The X-files Unsolved: Fahrenheit

Chapitre 8 : Entrailles

1671 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/04/2023 19:42

Lundi 4 avril, 1hoo

Conduit d'évacuation, Usine Cooper's copper

Willowcreek, Ohio


Une "bourde stupide" lui avait dit son père lorsque Leyla avait annoncé à ses parents qu'elle quittait le FBI. Une "bourde stupide". Avançant dans ce conduit large de plusieurs mètres, de l'eau tiède jusqu'au genou, la jeune femme repensait à cette dispute. Si elle venait à mourir ici, dans les entrailles de cette usine, ses parents lui pardonneraient elle cette "bourde stupide"? Le faisceau de sa lampe croisait de temps à autre celui de la lampe de John, se reflétant sur les remous. Dans la désagréable chaleur de l'égout, ils ouvraient la marche, suivit de Woodrow. Darn et son adjoint couvraient leurs arrières, également munies de lampes torches. Francis brisa le silence nerveux qui régnait jusque-là sur le petit groupe :

-Qu'est-ce que c'est cette bestiole ? Loglo...

-Un Olgoï-Khorkhoï, rectifia Harrison, feignant l'assurance.

-Jamais entendu parler... Lâcha Gutierrez, ballot.

-Leur existence n'a jamais été prouvée, avoua-elle, un peu gênée.

-Ça fait de nous de sacrés veinards, ironisa John.

Sans relever l'agacement de son collègue face à la situation, Leyla expliqua :

-Ces vers peuvent atteindre jusqu'à 1 mètre. Ils vivraient, en théorie, dans les régions rocheuses de Mongolie. Ils ont dû être remontés à la surface lors l'excavation du cuivre, et mis en caisse.

-Pret à être livré, ajouta Woodrow amère.


Darn, qui était resté silencieux depuis que leur périple avait commencé, conseilla calmement au reste du groupe :

-Essayez autant que possible de tirer en direction de l'eau.

Doggett leva le flux de lumière en direction du plafond : de part et d'autre longeaient deux fins tuyaux d'acier, ceux-là même qui remontaient vers le haut fourneau. Il précisa pour ceux qui n'avaient pas compris où voulait en venir son ami :

-Il ne faudrait pas qu'un ricochet atteigne les conduites de gaz.

Dans une légère complainte gutturale, Lucius tomba à genoux. Les faisceaux de lumière et les regards se braquèrent sur lui. L'eau qui lui arrivait désormais au milieu de torse se teinta de rouge. La douleur dessina une grimace sur le visage du shérif :

-Enlevez-moi ça, implora t'il en serrant es dents.

Doggett regaina son arme, confia sa lampe à Woodrow et se jeta devant son ami, enfonçant les bras sous l'eau. Le cri de douleur de l'homme de loi se répercuta sur les parois suintantes alors que John leva hors de l'eau un serpent long comme son bras, large comme sa tête. La bestiole rouge se tortillait. Entre les mains du grand brun, les dents de l'animal claquaient. Le vers s'enroula autour de son bras, et John constata, horrifié, qu'une seconde paire de mâchoire ornée également l'autre extrémité. La seconde gueule s'ouvrit en grand, la langue mauve roula en arrière, crachant un venin translucide. Dans un mouvement circulaire, Doggett lança le monstre contre la paroi. L'animal explosa à deux reprises sous l'impact des balles de Harrison. À la hâte, John retira son gilet pare-balle que le venin rongeait déjà dans une volute de fumée. Il le laissa lourdement tomber dans l'eau et s'agenouilla de nouveau près de son ami qui prenait douloureusement appui sur l'épaule de Gutierrez.

Woodrow releva sa manche et tendit son avant-bras vers Leyla. Il dévoila une large cicatrice de brûlure aux teintes violacées :

-Votre ami a eu beaucoup de chance.

-J'ai déjà vu ces brûlures Mr Woodrow, répliqua la jeune femme en contenant sa colère. Sur le cadavre de votre collègue. Celui que vous avez laissé dériver jusqu'au lac...

John revint vers son amie, tenant le fusil que lui avait confiés Francis par le canon :

-Darn ne peut pas continuer, Gutierrez va le remonter et essayer de joindre une ambulance.

Le shérif se tenait le flanc d'une main. Le sang semblait gorger son gilet. Woodrow se voulu rassurant, sans parvenir à se convaincre lui-même :

-Encore quelques mètres, mais les bestioles vont remonter à la surface.

Le jeune adjoint leur confia également une boîte de munitions, puis Darn et lui disparurent dans l'obscurité.


X


Le trio avançait prudemment, tuant sur son chemin quelques créatures. Celles-ci se faisaient de plus en plus nombreuses. John avait entamé les munitions que lui avait confiées Francis. Leyla tirait autant que possible à la surface de l'eau au moindre mouvement suspect, ne faisant pas assez souvent mouche à son goût. Puis Woodrow tomba à son tour. À genoux dans l'eau, une créature s'était cramponnée à son torse. Enserrant l'animal à deux mains, le chef de la sécurité faisait son possible pour l'arracher à ses chaires. Le ver se redressa, se mettant à cracher son venin de sa seconde gueule. Leyla, de son côté, faisait feu sur les remous écarlates. D'un coup de crosse, Doggett dégagea l'Olgoï-Khorkhoï, qui arracha une bouchée du torse de Woodrow avant de retomber lourdement dans l'eau, devenant l'un de remous qu'Harrison explosa d'un tir bien placé. Entre deux assauts, Leyla balaya les ombres, et la lumière de sa lampe éclaira une forme claire a demi immergé.

-M. Jones?

L'homme bougeait à peine. Son visage était lacéré, son œil droit gonflé, ses vêtements en lambeau dévoilé d'innombrables cicatrices. Il lui manquait le bras droit ainsi que quelques doigts à la main gauche. Les créatures avaient également dévorée l'une de ses jambes jusqu'à mi-cuisse. Leyla se dit que, finalement, les deux hommes rejetés par les flots avaient eu beaucoup de chance. Son visage était si pâle qu'il semblait briller à la lumière de la lampe. Jones, gêné par la clarté, garda son œil valide fermé :

-Martha? Demanda-t-il péniblement.

Sous l'eau où elle prenait appui, Leyla effleura plusieurs formes lisses. Elle en saisi une et remonta un œuf à la surface. Parfaitement rond, la boule cuivrée était tiède et lourde. Elle leva la voix :

-John ! Je l'ai trouvé. C'est plein d'œufs ici !

Depuis les ombres, Doggett ordonna :

-Harrison, éclaires moi!


John soutenait Woodrow, une main sur son torse qui saignait abondamment. Ce dernier semblait avoir du mal à ne pas s'effondrer. Le regard sur les conduites, John demanda calmement :

-Leyla, éclaires les tuyaux s'il te plaît.

-Elles vont revenir, prévint péniblement Bill. Ces saloperies vont revenir…

John ne l'écoutait pas :

-Le gaz dans ces conduites est sous haute pression ?

Le chef de la sécurité acquiesça.

Leyla était en train de relever le pauvre Jones. Le vieil homme ne devait déjà pas peser bien lourd avant ses "amputations". La jeune femme fut surprise de la facilité avec laquelle elle put l'aider à se relever.

-Leyla, tu vas sortir ce pauvre gars d'ici. Je te rejoindrai dans 10 minutes.

Elle allait objecter, mais John lui coupa la parole d'un sourire :

-La prochaine fois que tu as une théorie à-la X-files, n'hésite pas : j'ai l'habitude.

Elle sut qu'il lui faisait véritablement confiance. Plus encore, elle sut qu'il avait besoin de sa confiance. À cet instant, la jeune femme compris que son collègue savait ce qu'il faisait.


Les chocs résonnèrent dans le poisseux corridor alors que Leyla et le vieux Jones s'éloignaient. Frappant de toutes ses forces à l'aide de la crosse en bois de son fusil à pompe, John essayait de faire sauter l'une des jonctions du conduit de gaz au-dessus de sa tête.

-La lumière, bon sang ! S'énerva-t-il.

Woodrow, assis dans l'eau, avait pris la place de Jones. Il avait pour mission d'une main d'éclairer John, et de l'autre, armée du Sig Sauer, de viser les remous écarlates, en cas de besoin, et ce, jusqu'à ce que la conduite cède. Ce qui arriva rapidement.

L'une des extrémités descendit d'un bon mètre, à la hauteur du visage de John, déversant un flux continu nauséabond, mélange de propane et de butane. La crosse du fusil était défoncée, mais le raccord avait sauté. Crachant dans les flots le goût métallique qu'il avait maintenant dans la bouche, Doggett tendit la main au chef de la sécurité :

-D'ici quelques minutes ça deviendra irrespirable !

Woodrow le menaça dans son arme :

-Foutez le camp. Laissez-moi.

-Faites pas le con, je peux vous sortir d'ici !

Woodrow baissa son canon :

-Je me suis littéralement vidé de mon sang. Je serais mort avant l'arrivée de l'ambulance... Foutez le camp.


John n'avait pas besoin de l'examiner : pâle, le souffle court et son hémorragie ne s'arrangeait pas... Le déplacer était hors de question, Woodrow serait mort avant même d'être sorti du tunnel. La situation semblait sans issue. Le condamné sorti de sa poche de chemise un Samsung a clapet.

-Le vieux Cooper n'aimait pas les conversations au téléphone : son épouse l'espionne en permanence.

Il tendit le téléphone à John, et continua :

-Tout c'est décidé en grande partie par message. Je n'ai rien effacé.

John baissa les yeux, pris doucement le téléphone, la lampe torche et, sans un mot, tourna les talons pour quitter les lieux au pas de course.



Sa bouche était pâteuse. Sa tête était lourde. Il était en sueur. Bill Woodrow aurait bien été incapable de dire combien de temps il était resté inconscient. L'odeur du gaz devenait gênante. La tête lui tournait. Les démons avaient refait surface, le rongeant à nouveau. Il pensait à Bennett. Il pensait à Malkin. Il pensait au vieux Jones. Combien de vie mâchouillée, abîmée ou avalée pour que rien ne puisse remettre en question le pouvoir de Cooper? Woodrow se glissa le canon du Sig Sauer entre les dents. La déflagration lui emporta les remords ainsi que la moitié du visage, enflamma le gaz, déchirant les parois. Le conduit s'effondra sur lui-même, sur Woodrow et sur le nid des Olgoï-khorkhoïs.

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