Tabitha

Chapitre 5 : Tabitha

1713 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 07/02/2026 20:25

INT. BUREAU DES AFFAIRES NON CLASSÉES – JOUR


Mulder, téléphone à l’oreille, fouille son bureau à la recherche d’une feuille vierge. Il regarde Scully, qui range quelques dossiers. Il mime un geste d’écriture. Scully fouille rapidement dans le désordre et lui tend un calepin.


MULDER

(au téléphone)

Oui, monsieur, c’est noté.


Il raccroche.


MULDER

Mike Limbaugh a disparu.


SCULLY

Le commentateur sportif ?


MULDER

Il a été vu pour la dernière fois lors d’une partie de poker entre amis.


Depuis, plus aucune nouvelle.


LÉO, trentaine d’années, petit, nerveux, lunettes sur le bout du nez, apparaît dans l’embrasure de la porte.

Mulder se lève aussitôt et lui serre la main.


MULDER

Léo, on vous attendait.

(Il désigne Scully.)

Voici l’agent Scully.


Léo lui serre la main, puis s’installe sur une chaise, les yeux brillants d’excitation. Il scrute la pièce avec une euphorie contenue.


LÉO

(jovial)

Le FBI !

Quand Melvin m’a dit que je pourrais vous aider à traquer un imitateur de King, 

j’ai cru à une blague.


SCULLY

C’est une enquête confidentielle.


Mulder fronce les sourcils, mais Léo hoche la tête avec un sourire complice, trop exalté pour percevoir son agacement.


LÉO

(rapide)

Vous savez, ce n’est pas la première fois que des crimes s’inspirent de ses livres.

King a carrément demandé à retirer Rage du marché.

Quatre fusillades en classe à cause de ce bouquin :

88, 89, 96 et la dernière en 97… Michael Carneal, 14 ans.


Il rit nerveusement.


LÉO

Je peux parler de King pendant des heures…

C’est un univers fascinant !

De quel livre s’agit-il, cette fois ?


MULDER

Plusieurs.


LÉO

(surpris)

Plusieurs ?


Il laisse échapper un rire, secoue la tête, mi-amusé, mi-impressionné.


LÉO

Il faut le coincer avant que King arrête d’écrire.


SCULLY

Que peux-tu nous dire sur ses personnages féminins ?


LÉO

(passionné)

Bonne question…

King balance entre progressisme et sexisme latent.

Rien n’est jamais anodin.

(curieux)

Quels romans ont été utilisés ?


Mulder hésite.


MULDER

Christine, Dolores Claiborne, Marche ou Crève et Ça.


Léo fronce les sourcils. Il se gratte le menton, ses yeux bougent rapidement, comme s’il passait les titres en revue dans sa tête.


LÉO

Curieux… pas de fil conducteur évident…


SCULLY

(hésitante)

Les victimes étaient coupables d’abus envers des femmes.


LÉO

(pensif)

Christine est un stéréotype de femme vengeresse…

Ça colle.

(Un temps.)

Aucune logique.

Marche ou Crève est ultra-masculin…

Scully s’appuie contre le bureau, intriguée.


MULDER

Son choix pourrait se porter sur la logistique.

La facilité.


LÉO

C’est possible, mais…

(il rit)

Pas très excitant.


Il sursaute, se redresse légèrement.


LÉO

Vous avez envisagé… Que... 

C'est une femme ?


Mulder se rapproche de Scully, les yeux brillants d’intérêt.


SCULLY

Elle leur donne une leçon.

La frousse de Max, la confession, la marche du pouvoir…


Mulder acquiesce.


Léo joue distraitement avec son stylo, absorbé par ses pensées.


MULDER

Tu as une idée ?


LÉO

Des tonnes.

(Il rit nerveusement.)

Les femmes… le côté obscur de King…

(songeur)

Personnage vengeur… Annie Wilkes.

C’est une fanatique, mais elle n’a pas été abusée.


Il sourit et lève les yeux vers les agents.


LÉO

Vous savez qui pourrait vous aider ?

Tabitha.


Scully sursaute. Mulder aussi.


SCULLY

Tabitha ?

Mulder !


LÉO

Oui... Sa femme…


Mulder se redresse d’un coup, pose une main sur l’épaule de Scully, puis s’éloigne précipitamment.


MULDER

J’informe Skinner.


CUT-TO


INT. SALON DE TABITHA, SOUS-SOL – JOUR


Tabitha essuie des verres derrière le comptoir du mini-bar.


Une douce musique classique emplit la pièce.


Elle jette un regard tendre à Limbaugh, qui rédige le manifeste, concentré, indifférent à sa présence.

Elle range un verre sur une étagère. Il glisse, tombe sur une serviette. D’un geste vif, elle le rattrape et l’examine. Pas une égratignure.

Limbaugh la regarde, inquiet.


TABITHA

Désolée, je suis maladroite parfois.


Elle s’avance vers Limbaugh, jette un regard avide vers les feuilles couvertes d’une écriture fine et minutieuse.


Il sourit, mécanique, poli, mais distant.


TABITHA

J’ai tellement hâte de vous lire…

Je peux commencer ?


LIMBAUGH

Je n’ai pas terminé…

(sourire forcé)

Mais c’est un bel hommage.

Ça va te plaire.


Tabitha pose délicatement une main sur son épaule.

Elle se dirige vers les marches.


Dès qu’elle lui tourne le dos, le sourire de Limbaugh disparaît. Son regard se durcit. Il baisse les yeux vers son document, le visage marqué par le dégoût.


CUT-TO


INT. SALLE DE CONFÉRENCE – JOUR


Plusieurs marqueurs sont épinglés sur une carte d’Annapolis.


Skinner observe des agents sortir de la salle de conférence.

Mulder tient le portrait-robot de Tabitha.

Il fait signe à Scully, qui se faufile entre les agents.


SCULLY

Tu ne fais pas l’unanimité, Mulder.


Mulder hausse les épaules, amusé.


MULDER

Tabitha n’est pas son vrai nom.

Aucune correspondance dans les fichiers.


SKINNER

Allez sur place.

Trouvez cette femme.


CUT-TO


INT. SALON DE TABITHA – SOUS-SOL – DÉBUT SOIRÉE


Les lumières vacillantes de la télévision éclairent le salon plongé dans l’obscurité.


Limbaugh, étendu sur le canapé, tente de suivre un film.

Le reste de son plat repose sur la table basse, à côté d’un gâteau au chocolat, toujours intact.


Il ferme les yeux un instant, épuisé.


Il sursaute, comme s’il venait d’être tiré d’un cauchemar.

Tabitha est apparue sans un bruit dans l’ombre.

Son regard, sévère et menaçant.

Son visage figé est illuminé par les reflets de la télévision.


D’un geste vif, elle jette le manifeste sur Limbaugh.

Il se recroqueville contre le fond du canapé.


Elle allume brusquement les lumières du salon.

Limbaugh plisse les yeux, détourne le regard.


TABITHA

(menaçante)

C’est une mauvaise blague ?


Elle attend une réponse mais il reste figé.


TABITHA

(en colère)

Ce n’est qu’un ramassis de phrases creuses.

Un discours froid, hypocrite, qui infantilise les femmes.

Vous avez écrit ce que vous pensez qu’on veut entendre.

Vous n’avez pas mis un seul sentiment.

(elle hausse le ton)

Vous n’avez pas la moindre idée de ce que désirent les femmes.


Limbaugh n’ose pas bouger, terrifié, la voix tremblante.


LIMBAUGH

Tu as raison, Tabitha…

Je… je connais mal les femmes.

J’ai grandi entouré d’hommes, de gars brutaux…


Tabitha pose une main sur sa bouche, penche la tête, inspire.


Elle éteint la télévision, s’assoit sur le canapé. Son regard devient plus doux, empli de compassion.


TABITHA

C’est vrai.

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un papa comme le mien.


Dans un mouvement brusque, elle déchire les pages du document une à une.

Un sourire narquois se dessine sur ses lèvres.


TABITHA

C’est simple.

Une sportive veut être reconnue pour sa performance.

Une intellectuelle, pour son intelligence.

Une mère, pour son dévouement.


Elle marque une pause, les lèvres pincées, satisfaite.


TABITHA

Quand une femme se fait belle, elle veut qu’on la remarque… qu’on la complimente.

C’est une question de logique :

action, réaction.


Son sourire s’efface graduellement. Son regard devient plus dur, presque accusateur.


TABITHA

Mais vous, les hommes, vous mélangez tout.


Un silence lourd.


Tabitha laisse ses mots flotter dans l’air avant de se lever lentement.


TABITHA

Je suis certaine que votre manifeste

sera empreint de sagesse cette fois.


CUT-TO


INT. DÉPANNEUR – SOIRÉE


Deux agents montrent le portrait-robot de Tabitha au caissier.

Il le scrute, puis récupère ses lunettes sous le comptoir et y jette un œil plus attentif.


CAISSIER

Oui… oui, elle est venue plusieurs fois.

Très timide.

Je crois qu’elle a discuté avec ma femme.

(à haute voix)

Thérèsa, tu peux venir une seconde ?


THÉRÈSA, joviale, grisonnante, sort de derrière les étagères et rejoint son époux.


CAISSIER

Tu te souviens de cette jeune femme ?


THÉRÈSA

(observe le dessin)

Oui… Elle est venue à quelques reprises ces dernières semaines.

Avant ça, jamais vue.


POLICIER

Vous connaissez son nom ?


Le couple échange un regard, puis secoue la tête.


THÉRÈSA

(réfléchit)

Pas très bavarde, elle me parlait surtout de la météo…

(sursaut)

Ah oui !

Une fois, elle a dit que l’endroit était comme dans ses souvenirs.

Mais elle n’a pas développé.

C’est… curieux.

On devrait s’inquiéter ?


CUT-TO


INT. VOITURE DE MULDER ET SCULLY – SOIRÉE


Mulder conduit lentement, scrute la rue avec attention.

Scully, au téléphone, raccroche et soupire.


SCULLY

Une autre confirmation de sa présence.


Mulder se tourne vers elle, empathique.


MULDER

Tu as l’air exténuée.

Tu veux que je te ramène au motel ?

On ne la retrouvera pas ce soir.


SCULLY

Tu devrais dormir toi aussi.

Plusieurs agents quadrillent déjà le secteur.


MULDER

(moqueur)

Je ne dors jamais.


Il se gare près d’un parc et observe un groupe d’adolescents qui discutent et se lancent un ballon de foot. Sans détourner le regard, il lance d’un ton détaché :


MULDER

Que du travail et pas de jeu… me rend ennuyeux.


Scully tourne brusquement la tête. Il la dévisage un instant, puis reporte son attention sur les jeunes, simulant un intérêt.


MULDER

Ou plutôt…

Rend Jack ennuyeux.

(Un temps.)

Depuis le restaurant, cette phrase me trotte dans la tête.

Plutôt étrange, venant de toi.

(fâché)

Shining, Scully.

C’est une réplique de Jack Torrance.

Tu le savais ?


Scully évite son regard, fixe au travers de la vitre passagère.

Elle se redresse nerveusement.


SCULLY

(avec maîtrise)

Il n’y a rien à dire, Mulder.

Juste un rêve, rien de plus.


MULDER

Dans lequel tu enchaînes les shots ?


Elle évite toujours son regard.

Mulder soupire.


SCULLY

Ramène-moi au motel.

(sèche)

On ne la trouvera pas ce soir.


MULDER

(inquiet)

Tu es sûre que c’est une bonne idée ?


Leurs regards échangent un flot de questions silencieuses.

Scully brise le dialogue muet et penche la tête.


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