Le prix de la gloire
Les semaines sont d’une angoisse. Les mois défilent et ma sœur tient sur un fil. Chaque jour, on se demande ce qu’elle veut, ce qu’elle pense, si elle acceptera telle activité.
Cinq mois plus tard, je peux au moins affirmer qu’il y a de l’espoir. Ma sœur a commencé à témoigner en douceur, à repris un poids stable et passe un peu plus d’heure avec Roberto. Cela me soulage car je peux revenir travailler sans être trop à la surveiller.
Et puis il y a du nouveau concernant le dossier. L’avocate m’a confirmé que la voiture a été retrouvée dans son état lors de l’accident chez son propriétaire. Un proche d’Alvaro Pats, qui a confirmé lui avoir prêté la nuit du drame. Un témoin jamais interrogé. Marta n’a pas réagi a ces révélations.
« Ni coupable ni innocente »
—Adela ?
— Oui Marta ?
Elle est revenue dormir chez moi. Je terminais d’essayer chaque chaussures en vu d’un grand tri dans ma chambre quand elle s’assoit en tailleur sur le lit, préoccupée. Elle prend mon bras pour me forcer à l’écouter.
— J’ai des trucs pour le coincer.
— Je t’écoute.
Sa voix est toujours basse. Elle reprend son souffle avant de débiter :
— Il a des caméras chez lui et au bureau. Factice ou pas, j’ai toujours repéré. Quand j’étais obligé de faire des fellations, j’ai les ai vu. Et il m’obligeait aussi contre la table. Et chez lui aussi. Dans l’avion, les témoins ne m’ont pas aidé quand il me frappait. Avion privé, décollage société Air VIP Madrid.
Parler lui a effectivement demander un tel effort qu’elle s’en va. Mon cerveau tourne en boucle ces informations très cruciaux. Des témoins, des caméras. C’est primordial qu’on prenne un rendez-vous.
— Non ! Toi aller pas moi !
Je suis à peine rentrée dans le salon qu’elle a deviner. Sa nouvelle balle maison anti-stress entre ses mains, sur le tapis, en tailleur, ses pensées l’écrasent. Je me place à ses côtés :
— Marta, tu n’es pas obligé. De même pour porter plainte sur les événements récents au commissariat. Est-ce tu comprends ce qu’il s’est passé ces derniers mois avec l’avocate ? Comment ça se passe pour les mois prochains ?
— Envie mais il me parle plus, il est mort. J’ai accepté de savoir si je suis bien innocente mais, c’est long non ? Même si je témoigne et d’autres oui, il sera vraiment jugé ?
— Les pièces du puzzle se mettent en place. Et avec ton état de santé, tes mots, notre soutient, oui, il le sera jugé. Et j’espère bien condamner.
— Le procès arrive ?
— Pas avant un an au moins. Tu sais, on a consulté l’avocate, ouvert un dossier passé et parler des derniers mois. Porter plainte pourra accélérer. En tout cas, rassures toi, l’essentiel c’est toi. Tu sais, on voit énormément de progrès, on est fier de toi Marta.
— Merci
— Tu te vois comment ces derniers jours ?
— Le psy m’aide, je mange un peu plus. Vous m’aidez bien, je sors parfois avec Roberto ou les parents. Je voudrais activité, le psy m’a parlé d’art thérapie. Plus danser ni chanter, pas encore ou plus jamais du coup. Je voulais te demander à toi, de m’accompagner à ses rendez-vous, je faisais quoi à part la danse, petite ?
— Du dessin, du jardinage bien que toute les deux, on a parfois réussi l’exploit de tuer les rosiers de maman ! C’est avec plaisir que j’irais avec toi.
— Peut faire premier resto ?
Elle me regarde enfin tandis que je lui serre son bras en douceur.
— Ce soir ?
— Oui, envie de tester.
— Tu veux choisir ?
— Oui, dehors. Aides moi à m’habiller avec ce que j’ai.
— Bien sûr petite sœur.
C’est étrange son comportement et je viens de me souvenir que ses TOC ont largement diminuer. Elle évoque le psychiatre en oubliant l’hypnothérapeute qu’elle voit une fois par semaine, l’autre aussi. Deux mois pour réguler ses humeurs, un miracle. Elle a préféré d’ailleurs l’hypnose qu’une thérapie comportementale. Une prise de décision pour elle et elle l’a bien fait.
Sa veste noir la cache avec ses lunettes de soleil d’éventuels anciens fans. Je ne débats pas sur ça même si rien n’a transpiré dans d’éventuels articles Gossips écrit à la demande de son ex producteur. Et même si je ne doute pas qu’elle a été apprécié lors ses premières petites scènes, ce n’est pas une immense star comme l’a pu l’être un temps, Roberto.
Pour moi, elle est dans cette posture par traumatisme, n’assumant plus sa féminité. Plus aucun maquillage ou test de tenus pendant des heures. Ça me rend triste et pourtant, je sais ce que sais. Moi-même, je reste sobre dans ma garde robe, sauf pour des galas par exemple.
Marta a voulu un kebab à emporter pour manger devant l’école. Elle a rarement autant dévoré le dîner.
C’est en la voyant silencieuse à fixer la grande porte, que je suppose qu’au fond, dort encore l’ancienne Marta. Qui sait, elle pourra juste danser pour elle et ça sera la meilleur scène du monde. Elle saura son propre public, être fier et maitriser son corps.