Tabitha

Chapitre 4 : The Shinning

2741 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 03/02/2026 18:13

INT. APPARTEMENT DE SCULLY, CUISINE – SOIRÉE


Les lumières tamisées enveloppent la cuisine d’une ambiance sereine mais légèrement irréelle. Scully, en pyjama, cheveux encore humides, se tient au comptoir, dos à la caméra. Elle se verse un café, puis se retourne.


PLAN LARGE – LA CUISINE

La pièce paraît plus vaste qu’elle ne devrait l’être, chaque angle étiré comme si elle se trouvait dans une dimension altérée. La table de la cuisine paraît à une distance improbable.


ZOOM LENT – LE VISAGE DE SCULLY


Elle pose ses mains sur son visage, les glisse lentement jusqu’à couvrir sa bouche, déformant légèrement ses traits. Elle regarde la caméra, fatiguée, presque absente. Puis elle esquisse un sourire hésitant. Elle regarde autour d’elle, légèrement méfiante, avant de murmurer à la caméra.


SCULLY

C’est tranquille ce soir…


PLAN LARGE – TABLE DE CUISINE


Tabitha est là. Vêtue comme une barmaid, cheveux en chignon, maquillage discret, mais un regard d’une intensité troublante, dominant légèrement Scully. Elle se tient de l’autre côté de la table, comme si elle avait toujours été présente. Elle tient une bouteille de rhum.


TABITHA

Effectivement, c’est très tranquille, agent Scully.

(Pause)

Puis-je agrémenter votre café ?


Scully hésite, jette un coup d’œil autour d’elle, puis incline légèrement la tête.

Tabitha verse un filet de rhum. Scully l’arrête… puis lui fait signe d’en ajouter davantage.

Elle hume son café, ferme les yeux, puis lève la tasse en un toast discret.


SCULLY

À mes six ans… bientôt sept aux Affaires Non Classées.

(D’un ton blasé)

Avec mon… coéquipier.


Elle boit une longue gorgée.

Tabitha sort un verre à shot, le remplit et le pousse vers elle.


TABITHA

Et au FBI, ça va ?


SCULLY

(Léger sourire)

Ça va…

(Pause)

Ça pourrait être mieux.

(Plus sombre)

Ça pourrait être pire.


Elle avale le shooter sans réfléchir.

La barmaid le remplit à nouveau sans attendre.


TABITHA

Rien de sérieux, j’espère ?


SCULLY

Non. Juste… un coup de fatigue, peut-être.


Elle lève les yeux vers le plafond, soupire.


SCULLY

C’est un monde d’hommes.

(Murmure)

De machos.


Elle rit faiblement, un rire teinté d’amertume. Elle vide un autre shooter et reprend son café.


TABITHA

Les hommes… on ne peut pas vivre avec, et on ne peut pas vivre sans eux…


Scully esquisse une grimace sarcastique, comme si vivre sans n’était pas une si mauvaise idée. L’alcool commence à faire son effet.


SCULLY

Non, c’est vrai.

(mélancolique)

Je ferais n’importe quoi pour lui. Je risquerais même ma carrière…


TABITHA

Ça n’est jamais assez, n’est-ce pas ?


Scully fixe LE FOND VIDE DE SA TASSE, comme si ce vide reflétait un manque plus profond.


SCULLY

Il m’arrive de… vouloir plus.


TABITHA

Plus de considération ?


SCULLY

Non… plus…


Elle esquisse un geste du pouce et de l’index, évoquant une distance, versus un rapprochement.


SCULLY

Vous voyez.


TABITHA

Je vois.

(Pause)

Agent Scully, les hommes… ne peuvent pas vous respecter professionnellement s’ils vous voient comme une femme séduisante.


CONTRE-PLONGÉE – TABITHA

Elle domine légèrement la scène, bras croisés, expression froide.


TABITHA

(Ton sec avec assurance)

Revendiquer l’égalité… ça veut dire renoncer à notre féminité.


Scully lève les yeux, déconcertée. La barmaid adopte un ton hypnotique, presque conspirateur.


TABITHA

Il ne peut pas vous donner les deux.

(Pause)

Il est peut-être temps… de prendre le contrôle.


Un silence lourd s’installe. La caméra recule, Scully est seule dans la cuisine. La table semble à une distance irréelle, accentuant le vide déprimant qui l'entoure.


ZOOM LENT – LE VISAGE DE SCULLY

Elle relève les yeux, hésitante. Son visage trahit un conflit intérieur profond.


FADE-OUT


INT. BUREAU DU FBI – SOIRÉE


Le bureau est plongé dans la pénombre, éclairé uniquement par l’écran d’un ordinateur et la lumière diffuse d’une lampe de bureau. Mulder, assis, les yeux rivés sur l’écran, est absorbé par un rapport sur le laxisme judiciaire. Il ajuste ses lunettes, ses gestes trahissent une fatigue accumulée.


ÉCRAN DE L’ORDINATEUR

Le nom du Juge Ted Thomas apparaît dans l’extrait d’un article, accompagné d’accusations choquantes.


PLAN – MULDER

Il lit l’extrait à voix basse, pour lui-même.


MULDER

Juge accusé d’avoir libéré des agresseurs sexuels sous prétexte que les victimes étaient « provocantes » ou qu’il y avait un manque de preuves.

(Avec indignation)

Provocantes…


Il retire ses lunettes, passe une main sur son visage. L’épuisement et la contrariété se mêlent dans un soupir discret. Après un instant, il croise les bras derrière sa tête, étire ses muscles tendus par les heures passées devant l’écran. Puis, comme animé d’un regain d’énergie, il remet ses lunettes et déplace la souris.


Le bruit mécanique de l’imprimante rompt le silence. Mulder jette un œil aux pages qui sortent lentement, puis retourne machinalement à l’écran, visiblement prêt à creuser davantage.


CUT-TO


INT. SALON DE TABITHA, SOUS-SOL – MATINÉ


Tabitha peine à refermer la porte du sous-sol, les bras chargés : un café fumant, un porte-documents en bandoulière et un sac de pâtisseries. Elle dépose le sac sur une marche pour libérer une main et saisir la poignée.


POINT DE VUE DE LA CUISINE À TRAVERS LA PORTE.

La pièce est vide, aucun électroménager n’est présent. Des cartons de déménagement s’entassent dans un coin. Sur le comptoir, seules quelques assiettes en carton traînent. Tabitha reprend son sac et descend l’escalier en fredonnant joyeusement : « Won’t You Be My Neighbor » de Mister Rogers.


TABITHA

(Fredonne)

Quelle belle journée dans le quartier, 

Une journée parfaite pour un voisin, 

Voulez-vous être le mien ? 

Pourriez-vous être le mien ?


Arrivée en bas, elle pose le café et le sac sur la table basse, puis adresse un sourire tendre à Limbaugh, qui émerge difficilement, encore engourdi. Elle dépose le porte-document près du Lazyboy, son regard s’attarde sur un récipient destiné à recueillir les urines.


TABITHA

(Fredonne)

J'ai toujours voulu avoir un voisin comme vous,

J'ai toujours voulu vivre dans un quartier avec vous...


Elle prend le récipient, ouvre une porte et disparaît dans une petite salle d’eau.


TABITHA (O.S.)

(Fredonne)

Alors, profitons pleinement de cette belle journée...


Le fredonnement de Tabitha est brièvement couvert par le bruit de la chasse d’eau. Elle élève la voix pour couvrir le bruit de l’eau qui coule dans le lavabo.


TABITHA (O.S.)

Monsieur Rogers… Un homme remarquable, n’est-ce pas ?

Tellement de belles valeurs. Peu d’hommes peuvent prétendre lui arriver à la cheville. Mon papa en faisait partie.


Elle revient avec le récipient propre et le glisse sous le Lazyboy avant de s’asseoir sur le canapé. Elle sort des pâtisseries du sac et les dispose soigneusement sur la table.


TABITHA

(Enthousiasme)

Aujourd’hui est un grand jour pour vous.


Elle l’observe avec fierté puis son regard s’assombrit. 


TABITHA

(Compatissante)

Vous avez l’air épuisé… 

Vous devriez vous rafraîchir pendant que je vous installe votre nouveau bureau.

(Enthousiasme)

Vous allez rédiger l’article de votre vie, avec des valeurs magnifiques, vous aussi.


Limbaugh la fixe, partagé entre incrédulité et épuisement.

Tabitha se lève et glisse une main douce sous son bras pour l’aider à se relever.


TABITHA

(Encourageante)

Oui, debout ! Vous devez être tout ankylosé après tout ce temps dans cette chaise.


Limbaugh hésite, puis s’appuie sur elle. Il chancelle, mais parvient à se redresser. La surprise traverse son visage.


LIMBAUGH

(Troublé)

Comment… Je sens mes jambes maintenant…


TABITHA

(rit doucement)

Évidemment.

Vous devriez peut-être vous délasser un peu.


Elle le lâche, retourne au canapé et pose le porte-document sur ses genoux.

Limbaugh, abasourdi, regarde autour de lui et commence à marcher. Ses pas sont hésitants au début, mais ils deviennent plus confiants.


LIMBAUGH

(Avec méfiance)

Je pensais que tu m’avais paralysé.


Elle sort des coupures de journaux, des feuilles vierges, des crayons et une gomme à effacer du porte-documents.


TABITHA

(Menaçante)

Tant que vous ne jouez pas au héros et que vous coopérez, je n’ai aucune raison de vous priver de vos jambes.


Elle se replonge dans ses papiers, distraite.


TABITHA

Je vous ai mis un rasoir et de la crème à raser près du lavabo.


Limbaugh la fixe, encore perplexe, puis disparaît dans la salle d’eau. La porte claque doucement derrière lui.


Seule dans le salon, Tabitha reprend son fredonnement, sa voix douce et troublante.


TABITHA

(Fredonne)

Quelle belle journée dans le quartier, 

Une journée parfaite pour un voisin, 

Voulez-vous être le mien... 

Pourriez-vous être le mien...


CUT


INT. APPARTEMENT DE SCULLY – CHAMBRE – MATINÉÉ


Scully dort profondément. Son téléphone portable sonne plusieurs fois avant qu’elle ne soulève péniblement la tête. Couchée sur le ventre, elle tend le bras vers la table de chevet sans regarder et attrape son téléphone. Avant de répondre, elle enfouit son visage dans l’oreiller. La sonnerie insiste. Elle grogne, se tourne sur le côté et finit par décrocher.


SCULLY

(Voix endormie)

Scully.


MULDER (V.O.)

Hé, Scully, tu es chez toi ?


SCULLY

(Voix endormie)

Oui.


MULDER

Je frappe depuis un moment.


SCULLY

(Voix endormie)

J’arrive.


Elle s’assoit péniblement, ferme les yeux et passe une main sur son front douloureux. Puis, elle se lève et jette un regard à son reflet dans le miroir de sa commode.


MIROIR 

Scully fixe directement la caméra, les yeux grands ouverts, comme si elle tentait de dissiper un brouillard intérieur.


CUT TO


INT. SALON


Elle ouvre la porte. Mulder, visiblement impatient, scrute le couloir. Il s’apprête à exprimer son mécontentement, mais s’interrompt aussitôt. Son expression se transforme en inquiétude. Scully se tient appuyée contre l’encadrement, en peignoir, les cheveux ébouriffés.


MULDER

Tu es malade ?


Il entre sans être invité. Scully referme lentement la porte, soupire, et se dirige vers la cuisine.


Elle se verse un verre d’eau et observe Mulder dans le reflet des portes vitrées des armoires.


SCULLY

(Voix fatiguée)

Non… Je ne crois pas, Mulder.


Dos à lui, elle continue de fixer son reflet. Elle prend une grande gorgée puis se retourne.

Mulder la dévisage de la tête aux pieds. Il décide de se concentrer sur l’enquête.

Il lui tend un dossier.


MULDER

Tu n’exagérais pas, Scully, quand tu parlais de misogynie.


Il pose le dossier sur la table. Son regard se pose sur la bouteille de rhum, le verre à shot et la tasse de café. Scully les ramasse aussitôt, trop vite. Mulder lui lance un regard interrogateur. Elle l’esquive, déposant la vaisselle sur le comptoir avec une pointe de culpabilité.

Mulder fait glisser des photocopies sur la table pour capter son attention, mais elle leur jette à peine un œil avant de se diriger vers sa chambre.


MULDER

(A voix haute)

Toutes les victimes avaient un passif conflictuel avec des femmes.


SCULLY (O.S.)

(A haute voix)

Tu as dormi, Mulder ?


MULDER

Plus que toi, je crois.


SCULLY

(A voix haute)

Quoi ?


Mulder laisse tomber le dossier sur la pile de papiers, déçu par son manque d’intérêt. Il se dirige vers la chambre, mais s’arrête sur le seuil.


INT. CHAMBRE DE SCULLY


Scully se tient devant son miroir, réajustant ses cheveux d’un geste nerveux. Elle aligne machinalement les bretelles de sa camisole avec celles de son soutien‑gorge. Mulder, hors champ, poursuit son compte rendu.


MULDER (O.S.)

Les trois hommes avaient des dossiers compromettants, mais ils s’en sont toujours sortis.

Polanski, le professeur, avait été accusé de sabotage professionnel.

Le juge, de laxisme judiciaire.

Clarence Hefner, l’homme dans le puits, avait agressé sa femme à plusieurs reprises.


Scully observe son reflet intensément, comme si elle cherchait une vérité qu’elle n’arrive pas à saisir. Puis elle remarque Mulder dans le miroir. Il la regarde, un léger sourire flottant sur ses lèvres, presque attendri. Elle sursaute légèrement, puis reprend contenance.

Elle replace doucement une mèche derrière son oreille. Mulder recule d’un pas, mal à l’aise.


MULDER

Maintenant on a le mobile.

J’ai contacté Skinner...


Scully passe à côté avec assurance, prête à se replonger dans l’enquête. Il la regarde s’éloigner vers la cuisine, confus et impuissant.


CUT


INT. SALON DE TABITHA, SOUS-SOL – JOUR


Tabitha se tient derrière le Lazyboy, dominant Limbaugh d’un regard glacial et calculateur. Il est assis, contrarié, les yeux rivés sur un reportage diffusé à la télévision.


SUR L’ÉCRAN-

Dans un studio chic de la NBC, plusieurs commentateurs sportifs discutent autour d’une table avec un officiel du CIO. En arrière-plan, l’emblème des Jeux Olympiques de 1992.


OFFICIEL

Nous voulons encourager la participation des femmes aux Jeux, mais il est important qu’elles conservent l’élégance et l’esprit de leur sport. 

Nous ne voulons pas que les épreuves féminines deviennent une copie brute des compétitions masculines.


LIMBAUGH (Plus jeune)

On est en train de transformer ces Jeux en une croisade féministe. 

Vous avez vu ces haltérophiles ? C’est censé être attirant ? Où est passée la grâce féminine ?


COMMENTATEUR

C’est ridicule. Mais bon, on est en 1992, tout doit être égal, même si c’est absurde.


L’image se fige sur un gros plan de Limbaugh un sourire suffisant aux lèvres.


LE SALON-

Limbaugh lève les yeux vers Tabitha. Elle se tient derrière lui, la télécommande levée comme si elle s’apprêtait à l’abattre sur lui. Elle contourne lentement le fauteuil, le fixant avec un mélange de mépris et d’amusement cruel.


TABITHA

Quelle déception...

La chance de votre vie… Rien de moins…

Couvrir les Jeux Olympiques en direct pour la première fois.

(Soudain agressive)

Comment avez-vous pu…


Elle se penche brusquement et éparpille violemment les papiers posés sur la table. Elle attrape un crayon et le fait tourner entre ses doigts, nerveuse.


TABITHA

(Marmonnant)

Yunxia, record du monde du 1 500 mètres…

Derartu Tulu, première femme noire africaine médaillée d’or…

Shan Zhang, qui bat sept hommes au tir mixte…

(Voix haute)

Mais non, pas important.

(Sarcastique)

La Dream Team! Génial ! On le repasse en boucle.

(Énervée)

Encore et encore et encore…


Elle tente de remettre de l’ordre sur la table, mais son agitation l’empêche de se concentrer. Exaspérée, elle grogne, se redresse, respire difficilement.

Limbaugh la regarde avec méfiance. Il tend lentement la main vers elle, désignant le crayon qu’elle tient fermement comme une arme.


LIMBAUGH

(Prudent)

Je suis désolé... Oui, c’était idiot de ma part.


Tabitha l’observe, tête légèrement inclinée, oscillant entre colère et pardon. Puis, avec un sourire étrange, elle lui tend le crayon.

Il le prend aussitôt et le dépose à côté de lui, comme s’il désamorçait une menace.

Plus calme, elle change la cassette du magnétoscope.


TABITHA

(Enjouée)

Idiot, c’est peu dire...

(Chaleureuse)

J'ai fait un montage des plus grands exploits féminins, juste pour vous.

Pour vous inspirer.


Elle s’assoit sur le canapé et lance la lecture. Les premières images apparaissent, puis elle met en pause.


TABITHA

(Joviale)

Avec papa, on vous imitait quand vous commentiez les matchs, vous savez ? 

On vous admirait énormément.


Elle marque une pause, puis ajoute, d’un air faussement compatissant.


TABITHA

Je suis sûre que l’influence des autres hommes vous a embrouillé l’esprit…


Elle relance la vidéo et se cale dans le canapé, un sourire satisfait aux lèvres. L’écran diffuse une épreuve de natation féminine. Limbaugh ne regarde pas l’écran. Il fixe Tabitha, cherchant à comprendre son esprit tordu, partagé entre dégoût et inquiétude.


CUT

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