Le prix de la gloire

Chapitre 13 : Mon nom est personne

1342 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/01/2026 23:16

Hors de question de parler, je n’en peux plus. Adela croit m’aider, soit. Pour moi, dès ma première fugue, j’ai pigé. Je veux n’être plus Marta, je veux qu’on m’oublie. Oui, j’ai un peu conscience de faire du mal à ma grande sœur.

Sauf, que je ne suis pas prête ou jamais pour aborder ces trop nombreuses absences. J’ai surtout peur qu’elle s’en aille. Et Roberto ? Il a beau avoir quitté durement Upa et m’attendre, au fond, je n’ai plus confiance en personne. Pas même moi.

Alors, je suis là, dans un squat au milieu de pauvres, de junkies, d’âmes malades. Personne ne parle de souffrances, personne ne parle d’utopies. On me laisse tranquille au moins.


— Tu as une dose ?


Mon joint entre mes mains, à moitié allongée sur ce tapis de poussière, je fixe ce jeune fatiguée. Il est mignon avec ses yeux insistant. Je fouille dans mes poches, cinquante euro encore volé à mon étoile et rien d’autre. Non, je fuis, je rends fou mes proches, je ne mérite pas qu’il se batte pour me sauver.


— Rien mec.

— Tu en veux une ?

— Je croyais que tu en voulais toi.

— Je me suis mal exprimé. Je voulais juste savoir si tu as ton stock sinon je connais un coin pour…

— Vendu !


J’éteins mon roulé pour l’emmener moi-même dans mon coin. Lui, il est bon dans la poudre blanche, il m’en donne souvent depuis deux semaines. Une fois ce moment d’une pâle saveur, on profite du meilleur.


— Je déménage au sud, tu viens ?


Il ose me réveiller, il doit être dix heure du mat. Je n’ai pas envie d’être social pourtant, sans lui…sans doute qu’on se comprend au final, non ? Je ne sais rien de lui surtout.


— Si tu veux, pourquoi ?

— Mon vieux pote Andros m’attends pour une petite mission et puis, je t’aime toi.

— Je ne t’ai jamais demandé, tu es qui au fond ?

— Dix neuf ans, parents tués dans un accident de bagnole. J’avais dix ans, élevé par Andros, devenu un bon vieux papi qui assure sa retraite par des petits trafics et toi ?

— Moi ? Anonyme.

— L’important n’est pas qui on était mais ce qu’on désire devenir.

— Si tu vis bien d’argent et de trafic, pourquoi tu rôdes ici ?

— L’anonymat pour éviter les contrôles et je voyage pour proposer mon petit magasin.

— Tu aimes coucher ? Et avec moi ?

— Le sexe c’est aussi intense que les substances que j’avale pour le plaisir.

— Je te plais ?

—Tu es très belle jeune femme Marta.

— J’ai vingt-cinq ans, enfin je crois. Tu as de la bouffe ?

— Nous sommes les plus riches des plus pauvres, ce qui signifie, on déjeune dans un café.

— Je n’ai pas était depuis longtemps et je ne suis pas présentable ! Je pue de la gueule en plus autant que…

— Tu as trop bu, tu te rappel pas qu’on a une salle de bain d’appoint ici ?


Elle me taquine en serrant ma joue. Roberto me vient en flash, il ne peut m’accepter tel que je suis ! Je ne suis plus de son monde. Ici pas comme ce janvier solitaire hivernale, ici, oui, je me construis une nouvelle identité.


— Marta n’est plus, je m’appel Miranda et toi ? Si tu ne devais plus décider de t’appeler Valentin.

— Moi ? Le vendeur de merveille. Non, je déconne, je garde mon prénom, un hommage à mes parents. Le reste, j’improvise. J’ai mangé, je te conseille d’avaler un bout, le super café est quand même à trente minutes.

— Il est quelle heure ?

— Neuf heure Marta, sauf si cela te…

— Marta ou pas, je suis anonyme.

— Ok Gaspard le fantôme, je te remercie de m’accompagner. Première fois que je voyage avec une femme. Peut importe d’où tu viens, si tu veux tout garder, ici, tu l’as bien compris, on a tous chuté, on ne peut que remonter ! Ou pas, si on a trouvé une voie hors système qui nous rend heureux.


Je suis émue par tout ce discours. Une part de moi, veut prouver que oui, je peux remonter la pente, affronter la rumeur, le procès, mes proches. Une autre, sait qu’une fois goûter le terrain de la fuite pour être quelqu’un d’autre, c’est parfait. Du moins, essayer non ?

Mon petit sac à dos, mon compagnon guide et mes angoisses. Je crois me souvenir de ne plus faire confiance non ? Même auprès de mes semblables, même pour Valentin, un doute ressurgit. Alvaro peut me traquer mais si oui, pourquoi faire ? Savoir que j’ai bien été détruite ?

Pourtant, Valentin est patient, doux, à l’écoute, blagueur et en terrasse, derrière mes lunettes de soleil, à la recherche d’un coup d’œil de l’autre, il arrive à me détendre avec une blague.


— Une mission, ça sera quoi ?


Je me penche pour lui murmurer entre le jus d’orange et son café. Il m’imite :


— J’ai menti à moitié. Disons que deux semaines qu’on se connait, j’ai voulu un rencard avec toi. Loin de tout. Andros, mon passé tout est vrai, désolé de ce mensonge, j’avais peur justement que tu prennes peur. Attends, écoutes moi.


Il retient mon poignet, il est sincère, moi, je suffoque doucement.


— Tu as le droit de me dire non, de penser tout ça irréaliste et je le conçois. Considère ça comme un aveux de quelqu’un qui n’a jamais connu pareil amour. J’ai du respect pour toi, je sais que tu es une belle personne et si cela n’est pas réciproque, j’espère qu’on peut rester des confidents, des amis.

— J’ai…je crois aimer quelqu’un mais avec ce que j’ai disons connu, aimer ma propre personne est encore difficile. La confiance aussi, je ne peux l’accorder aussi facilement.


Il lâche la tension, je masse mon poignet.


— Pour ça, anonyme, aucun soucis. Prend ton temps pour te retrouver, je serais là comme une écoute si besoin. Pardonnes moi de t’avoir bousculer. Mon dernier rencard maladroit c’était à mes huit ans.


Son rire dénoue à nouveau l’ambiance. Encore fuir ? Non, je prends mon courage à deux mains pour me confier plus :


— Emmène moi voir cet Andros, fait moi découvrir qui tu es au fond. Peut être que je ferais de même. J’ai besoin d’un miroir, quelqu’un qui n’a jamais eu le courage de se confier pendant des années. Ma sœur, mes parents et mon copain, je les connais. Considère ça comme ni de l’amour comme un couple, ni encore amitié. Trop tôt pour savoir la vérité. Juste, nous sommes deux personnes différentes et peut être avec au moins un point commun.

— Vendu !


Il lève sa tasse vide pour que je trinque mon verre presque plein. Un cul sec me rebooste. Mes doses me manquent alors que mon cerveau tente de me dire que j’ai accompli une rare chose.


« Il ne peut que t’aide à rentrer à la maison non ? Au fond, ton pilier, les tiens te manque plus que ces drogues. Tu as perdu l’habitude de connaitre la meilleure dose qui existe : l’amour dans tout ses états »



Il s’en va payer pendant que je pleure en silence. Par chance, il n’a rien vu et on file en premier en bus pour ce début de ma nouvelle et étrange, aventure.

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