Vivre

Chapitre 8 : Je te promets de vivre

Chapitre final

7319 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 14/06/2016 03:35

Alors que les couleurs du monde étaient revenues dans son cœur, la mort si soudaine de Saru avait une fois de plus, tout emporté avec son départ. Durant toutes ces années, ce jeune homme avait été pour elle, l'espoir de toute une vie. Son espérance de pouvoir sourire à nouveau, d'être heureuse et de ne jamais abandonner ce sourire qui ornait depuis lors son visage. Mais aujourd'hui, cette joie s'était totalement volatilisée pour toute l'éternité. Pas une seule trace en demeurait dans son cœur, et ce, malgré cette promesse qu'elle avait faite à son ami juste avant sa mort. Pourquoi était-il mort... ? Pourquoi cette maladie avait-elle réussi à l'emporter, lui et pas elle, alors que tous les deux souffraient exactement du même mal ? Cette injustice, Yami désormais était totalement incapable d'y faire face sans ressentir une énorme souffrance. De s'y mesurer une nouvelle fois, de l'affronter et de se battre.

Yami était vidée, creuse de toute émotion, de tout sentiment. Dans son cœur, un silence résonnait, au sein du quel l'on pouvait entendre en tendant l'oreille, une goûte d'eau tomber au sol pour créer une onde sonore. La vie avait quitté l'existence de cette jeune fille. Tout paraissait terne autour d'elle, si confuse, si perdue dans ce monde qui n'était pas le sien. Ce monde n'était plus le sien, sans la compagnie de son protecteur. Au fond de son cœur, ce n'était pas de la tristesse, ce n'était pas un sentiment de peine qui l'habitait. Seulement, un vide, si profond et si intense, qu'elle n'était plus capable de ressentir la moindre chose. L'univers tout entier, avait complètement cessé de fonctionner, d'avancer. Le cœur du temps avait cessé de battre, tout comme le sien.

A l'arrière et attachée dans la voiture de son père, en compagnie de toute sa famille, aucun son n'était émis de la bouche du trio. Un silence de mort régnait complètement dans cette boite de métal, roulant maintenant en direction de la mairie, quelques jours après la mort de Saru. Pour l'occasion, Kaku avait revêtit une tenue totalement noire, lui n'aimant que le blanc mais aussi et surtout sa blouse qu'il ne quittait jamais. Il en était de même pour Taya ainsi que sa fille, qui n'avaient pas manqué à la règle. Les parents de Yami savaient très bien combien ce garçon était important à ses yeux. Mais aussi, combien son courage avait inspiré l'enfant. Il était après tout comme elle, et l'avait poussé à se battre contre l'adversité, à retrouver le sourire malgré tous les risques liés à sa maladie de naissance.

Il était d'ailleurs curieux de constater que l'attitude de Kaku ainsi que de Taya n'avait en aucun cas changé à la mort de Saru. Ils étaient toujours persuadés après avoir vu leur enfant à l’œuvre, qu'elle serait capable de grande choses dans ce monde. Aucune crainte après avoir été confrontés aux risques de ce virus, n'inondait leur cœur. Après tout, la pousser vers l'avant et de ne pas se laisser abattre était le meilleur moyen pour eux, de rendre hommage à la bravoure de ce garçon. Seulement, tout deux espéraient qu'il en était de même pour leur enfant, qu'elle tiendrait sa promesse envers son meilleur ami et qu'elle irait de l'avant.

  • Yami... Chérie, écoute. Déclara la mère de l'enfant en se retournant vers elle en affichant ce regard attristé. Taya était déterminée à briser ce silence, à ouvrir les portes du cœur de sa fille. Je comprends ce que tu ressens au fond de toi. Je sais combien ta peine peut être grande et profonde en toi... Mais tu dois savoir que nous sommes tes parents et que nous t'écouterons toujours. Parles-nous, dis-nous ce que tu ressens et peut-être que tu te sentiras un tout petit peu mieux après ça, non ?
  • Maman s'il te plaît, laisse-moi tranquille. Je n'ai pas envie de parler de ça maintenant. Se contenta de répondre Yami en gardant toujours ce regard vide d'émotion, et ce désintérêt profond pour le reste du monde, mais surtout pour ses parents qui n'ont pas su sauver son meilleur ami.
  • Mais enfin mon ange, pourquoi est-ce que tu t'obstines à rester seule dans ton coin ? Répliqua aussitôt Taya sous forme de question, devant le refus de sa fille. Son cœur en cet instant était partagé entre une sombre colère d'injustice, mais aussi et surtout, de l'incompréhension pour comprendre Yami. Depuis la mort de ton ami, nous avons l'impression de ne plus exister à tes yeux, d'être devenus complètement invisible. Nous sommes bien au courant que tu ressens une énorme peine, mais s'il te plaît, partage-la avec nous.
  • Je t'ai demandé de me laisser tranquille, qu'est-ce que tu n'as pas compris exactement ?! Répondit alors Yami pour clore définitivement la discussion autour de cela. Une fois de plus, la persévérance et la lourdeur de sa mère avaient eu raison de sa patience, de ses émotions et celles-ci la trahirent quelque peu en révélant un zeste de colère dans son regard. Évidemment que Yami se sentait morte au fond d'elle, mais c'était très certainement un mode de protection pour ne pas se laisser submerger par tous ces horribles sentiments qui n'attendaient que de la voir craquer pour la détruire totalement.
  • Très bien, j'arrête de t'ennuyer... Se contenta de répondre la mère de famille, plus attristée par la tendance de son enfant à se renfermer toujours sur elle-même, et surtout depuis ces récents événements. Taya se retourna tout simplement pour refaire face à la route, avec son mari au volant. Je ne comprends pas... Pourquoi est-ce que Yami refuse de s'ouvrir ainsi ? Nous sommes ses parents pourtant, alors pourquoi est-ce qu'elle s'enferme autant ?
  • Pourquoi est-ce que tu me poses cette question alors que tu connais toi-même la réponse depuis longtemps ? Yami a toujours été ainsi, à s'enfermer sur elle-même dans son petit cocon de protection. Déclara Kaku en serrant le volant de sa voiture de toutes ses forces, tandis que son visage n'exprimait absolument aucune émotion. Bien qu'il tentait de tout son être, d'excuser le comportement de Yami, il ne pouvait l'accepter. Il voulait la voir sourire à nouveau, la voir croquer dans la vie à pleine dent, mais ce n'était plus possible désormais et il en était bien conscient. Nous n'avons d'autre choix que d'attendre, tu le sais tout aussi bien que moi. Attendre que cette bulle tout autour de son cœur ne se brise, et faire de notre mieux pour la réconforter quand cela arrivera.
  • Tu as sûrement raison, Kaku. Seulement... Je ne peux m'empêcher de m'en vouloir de ne pouvoir rien faire pour aider ma fille. Je vois bien qu'elle souffre, je le ressens au plus profond de moi... Pourtant, je suis impuissante. Avoua Taya en posant ses deux poings sur ses genoux en les serrant, ressentant toute cette frustration envahir son être. Des larmes vinrent d'ailleurs s'écouler de ses yeux suite à ce sentiment qui la rongeait toujours plus. Rien du tout, je ne peux rien faire du tout pour aider mon enfant.. Quelle horrible mère est-ce que je suis au juste ?
  • Si tu étais réellement une mauvaise mère, tu n'aurais même pas le désir de vouloir protéger notre enfant. Répondit presque immédiatement le père de famille en posant sa main droite sur la cuisse de sa femme. Même si son regard n'était pas croisé avec le sien, Kaku ressentait de la colère envers la situation. Bien des femmes auraient abandonné leur fille dans un moment pareil. Mais toi, tu restes aux côtés de Yami et regarde, tu es présente pour nous accompagner à l'enterrement de son meilleur ami. Alors chérie, cesses de t'en vouloir ainsi.
  • Je vais essayer de me ressaisir, tu as raison... Merci, Kaku.

 

Ce n'est seulement qu'après une bonne demi-heure de route que la famille Mushine arriva finalement sur place en trouvant rapidement un emplacement où se garer. Kaku en pénétrant dans le parking, avait directement repéré cette place et s'était empressé de s'y introduire. Il s'était dis que même s'il était arrivé en retard, les invités au deuil lui auraient très certainement laissé une place. Car après tout, leur petite fille, Yami, n'était autre que la meilleure amie de cette personne qui se retrouve sous terre aujourd'hui.

En sentant alors le moteur de la voiture s'éteindre, le cœur de la jeune fille se mit à battre avec une violence rare dans sa poitrine. Même si tout l'univers, ce monde réel autour d'elle était toujours aussi terne, vidé de ses couleurs ainsi que de ce bonheur qu'il pourrait lui apporter, ses émotions négatives persistaient tout de même à lui rendre la vie encore plus dure. Elle savait. Yami savait mieux que quiconque que cette barrière autour de son cœur ne tiendrait pas très bien à l'intérieur de cet endroit. Toutes ces différentes personnes, venues ici pour rendre un dernier hommage à ce cher garçon du nom de Saru. Pour eux très certainement que ce mort serait banal, comme tant d'autres dans une famille.

Pour la jeune fille, il n'en était rien. Car ce cadavre qui allait bientôt rejoindre la terre, était vidé de l'esprit de l'être le plus important à ses yeux. Cette journée allait rester marquer à tout jamais dans son cœur, comme la pire de toute son existence. Mieux que quiconque, elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais se regarder dans le miroir si elle ne réussissait pas cette épreuve aujourd'hui. Mais c'était tellement dur pour elle. Yami, encore installée sur son siège arrière, avait l'impression que son esprit était sur le point d'être arraché par toute cette souffrance, par toute cette peur. Plus que tout, elle aurait souhaité sentir les bras sécurisant de son meilleur ami, une dernière fois... Mais il n'était maintenant plus de ce monde, et elle allait devoir s'y résoudre, accepter cette triste réalité.

Toujours dans son monde intérieur, comme pétrifiée à la simple idée que son atout de protection allait très prochainement se briser, Yami ne bougeait pas. Elle espérait de tout son cœur qu'un miracle n'intervienne et n'arrête le temps. Mais la jeune fille ne croyait plus en ce genre de chose depuis une éternité, comme elle ne croyait plus au bonheur désormais. Pourtant, elle avait fais cette promesse à son meilleur ami. Elle aurait tant voulu lui accorder cette dernière faveur, et rester heureuse pour toujours. Mais comment pouvait-elle tout bonnement croire en cette émotion, en cette extase du simple bonheur de vivre, sans lui à ses côtés ?

Le temps ne s'était en effet pas arrêté et continuait de s'écouler, permettant ainsi au père de famille d'ouvrir la portière de son enfant. Il était bien intrigué par l'absence de mouvement, de réaction de sa fille et s'était dis qu'il serait bon de la réveiller en quelque sorte. 

  • Yami, tu viens ? Si on commence à traîner, nous allons être en retard pour la cérémonie. Murmura presque le grand homme aux cheveux grisonnant, ne voulant pas brusquer son enfant.
  • Oui, j'arrive. Se contenta simplement de répondre Yami en conservant cette absence d'émotion dans son regard ainsi que dans sa voix. Pourtant, son cœur était en ébullition dans sa poitrine et ne demandait que d'exploser pour révéler toute sa souffrance.
  • Je sais que tu as peur, Yami. Affirma sans sourciller Kaku, tout en venant s'abaisser pour se mettre à hauteur de sa fille, afin de lui parler yeux dans les yeux. Je sais que tu penses que lorsque tu seras entrée dans cette Mairie avec nous, ton cœur voudra très certainement exploser et faire sauter la protection que tu as installé et qui t'empêche de de devenir folle. Mais, chérie, tu ne penses pas que Saru aurait voulu te voir ici pour lui dire un dernier adieu ?
  • Papa... Murmura tout doucement la demoiselle, laissant entrevoir dans sa voix que les mots de son père une fois de plus, avaient sonné juste dans son cœur. Il avait su voir sa barrière et les raisons de celle-ci. Pourtant, même ainsi, sa peur restait toute aussi forte. J'ai peur... C'est vrai que je suis morte de peur. Je ne sais pas du tout comment je vais réagir une fois que je serais à l'intérieur. Si je vais hurler, si je vais pleurer, si je vais entrer dans une rage folle. Je ne sais pas... Je n'ai pas la moindre idée de ce qui va m'arriver... Affirma de manière hasardeuse Yami, tournant enfin son regard vers son père pour le fixer dans les yeux.
  • Je sais ma chérie, je sais que ton cœur est empli de doute et d'incertitude. Mais si tu ne viens pas avec nous, et que tu n'adresse pas un dernier message à Saru, je sais que tu t'en voudras toute ta vie. Tu sais au fond de moi que j'ai raison. Alors, qu'est-ce que tu choisis de faire ?

 

Que faire. Pour la toute première fois dans sa vie, Yami était confrontée à un choix réellement difficile, dont pourtant l'issue était logique dans son cœur. Elle ne pouvait abandonner son ami, pas après tout ce qu'il avait fais pour elle durant toute ses années. Seulement, la jeune fille était seule maintenant, seule au monde. Même si ses parents lui offraient également cet amour dont elle avait besoin, ce n'était pas la même chose qu'avec ce cher Saru qu'elle chérissait tant. Le monde sonnait à ses yeux comme un ennemi dangereux, qui ne désirait qu'une seule et unique chose, qu'elle craque, qu'elle laisse ses protections céder pour s'introduire dans son être et la détruire de l'intérieur.

Yami cependant, savait qu'elle ne pouvait se contenter de rester ici pour tout simplement attendre ses parents. Serrant ses poings pour laisser paraître tout son ressenti, qu'elle tentait de son mieux de dissimuler, elle accepta la demande de son père en le regardant dans les yeux une nouvelle fois. Celui-ci, en comprenant sa réponse sans même avoir besoin de l'entendre, se contenta de tendre sa main vers elle pour l'aider à sortir de la voiture. Yami empoigna alors celle-ci tout doucement et se laissa tirer hors de la boite en métal, que Kaku referma après la sortie de son enfant.

Un tout autre monde s'ouvrait maintenant pour l'enfant, hors du temps, hors de l'espace. Ayant accepté de suivre ses parents à l'intérieur de ce bâtiment pour que la vérité la frappe de plein fouet, Yami se contenta de suivre mollement sa famille, qui elle-même suivait le reste du troupeau. Tout ce beau monde était vêtu de noir pour l'occasion, plus que tragique. En se rencontrant durant leur marche, les invités s'échangèrent tous des sincères condoléances.

Après tout, celui qui venait de quitter ce monde n'était autre qu'un garçon plein de courage, et peu ici étaient réellement au courant de tout ce qu'il avait fais. Tout le monde s'en fichait au fond, et Yami le ressentait mieux que quiconque. Même pas encore entrée à l'intérieur, que la jeune fille de son regard, discernait le mensonge dans celui de ses interlocuteurs, de ses invités de deuil. Tout ce noir, ces belles paroles, ce n'étaient rien d'autre qu'une façade monstrueuse pour faire bonne figure devant tous les autres ici présent.

Tout particulièrement d'ailleurs, ce petit groupe qui après avoir salué la foule, venait de se former juste à l'entrée de la mairie pour fumer une cigarette et discuter de shooping. Ce n'était en aucun cas le moment ni le lieu approprié pour échanger sur ce genre de chose, et Yami en était parfaitement consciente. Bien que son cœur était encore sous protection, une rage immense l'inondait. Elle était à l'intérieur depuis maintenant cinq bonne secondes, mais déjà, elle était énervée envers tous ces gens. Elle estimait qu'un certains respect pour le mort en question était de mise, à croire que ces personnes étaient totalement dépourvues de cœur.

Sans parvenir à se maîtriser un seul instant, la demoiselle craqua littéralement sous le poids de sa colère et se précipita à l'entrée en quittant ses parents quelques instants. Le regard empli de rage comme jamais, la jeune Yami s'arrêta devant ces gens en les regardant fixement. En se comportant de manière aussi décontracté, ils salissaient tous la mémoire de Saru, lui crachaient dessus même. Il était hors de question que Yami laisse une telle chose passer. Se laissant emporter par sa colère, le premier phénomène était en train de se produire, et les surprises n'allaient faire que s’enchaîner dans ce lieu chargé d'émotion pour la jeune fille aux oreilles.  

  • Où est-ce que vous vous croyez exactement pour pouvoir discuter aussi tranquillement ici ?! Je vous signale que vous êtes venus pour rendre hommage à Saru, un jeune garçon qui est mort dernièrement et dont vous étiez proche. Est-ce que vous êtes tellement dépourvus de cœur pour que cela ne vous affecte pas à ce point ?!
  • Mais pour qui est-ce que tu te prends exactement pour nous parler comme ça, petite garce ? Tu penses que tu peux nous parler comme tu veux depuis tes 1m60... ?! Je vais t'apprendre le respect moi, tu vas voir ! Répondit alors une des personnes dans le groupe, un homme brun frôlant les 1m80 approximativement. Il relâcha alors sa clope pour se mettre devant la jeune fille et la regarder avec beaucoup de colère dans les yeux. Tu as beau être un enfant ainsi qu'une fille, je n'aurais aucune pitié pour toi.

 

Seulement, l'approche de cet homme n'effraya en aucun cas la jeune fille. Cet accès de courage qu'elle avait gagné face aux individus de ce genre, elle le devait en grande partie à Saru. C'était grâce à lui qu'en cet instant, elle était aussi grande dans son cœur. Elle n'avait pas peur, au contraire même. Cet homme ne lui inspirait qu'une sombre pitié, qu'elle s'empressa de lui signifier sans plus attendre en le frappant violemment au niveau de l'entre-jambe. Elle savait que Saru n'aurait pas souhaité la voir faire preuve d'un coup aussi bas et traître, mais une telle ordure à ses yeux ne méritait pas mieux que cela. Elle aurait également souhaité voir le comportement de ces gens changer, les voir jeter leur cigarette pour rentrer finalement à l'intérieur. Mais il n'en était rien, ils continuaient tous de glander devant l'entrée, comme cet homme, qui se tenait les bijoux de famille après le coup qu'il venait de se recevoir.

Abandonnant alors ces personnes, mais surtout cet homme, à leur sort, Yami se contenta alors de rejoindre ses parents à l'intérieur qui l'attendaient. En la voyant faire un tel arrêt, ils avaient tous les dex marqués une pause pour l'attendre. Même si Kaku avait assisté à la scène depuis l'intérieur, en ressentant une certaine douleur pour la victime de son enfant, il ne pouvait qu'éprouver une certaine fierté pour sa fille.

  •  Je suis prête, on peut rentrer ici et passer à la suite maintenant. Avait déclaré la demoiselle en se plaçant entre ses deux parents, le regard froid et colérique envers ces énergumènes qui osaient cracher sur la mémoire de son ami décédé. Je ne supporte pas ces gens qui prétendent se sentir impliqués pour la mort d'un proche et qui montrent par la suite qu'ils s'en fiche éperdument. Cela me rend malade.
  • Tu veux savoir ce que je pense, Yami ? Je pense que Saru aurait été très fier de toi. Répondit très clairement Kaku avec un sourire sincère et tendre aux lèvres. Il était clair que l'idée du coup placé à cet endroit n'était pas très fair-play, mais il comprenait l'intention et le manque de courtoisie justifiée.
  • Pou... Pourquoi est-ce que tu me dis ça tout d'un coup ?! Demanda pour toute réponse la demoiselle en laissant ses joues devenir légèrement plus pourpre. Elle avait perdu toute cette colère, pour révéler sa gêne que cela puisse s'avérer vrai. Petit à petit, ses émotions remontaient à la surface, sans qu'elle ne puisse rien contrôler.
  • Parce que je suis heureux de voir que tu laisses progressivement tes émotions prendre le dessus, pour laisser ce cocon se briser. Tu as agis ainsi pour protéger la mémoire de ton meilleur ami, et c'est très honorable de ta part.
  • Je ne supporte tout simplement pas de voir ces gens se ficher complètement de la cérémonie en l'honneur de Saru. Je ressens leur désintérêt pour l'événement, et cela m’enrage totalement ! Affirma Yami avec toujours la même gêne, mêlée à un soupçon de colère, avant de marquer une pause. Elle venait de réaliser ce que son père venait de lui dire et il était vrai qu'elle était en train de se laisser emporter par ses émotions. La demoiselle regarda alors son père avant de reprendre. Mais avant, qu'est-ce que tu viens de dire à propos de mon cocon de protection ?!
  • J'ai simplement dis qu'il n'allait pas tarder à se briser, et c'est normal tu sais ? Après tout, tu te trouves tout de même à la cérémonie en l'honneur de Saru. Tu ne pouvais pas te contenter de conserver cette aura froide et distante. Venant de toi, ma fille, c'est totalement impossible, cela te rendrait malade.

 

En un sens, Yami pouvait remercier son père de l'avoir prévenu du danger qu'elle encourait à rester exposée ici trop longtemps, le cœur en train de s'ouvrir. Elle ne voulait pas craquer ici, pas maintenant. Évidemment que ses sentiments allaient se révéler d'eux-même, car Yami était ainsi. Mais pas avec une telle violence, elle ne voulait pas devenir folle. Choisissant alors la discression à l'échange en continu avec son paternel, l'enfant se contenta de s'avancer dans la rangée sans attendre ses parents. Elle ne voulait plus entendre parler de cela, et tenta de faire de son mieux pour se contenir, pour garder une certaine retenue sur son cœur, sur toutes ses émotions. C'était aussi en quelque sorte, une façon de tenir sa promesse envers Saru. Même si elle n'était pas heureuse, au moins, elle n'était pas malheureuse au point d'en verser des larmes de tristesse.

En la voyant ainsi s'en aller, comme pour les fuir, pour fuir la réalité qui s'offrait à elle, Kaku n'exprima rien d'autre qu'un sourire satisfait. Il savait mieux que quiconque que ses mots avaient su toucher son enfant. Le père cependant était légèrement effrayé à l'idée que sa fille puisse craquer à tout moment, même lorsqu'il serait absent ou loin d'elle. Comment ferait-il pour la réconforter, pour l'aider, pour l'épauler ? Cette question le hantait sans cesse depuis qu'il avait découvert cette barrière autour de son cœur.

Installée dans une rangée au milieu de l'assemblé pour ne pas être remarquée, aux côtés de sa mère ainsi que de son père qui venait de les rejoindre toutes les deux, Yami écoutait le discours de cérémonie qui venait tout juste de commencer. Jamais la jeune fille n'aurait cru qu'un jour elle assisterait à une telle chose, que ces mots viendraient jusqu'à ses oreilles, pour la faire progressivement craquer de l'intérieur. Yami était dans une véritable et horrible période de déni, où son cœur refusait d'admettre la vérité. Pour elle, quelque part, son très cher ami était toujours vivant, en train de l'attendre à la sortie de l'école pour aller marcher avec elle. Son esprit à l'heure actuelle était encore incapable d'accepter la vérité, de l'entendre et d'y faire complètement face.

Alors, se confronter ainsi à l'étendue de cette réalité, était pour elle, un supplice qu'elle se devait d'endurer. Les secondes passèrent les unes après les autres, qui lui parurent toutes durer des heures et des heures. Elle ne désirait qu'une seule chose, que cela se termine le plus rapidement possible pour s'échapper de cet Enfer. Yami ne voulait pas craquer, pas ici en tous cas, pas devant tous ces gens... Elle ne voulait pas... Que la vérité la rattrape, comme ce monstre griffu, tout simplement implacable qu'elle tentait de fuir inlassablement.

Mais c'est alors que, perdue dans ses pensées, dans ses souvenirs la ramenant toujours à cet être si cher pour elle, une voix vint interrompre le cours de sa mélancolie pour la ramener dans le monde réel. Cette voix qui était venue jusqu'à elle, n'était autre que celle du Maître de cérémonie, qui accorda un discours d'hommage et d'adieu à cette toute jeune demoiselle. Après tout, il était normal qu'elle ai droit à quelques minutes pour parler, et les parents de Saru étaient bien conscient de cette amitié entre les deux enfants.

Surprise en premier lieu d'une telle attention, Yami se contenta cependant de se lever de sa chaise pour se diriger tout doucement vers la scène. Elle n'avait préparé aucun mot, n'ayant clairement pas la force mentale pour ce genre de chose. Pour cette raison, la demoiselle n'avait pas prévu de devoir parler sur scène, et ne l'avait d'ailleurs même pas envisagé. Mais c'était bien en train d'arriver et elle se voyait mal refuser cette offre en raison de son lien très spécial avec son ami. C'est avec toutes ces pensées lui déchirant le cœur, accentuant ses craintes, qu'elle arriva sur scène et se permit d'emprunter le micro sous la permission du Maître de cette cérémonie.

Yami était maintenant devant tous ces gens, qui la regardaient fixement, sans osciller du regard. Ils attendaient tous un discours de sa part. Mais... Que pouvait-elle bien leur dire exactement ? Tous ces gens venus pour rendre hommage à Saru, eux qui ne le connaissaient pas aussi bien qu'elle, qui se fichaient tous quelque part de son sort, et pour qui la vie continuait. Elle leur en voulait quelque part, de ne sentir leur implication morale, mais était-elle la mieux placée pour parler de cela ? Finalement, agacée de sans cesse se poser milles et une question, Yami se lança à l'eau et laissa son cœur s'ouvrir quelque peu pour que ces mots en sortent, tout son amour pour Saru.

  • Je suis heureuse de voir aujourd'hui autant de personnes rassemblées pour rendre hommage à Saru. Pour moi, vous devez tous savoir qu'il n'a pas été seulement qu'un simple garçon comme tant d'autres. Non, il était bien plus que cela, bien plus que n'importe quelle personne en ce monde. Saru... Est le garçon qui est venu me sauver des ténèbres, qui m'a donné une nouvelle chance d'être heureuse, de vivre et d'aimer sincèrement. Oh, je n'aimais pas Saru en tant que petit-ami, mais seulement en tant que meilleur ami. Il était tout pour moi... Et... Je regrette qu'il soit parti aussi vite, qu'il nous ai tous quitté aussi jeune, alors qu'il avait encore toute la vie devant lui. Je pense... Déclara le jeune fille avant de prendre une pause pour se remettre de ses émotions, sentant son cœur se rompre sous l'étendue de cette souffrance que ses révélations infligeaient à son être. Une larme vint d'ailleurs s'écouler de son œil, sans que Yami ne vienne la sécher pour autant. Je pense que j'aurais dû mourir à sa place, il est le genre de personne que le monde se doit de regretter, une perle rare dans ce monde plein de mensonge, plein de discrimination, de jugement et de mauvaises intentions. Il était une personne au cœur pur, à la gentillesse rare... Et ma... Vie sans lui ne sera plus jamais la même, plus jamais je ne pourrais sourire, bien que je lui en ai fais la promesse avant qu'il ne s'éteigne. Il était tout mon bonheur, et cette flamme s'est éteinte avec lui, pour toujours.

 

Tous ces mots maintenant déchargés de son cœur, Yami sentait très clairement que cette barrière cédait tout doucement. Mais ce n'était pas le moment, l'heure n'était pas encore venue. C'est pour cette raison qu'elle se contenta de regagner son siège sous le silence complet de l'assemblée. Ils avaient tous écoutés ses mots avec une grande attention. Bien qu'elle les accusait en quelque sorte, la reprendre sur une telle sincérité de son cœur n'aurait pas été quelque chose de classe. Maintenant aux côtés de ses parents, ceux-ci la félicitèrent du regard. Surtout son père, qui lui adressa un clin d'oeil avec un sourire, comme il en avait tellement l'habitude depuis quelques temps avec elle. Tout était terminé, tout était terminé...

Alors que Saru était maintenant dans sa tombe depuis quelques jours, l'annonce du grand championnat avait sonné pour Yami et ses compagnons de sport. Ham et Bou étaient évidemment présent pour cet événement, dans ce stade à ciel ouvert avec un immense public. Cela n'avait strictement rien à voir avec leur tout petit club d'entraînement où ils se rendaient chaque semaine. Yami cependant était la seule dans tout son groupe à ne pas être aussi enjouée, voire même légèrement dépressive. Elle pensait encore et toujours à Saru, mais s'était jurée de ne pas trahir sa confiance et de concourir pour cet événement. Voila la raison de sa venue ici, sinon elle serait simplement restée chez elle.

  • Yami, tu es sûre que tu pourras assurer aujourd'hui ? Tu ne me sembles pas au meilleur de ta forme. Affirma Bou en montrant une part de son inquiétude à son élève, sachant sans même qu'elle n'ai besoin de le dire, la raison principale de son malaise. Après tout, Bou connaissait elle aussi cette souffrance. Si tu ressens le besoin de te confier à moi, n'oublies pas que je suis tout à fait apte à t'écouter et à te soutenir.
  • Ne vous inquiétez pas pour moi professeur, je vais très bien... Affirma sans aucune hésitation la jeune fille tout en continuant de s'étirer à côté de la piste de course avec ses camarades.
  • Bou n'a pas tort tu sais ? C'est vrai que tu n'as pas l'air dans ton assiette. Tu es encore tourmentée à cause de la mort de ton meilleur ami, c'est ça ? Ajouta par la suite le jeune Ham en cessant de s'étirer pour simplement regarder sa camarade dans les yeux, lui aussi très inquiet à son sujet.
  • Qu'est-ce que vous avez tous à me chercher un mal-être que je n'ai pas ? Laissez-moi tranquille, s'il vous plaît. Je vous dis que je peux assurer la compétition, alors je le ferais ! 

 

Et c'est au cours d'un coup de sifflet que le grand championnat débuta. Les toutes premières épreuves de cette compétition s’enchaînèrent toutes les unes après les autres au cours de cette journée. Yami ainsi que tous les autres regardèrent ces athlètes s'élancer avec une grande attention, impressionnés devant une telle performance. Mais Yami et Ham s'étaient après tout entraînés si durement pour être en mesure de rivaliser avec eux et même de les dépasser. Cela ne devrait donc pas les impressionner, mais juste les amuser.

Et le tour de Yami vint finalement. Celle-ci se leva alors, encouragée par son professeur ainsi que son nouvel ami qui lui adressa un pouce de la victoire. Un léger sourire se manifesta sur son visage, encore terni par la tristesse qu'elle ne voulait pas s'avouer. Mais pas le temps de se soucier de ce genre de chose. Car la jeune fille, maintenant en position et avec sa perche à la main, attendit simplement le coup de sifflet pour s'élancer en avant. A l'écoute de celui-ci, elle fonça telle une flèche en direction de la barre. Il s'agissait de sauter aussi haut que possible, afin de ne pas décevoir son équipe. Elle devait y arriver, coûte que coûte.

Et finalement, le saut de l'espoir, durant lequel Yami s'était envolée tellement haut qu'elle eut l'impression de toucher le ciel, les étoiles même de ses mains. Jamais auparavant durant un envol, la jeune fille ne ressentit cette sensation. C'était comme si le monde autour d'elle disparaissait pour laisser place à une nouvelle lumière, à quelque chose de vraiment pur.

Et c'est alors qu'elle comprit, que ce qu'elle était en train de toucher n'était autre que la lumière de son meilleur ami. Elle venait de réussir, de traverser l'immensité du monde, pour le toucher de sa main, pour le revoir une dernière fois. Et dans une voix souriante, elle put entendre un dernier « Je suis fier de toi, Yami. De tout ce que tu as accompli jusqu'à présent pour accomplir ton rêve. Tu dois continuer de vivre ainsi, de goûter au bonheur comme tu l'as fais jusqu'à présent. Vis pour être heureuse, Yami. Tu dois vivre, et continuer de sourire. » Elle n'eut aucun doute à ce sujet, c'était bien son cher Saru. Ce n'était pas une simple hallucination comme tant d'autres.

Une fois retombée au sol après avoir dépassé très largement cette barre au cours de son saut, et sous les applaudissement du public tout autour d'elle, Yami s'accroupit sur le tapis. Peu importe si ce n'était pas le bon moment, peu importe si le bon moment n'arriverait au final jamais pour elle. Son cocon autour de son cœur venait de céder en cet instant. Plus rien ne retenait sa tristesse, son désespoir finalement, et tout était maintenant libéré. Des larmes de peine coulèrent à flot de ses yeux, sur ses deux joues. Elle n'était plus en mesure de cacher la vérité, plus maintenant qu'elle avait ressentit l'essence de Saru. Son monde... S'était envolé aux côtés de cet homme. Et pourtant... Elle devait vivre, être heureuse pour que depuis son paradis, son ami puisse être vraiment fier d'elle.

  • Saru, excuse-moi... Je suis désolée de ne pas avoir pu te sauver, que tu sois mort à ma place... Pardonne-moi. Mais je ferais de mon mieux, je te promets de que je ferais tout ce que je peux pour être vraiment heureuse ! Même si sans toi à mes côtés, je ne pense pas en être capable. Mais je vais essayer, je te promets d'essayer !

 

Au même moment cependant, dans le laboratoire secret de Kaku, Xia était encore en train de travailler en solitaire pendant que son collègue était absent. Encore devant son écran d'ordinateur, la jeune femme n'eut pas la chance de voir que sur le caisson, sur l'écran de celui-ci commença à s'afficher un message d'espoir pour toute l'humanité. « Porteur Sain en cours de naissance, Miracle prêt à l'emploi. »

 

FIN

 

NOTE DE L'AUTEUR : C'est ainsi que cette série de 8 chapitres de Vivre se termine. Au travers je voulais faire passer une note d'espoir, qu'à travers la tempête, se trouve toujours le Soleil ! Mais j'espère que cette fin ne vous aura pas trop frustré... Je ne suis pas doué pour les happy ending ! En tous cas à bientôt pour de nouvelles histoires, et vous laisserez bien un petit commentaire ?

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