Tabitha

Chapitre 3 : Marche ou crève.

1493 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 29/01/2026 19:46

EXT. IMMEUBLE – FIN D’APRÈS-MIDI


Un immeuble de trois étages se découpe dans la lumière dorée du soleil couchant. Les façades, un peu usées, renvoient des reflets chauds. Le calme du quartier contraste avec les rubans jaunes de la police qui claquent doucement dans le vent.


Des ambulanciers transportent des civières recouvertes de draps blancs. Les roues grincent sur le trottoir. Les voisins observent en silence, figés derrière leurs clôtures ou leurs fenêtres entrouvertes.


Mulder et Scully franchissent le périmètre après avoir montré leurs badges. Ils rejoignent Skinner, qui discute brièvement avec un enquêteur. En passant, leurs regards glissent sur les corps recouverts.


MULDER

Nous sommes venus dès que possible, Monsieur.


Skinner ne répond pas. Il leur fait signe de le suivre.


INT. APPARTEMENT – PREMIER ÉTAGE


La porte s’ouvre sur une vaste pièce presque vide. La lumière du jour traverse de grandes fenêtres teintées, projetant des ombres longues sur le sol. Les voiles blancs, fraîchement installés, ondulent légèrement.


Trois tapis roulants sont alignés face à la plus grande fenêtre. Au sol, des rubans de marquage indiquent l’emplacement des corps. L’air est lourd, saturé d’une odeur de sueur, d’urine et de décomposition.


Mulder et Scully avancent lentement, observant les tapis : excréments séchés, flaques d’urine, traces de sang, bouteilles d’eau vides, emballages froissés. Le plastique des tapis est usé jusqu’à la corde.


Skinner prend la parole, la voix grave.


SKINNER

Trois hommes ont littéralement couru jusqu’à la mort.


Scully reste près de lui. Mulder s’approche des fenêtres, pensif.


SKINNER

Aucun lien évident entre eux, sauf qu’ils ont disparu il y a environ deux semaines.


MULDER

Qui les a trouvés ?


SKINNER

Donald Tyson. PDG d’une entreprise textile. Il était sous enquête avant sa disparition.


MULDER

Pour quoi ?


SKINNER

Harcèlement, chantage sexuel.

Exploitation de femmes.


Scully échange un regard sombre avec Mulder.


SKINNER

Il avait acheté cet immeuble récemment.

Les tapis ont été livrés ici.


SCULLY

Et les deux autres victimes ?


SKINNER

Ted Thomas, juge. Andrew Polanski, professeur.

Aucun lien clair pour l’instant.


Il les fixe, inquiet.


SKINNER

On doit comprendre son mode opératoire avant que toute la bibliographie de Stephen King ne devienne son plan d’action.


Mulder s’accroupit près d’un petit radiocassette. Il appuie sur “play”. Des cris militaires et des coups de feu retentissent. Scully sursaute. Mulder baisse le volume, puis éteint.


MULDER

Il entre dans la tête de ses victimes.

Il les pousse à s’autodétruire.


Il ouvre légèrement une fenêtre.


MULDER

Pas de verrou.

Pas de traces de liens.

Ils étaient ici volontairement… ou du moins, ils le croyaient.


Des voix s’élèvent dans le couloir. Skinner sort précipitamment.


Scully s’approche de la fenêtre. Dans la rue, une femme avec un sac d’épicerie lève les yeux. Tabitha. Malgré les vitres teintées, elle semble la regarder droit dans les yeux.


Scully entrouvre la fenêtre. Le contact visuel est troublant, presque hypnotique.


Elle touche la manche de Mulder. Il suit son regard. Tabitha incline légèrement la tête, puis s’éloigne.

Scully serre brièvement le bras de Mulder avant de sortir.

Il la suit.


EXT. TROTTOIR – CONTINU


Tabitha marche d’un pas rapide. Mulder accélère.


MULDER

Excusez-moi!


Elle s’arrête, timide, presque fragile.


MULDER

Vous habitez dans le coin ?


Scully les rejoint.

Tabitha fixe Scully, comme si Mulder n’existait pas.


Mulder pose une main sur son bras. Tabitha se fige, puis ajuste son cardigan, effaçant son contact.


TABITHA

À quelques rues.


SCULLY

Vous vouliez me parler ?

Vous savez quelque chose, Madame… ?


TABITHA 

Tabitha.

Je… j’apporte les courses.


MULDER 

Les courses?

Vous connaissiez les victimes ?


Tabitha ignores Mulder.


TABITHA 

Je déposais les sacs. Je ne les ai jamais vus. 

Il n’y a pas beaucoup de femmes sur le terrain, Agent…


SCULLY 

Scully.


MULDER 

Et Mulder.


Tabitha ne lui accorde toujours pas un regard.


Mulder sourit, prend le sac. Barres chocolatées, boissons énergisantes. 


MULDER 

Je m’en occupe. 

Tu peux prendre sa déposition, Scully?


Il s’éloigne. Scully le regarde, surprise.

Tabitha soupire, soulagée, puis s’approche de Scully.


TABITHA 

(murmure) 

Fascinant.


Scully détourne légèrement les yeux.


TABITHA 

Votre résilience, Agent Scully. 

(Pause) 

Vous avancez avec une force tranquille… qui lui permet de briller.


Scully relève les yeux, déstabilisée.


TABITHA 

(Secoue la tête) 

Si seulement il réalisait sa chance.


Scully vacille, puis se reprend.


SCULLY 

Merci pour votre coopération.


Elle s’éloigne, troublée. Tabitha sourit, satisfaite.


INT. SOUS-SOL – SALON DE TABITHA – SOIR


Tabitha descend les escaliers, un plateau dans les mains. Un repas soigneusement préparé : poulet, légumes, purée. Elle fredonne doucement.


Elle pose le plateau devant Limbaugh.


TABITHA

Je vous ai préparé quelque chose de bon. Ça va vous faire du bien.


Elle ajuste la lumière, créant une ambiance feutrée. Elle plie une couverture sur ses genoux, allume le téléviseur sans le son, puis une bougie.


Elle observe Limbaugh.


TABITHA 

Vous n’êtes pas très bavard…


Elle aligne les couverts avec une précision presque maniaque.


TABITHA 

Je vous imaginais plus… expressif. 

(Pause, nostalgique) 

Mon papa disait toujours…

(Imitant une voix grave) 

« Tabitha, si parler était un sport, tu serais championne du monde. »


Elle sourit, émue.


LIMBAUGH 

Qu’est-ce que tu attends de moi ?


Tabitha s’illumine.


TABITHA

Je veux vous offrir une chance de terminer votre carrière avec dignité.


LIMBAUGH

Je suis à la retraite.


TABITHA

(sèche)

Des ajustements s’imposent.

(Plus dur)

Et ne prétendez pas être fier de votre réputation.


Elle se lève, se place au-dessus de lui. La caméra en contre-plongée accentue sa domination.


TABITHA

Mon papa serait terriblement déçu de vous.


Elle le pousse au bord du fauteuil.


TABITHA

Vous allez rédiger un manifeste.

(Un sourire froid)

Un hommage aux femmes dans le sport. Avec des excuses…

(Chargée de dégoût)

…pour vos propos abjects.


Elle s’assoit, respire profondément.


TABITHA

Mes plus beaux souvenirs sont ici. Mon papa, vous et moi, devant ce poste.


Elle augmente le volume. Un match de soccer féminin envahit la pièce.


La caméra glisse sur les objets : bouteilles de whisky, sous-verres d’équipes, casquette des Red Sox, bâton autographié.


COMMENTATRICES TV (v.o.)

Quelle performance ! Cette équipe féminine redéfinit le jeu.


Tabitha sourit, immobile dans la lumière vacillante.


FADE OUT.


INT. RESTAURANT — SOIRÉE


Le restaurant est petit mais chaleureux. La décoration, un peu vieillotte, dégage un charme nostalgique. Toutes les tables sont occupées. Un brouhaha doux remplit la salle.

Mulder dévore un club sandwich accompagné de frites.

Devant la place vide de Scully, une salade repose, intacte.


Scully revient s’asseoir, visiblement fatiguée.

Elle jette un regard dégoûté aux assiettes.


MULDER 

(la bouche pleine)  

Désolé, j’ai commencé sans toi.


Elle remue sa salade sans y toucher.


MULDER 

(inquiet)  

Ça va, Scully ?

Tu n’as pas dit un mot depuis qu’on a quitté l’immeuble.


Scully le fixe un moment, silencieuse.


MULDER

(attentionné)  

C’est une enquête terrible… Si tu veux, je peux m’en charger seul.


SCULLY  

Ça va, Mulder.

(Elle hésite)

J’ai juste eu… un vertige. Une sensation étrange.


MULDER 

(taquin)  

Et tu n’as pas pris sa déclaration.


Scully attrape une frite dans l’assiette de Mulder.


SCULLY  

Tu as obtenu des informations sur les deux autres victimes ?


Mulder sort un carnet.


MULDER  

Le juge Ted Thomas, soixante ans. Crise cardiaque.

Andrew Polanski, professeur, cinquante-trois ans. Suicide par balle.

Donald Tyson, PDG. Mort d’épuisement.


Scully tourne la frite entre ses doigts.


SCULLY  

C’est étrange, quand même.


MULDER  

Quoi ?


SCULLY  

Dans Marche ou crève, ce sont des jeunes qui participent.

Ici, ce sont des hommes de pouvoir. Ils n’étaient clairement pas dans le besoin.


Elle soupire, fait craquer son cou, attrape une autre frite.

Il tourne son assiette vers elle, résigné.


MULDER  

On peut passer au bureau. J’aimerais creuser un peu plus.

Ils ont forcément un lien.


SCULLY 

(se redresse)  

Ce sera sans moi, Mulder.


Elle attrape un morceau de bacon tombé du club sandwich.

Son regard croise brièvement celui de Mulder, puis elle fixe la viande entre ses doigts.

Elle savoure le bacon, le regard perdu.


SCULLY 

(murmure) 

Que du travail et pas de jeu… ça me rend ennuyeuse

CUT.

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