L'éveil
Je me figeai sur place au moment où la porte claquait derrière Esmé. Puis, je passai de l'immobilité au mouvement et, instinctivement, je reculai, me cachant derrière Carlisle. Je sais que c'est bizarre, mais c'est un réflexe. Deux minutes plus tard, Esmé revint, accompagnée d'une nouvelle dizaine de personnes. Il y avait uniquement des garçons et uniquement des grands gaillards (comme Emmett, mais un peu moins grand quand même). Tout de suite, l'un des gars quitta le groupe pour rejoindre Renesmée, qui entre temps avait gagné la table d'échecs, à l'opposé de moi. Un autre membre de la troupe s'approcha de Carlisle.
- Comment va notre protégée ? demanda-t-il.
- Bien selon elle, répondit le médecin. Elle s'est réveillée très vite, est descendue et a fait connaissance avec le clan.
Je compris aussitôt qu'ils parlaient de moi. Pourtant, je rebondis sur un détail. « Elle a fait connaissance avec le clan », avait dit Carlisle. Le clan ? C'était ainsi qu'il désignait les autres personnes que j'avais rencontré ? On aurait plus dit une famille. Le mot « clan » semblait trop solennel pour désigner cette assemblée soudée et sympathique. Je me rendis compte soudainement que mon étonnement se voyait : je fixai le médecin, les yeux ronds. Je me détournai aussi vite que je le pouvais en priant pour que personne ne m'ait vu. Sentant le regard d'Alice posé sur moi, je compris qu'elle m'avait remarqué.
La conversation entre Carlisle et l'autre gars se poursuivait.
- Et... commença le second.
- Non, coupa Edward. Pas encore.
Je me décidai à intervenir, ne supportant pas qu'on me cache des choses.
- Quoi ? demandai-je. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ne t'inquiète pas, Alma, commença mon camarade d'Espagnol. Rien de...
- Stop ! m'exclamai-je. Vous me cachez des infos. Ça se voit. Ça s'entend. Qu'est-ce qu'il se passe ? Je ne comprends pas.
Mes propos s'emballèrent et devinrent incohérents. Carlisle me tapa sur l'épaule :
- Respire Alma ! Détends-toi. Tout va bien.
Je m'efforçai de lui obéir, avec difficultés cependant. Mes pensées continuaient de s'affoler et j'envisageai tous les scénarios possibles. Peut-être étais-je tombée chez des gens plus importants que ce que je croyais ? Ou peut-être étais-je tombée dans une secte ou autres groupes se cachant des autorités ? Et comment Edward pouvait-il savoir ce que l'autre gars allait dire. Avaient-ils un code visuel ? Gestuel ? Autres ? Bien des questions m'assaillaient, mais j'essayai de passer outre, préférant me concentrer sur les décomptes de Carlisle, qui s'efforçait de m'aider à me calmer. Finalement, je parvins à surmonter ma crise d'angoisse et à revenir à la réalité.
- Expliquez-moi ! murmurai-je. S'il vous plaît.
- Partons, déclara Jasper.
Les membres de la famille se dirigèrent aussitôt vers la sortie suivis des visiteurs. Seul Carlisle resta dans le salon, à mon côté.
- Pourquoi sont-ils tous partis ? questionnai-je.
- J'ai quelque chose à t'appendre, expliqua le médecin. Cela risque d'être une grosse révélation pour toi.
- Je veux quand même savoir, déclarai-je.
Mon interlocuteur commença :
- Depuis ton malaise, as-tu eu d'autres phénomènes de ce genre ?
- Euh, oui, avouai-je, comprenant que je pouvais me confier.
- Par exemple ?
- Comme des espèces de visions, toujours la même. Une dame qui m'appelle, je réponds, et là, tout disparaît. C'est de plus en plus fréquent. C'est pour ça que je me suis enfuie.
- Je sais ce qui se passe.
Cette simple phrase me tira de ma tristesse qui avait ressurgi. À présent, j'étais toute ouïe. Carlisle reprit :
- Alma, je crois que tu es prête à savoir que le monde que tu connais, n'est qu'une petite facette de la réalité. Les humains ne sont pas seuls à vivre sur Terre. Il y a nous aussi. Et par nous, je sous-entends, les vampires.
Je ne savais pas du tout quoi dire. Je ne m'attendais tellement pas à ça. Je décidai de poser la première question qui me vint.
- Quand vous dites « nous » ?
- Oui, Alma. Tu as compris. J'en fais partie.
- Vous me dites la vérité, là ?
- Absolument ! Je ne te mentirai pas sur un tel sujet. De plus, il n'y a pas que moi : les autres aussi. Toutes les personnes que tu as rencontrées : Esmé, Alice, tous.
Je pris enfin la mesure de ce que me racontait Carlisle. Son air sérieux, sa voix calme, ses mains jointes, tout dans son attitude montrait qu'il disait la vérité. Par réflexe, je reculai d'un pas et bredouillai :
- Je... Vous... Enfin...
J'étais déroutée. Des images de films et des extraits de livres défilaient dans ma tête, mais je ne parvenais pas à les ancrer dans le réel. J'avais peur aussi, et je décidai donc d'observer mon interlocuteur afin de repérer une éventuelle menace et d'évaluer le risque que je courais. Il semblait calme, posé, attentif à chacune de mes réactions néanmoins, ne cessant de me regarder. Tout à coup, il me tendit la main, geste d'invitation.
- Alma, je comprends que tout cela doit te dépasser ou t'inquiéter. Mais, je te prie de me croire. Avec nous, il ne t'arrivera rien. Nous ne sommes pas comme les autres.
- Euh, c'est-à-dire ? demandai-je, hésitante.
- Que nous ne te ferons rien. Je consens que cette révélation sois dure. Alors, je te laisse le choix. Soit, tu restes avec nous, en sécurité, en sachant tout, soit, tu suis nos amis, le groupe de garçons qui est entré.
- Est-ce que c'en sont aussi ?
- Non. Ce sont d'autres créatures magiques. Nous, on dit des loups-garous, mais ce n'est pas le bon terme car la pleine lune n'a aucun effet sur eux. Ils se transforment quand ils le veulent, et sont totalement pacifiques. Sache que quel que soit le groupe que tu intègres, tu seras soutenue en toute circonstance et libre de tes choix. Si tu préfères retourner voir tes parents, libre à toi aussi. Pourtant, une chose s'impose quel que soit ton choix : tout cela doit rester secret.
- Promis, dis-je en claquant mes mains l'une contre l'autre.
- Veux-tu que je rappelle les autres pour faire ton choix, ou souhaites-tu uniquement m'en faire part et que je le transmette à Sam ?
- Qui ?
- Le garçon qui est venu me parler à l'arrivée du deuxième groupe.
- Vous pouvez les appeler si vous voulez, marmonnai-je.
Carlisle pivota vers la fenêtre et dit simplement :
- C'est bon.
- Ils ne vont pas vous entendre là, rigolai-je.
Aussitôt, la fenêtre s'ouvrit et Alice pénétra dans la pièce, suivie des autres.
« Waouh», fut la première chose que je pensai avant de sourire et d'éclater de rire.
- Tu ne t'y attendais pas, hein ? me taquina Emmett.
- Non, admis-je. J'ai cru que ça n'allait pas marcher ça.
Carlisle se retourna vers moi, la main toujours tendue. Je pesai le pour et le contre de chaque décision.
Rester avec le groupe Cullen me paraissait être la meilleure idée, surtout car j'en connaissais quelques-uns grâce au lycée et que le médecin me paraissait sympathique. Partir avec l'autre groupe ne m'enchantait pas beaucoup, notamment parce que je n'avais pas fait connaissance avec eux. La décision fut vite prise. Tendant ma main, je m'emparai de celle de Carlisle et clamai :
- Je reste avec vous.
Le reste de la famille, que je me refusais toujours à considérer comme un clan, applaudit et tous vinrent nous entourer.
Je venais de commencer un nouveau chapitre de ma vie, un chapitre dont je ne connaissais rien, mais que je comptais bien accepter et vivre pleinement.