Le prix de la gloire

Chapitre 10 : Obsessions

2542 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 03/01/2026 00:51

Deux semaines qu’elle est chez moi. Elle a développé des TOC surtout un qu’elle réalise une fois par jours depuis une semaine. Sur un coin du salon, elle colle, décolle des post-it jaunes vide. Sur son front, au sol, contre le mur et ceux durant au moins une heure parfois trois.

Si elle mange un peu mieux et prend bien son traitement, elle refuse de consulter un psychiatre qui n’est pas celui du center. Et elle refuse aussi que je l’accompagne pour déposer plainte contre l’harcèlement qu’elle subit de la part de ce malade. Quarante appel et quinze messages tout les deux jours en moyenne.


— Marta ? Nos parents vont passer pour être avec toi, j’ai un rendez-vous important. Je reviens dans moins de deux heures.


Elle stoppe le tri des feutres de couleurs pour me fixer un long moment. C’est devenu rare qu’elle accroche mon regard en plus de toucher ma joue.


— Où ?

— Que veux tu dire par là ? Où je vais ?

— Oui…

— Maitre Vardez, avocate pénaliste en droits des victimes. Marta, avec les parents ont a remarqué des incohérences sur l’accident.

— Je suis responsable…


Je lui expose doucement ce que j’ai pendant qu’elle reprend sur le tapis, la taille, la forme ou encore placer à droite la couleur la plus claire pour finir sur le noir, de plus en plus vite. Le psychiatre m’a dit qu’on ne peut pas forcément l’empêcher, juste tenter de diminuer ses angoisses traumatiques.


—  Je suis responsable…


Je n’ajoute rien d’autre pour filer ouvrir. Mes parents ont ramené le repas, ma mère va le ranger et mon père observe ma sœur qui n’a pas réagit aux bruits. C’est souvent comme ça, je ne sais pas comment elle fait.

C’est fascinant la manière dont le cerveau s’est rendu malade par les doses pour finir par être habitué à réaliser la même tâche pour combler un manque, une lourde angoisse, une immense culpabilité.

Mes parents désormais au courant que Marta sait l’objet du rendez-vous, je termine de me préparer quand ma mère m’interpelle à l’entrée. Mon père a réussi à proposer à ma sœur de dessiner avec elle, même s’il a une âme d’un artiste de cinq ans. Remarque, je critique gentiment mais moi non plus. Ma sœur oui, elle dessine plutôt bien enfin c’était avant…


— Son anniversaire était le neuf mai, on est le vingt. On ne l’a pas fait mais avec ton père, on avait pensé à partir tout les quatre à la mer. Ça lui ferait une bien fou et puis, nous ne sommes pas partir ensemble depuis, douze ans je crois.

— Je suis bien d’accord. Seulement, faut réussir à la faire sortir. Je comprends son état et je ne lui en veux pas d’avoir ces troubles psychiatriques disons. Je vous laisse et merci pour le repas, j’ai oublié de lui dire que vous mangez ici.

— Tu nous raconteras.


Je vérifie si j’ai ma pochette avant de laisser ma sœur. Quand je la voie, en fait, je revois celle de quatre, cinq ans. Une petite fille qui là est ailleurs. Je reste angoissée aussi, est-ce l’avocate acceptera d’ouvrir le dossier ?

J’ai consciente de mes TOC sauf que ça me détend point. Les médicaments d’ailleurs, j’aimerais les augmenter. Sauf que, je pense qu’on me refusera. Je dois prendre des benzodiazépines pendant huit semaines max et sur besoin, une à deux fois par jour.

Une autre prise unique de Sertaline le matin pour réduire l’anxiété chronique, stabiliser l’humeur. C’est un antidépresseur léger que je dois prendre minimum six mois pour un an. Un somnifère léger, une fois par jour si nécessaire. Il me reste deux semaines avant que ce soit terminé.

Je dors toujours mal, la nuit dès que je transpire, je tri, je range, je m’occupe. Pour l’instant, je n’ai pas écrit dans le carnet donné par ma sœur, j’ai peur en fait, qu’il soit noirci dès la première nuit. Mais, faut que je me lance, noter en fait, les mêmes doutes qu’a eu ma sœur. Celles que j’osais formuler. « Suis-je vraiment innocente ? »


Alors après le bain, quand mes parents discutent dans le salon du bilan de l’avocate, je me lance. Avant, j’aimais écrire mes pensées sur un journal intime et je dois reconnaitre que cela me procurait du bien.


« Cher journal des mes états, je le hai lui. Lui qui est le mal et moi, la fautive… »


Je note aucune date, je gribouille quitte à radoter et pour la première fois, je pleure. En rage, je lance mon carnet en cuir contre le mur pour me lever et casser mon téléphone. Ma famille arrive inquiet :


— Porter plainte peut être ! Porter plainte ne changera jamais rien ! Il n’aura rien ce malade ! Tout est ancien ! Aucune preuve ! Je suis brisée pour l’éternité et j’irais à la mer pour me noyer !

Ma colère se déverse, ils ne bougent pas. Je l’ai adore mais bordel, ils attendant quoi ?! Alors pour provoquer, je tente d’ouvrir la fenêtre pour jeter, c’est fermé par sécurité mais je me cogne dans ma panique et me souviendrais de rien.

« 

Alors, Madame Ramos, je vais prendre en compte votre demande. Pour commencer, je dois vérifier dans les archives en ligne, les traces du dossier. Vous avez une date ? Des noms ? Une ville ?


J’ouvre ma pochette, soulagée par sa bienveillance. On n’a un début et je devine qu’il faudra patienter pour arriver à une résolution de l’affaire et encore plus concernant les futures plaintes contre Pats.


— Erwan Mendez et Melissa Garcia. Tolède, 2001.

— Merci pour les précisions.


Le silence est pesant, elle continue de taper, fronce les sourcils et mes pensées dérivent vers ma sœur. J’en suis convaincu au fond de moi que Marta est innocente. Si elle n’est pas connu pour être une fille sage, elle ne peut avoir fait ça.


— Accident mortel, Tolède, route CM 400 année 2001. Les victimes sont bien cités, procédure classé.

— C’est tout ?

— Non, il y a les conclusions officiels. Donc, véhicule signalé volé à Barcelone, retrouvé accidenté à Tolède. Deux victimes mineurs à l’intérieur. Tests ADN ont relevé des traces d’alcool et de cannabis. Aucune ADN inconnu permettant d’identifier le conducteur. Sans témoins, sans d’autres preuves, l’enquête a été vite clôt.

— Ma sœur ne fût jamais mentionné ? Même en témoins ?

— Nom prénom ?

— Marta Ramos.

— Alors, Mademoiselle Ramos, non rien.

— C’est possible d’éclaircir à nouveau ? Ouvrir le dossier ?

— Rien ne garanti un succès. En revanche, vos doutes confirment bien celui du journalise de ce blog. Son nom est connu, il est indépendant. Dès que votre sœur voudra témoigner, on avisera d’une rencontre. Je tiens à ajouter que si le parquet accepte, les familles des victimes seront avisés.

« 


— Marta se réveille Adela m’informe ma mère, la glace posée sur le front de ma sœur.

— Et le médecin passe pour un premier bilan dans moins d’une heure rajoute mon père.


Je fume sur le balcon, ma montre indique qu’elle était inconsciente pendant dix minutes. Ils étaient près à l’emmener aux urgences, j’ai insisté pour qu’on surveille son état dans la chambre. Mon père a pensé à téléphoner le médecin de famille, c’est une bonne idée.


Moi, je m’en veux d’avoir voulu tout lui dire. C’était trop tôt, son état est extrêmement fragile. Et puis, je doute au final qu’on trouve des preuves pour retrouver le conducteur. Marta à peut être été manipulée par Alvaro, c’est ancien, pourquoi je me suis acharné à déceler chaque possible vérité ?

Le lendemain, je ne tiens plus, mes parents étant resté à son chevet, je rends visite à ce fou. J’ai ce besoin de l’éloigner de ma sœur au risque que je porte moi-même plainte. Il m’accueille sans rendez-vous, il sait qui je suis ?


— Vous pouvez vous assoir Madame.

— Vous ne me connaissez pas ?


Visiblement non car il renverse une partie de son rhum. Je m’approche de lui telle une lionne, il semble avoir peur, tant mieux :


— Adela Ramos, ancienne ballerine, ancienne pute, professeur de danse classique à l’Académie des Arts de la Scène de Carmen Arranz. Grande sœur de Marta, celle pour qui vous avez le sexe en feu à tel point de la violé, abuser d’elle quand elle était mineur et ce dès le drame ayant coûté la vie à de ce ses amis. Celle pour qui vous avez accordé le trophée pour votre concours avant de l’utiliser, la droguer, ne mentez pas, je vous ai vu un soir dans un bar. Proche d’elle, l’embrassant alors qu’elle était paralysé, murmurant des doux mots pour l’empoisonner. Je connais les techniques d’emprise. Plusieurs mois de succès entre bar, festival, soirées privées, loin des siens. Puis, quatre mois de congés pour vous, elle aucun paiement, sa carte bancaire dans votre poche, le silence, pas de logement pour elle et vous là harceler après n’avoir même pas pris la peine de lui écrire ne serais ce que ce mois de janvier dernier ! Ma sœur est traumatisé à cause de vous ! Je vous préviens, vous continuez à la harceler, je porte plainte contre vous !


Je commence à repartir, il rit grassement.


— Elle est folle votre sœur. Je l’ai plusieurs fois mise en garde contre ses dérives, je ne force à rien. Vous avez choisi de venir me parler, soit. Vous a-t-elle avoué tout cette folle conduite en état d’ivresse ? Elle croit que je l’ai violé ! Cette fille est une artiste du mensonge.

— Ma sœur aurait été jusqu’à Barcelone, volée une voiture, conduire au moins six heures pour aller à Séville et se crasher à vingt minutes à pied de votre domicile à Tolède ?

— Le train, l’auto-stop.

— Ma sœur d’après ses souvenirs, aurait eu rendez-vous chez vous à une heure du matin.

— Et alors ?

— Elle était bien chez mes parents pour le dîner de dix neuf heures. Impossible dans la chronologie. L’accident était à vers deux heures.

— Ok et alors ?


Mes bras croisés, il s’est allumé un cigare avant de déguster son alcool.


— Vous allez bientôt connaitre la chute !

— Vous avez raison.

— Sur quoi ?

— Je laisse tomber une qui refuse mon aide pour la seconde fois.

— Si vraiment elle était la conductrice, vous aurez dû l’aider au lieu de l’abuser espèce de pervers !

— Elle avait bu donc elle a bien dormi chez moi. Or, je n’ai jamais couché avec elle. Elle a toujours inventé ce fantasme de coucher avec son mentor. Enfin, il était prévu que je l’aide, elle a refusé pendant plus d’un an. J’ai là aussi laissé tomber.


Je m’en vais sans lui répondre et passe à l’école pour écouter les conseils de mon amie. En rentrant, ma sœur jette une balle de tennis contre le mur. Nos parents ont vu qu’elle a repris ses habitudes, médicaments, un peu de nourriture, le silence et ça.


— On va à la mer ?

— On n’a pas évoqué le sujet me répond mon père. On va rentrer, nous avons une soirée chez des amis.

— Adela, porte plainte pour elle au moins pour le harcèlement.

— Ta mère a raison. Et puis, je pense qu’il connaissait bien les relations de ta sœur, pour moi, il est le suspect.


Mon père s’est penché pour chuchoter, ma mère acquiesce. Marta se lève pour nous rejoindre à l’entrée, demander des câlins puis :


— Je vous donne confiance. Je n’ai plus de force ou pas encore pour démêler vrai ou faux. Je vous fais confiance, pardonnez-moi pour ça. Pour moi, c’est étrange. J’ai toujours cru que c’était moi, j’ai cru fuir chez lui…Pas encore hypnose, besoin d’un bain.


Elle garde sa balle comme une bouée. Ma mère se retient de ne pas verser de larme :


— Notre mémoire aussi à tout mélanger. On va faire éclater les vérités. Si tu auras besoin de nous aux prochains rendez-vous, n’hésite pas.

— Bien sûr maman. Rentrez bien, on se tient au courant.


Dans le calme, à nouveau sur le balcon, ma cigarette à une illumination. Renouer avec ma sœur, avec nos photos d’enfances, la danse en douceur, nos petits jeux et là des comptines. Je passe la voir, elle tend sa main spontanément.

Je respecte et montre donc qu’elle a le droit à son intimité. Roberto est triste et trouve cela long qu’il n’a pas le droit de même prendre sa main, bien qu’il comprend. Jaloux sans doute aussi que je prends trop de place. Marta a manqué de ma présence durant onze an. Elle était une enfant, elle ne s’exprime plus, elle demande en silence qu’on rattrape.


Tout façon, elle ne parle pas de Roberto, ça me rend triste aussi. Je sais qu’elle arrivera à redonner confiance à l’autre, au sexe opposé. Je me reconcentre pour lui chanter une comptine puis deux, puis trois. Celle que je lui offrais toute petite après un réveil nocturne, un pipi au lit, un bobo. Quand je devais m’en occupait les soirs où mère rentrait tard de la pharmacie et que père partait parfois au bar. Elle s’apaise, pleure un peu et ferme les yeux quelques minutes après la deuxième. Ma tendresse se ressens, je me refuse de casser cette bulle, les yeux humides aussi, embrassant, serrant sa main dans la mienne.


— Je ne te quitterais jamais ma sœur. Même loin de toi, je n’ai cessé de penser à toi. J’ai promis de te protéger contre tout les monstres. J’ai failli à mon devoir pendant tant d’années. Je suis là, ayant même entrer dans l’antre du loup. Nous sommes une famille, Roberto t’accompagne aussi. Il va vaciller, à plusieurs on va l’avoir. Je t’aimerais à jamais petite sœur, je mourrais pour toi. 

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