Tabitha

Chapitre 2 : Misery

1530 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 28/01/2026 20:04

Un écran de projection affiche l’image d’un petit bateau en papier portant le nom « SS MAX ».


L’image change.


Un large tuyau d’égout apparaît sous un pont. Des graffitis recouvrent le béton. Un ballon rouge flotte, accroché au plafond.

À côté, une illustration grotesque de Pennywise, dessinée sur un panneau de carton.


PLAN LARGE — SALLE DE CONFÉRENCE


La pièce est remplie d’agents assis autour de grandes tables.

Au fond, Skinner se tient debout devant l’écran. Il balaie l’auditoire d’un regard grave avant de parler.


SKINNER  

Voici le troisième crime d’un tueur inspiré des livres de Stephen King.

(Pause)

Cette fois, la victime est un garçon de quatorze ans.


Il marque un silence. Mulder et Scully, adossés au mur, restent légèrement en retrait.


SKINNER  

Il est primordial que ces détails ne soient pas révélés à la presse.

Une chasse aux sorcières menée par des moralistes radicaux ne nous aidera pas à résoudre cette enquête.


Un agent fait défiler l’image suivante : un homme gît au fond d’un puits, près d’une ferme abandonnée.


SKINNER  

Le tueur pousse ses victimes à s’enlever la vie.

(Il pointe l’image du puits.)

Même mode opératoire, inspiré du roman Dolores Claiborne.


Mulder se penche vers Scully et murmure quelque chose à son oreille.


SKINNER  

Nous allons mobiliser plusieurs équipes : des spécialistes en littérature, des psychologues…

et deux agents habitués aux enquêtes peu conventionnelles.

Ils sont à votre disposition.


Quelques regards se tournent discrètement vers Mulder et Scully. Des rires étouffés.

Scully esquisse un sourire gêné.

Mulder, lui, affiche un petit air satisfait.


CUT TO :


INT. BUREAU DES AFFAIRES NON CLASSÉES – PLUS TARD


Mulder entre, suivi de Scully, absorbée par un dossier qu’elle feuillette.


MULDER  

(Avec humour)

Étrange… Skinner reconnaît enfin notre travail.

On est des consultants, Scully.


Il s’assoit fièrement derrière son bureau.


Scully, toujours plongée dans son dossier, cherche sa chaise du regard. Elle la repère dans un coin, la ramène et s’installe face à lui.


SCULLY  

(Sarcastique)

Il serait peut-être temps de demander un vrai bureau.


MULDER  

Pourquoi ? On est très bien ici.


SCULLY  

On est au sous-sol, Mulder.


MULDER  

Exactement. Parfait pour nous…

Sombre et mystérieux.


Scully lève les yeux au ciel, habituée.


MULDER  

Tu veux vraiment aller bosser avec les bureaucrates d’en haut ?


SCULLY  

(Sérieuse)

Un peu plus de reconnaissance ne nous ferait pas de mal.


MULDER  

Scully, tu m’es indispensable.

Quelle autre reconnaissance te faut-il ?


Elle soupire et baisse les yeux. Mulder fronce légèrement les sourcils, intrigué, mais n’insiste pas.


MULDER  

Je pense que ce gamin a vraiment vu Pennywise.


SCULLY  

C’est peut-être une projection mentale.

C’est plausible.

Mais un joint a été retrouvé sur place.


MULDER  

(En riant)

Elle était forte, son herbe, Scully.

(Sérieux)

Non, c’est plus que ça. T’as vu ce gribouillis sur le carton ?


Il se lève, attrape leurs manteaux et tend celui de Scully. Elle le regarde, perplexe.


MULDER  

Allez, tu viens ?


Scully se lève à contrecœur.


SCULLY  

Et on va où, exactement ?


Mulder sort sans répondre.

Scully soupire et le suit.


CUT TO :


INT. MAISON DE TABITHA – SALON – JOUR


Tabitha, trente-cinq ans, athlétique, descend lentement les marches menant au sous-sol.

Elle porte une caisse de bière. Ses cheveux noirs tombent en cascade. Son expression est paisible… trop paisible.


Le sous-sol est un sanctuaire sportif :

mini-bar impeccable, canapé sectionnel, Lazyboy en cuir brun, téléviseur grand format.

Sur la table basse, des sacs de chips et des plats vides attendent leur contenu.


Tabitha dépose la caisse, range les bières en fredonnant.

Elle ajuste le Lazyboy de quelques centimètres, s’assoit, évalue le résultat.

Un léger sourire satisfait.


Elle se relève, inspecte la pièce :

magnétoscope en place,

pile de VHS soigneusement alignée,

couverture impeccablement pliée,

photo dédicacée d’un commentateur sportif.


Pour Juliette, ma plus grande fan, Mike Limbaugh


Elle ajuste le cadre avec une précision maniaque. Elle aligne son visage dans le reflet, juste à côté de celui du commentateur.

Son sourire se fige. Ses traits se durcissent.


Un instant glaçant.


Elle recule. Le reflet disparaît.

Elle retrouve son sourire.


Avant de disparaître à l’étage, elle jette un dernier regard à la pièce.

Un mélange de satisfaction… et d’excitation contenue.


La porte se referme doucement.


CUT TO :


EXT. MAISON DE LOAN ET FANNY – JOUR


Mulder frappe à la porte puis regarde le jardin fleuri.

Scully, à ses côtés, semble ailleurs.


La porte s’ouvre brusquement.

Fanny, en short et chandail de baseball, apparaît, essoufflée.


FANNY  

(Mettant la main en porte-voix)

Maman ! C’est le FBI !


MÈRE (O.S.)  

Entrez !


Scully sourit à Fanny et entre.


INT. SALON – SUITE


La pièce est lumineuse, accueillante.

Deux canapés, placés face à face, encadrent une table basse, un téléviseur au fond.


Mulder s’assoit le premier, suivi de Scully.

Fanny s’installe par terre, entre eux.


MÈRE  

Je vous sers quelque chose à boire ?


Les agents déclinent.

La mère s’éclipse.

Fanny les observe, fascinée.


MULDER  

Tu joues au baseball ?


Fanny hoche la tête.


MULDER  

À quelle position ?


FANNY  

Catcher.


Elle se tourne vers Scully, les yeux brillants.


FANNY  

Vous travaillez vraiment pour le FBI ?


Scully sorts son badge. Fanny se hisse pour mieux voir.

La mère revient.


MÈRE  

Fanny, n’embête pas les agents.


Fanny grogne et recule.


Loan entre, appuyé sur des béquilles. Bandage à la jambe. Traits tirés. Yeux gonflés.


Il s’installe près de sa mère.

Fanny le regarde, son sourire s’efface.


MULDER  

Merci d’accepter de nous parler, Loan.


LOAN  

Je sais pas quoi dire de plus… J’ai déjà tout raconté aux flics.


SCULLY  

(Doucement)

On n’est pas là pour parler de la noyade.

Tu es courageux, Loan.

Ce que tu as fait pour Max était admirable.


Loan baisse la tête.


Silence.


MULDER  

On est allés voir l’endroit.

Vous alliez souvent dans cet égout ?


LOAN  

(hausse les épaules)

Un peu, ouais.


MULDER  

J’ai vu le carton avec le clown de Ça.

Tu sais qui l’a fait ?


LOAN  

C’est Max.


MULDER  

Donc il n’a pas eu peur du dessin ?


Loan rit, amer.


LOAN  

Max, avoir peur…

C’était pour effrayer les filles.


FANNY  

C’est vrai qu’il les enfermait ?


MÈRE  

(Choquée)

Vous faisiez ça, Loan ?

Tu participais?


LOAN  

Non ! Jamais.

Je l’aurais pas laissé faire.


Il lance un regard accusateur à sa mère.


LOAN  

C’est toi qui voulais qu’elle vienne.

Elle n’était pas censée être là ce jour-là !


MULDER  

(Apaisant)

Parle-nous de ce que vous aviez prévu.


Loan hésite.


MÈRE  

(Triste)

Vous alliez fumer ?


LOAN  

Max, oui.

Mais pas moi.


Il relève les yeux.


LOAN  

Je fume pas.


SCULLY  

Max avait fumé ?


LOAN  

Il en avait l’intention… mais il n’est pas parti assez longtemps.

Il n’a pas pu.


MULDER  

Tu sais ce qui a pu lui faire peur ?

Quelqu’un ?


FANNY  

Peut-être que quelqu’un voulait se venger.


LOAN  

(Agacé)

Personne ne l’aurait défié.

Tout le monde avait peur de lui.


SCULLY  

Mais pas toi ?


LOAN  

(Avec fierté)

Il aimait mes histoires.

Il me donnait des idées.


SCULLY  

Tu écris?

C’est ça que vous faisiez ?


LOAN  

J’aime bien l’ambiance là-bas.


MULDER  

Loan, on essaie de comprendre ce qui a pu lui faire peur.

Tu n’as aucune idée ?

(Un temps)

Peut-être un détail dans tes histoires ?


Loan relève les yeux, troublé.


LOAN  

(Hésitant)

Peut-être… mais c’est idiot.


MULDER  

Chaque détail est important.


LOAN  

Dans la rivière…

Il n’aurait pas dû bouger… sur la roche…

(Un temps)

Il a vu quelque chose derrière moi.


Il retient un sanglot.


LOAN  

Il a regardé dans ma direction et a paniqué.

Comme s’il avait vu… quelque chose.

Une vraie frousse.


MULDER  

Et toi, tu as vu quelque chose ?


LOAN  

(Voix tremblante)

Non. Mais… le bateau.

Il venait d’où ?

Il n’a pas pu apparaître comme ça…


CUT TO :

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