Blue Hour

Chapitre 22 : Et si ...

Chapitre final

5447 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 23/08/2023 19:36

   J’avais besoin de faire le point. J’avais besoin, pour cela, d’être seul. Mais Alice était ma cavalière et après ce qui s’était passé ce soir, j’avais bien compris qu’elle ne me lâcherait pas comme ça. Que ce soit le baiser que nous avions échangé ou notre altercation concernant la conduite à tenir face au meurtre de Lucy, commis par mon ex, nous avions des choses à nous dire et elle n’en démordrait pas.

    Pourtant, j’aurais souhaité être seul pour faire le point. Ou avec Jacob. Nous avions échangé quelques textos sur les évènements et il avait été catégorique. Pour lui, Maria était forcément à l’origine de ce carnage. Elle avait fait Amy, l’avait forcée à boire du sang humain et l’avait renvoyée ici pour semer la discorde entre nous. Alice m’avait tenu le même discours. On se croyait dans un film machiavélique. Tout cela était tellement loin de ma vie à Chicago.

    Et Alice m’avait embrassé. Son baiser m’avait embarqué dans un tourbillon de douceur, de tendresse et d’intensité auquel je ne m’attendais pas du tout. Ça avait été un moment particulièrement fort, et ça m’avait plu, tellement plu ! J’avais tant rêvé de ce moment, sans pour autant imaginer qu’elle en serait à l’origine. Je ne pouvais nier l’évidence : j’en étais rendu au même point qu’au départ, j’étais indéniablement amoureux d’Alice. Pourtant ça n’était plus ce que je souhaitais.

    L’instant d’après, nous avions été projeté dans l’horreur du crime d’Amy. Même si j’arrivais à croire que Maria était derrière tout cela, cette avalanche de sensations, ces images de violence, tout cela était déstabilisant. J’avais besoin de faire le point. Qui étais-je au milieu de tout ça ? Rien n’avait de sens pour moi, rien n’était normal. Alice était un vampire et j’étais bien avec elle. Amy était devenue une tueuse. Ma nouvelle famille et moi-même pouvions nous transformer en loup géant à la demande. Que faire de tout cela ? Comment mon cerveau pouvait-il s’adapter à tant de bizarreries ? S’agissait-il de trouver des réponses ou de simplement accepter les faits ?

    Je suivi Alice en direction de la forêt. J’avais accepté sa proposition de faire une course. Au moins, cela me détendrait, me fatiguerait un peu plus et me permettrait peut-être de passer une bonne nuit, mes idées seraient alors plus claires !

    La nuit était fraîche, le ciel s’était paré d’une couleur rose foncé, annonciatrice de neige.

-     Tu comptes aller en forêt comme ça ? demandai-je à Alice en désignant sa robe et ses chaussures à talon.

-     Il faut bien que j’aie un handicap, me nargua-t-elle, sinon je suis sûre de gagner !

-     Ha ha, très drôle. Je suis peut-être novice mais j’apprends vite, rétorquai-je, défiant.

-     Voyons ça, on est parti dans un, deux …

-     Attends, objectai-je, tu permets que je pose mes vêtements avant, ce costume m’a coûté un max ! Et je n’ai pas ta fortune, ajoutai-je, moqueur.

    Elle me laissa un moment en désignant de la forêt :

-     Dépêche-toi, j’ai une fortune à aller gérer, dit-elle, ironique.

    Je m’avançai sous les arbres, et me déshabillai. Je pris soin d’attacher mon caleçon à ma cheville, pour assurer mon retour à l’état humain. C’était peu, mais c’était au moins ça.

    Enfin prêt, je déclarai tout en démarrant :

-     Je suis parti, qu’attends-tu ?

    J’entendis Alice rager et entamer sa course derrière moi. Nous courions à travers l’obscurité de la forêt qui me semblait pourtant si clair derrière mes yeux de loup. Un atout bien pratique. Alice me talonnait sans pour autant me dépasser. J’avais gagné en vitesse et en précision grâce à mes dernières rondes avec la meute. Nous filions dans la nuit. Plus je courrais, plus ma peine s’allégeait.

    Puis, subitement, le silence se fit autour de moi. Je n’entendis plus Alice. Les légers bruits de ses pas et du frottement de sa robe ne parvenaient plus jusqu’à moi.  N’ayant pas la possibilité de l’appeler par son prénom, je poussai un aboiement sec, suivi d’un grognement annonçant que j’étais sur mes gardes. Pas de réponse. Je réfléchis, vite. Ton flair, sers-toi de ton flair ! A quoi jouait-elle ? Si c’était un test pour mesurer mon flair, je ne trouvais pas ça très drôle.

    Je décidai de rebrousser chemin en quête de l’odeur d’Alice. Je retrouvai facilement sa trace et, quelques mètres plus loin, celle d’un étranger vint se mêler à la sienne. Pas tout à fait un étranger. J’avais déjà senti cette odeur. C’était celle d’un des hommes de Maria. Alice était en danger. Mon cœur se mit à battre à tout rompre dans mon poitrail. Elle était manifestement tombée dans un piège. Je suivi les deux odeurs mêlées en restant le plus discret possible. Le vent risquait de trahir ma propre odeur et si je m’approchais trop près sans précaution, sans un plan, je courais à ma perte.

    Puis je les vis : Au détour d’un grand frêne, j’aperçus l’homme, aussi grand que celui que j’avais croisé dans le bureau de Mr Greene. Il tenait Alice à bout de bras contre un arbre. Je le voyais de dos mais son attitude féroce ne m’échappait pas.

    Courage mon vieux, toi aussi tu es féroce, me dis-je en moi-même.

-     Donne-moi la fille, disait-il. Sa voix éraillée était menaçante et déterminée.

-     Lâche-moi, sale brute, râlait Alice. Lâche-moi et je vais t’apprendre à traiter une dame de la sorte.

    Personne n’est habitué à cela, disait Alice. Pourtant, elle avait un sacré aplomb face à la situation.

    Je retroussai mes babines pour laisser apparaître mes dents que je savais énormes. Je me mis à grogner en avançant doucement vers le monstre.

    Il se retourna et je fus surpris par l’intensité de ses yeux rouge qui luisaient de méchanceté. Il jeta un coup d’œil rapide à Alice, toujours suspendue au bout de son bras à essayer de se débattre. Puis, très vite, il la lança de toutes ses forces. Alice atterri contre un arbre dans un bruit de craquement atroce. Ses os avaient dû se briser en mille morceaux. A terre, elle ne bougeait plus. Je n’osais penser au pire, non, ça n’est pas comme ça qu’on tue un vampire. Elle allait se réveiller.

    En attendant, je me retrouvai seul face au géant. Cette fois, personne ne viendrait à mon secours et je devais assumer ce pourquoi j’étais fait : je devais le tuer. Pour ma propre survie mais aussi pour celle d’Alice.

    Campé sur mes pattes, prêt à bondir, j’observai mon adversaire. Sa façon de bouger m’apprenait des choses. Son pied d’appel était le gauche. S’il devait feinter, il feinterait à gauche. Ne pas attaquer par devant, me souvins-je.

    Je filai rapidement sur la droite du vampire et me tapit un peu plus loin dans l’ombre des arbres.

-     Où es-tu, sale chien ? On a peur de son maître ? viens là mon toutou, dit-il, d’un ton moqueur.

    Concentre-toi, me dis-je.

    Je le voyais tourner sur lui-même à la recherche du moindre mouvement de ma part. Si je voulais le prendre par surprise, le champ d’action serait très court, et le saut très long. Je revis mentalement nos courses avec la meute, nos franchissements de falaises, de rivières, lors desquels je surpassais mes capacités à chaque fois.

    Tu peux le faire.

    A ce moment-là, je vis Alice qui commençait à bouger. Elle n’avait pas encore récupéré mais s’animait petit à petit. Il me fallait agir avant qu’il ne fonde à nouveau sur elle.

    Il tourna la tête vers elle et je choisi ce moment d’inattention à mon égard pour m’élancer et fondre sur lui. A mon grand étonnement, mon élan m’amena directement sur lui, et je lui tombai dessus par derrière, agrippant son épaule de ma mâchoire puissance. Il se débattit comme un diable qu’il était mais je ne lâchai rien. Je le serrai si fort que son épaule finit par lâcher dans la bagarre. Je restai immobile, le bras dans la gueule, face à mon adversaire effrayé. Puis je lâchai le bras inerte et le reste se passa très vite. Je fondis sur lui et le saisit au cou sans crainte qu’il ne m’enserre avec un seul bras. Il agrippa mon pelage avec force et je senti qu’il fallait que j’en finisse vite avant qu’il ne me brise une côte. Pas si simple finalement. Je me dégageai de son bras ce qui eu pour effet lui faire perdre l’équilibre. Je n’attendis pas une seconde et plongeai à nouveau sur sa gorge. Je serrai de toutes mes forces et senti enfin la tête se détacher sur reste du corps. Je reculai, observant les restes du vampire, que j’avais déchiqueté en trois parties. Je l’avais tué. J’avais tué ! Mon Dieu.

    La panique s’empara de moi. Et l’air me manqua. Je râlai en m’affalant au sol.

    Alice, s’approcha de moi doucement.

-     Ça va aller Lucian, calme-toi. Essaye de respirer calmement.

    Je sentis sa main caresser mon échine ? Sa fraîcheur calma instantanément ma panique. Je me concentrai sur cette caresse, seulement elle.

    Je m’élevais brusquement sur mes pattes, conscient que j’allais redevenir humain d’un instant à l’autre. Je m’enfuis derrière un arbre et sautai dans mon caleçon alors même que la mutation était à peine finie.

    Je m’adossai à l’arbre, épuisé. Les émotions me submergèrent. Les larmes coulaient, je pleurais, inconsolable.

    Alice apparu devant moi et pris ma tête dans ses mains.

-     Lucian, non, dit-elle en me dévisageant, je suis désolée. Parle-moi, je t’en prie.

-     J’ai tué, réussis-je à bredouiller entre deux hoquets. Je suis un tueur.

-      Tu as tué un nuisible, tel un chasseur. Tu n’as rien à te reprocher Lucian.

    Etourdis par le chagrin, dégouté par moi-même, je décidai de lui avouer le pire :

-      Alice, j’ai aimé ça, admis-je, révulsé.

-     Elle sourit, amusée :

-     C’est ta nature Lucian, que tu le veuilles ou non. Tu finiras par t’y faire.

-     Je ne veux pas être comme ça ! dis-je, désespéré.

-     Comme aucun d’entre nous. C’est pour cela que nous partageons notre fardeau. Que nous sommes une famille.

    Je la regardai, à bout, implorant je ne sais quelle aide qui ne viendrait pas. Alors, elle déposa un baiser sur mes lèvres mouillées de mes larmes.

    La fraicheur de ses lèvres calma mon désarroi, ma colère. Je me laissai aller dans un baiser plus intime, plus intense.

    Sa bouche était agréable, je sentais le désir dans ses baisers. J’avais toujours pensé qu’embrasser un vampire était embrasser la mort elle-même.

    J’avais tort. Le baiser que je recevais était vivant, passionné, bouillant. Je sentais son souffle sur ma joue alors que mes mains glissaient de son cou à ses épaules, de ses épaules à sa taille. Je serrai Alice contre moi et la senti tressaillir de bonheur. Notre éteinte devenait une douce ivresse, à laquelle ni elle ni moi n’avions envie de mettre fin.

    Ma bouche glissa dans son cou.   L’odeur de sa peau était agréable, envoutante, si loin de l’odeur de cadavre que je m’étais imaginé.

    Ses mains touchèrent mon torse nu. Leur fraicheur s’estompa alors qu’elles s’attardaient.

    J’avais envie de gouter à chaque centimètre de sa peau et elle en faisait de même. L’étreinte que nous vivions était tellement plus forte que ce que j’avais vécu jusque-là. La fièvre de nos ardeurs nous entraîna violemment à terre et nous roulâmes ensemble dans l’extase, sans douleur.

    Alice souriait, dans ses yeux, l’ambre liquide pétillait telle un feu d’artifice à la lueur de la lune. La douceur de ses caresses, la profondeur de son regard, la franchise de son sourire, la perfection de ses courbes, tout me plaisait chez elle, elle me comblait de bonheur.

    Si cette vie était le prix à payer pour revivre un moment pareil, alors j’étais prêt.

-     Promets-moi que tu ne partiras pas, souffla-t-elle à mon oreille.

-     Je viens de comprendre beaucoup de choses, semble-t-il, lui dis-je en caressant le contour de son visage. Et surtout que, face à mon malheur, un bonheur plus grand m’attendait.

    Le visage d’Alice s’illumina.

-     Est-ce que fais partie de ce bonheur ? demanda-t-elle, mutine.

-     Il semble que oui, répondis-je souriant. Je n’aurais jamais pensé vivre quelque chose d’aussi intense. Ni que cela puisse être si simple et si agréable entre nous.

-     Et tu n’as encore rien vu, ajouta-t-elle en se levant.

    Elle se rhabilla si vite que j’eus à peine le temps de profiter du spectacle.

    Me rhabiller me demanda tout aussi peu de temps. Je n’avais que mon caleçon sous la main. Je me tins devant elle, a demi-nu. Elle s’approcha doucement et caressa mon torse de sa main redevenue fraîche :

-     Lucian, moi aussi je viens de comprendre quelque chose. Et tu dois le savoir : je n’avais jamais ressenti quelque chose comme ça, non plus. Cette complicité charnelle, je ne connaissais pas.

-     Il semblerait, contre toute attente, qu’on soit finalement fait l’un pour l’autre, avouai-je, me surprenant moi-même.

    Mais si j’étais bien sûr d’une chose à ce moment-là, c’est que je voulais être avec Alice, encore et toujours.

-     Ça reste surprenant, dit-elle pensive, entre deux ennemis naturels …

-      Tu remets ça ? tu veux encore qu’on se dispute ? je ne te comprends pas !

    J’étais excédé par sa remarque. Pourquoi, dans un moment si beau, chercher des réponses était-il si important ? Tout ce qui comptait, c’était que l’on soit bien ensemble, et elle gâchait tout.

-     Je cherche simplement à comprendre, reprit-elle. Et je pense avoir compris, en partie. Tu es mon chanteur, je l’ai su dès la première fois où je t’ai vu. Mais que tu supportes mon odeur alors que les autres loups la détestent, j’ai du mal à l’expliquer. Et pourtant, tu n’as pas eu l’impression de t’imprégner de moi ?

-     J’ai toujours été attiré par toi, je l’ai longtemps refoulé. Peut-être est-ce pour ça ?

-     Peut-être, mais dans quel but la nature souhaite nous réunir ? Elle l’a déjà fait entre Renesmé et Jacob, pourquoi encore ? C’est ça que je ne comprends pas. Pourquoi réunir des ennemis naturels ? s’interrogea-t-elle.

-     Est-ce que ça te gène vraiment ? demandai-je tout bas.

-     Non, tu as raison, je suis heureuse, c’est ce qui compte. Et c’est de toi dont je suis tombée amoureuse, quoi que tu sois.

-     Qui sait, tout comme notre existence, notre relation dépasse probablement la nature elle-même, elle n’est surement pas actrice là-dedans, tentai-je.

-     C’est beau ce que tu dis ! répondit-elle conquise. Et en plus tu sais casser du méchant. Tu m’as sauvée ce soir.

    Elle me regarda de ses grands yeux pétillants. J’étais heureux, tout simplement.

    Nous retournâmes, enlacés, à l’orée de la forêt, où j’avais laissé mes vêtements. Je me rhabillai, heureux de retrouver mon costume.

-     J’ai besoin d’une bonne douche, dis-je en baillant.

-     Rentrons, dit-elle. Nous nous reverrons demain.

-     Tu veux venir chez moi ? osai-je. Je n’avais définitivement pas envie de la quitter.

-     Nous devons faire ça dans les règles, Lucian, chaque chose en son temps. Je suis encore mariée et je dois parler à ma famille. La situation est particulière.

    Je savais qu’elle avait raison, et, avec ces mots, je prenais la mesure de la situation.

    Elle déposa un baiser sur mes lèvres et s’éloigna dans la nuit. A bout de forces, je me dirigeai vers ma petite maison de Wood Street.

 

    Le lendemain, j’étais heureux, épanoui, comme jamais je ne l’avais été. Il me tardait de retrouver Alice, de partager d’autres moments avec elle, de la voir sourire, rire aux éclats à mes sottises. Je ne m’étais pas encore vraiment remis de notre étreinte de la veille. Je n’en revenais pas. Quelle passion, quelle intensité ! Rien ne comptait d’autre que nous deux. Elle m’avait fait oublier le vampire. Et finalement, je l’acceptais, ça faisait partie d’un tout. Je faisais partie de ce tout. Du monde hors normes des loups garous et des vampires. J’étais chez moi.

    La matinée passa. J’avais laissé un massage à Alice en me levant, pour savoir à quel moment on pouvait se retrouver. Pas de réponse.

    En début d’après-midi, je tentai d’appeler Emmett.

-     Alice, dit-il, surpris, on pensait qu’elle était avec toi, elle n’est pas rentrée cette nuit.

    Mon sang ne fit qu’un tour. Je repensai subitement au vampire dans la forêt.

-     Emmett, hier soir nous sommes allés en forêt avec Alice et j’ai tué un vampire à la solde de Maria.

-     Quoi ? je ne sais pas ce qui me surprend le plus. Que tu sois parti seul avec ma sœur ou que tu aies tué un vampire. Mon vieux, tu t’encanaille on dirait !

-     Emmett, ce que je veux dire c’est que peut-être il n’était pas seul. Un éclaireur, que sais-je ? Mais manifestement on n’a pas de nouvelles d’Alice.

-     Vous vous êtes disputés ?

-     Non, bien au contraire !

-     Vas-y, racontes !

-     Emmett, Alice a disparu. Le sbire de Maria était dans le coin. Ça ne t’évoque rien ?

-     Non de Dieu, Carlisle, hurla Emmett dans le téléphone, des nouvelles d’Alice ?

-     Non, entendis-je répondre Carlisle.

-     Quelqu’un ici a-t-il vu Alice depuis cette nuit ? hurla encore Emmett.

    Plus que les non, j’entendis les Cullen se ruer autour d’Emmett.

-     Qu’est-ce qui se passe, demandé Esmé ?

-     Où est Alice ? s’enquit Rosalie.

-     Pas avec Lucian, et pas ici non plus, répondit Emmett.

    Il relata notre rencontre nocturne avec le géant. Je pus deviner les exclamations des uns et des autres

-     J’appelle Jasper, entendis-je d’Edward.

-     Oh mon dieu, souffla Bella.

-     Heu, plutôt que de rester au téléphone, je peux venir chez vous demandai-je à Emmett.

-     Tu devrais déjà être là bougre d’idiot ! répondit-il, tonitruant.

-     Je raccrochai et fonçai sur ma moto en direction de la maison des Cullen.

          Je tremblai de tout mon être, prêt à muter à tout instant. Ce que je ne fis pas car plus que de la colère, c’était la peur qui m’envahissait. J’avais peur de perdre Alice. Une peur irrationnelle et incontrôlable. Elle était mon ancre, mon soleil dans cette vie que je n’avais pas souhaitée. Comment pourrais-je envisager de vivre sans elle ? Effleurer cette seule pensée me terrorisait.

    J’arrivai chez les Cullen et pénétrai haletant dans le grand salon. La lumière y était magnifique, les décorations de Noël posées par Alice étaient toujours là. Ma gorge ses serra.

    Jasper était là, avec Amy. Il était lui aussi passablement soucieux. Amy était … ailleurs. Pas vraiment ni consciente, ni intéressée par ce qui se passait.

-     Tu es sûre de n’avoir perçu aucune autre odeur ? me demanda Jasper sèchement.

-     Non, rien, contestai-je. J’ai pu suivre la trace du vampire qui avait enlevé Alice et le tuer. Tu n’as pas à douter de moi.

    J’étais sur la défensive face à ce vampire plus que centenaire auquel j’avais enlevé l’épouse. Je ne devais montrer aucune faiblesse. Je n’avais ressenti aucune faiblesse, d’ailleurs, j’avais réglé son compte à ce sang-froid dans la forêt.

-     Soit, je te crois, reprit-il. Alors nous sommes dans une impasse. Nous n’avons aucune idée de ce qui s’est passé.

-     Je pense que Maria veut faire pression pour récupérer Amy, déclarais-je.

-     Et pourquoi enlever Alice ? s’étonna-t-il. Nous ne sommes plus ensemble elle et moi, dit Jasper. Maria sait que cela n’aurait pas beaucoup de poids sur moi.

-     Sur moi si, le coupai-je. Alice et moi …

-     Oh, alors ça, s’esclaffa Jasper. Vous avez… vous êtes !

    Il fit un geste du doigt, d’un air entendu. Il s’approcha de moi, le regard noir de haine. Il me toisa de ses yeux rougis :

-     Et maintenant, Maria sait qu’Alice compte plus à tes yeux qu’Amy. Elle t’a visé toi ! Elle sait que tu feras passer Alice avant Amy. Tu n’aurais pas pu attendre que le danger soit éloigné ? Ça aurait évité de lui donner toutes les raisons de nous faire du mal.

    Je soutins au mieux le regard de Jasper. Pourtant, j’étais gêné, horriblement gêné qu’il ait pu dire cela devant Amy. D’autant plus qu’il avait tellement raison !

-     J’aime Alice sincèrement, oui, avouai-je, embarrassé. Nous sommes ensemble. Elle devait vous l’annoncer ce matin, c’est pour cela que nous nous étions séparés hier soir.

    L’évocation de notre situation me replongea dans les souvenirs de la veille. J’avais l’impression qu’on me labourait les entrailles à la seule idée de ne jamais la revoir.

    Amy me fusilla elle aussi de son regard rouge vif. Pourtant, je n’arrivais pas à saisir l’expression derrière ses yeux effrayants. J’étais incapable de savoir si elle regrettait vraiment notre relation, si c’était d’avoir été délaissée, ou encore si elle pestait d’avoir perdu la bataille. Fierté, réelle peine, je ne savais plus lire en elle.

    Les autres Cullen esquissèrent, eux, des sourires entendus. Ils étaient heureux pour Alice. Edward et Emmett m’adressèrent des clins d’œil. Esmé joignit les mains sur son cœur et esquissa un immense sourire. Carlisle, plus discret, me fit un signe entendu de la tête. Seule Rosalie fit une moue dégoutée. Bella m’asséna une bonne bourrade dans l’épaule et me regarda en souriant.

-     Maria va forcément se manifester, reprit Jasper, ignorant le plaisir des autres membres de sa famille. Il avait du mal à avaler la nouvelle. L’amertume transpirait par chacun de ses pores.

-     Elle veut Amy, elle va te contacter, dit-il à mon attention, en me regardant à peine cette fois.

-     Qu’allons-nous faire ? demandai-je, incapable de penser.

-     Nous devrons échafauder un plan pour la déstabiliser, pour l’atteindre. Et pour cela il faut lui ôter son meilleur atout : la fille bouclier, déclara Edward.

-     Lucian, quand Maria te contactera, tu devras demander à voir Alice. Elle sera obligée de baisser son bouclier et nous pourrons l’atteindre à ce moment-là, enchaîna Carlisle.

-     Doucement ! nous interrompit Jasper. Si on foire ne serait-ce qu’un peu, elle tuera Alice. C’est Amy qui l’intéresse, soyez bien sûr qu’elle n’a que faire d’Alice et que la tuer la vengerait de la déconvenue que je lui ai infligée.

    Mon sang ne fit qu’un tour et j’eus le souffle coupé. Jasper avait raison, Maria avait toutes les raisons de tuer Alice. Elle pourrait même la tuer juste pour le plaisir, après avoir récupéré Amy. Lui donner Amy ne servirait à rien, ne pas la lui rendre serait dangereux.

    Jacob et Seth arrivèrent, suivis de Renesmé, inquiète.

-     Où est tante Alice ? demanda-t-elle à Carlisle.

    Edward la prit dans ses bras :

-     Tout va bien se passer ma puce, dit Edward le plus calmement possible.

-     Viens ma belle, lui dit Esmé. Allons finir quelques gourmandises en cuisine.

    Bella adressa un sourire reconnaissant à Esmé.

    Mon téléphone se mit à sonner au fond de ma poche. Je regardai l’écran qui indiquait un appel masqué. Je répondis dans la seconde :

-     Allô ?

-     Mmm, quelle voix délicieuse, déclara une voix tout aussi exquise. Tu sais qui je suis, n’est-ce pas ?

-     Maria, crachai-je. Où est Alice ?

    Tous se figèrent instantanément, à l’écoute.

-     Elle vit encore, pour le moment. Et si tu veux que ça dure, il va falloir persuader ton ex de me rejoindre. Ça devrait être simple pour toi de lui expliquer que tu en aimes une autre ! ajouta-t-elle.

-     Tu es monstrueuse, rétorquai-je, tremblant. Comment peux-tu ?

    Elle me coupa la parole :

-     Je suis un vampire, moi. Pas une mauviette. Tout comme toi, tu es un spécimen fabuleux de loup. Tu n’as pas hésité une seconde à mettre mon dernier catcheur en charpie. C’est pour cela que je veux marchander avec toi.

-     Tu étais dans la forêt ?

-     Je vous ai observé, longtemps. Quelle fougue, quelle passion !

    Tout le monde entendait les paroles de Maria. J’étais mal à l’aise. Je perçus quelques sourires amusés et quelques yeux se levaient vers le ciel. Je coupai court à ces commentaires.

-     Que veux-tu exactement ? dis-je sèchement.

-     Je veux que dans quatre heures tu me livre Amy devant la maisonnette en pierre des deux autres tourtereaux.

-     Amy ne me suivra jamais ! opposai-je en regardant cette dernière d’un air implorant.

    Elle ne réagissait pas. Son visage énigmatique était aussi figé que celui de La Joconde.

-     Il va falloir être persuasif mon cher, sinon la brunette va perdre sa jolie tête.

-     Qui me dit que tu ne le tueras pas quand même ?

-     Rien, mais si tu amènes Amy, elle a une chance de s’en sortir. Quatre heures ! Et les autres chiens restent à la niche. Sinon Alice mourra sur le champ.

    Elle raccrocha sans aucun autre mot. La situation était inextricable.

    Tous les yeux étaient rivés sur Amy et Jasper. Allaient-ils condamner Alice en s’enfuyant à toutes jambes ou tenterait-on autre chose.

-     Hors de question que je retourne avec cette folle, fini par lâcher Amy.

-     Ça me semble évident, acquiesça Carlisle. Quelle autre solution avons-nous ?


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