Un Noël à New York
Chapitre 2 : Rencontres du troisième type
1851 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 25/12/2025 18:47
Mulder grimpa l’escalier quatre à quatre, ses longues jambes le propulsant rapidement au premier étage. Scully dut courir pour le suivre, les talons de ses bottines claquant furieusement contre le marbre blanc. Elle avait dégainé son Sig Sauer et le pointait devant elle, prête à toutes les éventualités.
Et les éventualités, la jolie rouquine ne les connaissait que trop bien: jamais Quantico ne l'avait préparée à la possibilité de braquer son arme sur un homme-douve ou un chasseur de prime extraterrestre. Mais elle avait appris, durant ses nombreuses années de travail aux côtés de Fox Mulder, à dresser une carte mentale des catastrophes éventuelles et potentiellement réalisables lors de leurs missions. Et après une rapide réflexion au pas de course, l'idée de croiser une entitée inconnue dans cette maison abandonnée ne semblaient finalement pas si surnaturelle que cela.
Les deux Agents débouchèrent en haut des marches sur un large patio intérieur transformé en jardin d’hiver. De grandes verrières laissaient entre-apercevoir la neige qui tombait de plus en plus drue au-dehors, recouvrant le jardin d'un manteau blanc épais.
D'immenses plantes desséchées bordaient la pièce, leur silhouette figée par le froid dressée jusqu'au plafond dans une immobilité totale.
À leurs pieds, de larges fauteuils cramoisis formaient un petit salon dans lequel il aurait été agréable de se lover en ce soir de Noël... il y a vingt ou trente ans.
À l'image du rez-de-chaussée, l’endroit conservait une élégance mélancolique et presque apaisante, renforcé par la lente chute des flocons cotonneux à travers la baie.
De cette vaste mezzanine partait un long corridor sombre qui menait sans doute aux chambres.
Et tout au fond, une porte entrouverte laissait échapper une étrange luminescence pulsatile accompagnée de bruits sourds, réguliers et un brin inquiétants.
-Mulder… murmura Scully à voix basse.
Mais son partenaire s’était déjà avancé vers la pièce mystérieuse, inconscient du danger, et le battant de bois sombre grinça lorsque le grand brun en franchit le seuil.
Le faisceau de la torche de l'Agent du FBI croisa alors un rayon luminescent bleu et orange crépitant chargé d’une énergie vibrante, presque palpable. La décharge puissante passa à quelques centimètres du visage de Mulder et l'onde de choc le projeta violemment en arrière.
Le grand brun s’écrasa au sol, légèrement sonné par la force de l'impact.
Le rayon quant à lui poursuivit sa course folle et alla frapper le mur derrière Fox dans un fracas assourdissant, pulvérisant une partie du plâtre et du haut de la porte. Une forte odeur d’ozone envahit immédiatement la pièce, piquant les yeux et la gorge.
-Règle numéro une, ne jamais croiser les effluves, qu'il avait dit... murmura une voix masculine.
Scully franchit le seuil à son tour, son Sig Sauer toujours braqué devant elle, prête à faire feu:
-FBI! Ne bougez plus!, hurla-t-elle alors que Mulder se relevait lentement.
Comme la jeune femme s'y attendait à moitié, la source du raffut ne provenait ni d'un revenant ni d'une quelconque manifestation paranormale.
Un homme bien vivant se tenait debout dans la petite pièce, à côté d'un lit défoncé, à cinq pas d'elle environ. L'individu était accoutré et équipé de façon étrange, presque risible: il portait une combinaison beige et d'épais gants en caoutchouc noir qui lui remontaient sur les avant-bras. Visible sur sa manche droite, un logo représentant un fantôme blanc barré d’un cercle rouge ornait le tissus clair.
L'étranger portait ce qui ressemblait à un lourd sac à dos métallique bardé de voyants, relié par un épais tuyau noir à une lance hérissée de câbles qui fumait encore entre ses mains.
-Excusez-moi, je vous ai pris pour... peu importe. Nous sommes en pleine procédure de nettoyage, on a un classe quatre qui fout le bazar ici. Alors si vous pouviez abaisser votre jouet, ma jolie, ça m'arrangerais, annonça l'inconnu.
-Qui êtes-vous? demanda Mulder en se massant l'arrière du crâne, encore endolori.
L'homme en combi s’avança d’un pas tranquille, l'arme que tenait Scully ne l'impressionnant apparemment guère. Il portait son accoutrement avec une assurance désinvolte, comme si la situation était parfaitement normale, et un léger sourire en coin éclairait son visage jovial sous la bataille de ses cheveux bruns.
-Docteur Peter Venkman, S.O.S. Fantômes, Service d'élimination paranormale.
Il tendit prestement sa main à Mulder qui la serra sans hésiter.
-Agent spécial Fox Mulder, et voici ma partenaire Dana Scully... Votre équipement, de quoi s'agit-il exactement? Et vous avez bien dit "nous"?
-Eh bien, mon grand, ceci est un pack à protons, expliqua le soi-disant Docteur en soupesant sa lance. Il nous sert à immobiliser les ectoplasmes pour les emprisonner... et pour ce qui est du "nous..."
-Venkman...!
Une nouvelle voix retentit à l'étage, suivit de bruits de pas précipités. Trois autres silhouettes en tenues et équipements similaires émergèrent alors du couloir sombre, en sueur et échevelées.
-Venkman, répéta un grand brun au visage rond qui portait d'étranges lunettes noires à multiples objectifs relevées sur son front, on a le FBI sur le dos! Je t'avais bien dit qu'il fallait garer la voiture ailleurs...
-J'avais remarqué, Stantz, merci. Vous êtes vraiment là parce que nous avons garer l'Ecto-1 sur la pelouse arrière de la propriété?, ajouta le Docteur à l'adresse des deux Agents.
-Et vous, vous êtes vraiment Docteur, Monsieur Venkman?, demanda Scully en haussant un sourcil tout en rangeant son arme.
-Doublement, même. Je suis Docteur en psychologie et parapsychologie de l'université de Columbia. Ce qui m'amène à penser que vous ne seriez pas en capacité de comprendre un traître mot de ce que nous faisons ici. Et je ne parle même pas du fonctionnement de notre matériel de pointe...
-Figurez-vous que je suis Docteur en médecine ET en physique appliquée, et j'imagine donc non sans mal quels dégâts peuvent causer vos accélérateurs à particules non blindés... êtes-vous seulement conscients du danger que leur utilisation engendre?, s'alarma soudain la petite rouquine en tentant d'accrocher le regard de son coéquipier.
-Calmez-vous ma belle, la physique ne s'applique que très rarement ici... et je tiens à vous informer que nous n'avons pas eu de fuites radioactives depuis au moins... c'était quand la dernière fois, Spengler?
-Mardi dernier, répondit calmement l'intéressé dont la longue et fine silhouette se découpait dans ce qui restait du cadre de la porte.
-Attendez... Vous êtes... LE Docteur Peter Venkman?, demanda Mulder, mi-fasciné mi-abasourdi. Celui qui a écrit la thèse sur la topographie des apparitions et l'étude des points de convergence paranormaux?
-Absolument, et je suis ravi d'être en présence d'un connaisseur. J'espère que vous avez lu l'édition reliée, les droits d'auteur m'aident à subventionner notre petite affaire...
-Mulder, j'espère que tu ne prends pas au sérieux ces théories absurdes... cet écrit a été démoli dès sa sortie par la revue scientifique de...
-... et vos lunettes là, ce sont de véritables lunettes de vision ectoplasmique?, poursuivit Fox en ignorant superbement sa collègue du FBI.
-Ni plus ni moins, mon grand. Vous avez envie de les essayer?, proposa Venkman en adressant un double haussement de sourcils provocateur à Scully.
S'en était trop pour Dana. Elle jeta un dernier regard désespéré à son partenaire qui était en ce moment aussi hermétique à sa détresse qu'une porte blindée dans les sous-sols du pentagone. Et lorsque Mulder enfila les lunettes que le dénommé Spengler lui tendait, la petite rouquine jugea que la situation était définitivement perdue et qu'il serait tout aussi vain de le convaincre de rentrer maintenant que de tenter d'arrêter un avion furtif en plein vol et à main nue.
Après un dernier soupir de circonstance, la jolie rouquine fit volte-face et laissa les cinq hommes à leurs gadgets et autres théories farfelues. Elle parcourut le long couloir en sens inverse et se retrouva à nouveau dans le silence étouffé du vaste patio vitré. Un peu de calme ne lui ferait pas de mal, bien qu'elle n'aurait pas refusé un bon repas ou un peu de chauffage non plus.
La neige continuait à tomber au-dehors, parant les hauts arbres du domaine d'un magnifique manteau blanc, parfait pour cette nuit de réveillon.
Scully frissonna de nouveau, regrettant de ne pas avoir pris de bonnet ni d'écharpe avec elle. Des éclats de voix et de rires lui provenaient vaguement de la pièce du fond, et la jeune femme se demanda jusqu'à quand elle allait se retrouver coincée ici. Si Mulder était un spécialiste du paranormal et des manifestations inexplicables, il avait certainement trouvé ses maîtres dans cette demeure.
Une porte un peu à l'écart attira soudain l'attention de la jeune femme: à l'opposé du corridor qu'ils avaient emprunté avec son coéquipier un instant plus tôt, l'ouverture semblait donner sur une pièce immense. Intriguée, Dana poussa le battant de bois et pénétra dans une splendide salle de bain.
Les murs et le sol étaient entièrement carrelés d'ivoire et de bleu nuit, soulignés de motifs géométriques dorés patinés par le temps.
Une baignoire blanche sur pieds trônait au centre de la pièce, son imposante robinetterie chromée reflétant la lumière de la torche qu'elle venait d'allumer.
A sa droite, un élégant lavabo à double vasques était placé sous un sublime miroir aux bords biseautés, piqués d'humidité mais plein de charme. Deux grands ficus fanés et racornis tendaient désespérément leurs branches mortes vers la fenêtre en quête d'un peu de lumière ou d'humidité, en vain.
Les luminaires muraux en laiton parachevaient cette parfaite vision art déco qui figeait encore plus la demeure dans le souvenir de sa grandeur passée.
L'œil de Dana fut soudain attirée par une substance rose qui recouvrait le carrelage par endroit, peut être un reste de produit de beauté ou de shampoing, dernier indice témoignant que cette maison avait abrité la vie.
Une mince colonne de rangement recouverte d'un miroir était adossée contre le mur du fond et lui renvoyait son pâle reflet dans la semi-obscurité tandis que la jeune femme avançait plus avant dans la pièce. Une douce lueur palpitante semblait provenir de l'intérieur du meuble, et Scully s'approcha, intriguée.
La lumière sembla s'intensifier alors que la jolie rouquine se saisit de la poignée dorée dans sa main droite. Et lorsque Dana ouvrit la porte, elle fut éblouie par une clarté saisissante et un rire démoniaque résonna à ses oreilles alors que l'obscurité totale se refermait brusquement autour d'elle.