être du chocolat. J’aurai préféré une bière mais l’atmosphère n’avait pas l’air à la détente. Le vieil indien s’éclaircit la gorge et commença :

-     Lucian, nous faisons appel à toi car beaucoup de nos jeunes sont partis en études en dehors de la réserve et tu es aujourd’hui un membre important de la meute.

-     Billy, je l’ai déjà dit, je n’appartiens à aucune meute. Et moi aussi je vais quitter la région.

-     Je comprends, encaissa Billy en baissant la tête.

-     Ecoute, coupa Jacob, on a besoin de toi sur ce coup-là, après on te fichera la paix. On doit se débarrasser des envahisseurs qui tournent autour de Forks et des Cullen. On ignore leur nombre et ils ne connaissent pas notre existence, ça fait un élément de surprise de chaque côté. Mais nous devons être le plus nombreux possible au cas où.

-     Je n’ai même pas été capable d’attaquer le géant au Lycée ! opposai-je.

-     Nous allons t’enseigner comment te battre, tu gères le reste parfaitement. Il ne te manque pas grand-chose, annonça Sam.

-     Tout ce que je veux, c’est partir ! insistai-je, énervé.

-     Oui, mais au moins, après ça, tu sauras pourquoi tu pars, tu auras fait ce pourquoi tu es destiné. Chasser le vampire est une expérience grisante, dit Jacob.

-     Vu ce qu’ils m’inspirent, ça ne sera pas trop difficile je pense, avouai-je.

-     Ce n’est pas ce que j’ai cru voir au cimetière, avec Alice, dit Jacob, moqueur.

-     Simulation, rétorquai-je.

-     Menteur, persifla-t-il.

-     Tout chez elle est fait pour me charmer, c’est un leurre ! râlai-je.

-     Elle est agaçante, ça c’est sûr, mais elle ne ferait pas de mal à une mouche ! Tu te trompes, Lucian, et tu t’aveugles tout seul, argua-t-il.

-     Ecoute, j’ai du mal à comprendre depuis que j’ai muté, depuis que je connais la vérité. J’avance dans le brouillard. J’ai du mal à saisir pourquoi vous les apprécier autant, dis-je, crispé.

-     Nous sommes là pour t’éclairer, les Cullen sont nos alliés. Nous avons les mêmes desseins : protéger les gens de Forks et vivre en paix. Tes instincts sont bruts, tu n’as pas encore le recul et l’expérience suffisante pour comprendre, mais ça viendra.

-     Salut les frangins, lança Embry en entrant dans la maisonnette comme une furie, on est prêt pour la ronde. On va en reconnaissance vers le sud, être sûr qu’ils ne trament rien de leur côté.

-     Une dernière fois Lucian, ensuite je te fiche la paix, implora Jacob.

    J’abdiquai. J’irais aider la meute à débarrasser les vampires parasites de la région. J’opinai de la tête et tous se levèrent en me faisant signe de les suivre à l’extérieur. Ils mutèrent et se mirent à courir en direction de la forêt. J’abandonnai moi aussi ma forme humaine et les rejoignit. Les conseils commencèrent à pleuvoir dans mon esprit concernant la façon de vaincre un vampire. Les images m’envahissaient. Ils me faisaient revivre des séquences du combat qu’ils avaient mené quelques années auparavant contre des nouveau-nés. Je vis même comment Jacob s’était fait broyer les os. Un frisson me parcouru.

-     Il ne faut pas qu’ils t’attrapent par derrière, lança Quil.

-     Il faut les briser et brûler les morceaux, indiqua Paul.

-     Arrache-leur les bras en premier, ils ne pourront plus t’atteindre, expliqua Jacob.

-     Pas d’attaque de front, ils sont trop rapides, conseilla Sam.

-     Sam, tu diriges le groupe, dit Jacob. Tu l’as fait brillamment lors de nos derniers combats, on ne change pas une équipe qui gagne. Lucian, tu restes en arrière le plus possible.

-     Tu es sûr que je ne serai pas plus une charge pour vous ? demandai-je, inquiet.

-     J’ai confiance en tes instincts, tu sauras quoi faire. Tu ne seras pas directement exposé, tu couvriras nos arrières. Ton boulot c’est de veiller à ce que rien ni personne n’arrive sur derrière la meute. Tu ne seras pas seul à ce poste.

-     Et je suis sûr que tu seras content de te pavaner devant la belle Alice, pouffa Quil.

-     Quil, coupa sèchement Jacob, gardes tes sarcasmes.

-     Et je suis plus forte qu’elle de toute manière, annonça Leah.

J’avais oublié qu’il y avait une fille parmi nous. Au moins, je ne serais pas l’élément faible du groupe.

-     Tu ne devrais pas penser des choses comme ça, râla Sam, elle se bat comme nous autre. Elle est parfaitement compétente.

-     Ça n’est pas parce que je suis petite que je n’assure pas. Je suis rapide et adroite.

    Au même moment, je décollai subitement pour aller m’affaler dans les fourrés quelques mètres plus loin.

-     Tu vois, tu n’as rien vu venir ! se moqua-t-elle.

    Elle ne m’avait pas loupé la garce.

-     Ok, j’ai compris, lâchai-je. Je ne sais vraiment pas pourquoi je viens avec vous ! La curiosité peut-être.

-     Va te reposer quelques heures. Embry et Seth assureront la ronde. Rendez-vous ici en fin de nuit, conclut Sam.

    Nous retournâmes vers l’orée de la forêt où nous avions laissé nos vêtements. Habitant en ville, je ne pourrai, comme les Quileutes, vivre en short en toute saison, je devais garder une tenue décente bien que je n’en n’aie plus vraiment besoin. J’avais suffisamment chaud sans rien. Cela me ralentissait dans ma mutation, il me fallait me déshabiller entièrement, et je ne pouvais attacher tous mes vêtements à ma cheville comme ils le faisaient. Et puis, j’avais envie de m’habiller, j’aimais être bien mit, je n’étais pas prêt à renoncer à cela. Enfin, cela serait vite réglé une fois que je serais parti.

    Je les quittai et retrouvai ma petite maison en quête d’un repos réparateur.

 

 

 

***

 

 

 

    Les Cullen prirent la direction du sud dans la nuit obscure de la forêt. Jasper était resté à la maison, attendant Maria qui devait venir à l’aube.

    Quelques kilomètres plus à l’ouest, la meute se mettait en route elle aussi. Lucian était venu et Jacob courait fièrement à côté de lui. Sam, Paul, Quil et Leah les précédaient.

    Ils se rejoignirent dans une petite clairière faiblement éclairée par les étoiles. Le ciel était dégagé, l’air doux. La forêt était endormie, comme en attente. Les loups firent face aux Cullen. Sam s’approcha de Carlisle et s’assit face à lui. Ce dernier prit la parole :

-     Voici les ordres de Jasper : Maria et ses acolytes vont longer la route cent un. Nous allons les attendre à l’ouest de la route, juste avant qu’elle ne traverse la rivière. Nous serons placés de sorte à ce que nos odeurs ne nous trahissent pas. Nous serons déployés en une ligne nord-sud afin de les encercler et fondre sur eux lors de leur arrivée. Vous les loups, serez plus au Nord afin de les surprendre par derrière. Edward sera le premier juste après-vous, afin que vous l’avertissiez du passage de nos ennemis. Vous n’attaquerez pas les premiers, que ce soit bien clair ! vous les attaquerez par l’arrière une fois que nous aurons commencé le combat. Allons-nous mettre en position.

    Tous gagnèrent leur place de l’autre côté de la route cent un, dispersés sur plusieurs dizaines de mètres. L’attente commença dans le silence.

 

 

 

***

 

 

 

-     Tu es là, dit Maria d’une voix douce.

    Elle sortit doucement de la forêt, la brunette sur ses talons. Un second sbire les accompagnait. Un homme aux cheveux frisés, brun, ayant largement dépassé la trentaine lors de sa mutation.

-     Voici Erin, dit-elle en désignant la brunette. Et voici Steeve, continua-t-elle en montrant l’homme. Ce sont mes plus proches collaborateurs. Tu n’as pas eu l’honneur de croiser Aaron je crois, tes frères l’ont tué il y a quelques jours.

    Son ton était celui du dédain, comme si cela n’avait été qu’un simple dommage collatéral.

-     D’autres amis sont là aussi, ajouta-t-elle en désignant les arbres serrés.

-     Trois silhouettes se détachèrent alors de l’ombre. Une femme, brune aux cheveux longs, la trentaine vêtue d’un pantalon de treillis, d’un col roulé noir complété par un blouson sans manches, et deux hommes, largement trentenaires, taillés comme des menhirs et habillés comme des clochards.

-     Ces deux-là faisaient partie de l’équipe de catch de Minneapolis, expliqua Maria, ils ont été éprouvés par leurs premiers mois mais je commence à les gérer. Et ce beau brin de femme était une terreur en prison, je l’ai récupéré après un malheureux accident de transfert.

    Jasper, sac à la main, adressa un léger signe de la tête aux nouveaux venus.

-     Je vois que tes nouvelles recrues sont encore jeunes, dit-il sans étonnement.

-     Tu sais bien que c’est là qu’elles sont les meilleurs, se vanta-telle.

-     Et combien en tout font le sale boulot pour toi, maintenant ?

-     Jasper, je croyais que nous étions en bon terme, ne pourrait-on pas parler de choses agréables ? Où souhaites-tu aller en premier ? veux-tu voyager ? découvrir de nouveaux horizons ?

-     Je veux partir d’ici, vite. Les autres sont partis chasser vers l’ouest, nous devrions y aller avant qu’ils ne reviennent. Je n’ai pas envie d’effusions.

-     Tu veux aller vers le Nord ?

-     Au risque de croiser mes cousins d’Alaska, non. Tu voulais aller au sud, allons au sud. Je suis sûre que tu dois avoir une superbe maison où je pourrai prendre le soleil à l’abri des regards. C’est ça qu’il me faut. Un vrai changement de climat, du beau temps.

-     Alors partons vers le Sud mon bel amour. Nous y serons heureux.

 

 

 

***

 

 

 

    Ni les loups ni les Cullen ne bougeaient. Tous étaient concentrés sur les bruits de la forêt, peu nombreux en leur présence. Chaque créature naturellement douée d’un instinct de survie restait cachée et silencieuse. La vie de la forêt était suspendue au souffle des loups, aux yeux perçants des vampires. Les premières lueurs du jour laissaient présager une autre journée grise. On apercevait déjà l’épaisse couverture de nuages gris foncé qui occultait les premières lueurs du matin.

    Jacob, tout au Nord, réagit soudain.

    J’entends quelque chose, pensa-t-il. Tapit derrière un tronc mort, il fit le vide. C’est eux, ça court vite et j’entends des voix, tenez-vous prêt.

    Edward fit de grands gestes en direction du Sud, Carlisle relaya l’information de la même manière aux autres.

    C’est bon, ils m’ont dépassé, ils vont vite, continua Jacob. Ils sont six avec Jasper.

    Les Cullen démarrèrent tout à coup. Edward et Carlisle seraient les premiers sur eux. Emmett, Rosalie et Alice attraperaient ceux qui tenteraient de fuir par l’ouest. Les loups se déployèrent afin de les prendre à revers. Ils seraient cernés de toute part et ne pourraient s’échapper.

    Maria entendit les Cullen arriver. Le rythme de leur course était reconnaissable entre mille. La vitesse de celle-ci ne laissait place aux doutes. Les assaillants se rapprochaient à toutes vitesse, n’annonçant rien d’amical.

-     Jasper, qu’as-tu fais ? s’écria Maria.

    Celui-ci n’eut pas le temps de répondre. Maria lui décocha un coup de poing qui le fit voler une vingtaine de mètres plus loin. Il s’écrasa contre le tronc d’un arbre énorme et s’affala sur le sol, sonné. Le temps qu’il se relève, Maria était déjà partie loin. Sur ses traces, la fille bouclier. Il fallait agir vite. Avant de les perdre.

    Alors que ses frères combattaient les autres dans un bruit assourdissant de coups, de cris, d’arbres cassés, de sol déchiré, il se lança à la poursuite des deux femmes. Il entendit les loups se mêler au combat des siens. Tout irait bien pour eux.

    Emmett poursuivait l’un des deux prédateurs qui soudain fit face au géant et engagea un combat à mains nues. En position défensive, son visage était empreint de rage, de violence. Ses yeux rouges lançaient des éclairs de haine, de sa bouche sortaient des sifflements perçants. Il se jeta sur Emmett en grognant tel une bête sauvage. Tout à coup, son expression se changea en une surprise et une terreur épouvantable. Dans son champ visuel, il aperçut un loup géant qui se précipitait sur lui la gueule béante. Ne pouvant stopper sa course sur Emmett, il se fit percuter de plein fouet par l’animal. Au même moment, Emmett fondit sur l’homme et lui saisit la tête. Jacob lui arracha le bras jusqu’à l’épaule de sa gueule puissante. Emmett sépara sa tête du reste de son corps sans peine. Les deux autres assistèrent à la scène du coin de l’œil tout en protégeant leur propre vie. Terrorisés mais avertis du piège, ils furent plus difficiles à combattre. L’effet de surprise avait fonctionné sur le premier mais maintenant les loups étaient découvert et les acolytes de Maria sur leur garde.

 

    Le bruit de leur fuite était léger, il parvenait à Jasper par à-coups. La fille avait du mal à maintenir son bouclier en courant. Elle chuta alors qu’elle n’arrivait plus à se concentrer sur sa course et leur protection, ralentissant la course de Maria et permettant à Jasper de rattraper son retard. Alors qu’elle aidait la fille à se relever, elle sentit la présence de Jasper qui arrivait sur elles.

-     Cours, lança-t-elle à la jeune fille.

    Celle-ci reprit sa course en direction du sud. Jasper fondit sur Maria. Après un corps à corps pendant lequel aucun des deux ne réussit à prendre le dessus, ils se retrouvèrent face à face.

-     Pourquoi Jasper ? Pourquoi es-tu si cruel avec moi, je ne veux que ton bien ! Je t’aime !

-     Tu ne veux que le territoire des Cullen. Et même si j’ai des désaccords avec eux, je ne souhaite pas leur mort. La mort n’est une solution pour personne, ça n’en a jamais été une.

-     Une longue vie harmonieuse avec moi aurait été la réponse à tous tes désirs Jasper, mais tu viens de perdre ce privilège, annonça-t-elle sur un ton persiflant.

-     Il est temps que tu disparaisses de cette terre Maria, tu as fait suffisamment de mal, rétorqua-t-il.

    Ils se campèrent sur leurs jambes, prêts à bondir l’un sur l’autre. Ils se contournèrent lentement, se connaissant trop bien. L’issue de ce combat serait mortelle pour l’un d’entre eux.

    Un gémissement, puis un grognement se firent entendre derrière Jasper. Il se retourna rapidement et vit ramper la jeune fille en arrière, menacée par un loup. Ce dernier était blanc comme la neige, ses yeux bleus fixaient sa proie et ses dents retroussées étaient prêtes à la broyer. Lucian !

Le court instant d’inattention de Jasper permit à Maria de bouger si vite à côté de la jeune fille qu’un œil humain n’aurait pu le saisir.

-     Reprends-toi et caches nous, vite, murmura-t-elle.

-     Non, hurla Jasper.

    Mais les deux femmes avaient disparu. Jasper, tendu, essayait de situer leur course mais Lucian avait décidé de suivre la course et masquait le bruit des deux femmes. Jasper ralentit s’arrêta. Lucian fit de même, essoufflé. Il s’assit à quelques mètres de Jasper.

-     C’est de ta faute tout ça, pourquoi l’avoir épargnée et ramenée vers Maria !

    Jasper était hors de lui. Il toisait farouchement Lucian.

-     Tu me gâches vraiment la vie, bâtard, reprit Jasper. Mais c’est ça, tu n’as pas eu le cran de la tuer car tu n’as jamais tué. Tu es un bâtard inutile et un lâche.

    Lucian se fit menaçant. Il laissa apparaître ses grands crocs saillants et poussa un grognement sourd.  Sans crier gare, il se jeta sur Jasper qui l’évita avec agilité.

-      Tu crois pouvoir m’atteindre ? Tu as déjà pris la femme que j’aime, ça ne te suffit pas ? Tu veux ma mort, cabot ! Allez viens, je vais te montrer comment on se bat !

    Lucian grogna férocement et lança un nouvel assaut sur Jasper. Ce dernier asséna un coup puissant à Lucian. Sonné, il récupéra plus rapidement et déséquilibra son agresseur. Il réussit à le mettre à terre et prit le dessus. Alors qu’il tentait pour le mordre, la voix de Jacob retentit dans sa tête :

-     Assez, il n’est pas notre ennemi !

    Lucian recula doucement. Alice et Edward arrivèrent au même moment pour relever Jasper.

-     Cet abruti à permit à Maria de s’échapper, c’est un bon à rien, il méritait une bonne correction !

-     Jasper, les autres sont morts, elle ne reviendra pas de sitôt.

-     Je m’en fou des autres. Elle est toujours vivante et elle va en créer d’autres, elle recommencera, à cause de cet … animal.

    Jasper était dans une colère noire. Les Cullen le retenaient de bondir à nouveau sur le loup blanc. Jacob, rejoint par les autres, tenait Lucian à l’écart, lui grondant après alors qu’il tentait de repartir à l’assaut. Sa colère à lui aussi était perceptible. Il baissa la tête en soufflant et battit en retraite.

-     Sam, rentrez chez vous. Merci pour votre aide, dit Carlisle sans quitter Jasper des yeux. Mieux vaut nous séparer.

    Les loups entourèrent Lucian et le forcèrent à prendre la route du retour.

-     Jasper, tu te calmes maintenant, intima Carlisle. Déclencher une guerre entre nous et les loups n’est pas une bonne idée. Je préfère cent fois avoir à combattre Maria une fois de plus. Lucian est jeune, il a tenté de faire sa part et à échouer. Ça arrive à tout le monde, même aux meilleurs.

-     Il a failli me tuer, là il failli réussir ! hurla-t-il.

-     Tu l’as poussé à bout Jasper, cria Alice. Tu l’as traité de Bâtard !

-     Va donc le consoler toi, au lieu de me rebattre les oreilles, cracha-t-il sans un regard pour Alice.

    Les Cullen étaient choqués par ces mots. Rosalie et Emmett se regardèrent interloqués. Edward fit non de la tête en regardant Carlisle. Ça n’était pas la peine de parler. Jasper n’entendrait pas.

-     Je vais prendre une chambre en ville en attendant qu’elle revienne. Je la tuerai, puis je partirai. Je ne veux plus de loups dans mes pattes, tout du moins pas ce bâ…, blanc.

-     Prends notre maison, proposa Edward. Tu seras plus à l’aise, moins exposé. Nous vivrons quelques temps à la Villa.

-     J’accepte, merci.

    Jasper adressa un signe de la main à Bella et Edward qui opinèrent puis il disparut dans les profondeurs de la Forêt.


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