La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé

Chapitre 15 : L'histoire ne se répétera pas

3903 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 03/01/2026 19:39

Chapitre 15 : L'histoire ne se répétera pas.



Après une longue chevauchée, la troupe Rochenoire menée par Orgrim arriva au Relais de Fer, une base de la Horde de Fer installée depuis peu à la Crête de Givrefeu.

Une preuve de plus que cette nouvelle Horde comptait bien conquérir tout Draenor en attendant d'envahir d'autres mondes.


Encore affaiblie, Keera se déplaçait avec difficulté, mais son esprit était aussi vif que possible. Du haut du loup géant d'Orgrim, elle protégeait son petit des intempéries ambiantes qu'elle avait finalement hâte de quitter. Voyant qu'ils se dirigeaient vers Gorgrond, elle commença à retirer ses fourrures.


  • Tu as du sang loup-de-givre dans les veines pour ne pas craindre le froid ! fit Ga'nar qui était lourdement attaché.
  • Disons que je viens d'une terre peut-être encore plus rude que la tienne, Ga'nar.
  • Ah, ton petit a faim ! dit-il alors que Sorata pleurait.


L'orc semblait commencer à reconnaître les pleurs du bébé, ce que Keera trouvait attendrissant. Elle avait alors commencé à le moquer, arguant qu'une telle brute pouvait se montrer affectueux à l'occasion. Mais Ga'nar, qui avait un certain humour, était si rustre qu'il lui aboyait dessus jusqu'à ce qu'un de ses gardes n'intervienne pour le faire taire.

Amusée par cette situation, Keera décida qu'elle pleurerait l'Orgrim qu'elle avait connu plus tard. Car Garrosh avait raison, les personnes de cet espace-temps étaient parfois différentes de celles qu'ils avaient connu. Et c'était le cas de son défunt époux, dont elle reconnaissait tout de même quelques points communs, car il savait se montrer pragmatique et autoritaire, mais également juste. Et il n'avait pas encore autorisé ses guerriers à battre Ga'nar qui ne cessait de les provoquer.


Ce qu'elle ne s'expliquait pas, c'était son sens de la loyauté envers ses amis, dont il n'avait encore rien montré. C'était pourtant cela qui l'avait conduit à défier et tuer son chef par le passé.


  • Nous passerons la nuit ici, et repartirons à l'aube, annonça Orgrim.
  • Marteau-du-destin ! Enfin ! fit l'éclaireur Cherche-tripe, un autre Rochenoire qui gardait la place. Installez-vous mes frères !
  • Restez sur le qui-vive, les Sire-tonnerre sont tout près, mais les Loup-de-givre aussi ! rappela Orgrim qui répondit à l'accolade de son lieutenant.
  • Où met-on la femelle et son enfant chef ?
  • À l'intérieur, et donnez-lui assez à manger, je ne suis pas un tortionnaire !
  • Bien, Marteau-du-destin ! acquiesça le guerrier qui s'éloigna pour accompagner Keera.


Orgrim l'observait de loin. Elle n'avait pas bronché depuis sa capture. Elle devait vouloir protéger son petit. Cependant, elle ne paraissait pas craintive, ni même apeurée, ce qui était étonnant pour une prisonnière en tant de guerre.

Il décida donc de la questionner, et attendit que son guerrier l'amène vers lui.


  • C'est bon, laisse-nous, fit Orgrim à l'orc. J'ai à lui parler.


Intriguée, Keera fronça les sourcils, et le suivit à l'intérieur de la base.


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Depuis l'extérieur, le bâtiment semblait très petit, mais il comptait tout de même plusieurs lits, et quelques tables de bois. Le lieu devait aussi servir de dépôt d'armes, car plusieurs caisses flanquées du symbole de la Horde de Fer avaient été déposés ci et là.

Une fois en bas, Orgrim proposa un lit à Keera, qui s'y assit, puis attendit qu'il prenne la parole.

Il choisit de s'asseoir sur la table au centre de la pièce, et croisa les bras sur son torse.


  • Je ne m'attendais pas à te trouver avec les Loup-de-givre, Keera !
  • Je pense que ce sont eux les plus surpris de te voir parmi leurs ennemis, Orgrim.
  • Hum. J'avais espoir de ramener Durotan à la raison, et je vois que tu as trahi Grommash et les Chanteguerre ! Tu t'es bien moquée de nous !
  • Je n'avais pas imaginé qu'ils puissent s'en prendre à d'autres orcs ! Et je suis toujours du côté que je crois le plus juste.
  • Eh bien, tu t'es trompée, femme ! Tu es du mauvais côté du champ de bataille ! Et tu comptes mettre ton petit en danger ?
  • Pourquoi ? Il est en danger ? s'enquit la princesse.
  • C'est toi qui l'es, et pourtant, tu ne montres aucune crainte !
  • Si tu voulais une captive pleurnicharde, il fallait attraper Rakmor ! Comment va sa mâchoire ?


Orgrim retroussa les babines et sourit. Il avait oublié combien il aimait la défiance de cette étrangère. Il la regarda défaire sa peau, et répondre au petit cri émit par son enfant qu'elle commençait à bercer. Mais il ne devait pas se laisser attendrir par cette scène touchante. C'était la guerre. Et si elle ne se rangeait pas du côté de la Horde de Fer, elle était l'ennemi.


  • Où nous emmènes-tu Orgrim ? demanda-t-elle sans quitter le petit Sorata des yeux.
  • Tu le sauras bien assez tôt, répondit-il en se redressant. Pour l'heure, tiens-toi tranquille, je reviendrai plus tard.


Orgrim se leva, et s'éloigna vers les marches menant à l'extérieur. Soudain, il se figea. Il pivota vers Keera, et demanda :

  • Qui est le père de cet enfant ? Est-ce un Chanteguerre ? C'est pour ça que tu les as quitté ?


Surprise par ces assertions, Keera fut d'abord prise au dépourvu. Elle lui répondit tout de même avec sincérité :

  • En fait je... j'ignore ce qu'il s'est passé cette nuit-là, je n'étais pas dans mon état normal. Et je ne me souviens de presque rien.
  • Si je compte le nombre de mois qu'a passé ton enfant dans ton ventre, tu devais te trouver à Nagrand quand c'est arrivé, c'est bien ça ?
  • Oui, et vous étiez là, toi et les tiens. C'est arrivé la veille de mon départ.
  • Je m'en souviens, tout le monde était hérétique cette nuit-là ! Et je me souviens que tu as dansé, et tu as bu, sourit-il.
  • Ah, moque-toi, bouda Keera. J'ai beaucoup bu tu veux dire, et voilà le résultat ! fit-elle en désignant Sorata.
  • Un résultat plutôt réussi, admit Orgrim qui admirait le petit blotti contre sa mère. Il te ressemble.


Orgrim devenait touchant, et cela ne devait pas arriver. Il ne devait pas se rapprocher d'elle. Et cette fois-ci, une fuite s’avérerait plus difficile que de prendre congé de Grommash et des Chanteguerre.


Elle reprit alors :

  • Bien sûr, celui qui a... passé la nuit dans ma grotte ne pouvait savoir que j'attendrais son enfant. Mais je ne peux m'empêcher de le considérer comme un lâche qui s'est enfui après avoir fait ce qu'il avait à faire, fit-elle, la mine écœurée.


Devant tant de franchise, Orgrim s'approcha d'elle, et dit :

  • J'ignore qui t'a fait ça, et oui c'est un lâche de t'avoir laissée seule ! (il s'approcha davantage et releva le menton) Car si ça avait été moi, sois sûre que je n'aurais pas fui !


De cela, elle en était certaine. Elle l'avait affirmé à Garrosh, la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Elle le connaissait bien, et cet Orgrim n'était finalement pas si différent de celui qu'elle avait connu. C'est pourquoi elle devait le tenir à distance. Sans le vouloir, elle avait déjà trahi Varian. Et même si elle ne le reverrait jamais, elle l'aimait de tout son cœur. Et Orgrim faisait partie de son passé. Un passé révolu qui ne reviendrait jamais.


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Le départ était prévu à l'aube. Les Rochenoires, qui avaient passé la nuit sous des tentes sur ordre de leur commandant pour ne pas perturber la mère et son enfant qui dormaient dans la masure, chargeaient leurs loups.


  • Chef ! Des Sire-tonnerre !


Orgrim se retourna, et reposa le coffre rempli de vivres pour se diriger vers les orcs qui étaient apparus. Quatre Sire-tonnerre se tenaient à l'entrée de la base, et attendaient.

  • Mes guerriers ne vous ont pas livré les armes ? les interrogea Orgrim.
  • Tu es Orgrim Marteau-du-Destin, fils de Telkar, c'est bien ça ? demanda leur chef.
  • C'est bien moi, je mène cette troupe et ces prisonniers sur ordre de Main-noire.
  • Nous avons bien reçu les armes, Marteau-du-Destin, confirma leur chef. Mais il se dit que parmi vos prisonniers, il y a une étrangère.
  • Que lui veux-tu ? Ton nom ?


L'orc regarda en arrière et jeta un œil à ses guerriers. Puis, il se dirigea vers Orgrim, et s'annonça :

  • Je suis le Loup-de-Fer, chef du clan Sire-tonnerre ! Et cette femelle a massacré une bonne dizaine des nôtres ! fit-il en apercevant Keera qui sortait de la masure.
  • Tu parles de cette femme, là, avec son nourrisson ? demanda Orgrim en pivotant vers la princesse.
  • Elle correspond à la description qu'on m'en a faite, oui.
  • Et alors, qu'est-ce que tu lui veux ?
  • Je la veux, répondit le chef assez fort pour que sa voix porte jusqu'à elle.


Orgrim suivit son regard, et vit Keera qui les écoutait. Revenant vers le Loup-de-Fer, il déclara :

  • Tu ne l'auras pas. Elle est notre prisonnière !
  • Je croyais qu'elle était l'alliée des Chanteguerre ?
  • Qui t'a dit cela ? demanda Orgrim.
  • L'un des lieutenants de Hurlenfer, c'est ce que m'a rapporté mon fils.
  • Nous la menons au Chef de guerre pour éclaircir ce point, expliqua Orgrim. Si tu n'as rien d'autre à réclamer, vous pouvez partir, ajouta-t-il en se détournant.
  • Je ne suis pas venu ici la réclamer, Marteau-du-Destin. Je suis venu la prendre !


Orgrim s'arrêta, et fit face à l'orc de toute sa hauteur. Bien que le chef des Sire-tonnerre était grand, Orgrim le dépassait d'une bonne tête. Ils se toisèrent quelques instants, puis Marteau-du-Destin brisa le silence :


  • Si tu comptes désobéir au Chef de guerre de la Horde de Fer, tu ne partiras pas d'ici vivant !


Les Rochenoires commencèrent à dégainer leurs armes, apparemment enjoués par cette perspective. Keera, qui observait la scène, recouvrit son petit d'une peau de bête et resta alerte. Elle avait comptabilisé plus de Rochenoire que de Sire-tonnerre. Cependant, les Sire-tonnerre étaient réputés pour leurs manœuvres suicidaires et leur mépris du danger. Sans compter que d'autres pouvaient se tenir embusqués et prêts à se jeter dans la mêlée.


Après un second échange de regards plus que menaçants, le Loup-de-Fer scruta Keera, et lança :

  • Toi, femme ! Si tu t'en prends encore à l'un de mes guerriers, sache qu'il n'y aura pas assez d'une armée entre toi et moi !


Très peu touchée par tant d'égards, la princesse dévisagea Orgrim, dont la mine inquiète trahissait son appréhension. Il redoutait sa réaction, priant pour qu'elle n'envenime pas davantage la situation. Et son humeur badinante ne lui disait rien de bon. Elle répondit alors :


  • Toi, orc ! Sache que je ne crains pas le chef d'un clan de couards qui s'en prennent à des femelles esseulées ! Enseigne à tes guerriers le sens de l'honneur, au lieu de menacer une femme qui porte un enfant !


Il était heureux que la majorité du visage du Loup-de-Fer ait été caché par une peau de loup, sans quoi tous auraient pu voir le rouge qui lui montait au visage. Serrant les poings compulsivement, il toisa une dernière fois Orgrim, cracha au sol, puis s'en retourna auprès des siens.

Keera les regarda s'éloigner, et se tourna vers Orgrim, dont elle attendait la réaction.


Il s'approcha d'elle à pas lents, et la questionna :

  • Quand tu disais que tu te battais pour la survie des Loup-de-givre, c'était contre les Sire-tonnerre ?
  • Tu connais d'autres clans qui s'en prennent à eux ? ironisa la princesse.
  • Ne joue pas à ça avec moi, Keera ! dit-il sur un ton menaçant. Les Sire-tonnerre sont nos alliés, rien de tout cela n'est un jeu !
  • Je sais, dit-elle sur un ton dépité qui inquiéta Orgrim.


Pensant qu'elle comprenait la gravité de la situation, il la mena vers son loup, et l'aida à le monter. La troupe partit dans l'heure, quittant les terres gelées par l'est en direction de Gorgrond.


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Le nombre de squelettes géants était impressionnant. En fin de compte, Keera, tout comme la Ligne des explorateurs, en savait si peu sur Draenor. Cette terre avait abrité tant de créatures géantes primitives, et certaines d'entre elles vivaient encore.

Mais depuis peu, le paysage sauvage était transformé en sites de fabrication industrielle d'armes et d'armures. Sur la route vers Gorgrond, un vaste réseau d'ateliers était en construction. Des fortifications imposantes bardées de murs de fer défiguraient à présent le paysage.


Après une courte halte qui permit à Orgrim de faire le point avec d'autres lieutenants Rochenoires, ils poursuivirent leur route plus au sud. Ce qui intrigua Keera, qui pensait qu'ils se rendaient en Gorgrond. Elle se rappela alors avoir entendu Orgrim dire au chef des Sire-Tonnerre qu'il l'amenait auprès du Chef de guerre de la Horde de Fer. Et d'après ce qu'elle en avait compris, il se trouvait dans la Jungle de Tanaan.


  • Nous arriverons en Talador demain ! annonça Orgrim à ses guerriers. Nous ferons une courte halte, et nous rejoindrons le Commandement de Lames-furieuses. En attendant, dressez des tentes. Morgal, organise les tours de garde. Les Sire-Tonnerre sont proches, mais je ne veux perdre personne.
  • Oui chef ! acquiesça l'orc en question, qui partit relayer les ordres.


Installée à la bifurcation entre le Passage du Tonnerre et Gorgrond, un passage qu'ils empruntaient depuis qu'ils avaient quitté la Crête, la troupe pouvait jouir d'un climat plus clément.

  • Eh ! Laissez-moi au moins me dégourdir les jambes, tas d'ogrons ! pesta Ga'nar, encagé dans une sorte de prison de fortune transportée sur un chariot de bois.
  • Tu es bien là où tu es, Loup-de-givre, se moqua un Rochenoire qui frappa sur sa cage à l'aide de sa masse.
  • Hin ! C'était quoi ça, le coup d'un guerrier, ou bien celui d'une fillette ?
  • Tiens ta langue, Loup-de-givre ! grogna un autre Rochenoire. Ou je te la coupe !
  • Et toi, face de goren, regarde un peu où tu marches ! se moqua Ga'nar. Tu traînes une odeur de bouse depuis la frontière !


Keera regardait la scène tout en s'approchant du chariot sur lequel elle s'assied pour nourrir son petit. La voyant s'y installer, les Rochenoires pestèrent, et s'éloignèrent pour rejoindre les autres.

À portée de voix de Ga'nar, elle pouvait aisément converser avec lui.


  • Tu ne cesses de les provoquer, et tu demandes un passe-droit ? Utilise ta tête, Ga'nar !
  • Je préfère utiliser mes poings et ma haine ! déclara-t-il sans grande surprise.
  • Je le vois bien, mais cela ne t'avancera à rien, continua Keera qui craignait qu'ils ne finissent par lui faire du mal.
  • Hin ! Tu fais la fière parce que tu n'as qu'à te contenter de parader devant eux pour qu'ils bavent comme des sabrons en rut !
  • Eh bien, je te remercie pour le compliment, Ga'nar, fit-elle l'air faussement froissé.
  • Pah ! Il te suffit d'une œillade pour obtenir ce que tu veux ! Tiens, regarde-le celui-là qui te lorgne, près des braseros. S'il ne craignait pas Marteau-du-destin, il t'aurait déjà reniflé la croupe !
  • Je ne suis pas sûre qu'il soit mon genre, se moqua-t-elle en observant l'orc en question. (elle se tourna vers Ga'nar) Essaierais-tu de me flatter l'air de rien ?
  • Peuh !


Ga'nar cracha à travers sa cage, et lui tourna le dos. Ce petit jeu l'amusait, mais elle cherchait avant tout la confiance de l'orc qu'elle tenait toujours à rallier à Durotan.

Gageant que personne ne les entendrait, elle poursuivit plus sérieusement :


  • Ga'nar, sommes-nous encore loin de la Jungle ?
  • Pourquoi tu veux savoir ça ?
  • J'ai… besoin de savoir combien de temps nous mettrons à arriver.
  • Qu'as-tu en tête, Keera ?
  • J'ai besoin de savoir combien de temps je dois leur faire croire … (elle regarda discrètement vers Orgrim) que je suis toujours affaiblie.


Le sourire narquois qui se dessina sur le visage de Ga'nar laissait entendre qu'il comprenait où Keera voulait en venir. De ce qu'il avait cru comprendre, elle devait être une sacrée guerrière pour avoir réussi à occire plusieurs Sire-tonnerre à elle seule, et enceinte de surcroît. Sa fragilité feinte était donc parfaitement maîtrisée, et Ga'nar n'avait plus qu'à attendre son heure pour se libérer avec son aide. Bien qu'il sera ardu de fausser compagnie à Marteau-du-destin, qui les épiait de loin.


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Le chemin qui les mena jusqu'en Talador avait été tortueux mais sans risque. La route était dégagée, et le soleil réchauffait la troupe qui avançait bon train.

Ils arrivèrent vite, et traversèrent un chemin surélevé qui longeait la Côte Orunaï. Le long de la route, quelques bannières de la Horde de Fer apparaissaient, ce dont Keera ne se souvenait pas. Elles devaient avoir été installées récemment.


Quelques arbres avaient également été taillés, voire abattus, et devaient servir aux constructions diverses pour les orcs. Ils mirent plusieurs jours avant d'atteindre le Commandement de Lames-furieuses, fortification qui gardait le passage vers la Jungle de Tanaan. Keera avait entendu qu'Orgrim était le chef de cette division de soldats d'élites composée d'orcs de tout clan, les Grom'kar.


Elle se souvenait que cette place accueillait une cité draeneï auparavant, et qu'elle l'avait admirée de loin lorsqu'elle avait traversé Talador. Scandalisée en réalisant qu'il ne restait presque rien de la cité, elle se renfrogna, et jeta un regard noir à Orgrim qui l'aidait à descendre de son loup.


  • C'est quoi ce regard ? Un problème ?
  • Où sont les habitants de cette cité ? l'interrogea Keera. Il me semble qu'elle appartenait aux draeneï.
  • C'était le cas, acquiesça Orgrim. Elle nous appartient désormais.
  • Vous les avez faits prisonniers ?
  • Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu n'as pas à connaître nos stratégies, ni nos choix de faire des prisonniers ou non, répondit-il de façon autoritaire.
  • Et les enfants ? Y avait-il des enfants ?
  • Des enfants qui ont eu la malchance de naître du mauvais côté du champ de bataille, dit-il en regardant au loin.


Sa mine assombrie était intrigante. Orgrim pensait-il ce qu'il disait ? Cautionnait-il tous les agissements de ses supérieurs ?

Tout en espérant que ce genre de pratiques ignobles le révolterait, elle berça Sorata qui commençait à pleurer. Orgrim se tourna vers l'enfant qu'il regarda, le visage fermé. Après l'avoir gratifié d'un regard mauvais, Keera lui demanda :


  • Où dois-je aller ?
  • Morgal ! s'écria-t-il en la dévisageant. Fais installer une couche et une bassine d'eau dans cette hutte, là-bas. Et que deux guerriers Grom'ka la garde.
  • Oui, chef.


Morgal s'éloigna, tandis qu'Orgrim rejoignait ses guerriers Grom'ka sans même accorder le moindre regard à la princesse.

  • Toi, femme ! Suis-moi !


Keera suivit le guerrier sans un mot, partagée entre le dépit et l'espoir qu'Orgrim n'était pas un monstre dans cette voie temporelle.


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Les enclumes étaient martelées jour et nuit, et les combattants s'entraînaient avec vigueur de l'aube jusqu'au crépuscule.

À l'abri sous sa hutte, Keera se tenait auprès de son petit. Tous deux allongés sur leur couche, ils apprenaient à se connaître. Keera faisait jouer ses doigts au-dessus de Sorata qui les regardait et s'égosillait de joie. Ses éclats de rire lorsqu'elle passait son doigt sur son ventre la remplissait d'un bonheur pur et total. Un tel sentiment de béatitude était si troublant et douloureux à la fois qu'elle ne pouvait concevoir qu'on puisse un jour les séparer.


Chaque jour qui passait lui enseignait quelque chose sur ce petit être qu'elle découvrait. Si bien que parfois, elle se prenait à penser que ces moments de bien-être devraient se vivre à deux. Elle ne pouvait les partager avec personne d'autre, et à cette pensée, un doux sentiment de mélancolie l'envahit.


Elle repensa alors à Varian, et les larmes coulèrent sans qu'elle ne s'en rende compte. Tous ces moments-là, elle aurait voulu les vivre avec lui. Mais elle l'avait trahi, sans même savoir comment. Si jamais elle le revoyait un jour par miracle, jamais il ne pourrait lui pardonner.

Et cependant, elle ressentait un tel bonheur auprès de son enfant. Un bonheur coupable qui pouvait lui tordre le ventre.


Elle n'eut cependant pas le temps de se morfondre, car elle crut reconnaître la voix d'un des guerriers qui jurait dehors, tout près de la hutte.


Keera remit Sorata dans une sorte de panier enroulé dans son linge, et qui servait de couffin, puis passa la tête à l'extérieur.

  • Moz'dor ! s'écria-t-elle alors que les deux gardes devant sa hutte braquèrent leurs armes devant elle.
  • Halte ! Tu ne peux pas sortir sans permission ! fit l'un d'eux pendant que Moz'dor, qui avait reconnu la voix de Keera, s'approchait.
  • Keera ! Toi ici ?
  • Ne fais pas un pas de plus ! le prévint l'un des gardes.
  • Personne ne me barrera la route ! grogna Moz'dor qui toisa les gardes.
  • Si tu veux t'entretenir avec elle, demande la permission à Marteau-du-Destin ! C'est lui qui dirige cet endroit.
  • Crois-moi bien que ta permission, je vais te l'apporter dans la seconde ! gronda Moz'dor qui pivota pour rejoindre Orgrim.


Attendant sagement sous sa hutte, Keera vit son ami entrer doucement après un moment, encore sous le choc de retrouver sa partenaire de combat.

  • Que fais-tu ici Keera ? Et ça c'est quoi ? demanda-t-il en désignant l'enfant dans le couffin.
  • Moz'dor, je ne peux tout te raconter, mais il faut que tu m'aides !
  • J'ai juré fidélité à Grommash, qui est le Chef de guerre de la Horde de Fer désormais ! Je ne peux le trahir ! Et Marteau-du-Destin a été très clair sur notre entretien : je te livre des informations, et je suis mort.


Il s'assied à même le sol, peinant à trouver une posture confortable avec tout l’attirail qui le recouvrait.

  • Mais tu es ma sœur d'arme, on a combattu côte à côte, et ça compte !
  • Merci Moz'dor, et je ne te demanderai rien qui te mette en danger.
  • C'est ton enfant ? l'interrogea-t-il à nouveau.
  • Oui, né de père inconnu, et conçu durant la fête d'adieu que vous m'aviez préparée pour mon départ.
  • Je vois, je me demandais aussi comment tu pouvais tenir tout ce temps sans t'escambiller !
  • Oui enfin, je ne pense pas avoir les mêmes besoins que toi en la matière, douta Keera.
  • Ils t'ont faite prisonnière, Keera. Et te faire évader sera périlleux. Mais faisable.
  • Ce n'est pas ce que je te demande, Moz'dor, le rassura-t-elle. J'ai besoin de renseignements.
  • Dis-moi ?


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