Blue Hour

Chapitre 18 : Vengeance

12163 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 23/08/2023 19:24

Je m’étais investi dans de ce qui ressemblait le plus à une vie normale. Accoudé au bar, je sirotais ma bière, perdu dans mes pensées.

    Ces derniers temps avaient été rude. Mon cerveau bouillonnait, mes pensées s’emmêlaient, s’entrechoquaient. L’épouvantable mort du proviseur Greene, le visage d’Alice, que je haïssais sans vraiment la haïr. C’était bizarre, ce mélange de haine et d’attirance. Le guet-apens de ce matin, j’avais mis pendant quelques instants un vampire en difficulté, puis j’avais combattu Jasper et mes acolytes m’avaient abruti avec une foultitude de pensées castratrices concernant mon comportement.

    Tout cela se bousculait dans mon esprit, les flashs de tous ces évènements me faisaient trembler. Loin d’être à l’aise, je ressentais une sensation presque tangible : celle d’être vivant.

    L’adrénaline sécrétée ces dernières heures m’avait mise quelques instants durant dans un état second d’euphorie et de fierté. J’avais participé à repousser des créatures susceptibles de faire du mal aux humains. J’avais sauvé des vies en les faisant fuir, peut-être. Cette pensée était grisante.

    Il était pourtant nécessaire de me focaliser sur ce qu’il me semblait être la vraie vie. La bière coulait délicieusement au fond de ma gorge. Au bout de quelques-unes – et de quelques heures, tout en observant les autre clients, calmes, passifs, presque insignifiants, je fini par penser que ma vraie vie était peut-être à mi-chemin entre ici et la forêt. Et si j’étais de ceux qui sauve les humains ? Et si c’était ma destinée ?

Non, tu deviens dingue mon vieux, trop de bière ! pensai-je. Le seul moyen de me recentrer sur la vraie vie, je le connaissais, et il était temps de l’utiliser.

    Je sorti du bar et attrapai mon téléphone :

-     Jacob ? il est temps de payer ta dette, je veux voir Amy.

-     Lucian, on a un problème.

 

 

 

***

 

 

 

    Les deux femmes s’étaient arrêtées après avoir parcouru nombres de kilomètres en direction du sud-ouest. Elles se trouvaient à l’orée de la forêt, non loin de la côte. Maria fulminait. Elle s’en prit à quelques arbres tout en s’écriant :

-     Ils vont me le payer, je vais leur pourrir la vie, les détruire jusqu’au dernier.

-     Calme-toi Maria, implora la brunette, ils vont nous repérer. Et je suis épuisée.

-     Viens ma belle, tu n’auras pas besoin de ton bouclier. Suis-moi.

    Maria entraîna la fille en direction des eaux tumultueuses de la mer. Elles plongèrent et se mirent à nager. Elles accostèrent plusieurs kilomètres au Nord de Forks, et reprirent la route en direction de la petite ville, évitant ainsi le territoire des Quileutes restant suffisamment éloignées de la villa des Cullen.

    En ce dimanche, le calme régnait à Forks. Les rues étaient presque désertes. La pluie tombait, martelant le sol avec force et créant de grandes flaques. Les alentours de la ville étaient plongés dans une brume épaisse. On apercevait à peine les grands arbres bordant la forêt. Elles finirent le trajet en voiture avec un homme qui avait gentiment proposé son aide. Maria avait décidé de le laisser vivre. Faire profil bas. Agir discrètement.

    La clinique tournait au ralentit elle aussi. Les deux femmes arrivèrent près du porche d’entrée quand Maria stoppa sa course.

-     Reste là, dit-elle à la fille. Si tu vois un Cullen, enclenche ton bouclier et rejoins-moi.

    La brunette acquiesça. Elle buvait chaque mot de sa maîtresse comme s’ils sortaient de la bouche d’une déesse. Elle regarda son idole entrer tranquillement dans la clinique sans lui demander ce qu’elle comptait faire.

    Peut-être va-elle nous chercher des poches de sang afin que nous ne nous fassions pas remarquer ici, pensa-t-elle.

    Quelques instants plus tard, Maria ressortit, un sac rempli de poches de sang. Ravie, la fille l’accueilli avec son grand sourire naïf habituel.

    Elle ne la remercierait jamais assez de l’avoir sortie de la rue. Elle n’était qu’ une junky sans domicile, qui vendait son corps dans les voitures de ses clients. Maria avait salué son courage, à survivre de la sorte. Sous les maltraitances des hommes d’une heure, elle se fermait et se prostituait dans le seul but de récupérer un peu d’argent. Elle était courageuse, elle aurait pu se laisser mourir. Son ardeur à survivre avait séduit Maria. Et ce soir-là, dans les rues sombres de Miami, elle l’avait pris sous son aile. La fille avait souffert pendant trois longues journées, tapie dans un vieil entrepôt abandonné, pensant que la belle brune tentait de la sevrer pour lui offrir une vie meilleure. La vie fut meilleure, certainement. Elle n’avait plus besoin de vendre son corps pour de l’argent mais volait celui des hommes qui l’approchaient en buvant leur sang jusqu’à la dernière goutte. Elle n’avait plus qu’à se servir dans leurs portefeuilles. Puis Maria l’entraîna vers d’autres desseins, vers ses nouveaux congénères. Et c’est là, à Dallas, qu’elle les vit pour la première fois. Elle eut aussitôt un réflexe de protection et disparue instantanément aux yeux de tous. Maria jubilait et dès lors, ne quitta plus la jeune fille.

    Maria regarda autour d’elle et attrapa la fille par le bras. Forks était, par chance, une ville vraiment morte.

-     Ne restons pas là, allons trouver un endroit pour nous cacher et attendons de voir.

    Maria avait l’œil malicieux. Elle paraissait complètement satisfaite d’elle-même.

 

 

 

***

 

 

 

    Jasper connaissait Maria par cœur. Il savait pertinemment qu’elle ne laisserait pas tomber et qu’elle reviendrait à la charge rapidement. Elle aimait être au cœur même du combat et ne renonçait jamais. Sa vengeance risquait d’être implacable.

    D’abord, elle rendrait le terrain de chasse dangereux pour ses ennemis. Elle allait les exposer, sans aucun doute. Et cela serait un carnage. Les humains. C’est eux qu’elle allait frapper. Il savait que le seul endroit par lequel elle pouvait rentrer dans Forks serait par le Nord. Il alla se poster au Nord-Ouest de Forks, espérant l’intercepter à temps s’il ne se trompait pas.

    Quelques heures plus tard, elle apparue, la brunette à ses côtés. Jasper était prêt à bondir et soudain, il vit une voiture s’arrêter au niveau des deux femmes. Elles montèrent à bord.

    Surement un gentleman peiné de voir les deux femmes sous la pluie. Pauvre diable, il ne savait pas dans ce qu’il l’attendait.

    Jasper eu un mal fou à les suivre discrètement. Il ne pouvait décemment pas courir à toute vitesse dans Forks en plein jours sans risquer d’être remarqué.

    Restant le plus possible à l’écart de Maria et des humains, il arpenta les environs à la recherche d’une trace olfactive. Passant par les arbres et les jardins, la tâche n’était pas aisée. Il la retrouva à l’autre bout de Forks. L’odeur le mena à la Clinique. Il s’approcha discrètement et aperçu la brunette devant l’entrée.

    Si je tente quoi que ce soit, elle va encore les faire disparaître.

    A ce moment-là, Maria ressorti calmement de la clinique, un sac à la main. Elle entraîna la brunette loin des yeux indiscrets puis elles disparurent toutes les deux sous le couvert du bouclier. Elles s’abritèrent avant de démarrer leur course. De là, Jasper n’avait pas pu entendre quelle direction elles avaient pris.

    Quelle poisse, bon sang ! cette fille me fait tourner en bourrique.

    Ayant perdu la trace de ses ennemies, il décida d’entrer dans la clinique afin de comprendre ce que Maria était venu y faire. Les couloirs étaient vides. Il se dirigea vers le bureau de Carlisle pour voir si tout allait bien. Il était vide. Avec un peu de chance il était de repos.

    Il pensa soudain à la fille qu’il avait vu à la villa, au bras du loup blanc. La fille qui avait eu un accident de voiture dû à un problème de santé. Il ouvrit quelques portes et s’excusa auprès des patients bougons qu’il avait dérangés. Il poussa une cinquième porte donnant sur une chambre sombre. Personne ne râla à son approche. Il fut intrigué par les bips des moniteurs qui ne retentissaient pas. Ils étaient tous éteins.

    Ses yeux se fixèrent alors sur la patiente qui occupait le lit en fer. La jeune femme au visage angélique et aux boucles blondes avait le corps tendu dans un spasme qui semblait n’être que douleur. Ses yeux, grands ouverts, étaient complètement révulsés. Une douleur atroce la défigurait. Son bras gauche était en dehors du drap et portait les traces d’une morsure. Maria !

    Créer un vampire dans une clinique ! comment ne pas mieux exposer leur race ! Les médecins auraient tout tenter pour soulager la jeune femme et au moment propice elle les aurait tous tués. Cela serait probablement arrivé aux oreilles des Volturi, les ancêtres d’Italie qui se considéraient comme les maîtres des vampires. Leur sort aurait été vite réglé. Il fallait agir vite.

    Il s’approcha d’Amy et repoussa une boucle blonde qui lui barrait le visage. Il caressa doucement sa joue. Il avait tant vu naître de nouveaux vampires. Il ressentait chaque once de douleur qui émanait d’eux. Cette fille innocente était à l’agonie. Jasper fut submergé par une empathie immense envers elle. Il aurait voulu soulager ses douleurs immédiatement mais ne pouvait pas devenir son meurtrier. C’était au-dessus de ses forces.

-     Ça va aller, murmura-t-il. Je vais m’occuper de toi. Tu n’es plus seule.

    Il ne savait pas si c’était la morphine ou l’état catastrophique du cerveau de la fille qui l’empêchait de crier mais c’était bienvenu. Ne lâchant pas sa main, il s’empara de son téléphone.

-     Carlisle, viens à la clinique. Seul, dit-il rapidement.

    L’attente sembla durer des heures. Jasper resta auprès d’elle et caressait doucement sa main, puis sa joue. Lorsque Carlisle arriva, Amy commençait à émettre quelques râles sonores. Les effets des médicaments se dissipaient petit à petit.

-     Mon Dieu, qu’as-tu fait Jasper ? s’exclama Carlisle stupéfait.

-     C’est Maria, je l’ai suivie jusque-là. Je n’ai pas pu l’empêcher, à cause de la fille.

-     Elle souffre. Je vais abréger ses souffrances.

    Carlisle de dirigea vers la porte pour aller quérir un produit létal quand Jasper l’interrompit brusquement.

-     Je ne t’ai pas appelé pour ça, asséna-t-il durement. Je m’emmène. Tu vas m’aider à la sortir de l’hôpital. Il n’y aura pas de mort aujourd’hui.

    Carlisle observa Jasper d’un air soupçonneux tout en restant sur ses gardes. Son fils n’était plus le même, il était dangereux. Trahi, il avait perdu son self-control, sans aucun doute. Ses yeux rouges en étaient la preuve.

-     Quoi ? Mais Jasper, enfin, tu perds la tête ! Tu ne peux pas la laisser devenir un vampire. C’est trop risqué, pour elle comme pour nous. Elle est déjà morte !

    Jasper reprit d’un ton plus calme, tout en restant cinglant :

-     Il m’a pris Alice, laisse-moi aider Amy. C’est un juste retour des choses. Et c’est inespéré pour elle.

-     Son cerveau était gravement atteint ! qui te dis qu’elle sera « normale » à son réveil ?

-     Je tente le coup, je m’en occupe je te dis. A moins que tu préfères que je tue le loup pour récupérer Alice ! Tu choisis une basse vengeance où un sauvetage courageux ? Le ton de Jasper était à la fois amer et plein de défi.  Il se plaça entre Amy et son père. Carlisle resta calme et tenta de le raisonner.

-     Jasper …

-     Laisse-moi faire et ne dis rien pour le moment.

    Ces derniers mots firent sortir Carlisle de ses gonds :

-     Hors de question de cacher cela, Jasper. Je ne veux pas risquer un incident diplomatique avec les Quileutes. Si tu veux Amy, soit, prends-la, mais alors tu assumes. Ils doivent connaître la vérité. Si nous leur cachons ce qui s’est passé ils ne voudront jamais croire que c’est l’œuvre de Maria.

-     Ok, j’assume. Je l’emmène chez Bella et Edward le temps de sa transition et on se revoit ensuite. Je vous laisse le soin de tenir Maria éloignée le temps de gérer cela. Son tour ne manquera pas de venir ensuite.

    Jasper détourna les yeux de Carlisle et regarda Amy avec compassion. La discussion entre les deux hommes était close, il fallait maintenant agir. Carlisle reprit, contraint :

-     Je vais chercher un brancard, nous allons l’emmener à la morgue. De là, tu sortiras par derrière avec elle.

    Carlisle s’éloigna rapidement. Jasper frôla doucement la chevelure blonde d’Amy pour la rassurer. Ses traits n’étaient que douleurs et ses râles se faisaient plus bruyants. La pauvre était secouée de spasmes douloureux. Tout son corps convulsait et l’écume coulait au coin de ses lèvres. Jasper se rappela la jolie jeune femme qu’il avait entre-aperçu à la villa. Son visage de poupée était celui d’un ange. Son sourire était enjôleur et taquin. Elle serait magnifique en vampire. Pourvu que sa tête suive !

    Carlisle revint avec le brancard et une seringue.

-     Voici de quoi la calmer pour quelque temps. Là-bas, il faudra te débrouiller. L’aider à passer le cap.

    Il injecta le contenu de la seringue dans le bras salement déchiqueté de la jeune fille. Son corps se détendit, ses yeux se fermèrent. Tout redevint calme.

-     Aller, aide-moi à la mettre là-dessus, ordonna-t-il à Jasper.

    Ils se saisirent d’   Amy et la disposèrent sur le brancard. Carlisle plaça un drap sur elle, recouvrant aussi sa tête.

    Il ajouta :

-     Prêt ? prends un air affecté au cas où l’on croiserait quelqu’un et suis-moi.

    Les couloirs, en ce dimanche après-midi, étaient toujours aussi vide. L’infirmière de garde était au fond de son bureau, occupées à préparer ses plateaux de médicaments, le dos tourné. Carlisle et Jasper jetèrent des coups d’œil à chaque intersection puis s’engagèrent dans la morgue, elle aussi vide. Carlisle indiqua à Jasper une porte en fer au fond de la morgue :

-     Tu peux sortir par-là, je retourne faire les papiers du décès.

    Jasper ne pipa mot. Il adressa un signe de tête reconnaissant à Carlisle puis pris Amy dans ses bras. Carlisle lui tint la porte ouverte et Jasper disparu à toute vitesse en direction de la forêt.

 

 

 

***

 

 

 

-     Carlisle vient d’appeler, Lucian. J’ai fait aussi vite que j’ai pu pour te rejoindre. Allons-nous asseoir dans un coin un peu plus calme.

    Jacob m’entraîna au fond du bar, et il s’attabla face à moi.

Jacob, vas-y, dis-moi ce qui se passe ? On retourne combattre cette fille vampire ? Quand ? j’ai adoré l’action, frétillai-je.

-     Tu vas aimer aussi, il y a de l’action en un sens, mais pas tout à fait pareil, répondit Jacob, ironique.

-     Quoi alors ?

    Je trépignai sur ma chaise, à l’écoute.

-     Mon frère, tout d’abord, quoi que je dise, promet-moi de garder ton calme. Il faut voir le positif dans la nouvelle que je vais t’annoncer. Rien d’autre.

-     Ok, promis, dis-moi tout maintenant.

-     Amy va vivre, à sa manière.

-     Comment ça ? Carlisle m’aurait appelé directement pour me dire ça. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

    Jusque-là, j’étais le seul interlocuteur de Carlisle lorsqu’il s’agissait d’Amy. Pourquoi les choses avaient-elles changées ? Un homme vint s’asseoir à deux tables de nous. Jacob se rapprocha de moi et reprit à voix basse :

-     Elle ne va pas vivre comme avant Lucian. C’est là que je veux en venir. Respire et reste calme.

    Je regardai Jacob, intrigué, suspendu à ses lèvres. Jacob regardait autour de lui, évaluant à priori les dégâts si je venais à m’énerver.

-     Maria s’est introduite dans l’hôpital aujourd’hui, avoua-t-il enfin. Elle cherchait à se venger de Jasper ou à le discréditer, on ne sait pas trop. Elle a mordu Amy.

    Tous les scénarios possibles m’étaient venus à l’esprit, sauf celui-là. J’étais abasourdi :

-     Quoi ? qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

-     Amy est en pleine mutation. Elle va devenir … l’un des leurs Lucian. Enfin, on attend de savoir. Avec son cerveau en mille morceaux, on ne sait pas trop comment elle va réagir.

    J’avalai difficilement ma salive. Je devais avoir une mine déconfite. La sueur se mit à perler sur mon front.

-     Amy va devenir un vampire ? Ma respiration commença à s’accélérer et je m’agitai comme un diable sur ma chaise.

-     Lucian, réfléchis, si ça marche elle va vivre. Ils lui apprendront comment gérer son nouvel état et elle pourra vivre !

    Jacob semblait ravi de la nouvelle. La femme à laquelle j’avais presque été marié allait devenir une buveuse de sang. Comme Alice. J’étais définitivement maudit.

-     Tu veux dire que les deux femmes que j’ai aimé sincèrement jusqu’à maintenant seront toutes les deux des … vampires ? C’est une blague ! crachai-je, horrifié.

-     Lucian, penses à elle s’il te plait, pas à toi. On sait que tu as traversé des épreuves ces derniers temps. On a tous vécus la même chose que toi, les révélations, la transmutation, la haine … Mais pense à Amy !

-     Elle va atterrir dans une famille qu’elle ne connait pas et elle va avoir envie de tuer ! objectai-je.

-     Tout comme toi, mais en plus au départ tu as été rejeté. Elle va être accueillie comme une reine en revanche !

-     Et il ne t’est pas venu à l’esprit que ce tordu de Jasper a fait ça tout seul et le met ça sur le compte de Maria pour faire passer la pilule ? Une simple vengeance contre moi ? Un prêté pour un rendu ?

-     Non, il y a un traité entre les Cullen et nous. Ils ne se permettraient pas de créer un nouveau vampire. Cela déclencherait les hostilités.

-     Et Bella ? Vous avez laissé faire ?

-     C’était … différent. Renesmé était … et Bella le voulait … enfin, ce n’est pas la question. Ils ne feraient jamais ça.

-     Toi et les tiens vous vous laissez berner par ces buveurs de sang, ni plus ni moins. Vous ne vous en rendez même pas compte. Vous êtes envouté par leur charme depuis tellement d’années qu’ils vous mènent par le bout du nez. C’est d’Amy qu’il s’agit. La vampire jalouse ne la connait même pas. Comment aurait-elle pu imaginer un truc pareil ?

-     Il ne faut pas sous-estimer Maria. Elle avait des espions dans Forks. Ils ont eu le temps d’en apprendre tu sais.

-     Je suis sûr que c’est lui Jacob. J’en mettrais ma main à couper. Il me hait. C’est à cause moi qu’il a perdu Alice et que cette guerrière est venue soi-disant à son secours. Et j’ai tout foiré dans la forêt !

-     Qui te dit que cette épreuve ne va pas le rapprocher d’Alice ?

-     Ah, c’est vrai ? Demanda Lucian, surpris.

-     Non, je ne sais pas ! Je dis ça, je ne dis rien. Ce que je veux te faire comprendre c’est qu’il faut tout envisager. Tu ne peux pas être catégorique comme ça !

 

 

 

***

 

 

 

    Jasper déposa Amy délicatement sur le canapé. La petite maison de Bella et Edward était isolée, en plein cœur de la forêt. Toute en pierre, recouverte de lierres grimpant, elle aurait pu être la demeure de Blanche Neige. Elle était chaleureuse et accueillante. Pourtant, Jasper éprouvait un certain malaise à être ici. Alice avait pris grandement part à l’aménagement et à la décoration avec Esmé. Mais c’était mieux que rien. Il avait un toit confortable et personne n’entendrait Amy.

    Les râles se faisaient à nouveau plus fort. Son corps torturé se tendait à nouveau et son visage se tordait de grimaces.

    Jasper alluma un feu. Lorsque les flammes commencèrent à crépiter dans l’âtre, il se dirigea vers le réfrigérateur et sorti une poche de sang. Il la versa dans un grand verre et la déposa sur la table non loin de la cheminée.

    La morphine avait cessé d’agir et Amy recommençait à s’agiter et à crier de plus en plus fort. Jasper vint s’installer sur le canapé et la serra contre lui. Elle leva les yeux vers lui, semblant le reconnaître. Ses yeux interrogateurs étaient remplis de larmes, elle était effrayée.

-     Amy, commença Jasper en lui souriant. Je ne te veux aucun mal. Je veux simplement t’aider dans cette épreuve. Tu te souviens de ton accident ?

    Elle le regarda, perdue. 

-     J’ai mal, dit-elle en suffocant.

    Elle s’accrocha aux manches de la veste noire de Jasper qui se concentra afin d’apaiser ses craintes. Il reprit :

-     Tu as eu un accident de voiture il y a quelques jours. On a diagnostiqué une tumeur incurable dans ta tête, les médecins ne peuvent pas l’atteindre.

    Amy poussa un cri de douleur et rejeta sa tête en arrière.

-     Amy, regardes-moi ! Jasper lui saisit le visage et la força à se concentrer sur lui.

-     Ne pense pas à la douleur, regardes-moi et écoutes-moi. Respire à fond, tout ira bien. Voilà … comme ça. Tu n’as pas mal.

    Amy se cramponna Jasper de toutes ses forces, puis relâcha lentement sa prise et sembla faire confiance au grand blond. Face à la douleur d’Amy, le don de Jasper était une véritable chance.

-     Ecoutes-moi ma belle. Tu ne vas pas mourir. Mais toutes tes convictions vont être remises en question et ta perception du monde s’apprête à changer pour toujours.

    Hors d’haleine, elle semblait lutter contre la douleur tout en écoutant les paroles de Jasper :

-     Le monde surnaturel des contes n’est pas tout à fait irréel. Une personne que tu ne connais pas, mal intentionnée, t’a mordu et tu es en train de devenir un vampire.

    Amy tenta de se défaire de l’étreinte de Jasper. Ses yeux étaient paniqués. Elle poussa un nouveau cri de douleur.

-     Chut, chut, ça va aller. Je veux t’aider. Je suis moi aussi un vampire, je suis passé par là. Je ne veux pas que tu vives cela seule. Ça fait mal, mais ça ne va pas durer. Fais-moi confiance, lorsque tu auras passé le cap, tout sera différent, plus intense, plus précis.

-     Je … vais mourir ? demanda plaintivement Amy.

-     En quelque sorte. Ton cœur va cesser de battre oui. Et tu seras toujours avec nous. Mais tu vas rester aussi belle qu’aujourd’hui et ce pour l’éternité.

    Jasper posa la main d’Amy sur son propre cœur. Elle le regarda, incrédule. Elle ôta sa main tremblante et la cacha dans son giron.

-     Le sang, c’est vrai ? demanda-t-elle.

-     Malheureusement il y a toujours un revers à la médaille. Regarde sur la table, je t’ai préparé ce dont tu as besoin.

    Il désigna le verre dont le contenu rouge vif réchauffait auprès de la cheminée.

-     Mon Dieu … souffla-t-elle.

    Jasper la laissa digérer doucement l’épreuve en caressant tendrement son visage. Elle geignait doucement. Les pensées qui l’assaillaient apaisait un peu la douleur physique.

    Au bout de quelques minutes, le son de sa voix se fit de nouveau entendre :

-     Lucian ?

-     Il va bien. Et oui, il est au courant. Cela fait aussi partie des choses que tu dois savoir : l’autre partie de l’histoire. Tu sais que le père de Lucian est Billy, l’Indien Quileute de la réserve ?

-     Mmm, souffla-t-elle, subissant un nouvel assaut de douleur.

    Jasper resserra son étreinte.

-     Et bien ils ont le gène, ils … pfiou comme ça, ça parait tellement bizarre à expliquer. Ils se transforment en loup à volonté. Et c’est arrivé à Lucian juste après ton accident. Une trop grande émotion lui a fait péter un plomb et il a transmuté. Les siens l’ont aidé, lui aussi, comme je t’aide aujourd’hui.

-     Dans les contes … les loups et les vamp…

-     Sont des ennemis, oui. Dans la vie réelle aussi. Mais avec ceux-là, nous avons établi un traité pour vivre ensemble en paix. Ça n’est pas l’amour fou mais on se respecte.

    Les larmes coulaient sur le visage d’Amy. Le flot d’informations émises par Jasper, la douleur physique, s’en était trop.

-     Je n’en peux plus ! tues-moi, je ne veux pas vivre comme ça.

-     C’est bientôt fini, murmura Jasper. J’ai promis de les laisser te voir, et je ne veux pas te tuer. Je suis si seul.

    Jasper se laissa submerger par ses propres émotions et par celles d’Amy. Son visage se transforma. S’il avait pu pleurer, il l’aurait fait.

    Amy poussa un hurlement de douleur et perdit conscience. Jasper l’allongea et installa ses jambes sur ses cuisses à lui. Le silence était pesant. Les derniers battements du cœur d’Amy s’étaient tus.

    

 

 

***

 

 

 

    Carlisle ouvrit la porte de la Villa. Jacob et Lucian se tenaient sur le porche. Ils avaient hissé le fauteuil de Billy, dont le visage était impénétrable.

-     Entrez mes amis, nous vous attendions.

    Nous savions que Lucian viendrait, et c’était normal. Il voulait savoir. Alors qu’il posait ses yeux sur moi, je lui adressai un petit sourire ainsi qu’un signe de la main. Il ne cilla pas. Bien sûr qu’à ce moment précis il était cent fois plus préoccupé par ce qui arrivait à Amy que par notre relation qui n’en était pas une.

    Esmé proposa aux visiteurs de prendre place sur le grand canapé d’angle. Billy à leur côté. Elle s’assit auprès d’eux avec Carlisle. Avec mes frères et sœurs, nous tenions non loin, debout, à l’écoute.

-     Nous sommes là pour parler de ce qui se passe avec l’humaine, commença Billy. Vous savez que je ne tiens pas à ce que le traité soit rompu et je dois m’en assurer.

-     Bien sûr, répondit Carlisle, c’est évident. Vous n’avez rien à craindre, vous pouvez nous faire confiance.

-     Pourtant, il semble qu’un nouveau vampire ait été créé, reprit Billy.

-     Oui, en effet, acquiesça Carlisle. Il s’agit d’une vengeance contre nous. La guerrière nommée Maria s’en prend à notre clan. Elle cherche à nous diviser pour prendre notre territoire. Votre meute nous a aidé à la mettre en déroute mais elle est vite revenue.

-     La fille n’était-t-elle pas malade ? Que va-t-il se passer pour elle ?

-     C’est ce que nous attendons de voir. Jasper est à son chevet pour le moment. Il l’aide à traverser la transition.

-     Ne serait-il pas plus simple de la tuer maintenant ? demanda Billy, inflexible.

-     Billy, fulmina Lucian, il s’agit d’Amy, comment peux-tu …

-     Fils, ton amie n’était plus. Son cerveau était mort, et maintenant elle se transforme en ...

-     Nous ignorons quel sera son état après la mutation, avança Bella. Billy, laisse-lui une chance. C’est l’amie de ton fils ? Je sais que tu peux comprendre.

-     Bella, tu sais à quel point je t’aime et te respecte. Mais c’est la seconde fois qu’un vampire vient agrandir votre famille. Nos enfants ne peuvent plus aspirer à une vie normale, ils transmutent tous. Même Lucian, dont la mère n’était pourtant pas Quileute !

-     Billy, interrompit Carlisle. Jasper a tenu à essayer de la sauver, certes, mais il semble qu’il ne veuille pas s’éterniser dans le coin après cela. Il projette de partir.

-     Avec Amy ? demanda Lucian, surpris.

-     Probablement. Ce serait mieux. Je suis désolé Lucian, il a parlé d’un prêté pour un rendu et à avancer ta propre mort si je ne cédais pas à ses revendications.

    Lucian se leva, furieux :

-     Et pas un seul instant il n’a imaginé que ce pourrait être lui le mort !

-     Lucian, siffla Billy. Nous avons pour habitude de respecter les Cullen.

-     Et lui, il me respecte peut-être ?

-     Il a été vraiment secoué mon pote, dit Emmett en avançant vers lui. Ce qui se passe entre Alice et toi l’affecte beaucoup.

    Emmett tourna les yeux vers Renesmé, qui se tenait non loin de ses parents. Il les désigna, ainsi que Jacob :

-     Tu as tous les témoins concernés autour de toi. Jasper sait parfaitement ce qu’il en est. Il le sent au plus profond de lui-même à cause de son don. Mets-toi un instant à sa place.

    Les mots d’Emmett apaisèrent Lucian. Il me regarda fixement :

-     Je n’arrive pas à digérer le fait qu’elle soit un vampire, ça devrait arranger les choses, non ? dit-il à Emmett.

-     Nous nous écartons du sujet, m’écriai-je soudain. Stop !

-     Et tu penses faire mieux avec ton ex ? le nargua Jacob.

    Lucian lui lança un regard noir. Il ne manquait plus que ça : une discorde entre loups.

-     Calmez-vous ! Revenons à ce qui nous rassemble aujourd’hui, reprit Billy. Quand pourrons nous voir la fille ? je veux être sûr que sa transformation n’entraînera pas un carnage. Je veux voir Jasper aussi, qu’il s’engage à quitter la région devant moi. Deux vampires ont été créés, deux vampires doivent partir, quels qu’ils soient. Il n’y a qu’à ce prix que le traité sera respecté.

-     La mutation prend quelques jours. Nous vous contacterons dès que ça sera terminée.

-     Sommes-nous d’accord pour prendre une décision définitive si elle ne s’avère pas être maîtresse d’elle-même ? demanda-t-il fermement.

    Tous gardèrent le silence. Les yeux passaient de Lucian à Carlisle, qui se regardaient intensément.

-     Ok, lâcha Lucian. Si elle est dangereuse.

-     Je suis d’accord aussi, conclut Carlisle.

    La réunion terminée, Jacob rejoignit Renesmé. Billy et Carlisle échangèrent quelques banalités de leur côté. Lucian s’approcha d’Emmett et Rosalie. Esmé avait disposé quelques amuse-bouches sur la table. L’hospitalité était son fort, une de ses incontestables qualités. Renesmé se chargea poliment de faire servir Billy, Lucian imita Jacob et plongea finalement sa main dans le plat appétissant. Seule, je m’éclipsai dehors, dépitée. Le soleil, en cette fin de journée, filtrait à travers les nuages et je sentais sa chaleur sur ma peau. Quel délice ! Ces moments étaient si rares. Je fermai les yeux, accrochée à la rambarde et me laissait emporter par cette douce torpeur. Les oiseaux chantaient, le bruit de la rivière me calmait. C’était un de ces moments pour lequel la vie vaut d’être vécue.

    Derrière moi, Un bruit de tissu froissé. J’ouvris les yeux et me retournai, à l’affût d’une Maria belliqueuse.

-     Ça, va, c’est moi !

    Lucian se tenait devant moi. Grand, charismatique, ses yeux bleus m’ensorcelèrent instantanément. Pourtant, notre dernière entrevue m’avait laissé un gout amer.

-     Tu viens encore me briser le cœur ? Me faire croire à ton amitié puis me laisser en plan comme une … comme si je n’étais rien ! Je tremblai tout en prononçant ces mots.

-     Alice, ça va, n’en rajoute pas ! répondit-il en soupirant. C’était un rôle que l’on devait jouer, tu le sais bien.

    Il regardait au loin un point dans la forêt que je ne décernais pas. Je mis mes mains sur mes hanches, indignée :

-     Tout n’était que mise en scène ? Absolument tout ? Il n’y avait pas une once de vérité dans tout ça ?

    Il se tourna vers moi et ses yeux me coupèrent à nouveau le souffle :

-     Alice, écoute, j’ai traversé pas mal de choses ces derniers temps. J’ai du mal avec ta … « Nature », c’est vrai aussi.

-     Ça ne répond pas à ma question.

-     Je n’ai peut-être pas envie d’y répondre tout de suite. Ma réponse risquerait de te déplaire.

-     Parce que je suis un vampire, je suis forcément un monstre sanguinaire manipulateur et violent.

    Il me regarda d’un air lugubre :

-     Merde, peut-être que oui ! lâcha-t-il cinglant.

    Je poussai un soupir, résignée devant cette tête de mule. Rien de ce que je dirais ne l’atteindrait. Alors j’osai :

-     Lorsque tu verras Amy, tu comprendras.

-     Je comprendrai quoi ?

-     Tu verras qu’au fond elle est toujours la même.

-     Donc tu jubiles qu’Amy devienne comme toi ? Sous prétexte que ça va me faire une preuve pour te croire ?

-     Non, bien sûr. Notre condition est une malédiction. C’est une éternité de souffrance et de frustration pour qui veut bien se tenir. Mais nous traversons les siècles, nous avons accès à la connaissance, à l’évolution de la condition humaine, à l’art, à la technologie. Ça vaut la peine de le vivre.

-     Donc ta vie, si je résume, c’est te retenir de tuer et apprendre.

-     Oui, en effet. Mais il y a aussi l’amour, l’amitié, les rencontres.

    Il secoua la tête, pensif. Avais-je enfin marqué un point ? Allait-il enfin me croire ? Je repris :

-     Ça demande beaucoup d’entrainement et d’efforts, il se peut qu’Amy fasse des erreurs, comme nous tous.

-     Pourquoi me dis-tu cela ?

-     Amy va vivre, tu ne vas pas … ?

-     Je vais quoi ? retourner vivre dans notre petite maison du centre-ville. Non, surement pas. Je vais la laisser à vos bons soins pour le moment.

-     Jacob disait que tu voulais partir ? avançai-je, hésitante.

-     Je n’ai rien décidé. Ma condition aussi à quelques avantages.

    Il esquissa un sourire malicieux.

-     Finalement ! soupirai-je.

-     Ecoutes Alice. J’ai besoin de temps pour trouver ma place. J’ai besoin de temps pour assimiler tout cela. Du temps, c’est tout ce que je demande.

-     Et je pourrai peut-être prétendre être ton amie ?

-     Laisse-moi du temps, répéta-t-il. Pour l’instant mes instincts sont plutôt réfractaires à tout ça.

-     Voilà pourquoi tu veux rester alors. Tu veux vaincre Maria et les siens ! J’espère que ça ne nous inclus pas !

-     Le temps m’aide à y travailler. Je te parle sans y être forcé, c’est déjà un progrès !

-     Me donneras-tu de ce temps pour apprendre à me connaître, sans artifice ? tentai-je.

-     Peut-être. J’ai une dernière question : que t’inspire ma mutation ?

-     Je ne sais pas trop. Tu as beaucoup changé. J’ai peut-être moi aussi envie de connaître le vrai Lucian. Sans artifice.

-     Tu recommencerais tout à zéro ?

-     Si tu le souhaite, oui !

 

 

 

***

 

 

 

    Amy ouvrit doucement les yeux. Jasper, toujours auprès d’elle sur le canapé, lui souriait tendrement.

-     Comment te sens-tu ?

-     Heu, je me sens … moi … en plus éveillée.

    Elle se redressa doucement et se tint assise aux côtés de Jasper.

-     Je sens la chaleur du feu d’ici, c’est surprenant. Je vois la poussière sur la cheminée. J’entends … oh … si bien !

    Ses yeux se baissèrent sur le verre de sang, tiédit par la cheminée.

    Elle bondit dessus sans crier gare.

-     Voilà ce qu’il va falloir travailler, on ne se jette pas sur la nourriture, mademoiselle. On se refreine, annonça Jasper, amusé.

    Elle avait englouti le verre à toute vitesse.

-     Encore, demanda-t-elle en tendant le verre à Jasper.

    Il se dirigea vers le frigo et sortit une nouvelle poche. Il la versa dans le verre et le reposa sur la table, au plus près de la cheminée.

-     Non, viens t’asseoir, dit-il en l’attirant vers le canapé. Attend qu’il se réchauffe. C’est meilleur !

-     Mais …

-     Première règle : ne pas perdre le contrôle de soi : si tu veux survivre, tu dois absolument te contrôler. Je sais que tu as envie de ce verre plus que tout au monde. En cet instant rien d’autre ne compte que ce verre. Pourtant, regardes, je suis là. Et alors que tu trembles pour ce verre, que tout ton corps se mobilise en fonction de lui, je pourrais t’attraper et t’arracher la tête.

    A ce moment-là, il la saisit par la taille et l’attira fermement contre lui.

-     Chose que je ne ferais pas, bien sûr. Mais que d’autres pourraient faire. Ce monde est assez cruel.

    Ils se tenaient à quelques centimètres l’un de l’autre, Amy leva ses grands yeux rougis sur Jasper :

-     Tu es beau, je n’avais pas trop fait attention jusque-là, lâcha-t-elle, conquise.

-     Seconde règle, ne pas se laisser distraire et garder le fil. Tu voulais boire et maintenant tu me dragues.

    Amy sourit, gênée. Ils relâchèrent leur étreinte. Amy se força à s’asseoir sur le canapé.

-     Est-ce que je trouverai Lucian aussi beau que toi, demanda-t-elle ? mutine. Je me souviens qu’on a parlé de lui, mais je l’ai presque oublié, pourquoi ?

-     Tu devrais faire une croix sur Lucian, passer à autre chose. Il n’est plus pour toi.

-     Il est … avec elle ?

-     Je ne crois pas, non. Ils ont l’air d’être en froid.

-     Il… est un loup ?

-     Oui, on verra ça plus tard. Occupons-nous de toi : ton éducation de jeune vampirette. Un danger rôde autour de nous, il va falloir t’adapter, vite.

-     Il m’a brisé le cœur, je ressens … un énorme vide, une plaie béante et douloureuse. Je ne veux pas rester ici, je ne veux pas le revoir.

-     Je t’emmènerai loin, rien ne me retient plus ici.

    Amy sauta au cou de Jasper et l’étreignit fortement.

-     Merci, lui murmura-t-elle à l’oreille. Merci d’être là pour moi. Ça me plait que nous soyons pareil. Tu es gentil.

    Jasper lui sourit :

-     Si tu m’écoutes, tu traverseras les siècles sans encombre.

-     Avec toi ?

    Jasper sourit, amusé :

-     Pourquoi pas, après tout.

-     Alors je veux tout savoir.

-     Pour le moment, tu vas rester là et siroter ton verre. Je vais aller chercher des réserves.

    Jasper se rendit à la cave où il avait installé un congélateur. Celui-ci était remplit de poches de sang. Il se saisit de deux nouvelles poches, une pour Amy, qui devrait enfin se sentir rassasiée pour quelques heures et une pour lui. Quel luxe de ne plus avoir à chasser des animaux sauvages. Quelle bêtise de penser que le sang humain allait le changer.

    Soudain, il entendit un bruit à l’étage. Il se précipita dans le salon : vide. Il courut sur le perron de la maison. Une odeur bien connue flottait dans l’air : Maria.

-     Jasper ! entendit-t-il à quelques mètres de là.

    La scène qu’il avait sous les yeux était surréaliste. Amy, tenue par derrière par un des sbires de Maria, projetait ses mains devant elle. Face à elle, Maria et la brunette, paralysées, luttaient pour retrouver leur mobilité.

-     Fais-lui baisser les bras, bon sang, hurla Maria au géant qui tenait Amy.

    Maria tourna les yeux en direction de Jasper et ricana méchamment. L’homme fit baisser les bras à Amy et tous disparurent instantanément. L’autre fille, avec eux, était bien un bouclier.

    Jasper se sentit soulevé et projeté férocement contre le mur en pièce de la grande pièce. Il se releva, étourdi et seul. Il fulminait. Il n’avait rien vu venir. Pourquoi Maria voulait-elle Amy ? Que mijotait-elle ?

 

 

 

***

 

 

 

    Quelques minutes avant la fin de mon cours, mon téléphone vibra sur le coin de mon bureau. Alice m’avait envoyé un message :

 

Amy est réveillée, on doit parler.

Je t’emmène à la villa après les cours.

 

    Je terminai mon cours, nerveux. Amy était réveillée, vivante, en quelque sorte. Comment allais-je la trouver ? Je couru au parking et cherchai la voiture d’Alice. Il pleuvait à verses et l’idée de ne pas y aller en moto m’emballait. Je scrutai le parking quand la Volvo grise s’arrêta devant moi :

-     Votre taxi est avancé, annonça-t-elle alors que je m’engouffrai à l’intérieur pour éviter d’être encore plus mouillé.

-     Comment va-t-elle ?

-     Bonjour, moi ça va, merci et toi ?

-     Alice, oh, ok bonjour. Viens-en au fait !

-     Alice enfonça la pédale d’accélérateur et prit la direction du Nord de la ville pour rejoindre la villa.

-     Il semble que ta fiancée aille bien. Elle a toute sa tête.

-     Ouf, alors ça va bien se passer pour elle ?

-     C’est … un peu plus compliqué que cela.

    Alice parlait par énigmes et ça m’énervait. D’où venait donc ce besoin d’être mystérieux chez les vampires ?

-     Alice, s’il te plaît, la priai-je.

-     Si tu me promets de rester calme et de ne pas arracher l’intérieur de ma voiture.

-     Ok, quel est le problème ?

-     Amy a échappé un instant à la vigilance de Jasper, Maria l’a enlevé, avoua Alice, prête à subir ma colère.

-     Quoi ? Ton soi-disant champion en stratégie guerrière de mari s’est laissé berné par celle qui lui a tout appris ? Tu ne crois pas qu’il aurait pu la voir venir ? C’est une blague, ou une ruse de sa part. Il est contre nous, il veut me faire payer !

-     Voilà donc les fameux symptômes que Jacob nous a décrit, soupira-t-elle.

-     Quels symptômes ?

-     Tu nous dénigres, systématiquement. Tel un bon gros loup, tu stigmatises les vampires. Nous ne sommes que le mal, tu ne nous laisses aucune chance. Mais tout n’est pas blanc, ou noir Lucian. Jasper voulait vraiment aider Amy. Je le connais depuis tant d’années ! Et même s’il comptait probablement nous rendre un peu jaloux, après la pseudo-histoire que nous n’avons pas eu, il aurait pris soin d’elle. Il n’est pas contre nous.

-     Il boit du sang humain, opposai-je.

-     Ça n’est pas facile pour nous ! hurla Alice. Et il ne tue personne !

    Le silence se fit dans la voiture. Je me tournai vers Alice. Elle regardait fixement sa route, les traits tirés par la colère. Je repris, calmement :

-     Alors qu’est-ce que Maria veut d’Amy ?

-     Nous aimerions bien le savoir, répondit-elle froidement.

    Alice se gara devant la maison familiale. Nous descendîmes rapidement de la voiture nous mettre à l’abri. Sans un regard, elle poussa la porte d’entrée et se dirigea vers Esmé dans le grand salon. Elle le traversa d’une traite sans faire attention aux autres personnes présentes. Jasper était là. Je m’approchai de Jacob et Billy. Jasper m’observa prendre place auprès de mon frère puis s’éclaircit la gorge. Je n’avais pas revu le grand blond depuis longtemps. D’une grande élégance, il émanait de lui une puissance et une assurance incroyable. Il avait perdu Amy, il était dans la même pièce qu’Alice mais rien ne semblait l’affecter ou le fragiliser. Ses boucles blondes ornaient son visage d’albâtre et lui donnait tout le charme d’un super-héros. Il aurait fait un parfait personnage de Comics.

-     Bien, maintenant que nous sommes au complet, nous allons pouvoir commencer, lança-t-il.

    Evidemment, il n’évoqua pas directement ma présence et prononça encore moins mon prénom.

    Jacob perçut mon agacement et me donna un léger coup de genou. Je levai les yeux vers lui, il me fit signe de respirer, de lâcher prise. Au fond, il n’avait pas fait cas d’Alice non plus. Edward me sourit gentiment et me fit un léger signe de la tête pour me rassurer. C’est vrai qu’il lisait les pensées celui-là. Il haussa les épaules, d’un air désolé.

-     Donc, physiologiquement et psychologiquement, Amy va très bien, reprit Jasper. Je ne la connaissais que très peu avant sa mutation mais elle semble avoir toutes ses facultés. Elle raisonne, elle plaisante. Il semble que certains souvenirs se soient estompés mais rien d’anormal vu son état précédent.

    Jasper posa les yeux sur moi, comme s’il me narguait. Calme-toi mon vieux !

-     Elle a bien réagi à mes premiers tests, elle devrait gérer son état. Ça, c’est la partie la plus facile.

-     Ce qui signifie là ? demanda Rosalie, inquiète.

-     Elle a un pouvoir. Je ne sais pas si Maria l’a flairé ou si ça a été une surprise pour elle comme pour moi. Mais il se trouve qu’aujourd’hui Amy est avec eux et si Maria arrive à la rallier à elle, nous sommes en danger.

    Toute l’assistance était suspendue aux lèvres de Jasper. Des échanges de regards inquiets fusaient aussi bien chez les loups que chez les vampires.

-     Qu’est-ce qui peut être si dangereux ? demanda Billy.

-     D’après ce que j’ai vu, elle peut figer les gens. Pour l’instant, elle ne sait pas ce qui lui arrive, je ne lui ai pas expliqué pour nos dons. Elle a simplement avancé ses mains devant Maria et son bouclier, en position défensive, et cela les a cloués sur place. Elles ont réussi à lutter et à communiquer avec leur acolyte pour qu’il la désarme en lui faisant baisser les bras puis elles ont disparu dès que la fille bouclier a pu réutiliser son don. Si Amy apprend à gérer parfaitement son pouvoir et se retourne contre nous, ce sera la fin pour nous, sans aucun doute.

-     Je pourrai toujours la bloquer, dit Bella.

-     J’allais y venir. Quoi qu’il se passe, aujourd’hui tu es notre seul espoir Bella. Tu ne dois jamais relâcher ta garde et toujours te protéger. Il va falloir que tu travailles pour essayer de projeter ton bouclier sur toi non-stop. Et je t’entraînerai au combat, encore plus. Toi seule peux te protéger d’Amy, nous protéger.

-     Comment sait-on que son pouvoir atteint les loups ? demandai-je innocemment.

-     Son pouvoir, comme tous les pouvoirs des vampires, pourra certainement atteindre n’importe quel être vivant, rétorqua-t-il dédaigneusement. Ce qu’il faut, c’est les retrouver et les anéantir au plus vite.

-     Amy aussi ? demandai-je, affolé.

-     Tant que nous ne savons pas si elle est de notre côté, elle est une menace. Pour nous, comme pour les humains. Qui sait comment Maria compte l’utiliser ?

    Je tournai les yeux vers Alice. Elle avait, elle aussi, un air affolé. L’avenir d’Amy l’affectait et cela me touchait. Cela la rendait … humaine. Je m’arrêtai un moment sur son visage. Il était si beau. La colère que j’avais ressentie ces derniers jours s’apaisait un peu.

    Jasper reprit :

-     Pour la sécurité de tous, je vais vous demander à chacun de vous impliquer dans notre quête.

    Il se tourna vers Billy Jacob et moi-même :

-     Il faut nous déployer pour la trouver et agir vite. Seriez-vous d’accord pour renforcer vos rondes et les étendre à notre territoire ? Rien de définitif bien sûr, mais j’aimerais que vous assuriez la protection de Forks et de ma famille. Certains des miens seront souvent en dehors du comté, jusqu’à ce qu’on trouve Maria et les siens. J’aimerais que le reste de ma famille soit mise sous protection.

-     Oui, répondit Billy. Je pense que nous serons assez nombreux pour organiser de telles rondes. En retour promettez-moi de prendre soin des miens.

-     Cela va sans dire répondit Esmé. Ils seront les bienvenus à la maison s’ils le souhaitent.

-     Ils n’ont rien à craindre de nous, ajouta Carlisle.

-     Il faudrait leur fournir de nos vêtements, qu’ils reconnaissent nos odeurs facilement, proposa Bella.

-     Oh la vache ! répondit Jacob. Tu veux nous intoxiquer ou quoi.

    Bella regarda Jacob d’un air malicieux et Rosalie, proche de lui, lui murmura à l’oreille :

-     Je vais te botter les fesses si tu continues mon loulou.

-     Recule, veux-tu, je n’aurai pas besoin d’un vêtement à toi. Ton odeur de blonde est vraiment infecte. Je la faire à des kilomètres à la ronde.

    Ils se toisèrent mi-figue mi-raisin. Ces deux-là étaient comme chien et chat mais leur amour pour Renesmé en faisait aussi les meilleurs amis du monde. Ça, il ne fallait surtout pas l’énoncer devant eux, sous peine de se faire lyncher. Je les observai, amusé et envieux.

-     Bonne idée Bella. Pour ce qui est de nous, continua Jasper, nous partirons par groupe de deux à la recherche de Maria et son équipe. Alice, Emmett, vos weekends seront consacrés à cela. Votre travail à Forks ne doit pas en pâtir. Je partirai avec Rosalie. Bella et Edward, Esmé et Carlisle, vous formerez deux autres équipes. Je rejoindrai chacun d’entre vous sur le terrain pour faire le lien.

-     Ok Jasper, répondit Carlisle. Maria ne sera pas facile à débusquer et cela risque de prendre quelques jours. Je pense qu’il serait sage de la localiser dans un premier temps. Sans se faire voir. Nous définirons un plan d’attaque ensuite.

-     Oui, nous nous en remettons à toi. Demain, mercredi, nous partirons à l’aube. J’emmène Bella et Edward.

    Le couple acquiesça. Jasper s’approcha d’eux pour les recommandations d’usage et pris rapidement congé. Renesmé s’approcha de ses parents :

-     Je n’aime pas vous savoir partis quand il y a du danger. Soyez prudent.

-     Ma belle, répondit son père, ça n’est que du repérage, nous ne prendrons aucun risque. Jacob, tu prendras soin d’elle ?

-     Bien sûr, répondit ce dernier.

    Il s’approcha de Renesmé et la saisi par la taille. Il déposa un baiser sur sa tempe et l’étreignit tendrement.

-     Nous resterons à La Push. J’ai quasiment fini de construire notre maison. Même si elle est très peu meublée, elle est habitable.

-     Dès que tout cela sera fini, il faudra l’inaugurer, dit Renesmé, tante Alice, je compte sur toi !

    Renesmé lança un clin d’œil entendu à Alice. Celle-ci répondit en retour par un petit sourire gêné. Elle était visiblement très mal à l’aise parmi nous tous.

    Carlisle prit de nouveau la parole, pour nous annoncer ce qui semblerait le plus normal dans le monde humain :

-     Il faut organiser les obsèques d’Amy. Lucian, peux-tu organiser cela pour vendredi ?

-     Oui, c’est vrai, répondis-je, un peu perdu. Comment va-t-on faire pour le corps ?

-     Ça c’est ma partie, assura Carlisle, tu dois faire en sorte qu’on ait un cercueil et un emplacement au cimetière.

    Nous prîmes congés et je décidai d’accompagner Billy et Jacob à La Push. Ils devaient avertir les autres de ce qui allait se passer. Sachant Sam réticent à tout ce qui concernait les vampires, nous ne serions pas trop de trois pour leur faire entendre raison.

    Sam et Paul répareraient un vieux bahut et Emily cuisinait à l’intérieur.

-     Appelle tout le monde Sam s’il te plaît, demanda Billy.

    Quelques instants plus tard, la montagne de brioches d’Emily fût réduite à néant par les membres affamés de la meute.

    Les garçons chahutaient à propos des pronostics du prochain match. Ils parlaient et riaient fort. Je restai un peu à l’écart, peu habitué à un tel étalage de testostérone. Mes potes de concerts étaient moins bagarreurs et l’ambiance entre nous était en général un peu plus posée.

    J’avais pourtant l’impression de les connaitre depuis toujours. Entendre leurs pensées dans notre forme animale nous avait soudé par une intimité si forte que je connaissais tout de leur vie. Alors qu’ils parlaient tous ensemble, j’associai leur voix à leur visage humain. C’était un tout, nous étions un tout. Même à l’écart, je faisais partie de leur tout.

    Leah se tenait à part, elle aussi. Elle devait se sentir bien seule au milieu de tous ces garçons. C’était une fille magnifique, et seule. Elle était l’ex de Sam, était-elle intouchable pour autant ? Les loups avaient l’habitude de partager leur relation avec la meute, leurs pensées étaient transparentes. Etait-ce différent quand il s’agissait de deux membres de la meute ou avait-elle vraiment un caractère infernal ?

    Je m’approchai d’elle pour entamer la conversation. En me regardant approcher, j’avais l’impression qu’elle regardait un extra-terrestre.

-     Tu n’es pas obligé d’être poli avec moi, dit-elle froidement. J’ai l’habitude d’être seule.

-     Je voulais juste m’intéresser à toi, en tant que membre de la meute, répondis-je penaud.

-     Ne perds pas ton temps. Je ne suis pas libre, rétorqua-t-elle.

-     C’est quoi ce comportement, m’exclamai-je. Pourquoi es-tu comme ça ?

-     J’ai décidé d’attendre d’être imprégnée de quelqu’un pour m’investir dans une relation. Je ne me suis pas imprégnée de toi, ça ne sert à rien que je te fréquente, annonça-t-elle sèchement.

-     Il n’y a que ça qui compte pour toi ? trouver ta moitié ? m’enquis-je.

-     Oui, le reste est futile et douloureux.

    Elle détourna la tête, comme pour mettre fin à notre échange.

-     Tu fais référence à ta relation avec Sam ? continuai-je malgré tout.

-     Evidemment, dit-elle en haussant les épaules. Pourquoi poses-tu la question ?

-     Alors tu es réfractaire à toute relation humaine dans l’attente de ton prince charmant. C’est un peu réducteur non ?

-     Ça me convient.

-     Et s’il n’existait pas ?

-     Si tu es là pour me casser le moral, tu peux retourner d’où tu viens.

-     Non ce que je veux dire, c’est qu’il y a aussi l’amitié, ça compte !

-     Il n’y a que des hommes ici. Et je ne peux pas me confier à la plupart des femmes. Même celles qui sont dans le secret ne me comprendraient pas.

-     Et l’amitié avec les membres de la meute ?

-     Entre hommes et femmes ? Impossible ! voué à l’échec. C’est contre-nature.

-     Bon, c’est dit, au moins je sais à quoi m’en tenir, répondis-je perplexe.

    Alors que Billy réclamait le silence, elle me regarda en haussant les sourcils. J’étais triste pour elle. Elle avait une vie misérable. Jamais je ne me comporterais comme elle.

-     Les enfants, nos rondes vont devoir s’agrandir. Les vampires vont partir chasser la guerrière et nous chargent de surveiller leur territoire et la ville.

-     Et pourquoi partent-ils la traquer comme ça du jour au lendemain ? demanda Paul.

-     La guerrière a transformé la petite amie de Lucian et l’a enlevé. Elle possède le pouvoir de figer, c’est très dangereux pour nous tous. Il faut en finir, et vite.

-     Est-on sûr ? C’est bien elle qui a transformé ta petite amie Lucian ? demanda Jared.

-     A priori oui, répondis-je.

-     Ça ne serait pas plutôt ce vampire auquel tu as piqué la femme ?

-     Je n’ai piqué la femme de personne, rétorquai-je. Et Jasper nous a assuré du contraire.

-     Et vous, comme d’habitude, vous croyez les vampires ! cracha Sam.

-     Ils ne cherchent qu’à vivre tranquillement. Ils ne nous cherchent pas querelle, dit Billy.

-     Pourtant un nouveau vampire a été créé, ils ont rompu le traité ! jeta Paul.

-     Les Cullen n’ont rien rompu ! assura Jacob en se dirigeant sur Paul.

-     Eh doucement ! Notre mission est de protéger les humains et nos amis. Nous effectuerons les rondes comme ils l’ont demandé, un point c’est tout ! trancha Billy. Il marqua un silence et reprit :

-     Une fois le danger sera passé, nous en reparlerons. Pour l’instant, obéissez ! Billy parlait d’une voix tonitruante.

-     Depuis quand donnes-tu des ordres à la meute ? demanda Sam, visiblement contrarié.

-     Depuis que vous faites les mauvais choix. Nous devons nous concentrer sur le danger immédiat. Tant que les Cullen nous aident à éliminer celui-ci, ils restent nos alliés.

    Le silence se fit dans l’assemblée. Tous étaient suspendus aux lèvres de Sam. Celui-ci prit le temps de la réflexion. Mon cœur battait à tout rompre. J’avais parfaitement compris que les intentions des Cullen étaient louables. Celles de Jasper aussi. Je savais pertinemment qu’ils étaient du bon côté, de notre côté.

-     Billy à raison ! concéda Sam. Nous ferons les rondes. Vous quatre, vous commencez dès ce soir, deux par deux.

-     Puis-je aller avec eux ? demandai-je d’un ton décidé.

-     Pourquoi ? Je croyais que tu n’aimais pas trop faire partie de la meute, s’étonna Billy.

-     Je suis concerné, rétorquai-je, je veux aider.

-     Ok, vas-y, acquiesça Sam.

    Je suivis sans perdre de temps les Indiens qui partaient déjà vers la forêt. Jacob me fit un clin d’œil entendu et je perçus alors immédiatement ce qu’était une relation fraternelle : il avait parfaitement compris mes intentions. Je me déshabillai à la hâte et lançai mes vêtements en boule sur le siège passager de la voiture de Jacob. Je mutai en un rien de temps et parti rejoindre les autres. La nuit tombait sur la forêt mais mes craintes s’étaient envolées. Mon but était simple. Mon esprit, l’accès à mes pensées serait un atout cette fois. Leur montrer la bonne foi des Cullen. J’allais plaider la cause des vampires !

    J’admettais finalement que les Cullen n’étaient pas nos ennemis. Certes ils voulaient se protéger du danger mais ils n’oubliaient jamais les habitants de Forks. Même Jasper était remonté dans mon estime. Oui, il voulait toujours me tuer mais il avait pris soin d’Amy. Quelques soient ses sentiments envers moi, je lui devais bien ça.


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