La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé

Chapitre 16 : La révélation

4708 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/01/2026 19:55

Chapitre 16 : La révélation.



Une immense porte de fer était en cours de construction à la frontière entre Talador et la Jungle de Tanaan. Et Keera devait bien admettre que Garrosh, qui était à l'origine de tout cela, avait été particulièrement persuasif. Il avait réussi à convaincre Grommash de refuser de boire le sang démoniaque, de réunir tous les clans orcs derrière une seule bannière, et de projeter d'envahir d'autres mondes.

Depuis l'annonce de la formation de la Horde de Fer, Keera commençait à comprendre que même si Ga'nar rejoignait Durotan pour que le clan Loup-de-givre soit au complet, ils ne pourraient faire face. Elle devait absolument entrer en contact avec les draeneï, et si possible, avec Velen directement.


Cependant, elle était également tentée de trouver Grommash pour essayer de lui faire entendre raison, et de le protéger des intentions de Garrosh. Car si Garrosh ouvrait une voie vers d'autres mondes, un exploit qu'il n'était pourtant pas capable de réaliser, cela les mettrait tous en danger.

Elle s'était donc laissée prendre par les Rochenoire et amener jusqu'ici dans ce but. La nouvelle de la construction d'un bastion qui servirait de point de départ de l'assaut dans la Jungle l'avait enjointe à se montrer docile, sachant qu'on l'y conduirait probablement, et que Grom devait s'y trouver.

Elle ne voulait pas non plus exposer Sorata plus que nécessaire, le temps de trouver une solution pour le mettre à l'abri. Si possible tout près. C'est pourquoi elle ne l'avait pas confié aux Loup-de-givre, dont le fief était constamment cerné par des ennemis.


À mesure qu'ils s'enfonçaient dans la Jungle, des bâtiments de guerre se dressaient, tandis que Keera vit des gronns captifs à qui les orcs avaient accroché des canons. Ils avaient réussi à soumettre de telles créatures, et cela relevait de l'exploit.

De nombreuses machines de guerre encadraient la route qu'ils empruntaient pour rejoindre le bastion, dont le nom avait été manifestement choisi par Garrosh : la Citadelle de la Flamme Infernale.


D'après les informations que Moz'dor lui avait confiées, une personne de confiance se trouvait dans l'un des camps près de la Citadelle. Keera pensait pouvoir s'enfuir, lui confier Sorata, puis rejoindre Grommash sans risquer de mettre son petit en danger. Elle reprendrait l'enfant ensuite, et partirait trouver les draeneï.

Mais leur fausser compagnie s'avérerait compliqué. D'autant qu'elle les voyait emmener Ga'nar dans une autre direction. Inquiète, Keera interrogea Orgrim qui revenait près d'elle et de son loup après avoir donné ses ordres :


  • Où emmènent-ils Ga'nar ?


Orgrim la dévisagea, et tira les rênes de son loup pour le faire avancer.

  • Orgrim ?


Il ne se retourna pas davantage, et poursuivit sa route. Ga'nar lança un dernier regard vers la princesse, et fut emmené sans ménagement, vociférant et pestant tout ce qu'il pouvait. Soudain, le doute s'installa chez la princesse, qui avait commencé à penser qu'Orgrim ne la conduirait pas auprès de Grommash.


  • Nous ne nous rendons pas à la Citadelle, je me trompe ?


Orgrim jeta finalement un œil dans sa direction, et répondit :

  • Le Loup-de-Fer n'avait pas à savoir où je t'emmenais ! Et toi non plus !


Sur ces paroles, Orgrim se ferma, et continua de guider son loup, ignorant les éclairs que Keera lui lançait de son regard sombre et venimeux.


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Keera avait repéré trois camps orc sur le chemin qui menait à la Citadelle. Plus loin à l'est, une immense porte sculptée dans la montagne semblait être leur destination. Le bastion en question ne serait pas facile à fuir, elle devait donc envisager de s'évader dès maintenant.

Cependant, comme s'il se doutait de quelque chose, Orgrim ne la lâchait pas d'une semelle. Il allait falloir ruser. Quitte à mettre sa dignité de côté. Et heureusement pour elle, la jungle regorgeait de possibilités.


Arrivés près d'un sentier aux plantes très hautes, Keera lança son jeu :

  • Je crois que je vais devoir m'arrêter.
  • Quoi, maintenant ? demanda Orgrim en la voyant appuyer sur son ventre.
  • J'en ai peur, fit-elle contrite. Et Sorata a besoin d'être changé.


Dans un grognement, Orgrim rabroua la troupe qui s'arrêta. Il l'aida à descendre de son loup, puis la regarda s'enfoncer dans les fourrés.

  • Ne t'éloigne pas, je veux te garder dans mon champ de vision !
  • Huh huh, fit-elle en se baissant.


Malgré sa menace de la garder à l’œil, Orgrim ne pouvait se résoudre à la mirer dans un tel moment d'intimité. Il renifla bruyamment, et examinait les alentours en attendant qu'elle ait terminé.

Après quelques minutes, légèrement gêné, Orgrim demanda à l'une de ses guerrières d'aller vérifier pour lui si Keera avait terminé. Elle revint quelques secondes plus tard.


  • Chef ! Je ne la trouve pas !
  • Quoi ? fit Orgrim qui se rua vers les hautes herbes.


Il fit un tour d'horizon, mais ne trouva que quelques animaux qu'il ne valait mieux pas contrarier, ainsi qu'une végétation grimpante le long des arbres.

  • Par les Ancêtres, elle a dû fuir par-là ! Kalak, prends un groupe et cherche-là ! Et ramène-les-moi vivants, elle et son enfant !
  • Bien, chef Marteau-du-Destin, fit Kalak qui partit réunir le groupe en question.
  • Si j'apprends que vous les avez malmenés, il vous en cuira ! ajouta Orgrim sur un ton menaçant.
  • Je leur rappellerai, chef, confirma Kalak qui s'était immobilisé pour écouter ces derniers ordres.


Orgrim le regarda s'éloigner, et refit un tour d'horizon du regard. Comment avait-elle pu s'enfuir ?

Il n'avait rien entendu, ni vu personne courir. Il regarda alors en hauteur pour tenter d'apercevoir quelqu'un qui aurait grimpé dans un arbre.

Rien. Il attendit que Kalak ne revienne après une bonne heure de recherches pour reprendre la route. Tout en chevauchant son loup géant, il se surprit à s'inquiéter, non pas pour le danger que Keera pouvait représenter, mais pour leur sécurité, à elle et son petit.


La Jungle de Tanaan était réputée pour ses nombreux dangers, comptant une faune sauvage des plus hostiles, sans parler du clan de l'Orbite-Sanglante, l'un des plus féroces clan orc. Depuis peu, la Jungle abritait également de dangereux démonistes issus du Conseil des Ombres, un groupuscule des plus sinistres et maléfiques créé par Gul'dan, et dont la plupart des partisans erraient encore dans la nature.


C'est donc avec une grande prudence que Keera choisit de se libérer des lianes formées le long des troncs d'arbres, et dans lesquelles elle s'était cachée avec son enfant. Ainsi dissimulés, sans un bruit ni même un geste, elle avait pu disparaître, et attendre que la troupe ait déserté pour reprendre la route.


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Il devenait difficile de se cacher en approchant de la Citadelle. Plusieurs camps éphémères étaient installés tout autour, servant apparemment de dépôts d'armes pour la plupart. Moz'dor lui avait indiqué celui où était stationnée la personne de confiance qu'elle recherchait. Ce devait être le camp le plus à l'est.

Keera se faufila entre les arbres, camouflée par la faune qui entendait ses suppliques et les dissimulaient, elle et Sorata. Une tour de guet avait été édifiée sur une colline, et comptait des orcs du clan de l'Orbite-Sanglante. À présent affiliés à la Horde de Fer, ils surveillaient le périmètre.


Après avoir parcouru une longue distance depuis sa fuite, et esquivé de nombreuses créatures des plus dangereuses, elle trouva enfin le camp où son amie se trouvait. Toujours cachée par les broussailles, elle scruta de loin la composition du camp. Elle comptabilisa une bonne vingtaine d'orcs, peut-être de clans différents, car elle reconnut plusieurs sortes d'épidermes et d'armures.

C'est alors qu'elle la vit. Discutant avec un autre orc, Regga semblait absorbée par la conversation. Keera attendit donc qu'ils aient fini pour demander au vent de lui susurrer sa présence, ainsi que le lieu où elle pourrait la rencontrer sans être vues.


Regga n'étant pas une chamane, elle se méfia d'abord, et Keera la vit regarder autour d'elle, l'air renfrogné. Le second souffle de vent lui fit parvenir l'air d'une ritournelle que les dompteuses de loups utilisaient pour calmer leurs meutes. Keera vit à son regard qu'elle avait compris, et la regarda s'éclipser, faisant en sorte de ne pas être vue.

La princesse recula de quelques pas afin de ne pas être à vue, tout en berçant discrètement son enfant qui bâillait. Regga la rejoint furtivement, telle une louve ondulant dans la forêt.


  • Keera, que fais-tu ici ? (elle considéra ce qu'elle tenait) Qu'est-ce que...
  • C'est mon enfant, Regga, fit Keera pour répondre à sa surprise. Mon amie, j'ai besoin que tu m'aides. Je ne peux tout t'expliquer, mais...
  • Que veux-tu, Keera ?


Le ton employé était bien inhabituel, et plutôt sec. Mais elle choisit de l'ignorer.

  • Je dois me rendre à la Citadelle, je dois voir Grommash ! Mais je ne peux y aller avec Sorata, ajouta-t-elle en désignant son enfant.
  • Je vois. Mais pourquoi veux-tu rencontrer Grommash ?
  • J'ai à lui parler, à propos de cette guerre qu'il veut mener, fit Keera en toute prudence.
  • Et tu veux que je garde ton petit ?
  • Si tu ne peux veiller sur lui le temps que je revienne, je comprendrais, Regga. Je ne veux pas te faire courir de risques.


Regga réfléchit. Elle allait être interrogée si elle revenait au camp avec un bébé dans les bras. Toutefois, une perspective se dessina.


  • Très bien, tu peux me confier ton enfant, il sera sous bonne garde.
  • Tu es sûre Regga ? Je ne voudrais pas...
  • Tout ira bien ! coupa l'orque qui tendit ses bras en avant.
  • D'accord, je compte sur toi, Regga, fit Keera avec une certaine réserve. Je ferai vite !


Sentant que quelque chose clochait peut-être, la princesse confia Sorata à son amie, puis s'enfonça dans les fourrés. Elle suivit Regga du regard, afin de s'assurer que tout irait bien.


Elle la vit se diriger vers une hutte, la plus grande du camp, de ce qu'elle avait pu noter. Deux orcs gardaient l'entrée, et Keera se demanda pourquoi Regga se dirigeait vers la hutte du chef de ce camp. Inquiète, elle la vit entrer, pour en sortir quelques minutes plus tard, sans Sorata, et suivie de...


Garrosh !


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Mais qu'avait-elle en tête ? Confier son enfant à Garrosh ? L'avait-elle trahie ?

Keera utilisa à nouveau le vent pour l'appeler. Elle la somma de la rejoindre là où elles s'étaient vues, ce que Regga semblait ignorer. Elle regarda vers l'extérieur du camp, comme pour chercher Keera du regard, et poursuivit sa route.

Keera lui envoya un second message, cette fois en menaçant de tuer chaque orc du camp si elle n'obéissait pas. Regga s'arrêta, et sembla prendre la direction du lieu de leur rencontre.


Quelque peu rassurée, Keera la rejoint rapidement, car elle tenait à récupérer son enfant au plus vite. Même si elle doutait que Garrosh puisse lui faire du mal.

  • Mais qu'avais-tu en tête ? Qu'est-ce qu'il t'a pris ?


Keera était hors d'elle. Mais Regga, qui ne paraissait pas plus intimidée que cela, ne répondit pas. L'agrippant par les épaules, la princesse la forcerait à lui répondre, quel que soit le moyen employé.

  • Pourquoi, Regga ? Pourquoi ? Tu dois savoir que j'ai aidé les Loup-de-givre et que je me suis détournée des Chanteguerre. Est-ce pour cela ?


Regga la gratifia d'un regard noir, puis répondit :

  • C'est toi qui m'as trahie, Keera ! Et je ne pourrais jamais te pardonner ce que tu as fait ! Et ça n'a rien à voir avec les Loup-de-givre !


Interloquée, Keera commença à comprendre. Regga n'aurait jamais agi ainsi, pas sans une bonne raison. Et elle n'en voyait qu'une.

  • Regga, quoi que tu aies appris, sache que je n'avais aucune intention de te nuire !
  • Ah oui ? Vous vous êtes bien moqués de moi ! Comment avez-vous pu ?
  • C'était... une nécessité, je suis vraiment désolée, Regga. Mais j'admets que ce que nous avons fait est impardonnable.
  • Une nécessité ? Tu te moques de moi c'est ça Keera ?
  • Regga, je ne peux tout t'expliquer, mais crois-moi, c'était dans l'intérêt de tout le monde !
  • Dans l'intérêt de… Au moins, tu ne nies pas les faits, c'est tout à ton honneur, reconnut l'orque. Mais cela n'effacera pas ce que tu m'as fait !
  • Mon enfant n'y est pour rien ! Ce n'est pas parce que tu as perdu un être cher que tu dois prendre la vie de quelqu'un d'autre !
  • Tu sais très bien qu'il ne lui fera aucun mal, Keera ! Et de quelle vie parles-tu ?


De quelle vie... Regga ne parlait-elle pas de son frère, Reggor, que Garrosh et elle avaient tué ? N'avait-elle pas appris qu'ils l'avaient éliminé, bien que Keera doutait de la possibilité qu'elle l'ait appris. Mais alors, de quoi parlait-elle ?


  • Regga, j'ai du mal à comprendre... de quoi parles-tu ?
  • De quoi je parle ? De ce que j'ai vu, la veille de ton départ !
  • Comment ça, la veille de mon départ ? l'interrogea Keera, perdue. Et comment peux-tu être sûre que Garrosh ne lui fera aucun mal ?
  • Je l'ai vu, Keera ! Je l'ai vu sortir de ta grotte au petit jour ! Moi qui croyais que tu étais une amie !


Choquée, paralysée, Keera comprit. Elle se souvenait à présent combien Regga...

  • Tu savais qu'il me plaisait ! Tu le savais, et tu as passé la nuit avec lui !


Malgré l'air totalement désarçonné de la princesse, Regga poursuivit sa diatribe. Elle ne vit pas tout de suite que Keera ne l'entendait même plus. Dans un état second, elle devait intégrer ce qu'elle venait d'apprendre.


C'était donc Garrosh qui avait passé la nuit avec elle, et qui, de fait, était le père de son enfant. Tout défilait à présent devant ses yeux : l'attitude neutre, presque éteinte de Garrosh lorsqu'elle lui avait expliqué les événements de cette dernière nuit chez les Chanteguerre. Il avait dû comprendre à ce moment-là que c'était son enfant qu'elle attendait. Son empressement à la protéger, à la ramener à Nagrand. Sa main qu'elle avait sentie posée sur son ventre. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ?


Keera avait trouvé tout cela suspect, et croyait qu'il culpabilisait de ne rien lui dire de ce qu'il savait sur cette nuit. Mais en fait, elle était bien loin du compte.


À présent revenue à elle, la princesse fronça sévèrement les sourcils, ce qui valut à Regga un léger geste de recul.

  • Ne t'emporte pas, Keera ! C'est moi qui aie été trahie !
  • Toi ? Toi, Regga ? Crois-tu que je l'aurais laissé me toucher sans être complètement ivre, comme je l'étais cette nuit-là ?


Prise d'un doute, l'orque ne pipa mot. Elle n'avait en effet jamais remarqué que Keera ait pu montrer le moindre intérêt pour Garrosh. De plus, elle disait avoir un compagnon. Mais c'était égal, ce qui était arrivé entacherait à jamais leur amitié.


  • Keera, tu me sembles sincère. Et je sais que tu fais preuve d'honneur. Mais cela, je ne peux l'ignorer. Je ne peux le pardonner !
  • Tout comme je n’oublierais pas non plus que tu as confié mon enfant à Garrosh dans un but de vengeance, Regga ! fit-elle le regard noir. Je ne te ferai plus jamais confiance !


Puis la princesse disparut dans la nature.


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Le soleil s'était couché sans même que Garrosh ne s'en rende compte. Afféré auprès d'autres généraux de la Horde de Fer, il ne songeait qu'à l'enfant que la dompteuse lui avait amené. Il l'avait laissé dans un couffin de fortune qu'il avait suspendu à une solive par des cordes, dans sa hutte, et sous la surveillance de ses deux gardes, le temps de terminer leur débat. Armé de la légendaire Hurlesang, que Grommash lui avait officiellement légué avec le titre de seigneur du clan Chanteguerre, Garrosh l'admirait, l'air absent.


Il avait laissé la sienne en Pandarie, refusant de la laisser souillée par les énergies du Dieu très Ancien, lors du Siège d'Orgrimmar. Il considérait que Hurlesang avait libéré les orcs de l'esclavage, alors manié par son père. Xal'atoh, son reflet corrompu, aurait dû l'aider à conquérir le monde. Il pensait qu'on avait dû récupérer Hurlesang, et la garder précieusement, comme l'héritage prestigieux qu'elle représentait.


Une fois les débats terminés, il se hâta donc de rejoindre le petit, et se figea lorsqu'il vit ses gardes inconscients mais encore debout devant sa hutte. Pensant qu'il était arrivé malheur à son fils, il accourut, et pénétra à l'intérieur. L'enfant ne pleurait pas, dormant dans son linge, sa mère debout auprès de lui.

Rassuré, et finalement peu surpris de l'y trouver, Garrosh rengaina sa hache, et dit :


  • Il faut qu'on parle, Keera.


Mais la princesse ne répondit pas. Elle admirait son enfant, tournant le dos à l'orc. Après quelques instants, elle pivota, et marcha vers lui. Une fois à sa hauteur, elle le fixa, regard qu'il soutint, lorsqu'une main vint le frapper si fort au visage qu'il chancela sur le côté, hébété.

La gifle était accompagnée d'un regard noir, et la vitesse d'exécution était telle qu'il ne l'avait pas vu venir.


Reprenant peu à peu ses esprits après avoir secoué la tête, Garrosh chercha Keera du regard.

  • Comment as-tu pu me faire ça !? Comment as-tu osé !?


Sur la défensive, bien qu'encore sonné, Garrosh attendit qu'elle décharge toute sa haine pour intervenir.

  • Mais qu'est-ce que je t'ai fait !? Tu me détestes à ce point !? Tu te rends compte au moins...


Reprenant ses esprits, l'orc susurra :

  • Tu ignores ce qu'il s'est passé.
  • Comment ça, j'ignore ? Je sais très bien ce qu'il s'est passé ! J'ai eu des mois pour m'en rendre compte ! Et si tu cherches des excuses, je te jure, Garrosh Hurlenfer, que je t'enverrai directement auprès de tes Ancêtres ! (elle ferma les yeux pour tenter de se calmer) Et quand je pense que tu as empêché les orcs de boire le sang démoniaque... une telle altération du temps...


Il ne l'avait jamais vue aussi furieuse. Ses yeux le foudroyaient littéralement, bien que des larmes perlaient. Elle serrait ses petits poings compulsivement, ce dont il se méfia, gageant qu'elle pouvait les dégainer de façon fulgurante. Et sa mâchoire n'était pas prête d'oublier le coup qu'il venait de recevoir.


Aussi calmement que possible, malgré la rage qui montait du fait du coup reçu, Garrosh tenta de communiquer :

  • Je n'avais pas prévu... ce n'était pas...
  • Jamais ça n'aurait dû arriver ! Tu détruits tout ce que tu touches, Garrosh ! Tu...
  • Vas-tu m'écouter ? hurla-t-il, tandis qu'il jeta un coup d’œil vers le bébé, et vérifia si cela l'avait réveillé.


Keera lui lança un regard glacial, mais se tut. Elle serrait les dents si fort qu'elle crut qu'elles allaient céder sous la pression. Le regard dur, Garrosh la regarda tenter de se calmer.

  • Ce que tu m'as fait, Garrosh, c'est impardonnable ! Tu as profité de mon état, j'étais ivre !
  • Ça, je m'en suis rendu compte quand je t'ai retrouvée face contre terre, broutant de l'herbe, un énorme Rochenoire au-dessus de toi qui reniflait tes hanches !
  • Oh, alors je devrais te remercier de m'avoir sauvée des sales pattes de ce Rochenoire, ironisa-t-elle. Dois-je aussi te remercier d'avoir pris sa place ?
  • Ce n'est pas ce qu'il s'est passé ! grogna Garrosh. Après ça, je t'ai emmenée jusqu'à ta grotte. Et en chemin, tu t'es agrippée à moi comme si ta vie en dépendait.
  • Et alors, tu as profité de ce moment d'égarement, en conclut la princesse. Tu n'as aucun honneur, Garrosh ! cracha-t-elle.
  • Aucun honneur ? Crois-tu que je t'aurais forcée à quoi que ce soit ? Qui en est seulement capable ?
  • Comment le savoir, j'étais ivre ! Et tu le savais ! Jamais je ne t'aurais laissé me toucher sinon !
  • Alors pourquoi t'es-tu agrippée ainsi ?
  • Je ne savais pas ce que je faisais Garrosh ! Je devais ignorer que c'était toi ! Je n'ai toujours aucun souvenir !
  • Alors laisse-moi te dire, Keera, que tu semblais particulièrement éprouvée. Lorsque je t'ai soulevée, tu t'es blottie, et cela semblait t'apaiser. Et à plusieurs reprises, tu m'as fixé droit dans les yeux. Tu ne pouvais ignorer que c'était moi !
  • Alors ça j'en doute fort, et je n'ai aucune confiance en toi Garrosh !
  • Tu as pourtant dit devant tout Azeroth que tu ne me pensais pas capable de pareils actes déshonorants ! Tu t'en souviens ?


Il disait vrai. Durant son procès, elle avait soutenu qu'il ne devait pas cautionner ce genre de pratiques. Cela n'était pas dans son tempérament. Mais à présent, elle pouvait en douter.

  • On peut me reprocher d'être sans pitié, intolérant, arrogant, mais cela, jamais je ne m'y abaisserais ! Jamais je ne soumettrais une femme par la force !
  • Oui je... c'est ce que je pensais de toi, c'est vrai, admit-elle. Mais tu as profité d'un moment de vulnérabilité pour...
  • Pour répondre à tes attentes ! À tes besoins ! grogna-t-il. (elle se renfrogna) Keera, quand je t'ai déposée sur ta couche, tu as retenu ma main. Tu t'es engouffrée dedans, et quand j'ai à nouveau essayé de m'extraire de ton étreinte, tu as attrapé mes bras, et tu m'as tiré jusqu'à toi !


Outrée par ces révélations, Keera peinait à y croire.

  • Garrosh, même si je doute sérieusement de ce que tu avances, n'étais-tu pas capable de me repousser ?
  • Hin ! Il n'est pas né celui qui sera capable de te repousser, Keera !


Keera resta interdite. Elle avait conscience qu'elle plaisait aux hommes. Elle n'était pas naïve au point de penser qu'elle était repoussante. Mais de là à croire qu'elle ait pu le retenir ainsi...

Elle se souvint alors du mal-être qui l'avait poussée à partir, loin des Chanteguerre. Mais surtout loin d'Orgrim. Avait-elle cherché le réconfort auprès de Garrosh, qui l'avait apparemment sauvée d'un orc bien moins scrupuleux ?


Avait-elle cru qu'il s'agissait d'Orgrim ? Cela aussi était une possibilité. Mais Garrosh soutenait qu'elle l'avait reconnu. Or, elle savait pertinemment qu'elle ne lui aurait jamais cédé.


À présent aux prises avec un terrible doute, son visage furieux muta en une grimace de dégoût d'elle-même. Ce que Garrosh exposait était possible. Très peu probable, mais possible. Et en effet, on pouvait lui reprocher nombre de crimes, mais contraindre une femme, elle en doutait sérieusement. Car Garrosh, bien que discutable, avait sa vision de l'honneur.

Voyant combien ces dernières paroles la perturbaient, l'orc ajouta :


  • Je ne m'excuserai pas de t'avoir apporté ce dont tu semblais avoir besoin, Keera. Et je ne m'excuserai pas plus d'avoir cédé à tes charmes ! Je ne suis pas fait autrement qu'un autre ! Et cela signifierait que j'ai honte. Or ce n'est pas le cas, et je n'ai aucun regret ! Et je veux bien admettre que tu m'en veuille, mais ne lève plus jamais la main sur moi !


Encore sous le choc de toutes ces révélations, Keera, qui ignora l'air menaçant de Garrosh, sentit l'abattement la gagner. Ses membres lui paraissaient si lourds tout à coup. Cependant, elle sentit aussi son cœur s'alléger, comme si un lourd fardeau s'était envolé. Elle avait tant pensé à ce qui était arrivé durant cette nuit, tant voulu connaître le nom de celui qui était à l'origine de cette grossesse non désirée. Et ce poids en moins la fit culpabiliser. Un tel soulagement provoqua un sanglot qu'elle ne put retenir. Tout lui semblait clair à présent. Et la vérité, si tant est qu'elle le soit, était affligeante.


Portant une main sur sa bouche, elle tenta d'étouffer un cri de dépit. Ses larmes coulèrent, et elle vacilla. Se retenant à un pan de la hutte, elle se laissa glisser sur un banc de bois disposé près d'elle. L'orc l'observa, et réalisa l'impact d'une telle révélation sur elle. Le détestait-elle à ce point ?

Ne sachant pas comment s'y prendre, Garrosh la regarda, d'abord avec embarras, puis avec une certaine compassion. Il s'approcha d'elle, s'agenouilla pour lui faire face, et dit :


  • Je n'ai jamais cherché à te faire de mal, Keera. Je pense que tu détiens suffisamment de preuves pour me croire au moins incapable de te blesser. Bien que tu m'aies souvent provoqué, et que j'admets avoir eu envie de t'étrangler plus d'une fois !


Keera leva les yeux vers lui, pinça ses lèvres, et dit :

  • Hum, n'essaie pas de me faire croire que tu as un cœur, Garrosh. Je n'ai pas envie de me déshydrater en pleurant de rire !


Garrosh eut un étrange sourire. Fronçant les sourcils, Keera l'observa.

  • Quelqu'un m'a dit un jour que seuls les aliénés qui n'ont pas conscience du monde qui les entoure n'avaient pas de cœur, et ne ressentaient rien, affirma-t-il. Et que je n'étais pas un aliéné.
  • Des paroles bien optimistes, dont je devine facilement l'auteur, fit-elle les yeux toujours embrumés de larmes.
  • Il a surtout été le seul à croire en une sorte de... bonté qu'il y aurait en moi. Comme en chacun de nous. Ça m'avait... intrigué. Même si je savais qu'il se trompait.
  • C'est donc pour cela que tu avais demandé à lui parler, comprit Keera. Anduin était le seul capable de croire en toi. Il avait foi en ton évolution.
  • Je ne pense pas avoir changé, pourtant, avoua-t-il. Mais j'admets qu'ici, parmi les miens, je me sens revivre.
  • Tu dis ne pas être capable de me faire de mal, mais sache que tu m'as profondément blessée, Garrosh ! Ce que tu as fait, même en admettant que tu as essayé de l'empêcher, c'est arrivé. Et jamais je ne te pardonnerai !


Garrosh la regarda avec rancœur. Il n'avait en effet jamais cherché à la blesser. En revanche, elle ne se gênait pas pour le faire, et ses mots, aussi incisifs qu'un couteau, avaient toujours su l'atteindre d'une façon ou d'une autre.


  • Tu m'en veux surtout parce que tu ne te pardonnes pas d'avoir trahi Varian !


Les yeux écarquillés de colère et d'indignation, Keera eut un pincement au cœur. Cette vérité était si évidente, dure et foudroyante, qu'elle lui en voulait de l'avoir verbalisée. Ses paroles étaient aussi impitoyables qu'elles étaient vraies, lui prouvant une fois de plus que Garrosh était tout sauf un imbécile. Il la connaissait mieux qu'elle ne le pensait, et avait bien compris ce qui la traversait. Car c'était bien à elle qu'elle ne pardonnerait jamais.


Il avait raison.


Mais Garrosh n'aimait pas la voir ainsi vulnérable et affligée. Et devant son désespoir, il ajouta :

  • Peuh, cela n'a pas d'importance ! Après tout, tu ne le reverras jamais.


Une façon bien étrange de relativiser. Avait-il cherché à la consoler ? Keera comprit néanmoins comme Garrosh tentait de la réconforter.


À sa manière.

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