The Rescue's Hope par

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Side Story / Drame / Romance

21 Chapitre 21

Catégorie: T , 4186 mots
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Le Garganta surplombait le ciel à quelques mètres seulement de ceux qui l’avaient ouvert, et laissait planer un sentiment de désespoir hérité du fait que, pour l’instant, il leur paraissait inaccessible. Sous son hululement se déchaînaient les foudres des deux camps spirituels ennemis. La raison de cet acharnement n’était pourtant pas en ce jour de printemps celle qui les opposaient depuis de longs mois, mais une autre qui importait davantage encore aux yeux de Shûhei Hisagi : Tsunata Nara. En effet, après s’être accaparé les pouvoirs de la jeune femme et de ceux de son zanpakutô, les Kurotama avaient décidé de la supprimer. Pour ne rien arranger, les amis venus porter leur aide à la Shinigami, d’ores et déjà exténués par leurs nombreuses péripéties vécues depuis leur arrivée au Hueco Mundo, étaient acculés de tous les côtés par les âmes noires mobilisées pour les tenir écartés du combat entre Tsunata et Amon Nagl.

Cette stratégie avait le don de mettre Shûhei hors de lui. Ses kusarigamas fondaient furieusement sur ses ennemis et tentaient de l’en débarrasser au plus vite pour leur montrer ce qu’il en coûtait de s’en prendre ainsi à ce qu’il avait de plus précieux. Cependant, le ténébreux était dans un tel état que ses adversaires, l’un armé d’une hache scintillant sous l’astre opalin, l’autre d’un fusil spirituel, n’avaient aucun mal à éviter ses attaques les plus dangereuses et à l’empêcher de s’approcher d’eux.

Ce que ni l’un ni l’autre n’avaient prévu pourtant, c’était que les sentiments qui animaient le maître de Kazeshini, même s’ils le privaient de précision, décuplaient ses pouvoirs à leur paroxysme. De ce fait, lui aussi n’éprouvait pas le moindre mal à se faufiler entre les projectiles de reiatsu qui fondaient sur lui, et les parades de son zanpakutô libéré s’enchainaient de plus en plus vite. Le jeune homme n’avait qu’un but, et celui-ci était clair : en finir au plus vite pour aller régler son compte à Amon Nagl avant de prendre la fuite avec Tsunata.

Celle-ci, pour sa part, envoyait son sabre à la rencontre de celui de son ennemi avec une force et une rapidité qu’Amon ne s’expliquait pas. Pire encore, un détail de grande importance l’empêchait de reprendre son sang froid pour répondre intelligemment à ses coups.

  – Comment peux-tu te battre ainsi, sans avoir une once de reiatsu ?

Tsunata profita de son incrédulité pour essayer de mettre fin au combat, mais Amon, poussé par son instinct de survie, parvint à contrer sa lame de jais alors qu’un filet de sang lui coula le long de la joue et qu’il reçut dans les yeux les étincelles produites par le choc de leurs sabres.

  – La volonté est une source de pouvoir inépuisable, Amon.

Le fer crissa. Les deux adversaires reculèrent d’un bond et se jaugèrent du regard. Il paraissait évident que Tsunata jouissait d’une détermination inébranlable et que toute la force qu’elle mettait dans ce combat y trouvait sa source ; ce qui intriguait Amon était davantage le pourquoi de cette détermination que l’utilisation qu’elle en faisait.

Tetsu Ribon venait d’abattre sans sourciller l’un de ses trois opposants et considérait les deux autres avec le plus grand des mépris. Wolf Ôga, coéquipier d’Amon Nagl qui comptait parmi eux, arborait une expression faciale trahissant toute la haine qu’il ressentait à son encontre.

  – Qu’y a-t-il, Wolf ? interrogea sournoisement Tetsu. Le chien enrage de ne pas être aux côtés de son maître ?

  – Profite de ton sarcasme tant que tu le peux encore.

  – Car je dois avoir peur de tes représailles, je présume ?

  – Quoi qu’il advienne, Tsunata et toi ne sortirez pas vainqueurs de cette bataille.

  – Je ne demande qu’à voir !

Au moment où le Kurotama aux attraits canins se jeta sur Tetsu, Izuru Kira tentait de s’approcher de la dernière de ses adversaires encore en course pour s’en débarrasser une bonne fois pour toutes. Mais celle-ci était bien plus coriace qu’il ne l’aurait souhaité, et la longue portée de ses zeitsprung lui permettait de gagner du terrain chaque fois que le Shinigami essayait de l’affecter avec le pouvoir de son zanpakutô. Lorsqu’elle réapparaissait, elle en profitait pour envoyer une salve de kunaï à son attention, mais le Vice-Capitaine les évitait tous avec une agilité déconcertante. Ainsi, le combat semblait sans fin.

Soudain, une idée traversa l’esprit de la Kurotama, une de ces idées qu’elle savait être en mesure de faire pencher la balance en sa faveur, et elle la mit à exécution sans plus attendre : elle arrêta de reculer et attendit que le jeune homme vienne à elle pour se volatiliser et surgir dans son dos. Là, elle profita de sa confusion pour lui lancer son arsenal, dont une seule lame parvint à sa cible. Izuru observa son bras droit dans un râle douloureux et constata que le kunaï traversait son biceps de part et d’autre. Une telle blessure était handicapante, mais s’il parvenait à retirer le corps étranger, il pourrait concentrer son reiatsu pour se guérir tout en évitant d’être de nouveau atteint.

Alors qu’il semblait plongé en pleine réflexion devant son membre sanguinolent, la pseudo-kunoïchi se dit que l’avantage était sien, et qu’il fallait saisir l’occasion pour lui porter le coup de grâce. Elle concentra toute son énergie spirituelle dans ses pieds et bondit en direction d’Izuru, son dernier kunaï en main, prête à lui transpercer la nuque sans qu’il ne se doute de rien ; mais lorsque la pointe métallique franchit la barre des cinq centimètres qui la séparait de son objectif, le Shinigami, sans crier gare, saisit le bras de la jeune femme et l’interrompit brutalement dans sa course. Il se tourna vers elle et plongea son regard bleu impénétrable dans le sien, troublé par un somptueux mélange de panique et d’incrédulité.

  – Soixante-troisième technique d’immobilisation : chaîne de soumission.

Une chaîne de reiatsu s’enroula autour de l’âme noire et la fit prisonnière. Izuru se retourna complètement pour lui faire face, tout en se défaisant de l’arme blanche qui s’était frayé un chemin dans son muscle et en comblant le trou béant qui en résulta avec son énergie spirituelle. Si le visage de son ennemie se déformait à mesure qu’il se rapprochait, Izuru, lui, paraissait désabusé par son sort. Une fois encore, il avait dû se battre contre des femmes, et rien au monde n’aurait su le révulser davantage. Il posa sa main gauche sur le buste de sa proie, sentant une goutte de sueur ne lui appartenant pas s’écraser contre sa peau, et soupira :

  – Trente-et-unième technique de destruction : boulet rouge.

La sphère rougeoyante se forma et fit disparaître dans un hurlement terrible la Kurotama. Izuru récupéra son zanpakutô au sol, là où il l’avait jeté lorsque la douleur s’était emparée de lui, et épousseta son shihakushô. Il prêta un regard las à l’endroit où, dorénavant, seules quelques particules spirituelles tournoyaient dans le vide.

  – Quelle erreur de croire que la force d’un Shinigami se résume à son sabre !

Puis il s’intéressa au déroulement des combats de ses alliés et découvrit à sa plus grande surprise que Sotaro Yoshida, du haut de son mètre quarante-cinq, croisait le fer avec les deux plus grosses carrures venues les cueillir à quelques pas de leur délivrance. Un nouveau soupir franchit la barrière de ses lèvres. Ce garçon avait un manque de chance évidant chaque fois que la situation se corsait. Néanmoins, cela lui permettait de constater qu’il avait retenu les conseils que lui et les autres membres de leur division lui avaient fourni au cours des quelques semaines de son apprentissage. Même si ses adversaires rusaient de parades pour tenter de le blesser gravement, Sotaro parvenait à les mettre en difficulté. Cependant, à contre-cœur, Izuru décida de prendre part au combat. L’heure n’était pas à la leçon : plus vite ils viendraient à bout de leurs ennemis, plus vite ils pourraient rejoindre le Garganta et s’enfuir droit vers la Soul Society, Tsunata avec eux.

Shûhei, de son côté, toujours aussi furieux, continuait de lancer ses kusarigamas avec une précision redoutable. Le Kurotama au fusil tenta le tout pour le tout en s’élançant à sa suite pour lui poser le canon de son arme contre la tempe et vider son chargeur ; mais sa vitesse ne fut pas suffisante pour l’impressionner. Le Vice-Capitaine donna un léger à-coup sur la chaîne de son zanpakutô, dévient une de ses lames de sa course pour venir la loger dans l’estomac de l’ennemi si brutalement qu’il disparut aussitôt. Aucunement impressionné par sa propre force, Shûhei resta aux aguets et essaya de définir la position du deuxième, qui avait visiblement profité de la mort de son partenaire pour se volatiliser. Tout à coup, le brun sentit les poils de sa nuque se dresser. Il bondit sur sa gauche et dérapa dans le sable argenté.

  – Sacré veinard, entendit-il, tu l’as échappé de peu !

En sentant la caresse tiède de son sang derrière son oreille, Shûhei grogna. Son dernier adversaire et sa hache affûtée à souhait avaient vraisemblablement voulu s’essayer à la décapitation. Leur sujet d’expérimentation s’essuya le cou et repartit au combat, comme si l’incident ne s’était pas produit.

Ce qu’il ignorait, en revanche, était que Tsunata, qui luttait toujours férocement pour sa vie et sa liberté, avait vu l’intégralité de la scène contre sa volonté, et l’effroi qui l’avait submergée l’espace d’une seconde n’avait pas échappé à Amon. Il aurait même pu certifier que son cœur s’était arrêté de battre rien qu’à l’expression qu’avait soudain pris son visage lorsque le ténébreux était passé à deux doigts de la mort. Le sentiment de victoire dévoila les dents du Kurotama. Lorsque Tsunata retrouva son sang-froid et qu’elle s’apprêta à reprendre le combat là où il s’était arrêté, quelle ne fut pas sa surprise de voir Amon la regarder avec un air qui traduisait à lui seul toute la cruauté dont il était capable. Elle sentit tout son corps se tendre.

  – Que disais-tu, à propos de la volonté ?

Une goutte de sueur roula sur la joue de Tsunata et vint s’écraser sur sa main qui serrait toujours plus fort le manche de son sabre.

  – J’aimerais savoir : si la source de cette volonté venait à disparaître, qu’en serait-il de ton pouvoir inépuisable, Tsunata ?

Elle n’eut pas le temps de cligner des yeux qu’Amon cramponna son kurojû et se rua vers son nouvel objectif.

  – Non ! hurla-t-elle.

La scène se déroula si vite que personne ne bougea plus, interdits à en perdre la parole. La situation avait pris un virage à cent-quatre-vingts degrés en à peine une fraction de seconde : Shûhei et le Kurotama à la hache se battaient pour la victoire lorsqu’Amon avait surgi de nulle part et pourfendu son semblable. La lame de son katana s’était alors recouverte d’énergie spirituelle, héritage du clan Nagl, et l’homme avait poursuivi son ascension meurtrière vers le Shinigami. Tout se passait bien trop vite pour que le cerveau de celui-ci ait le temps d’envoyer à son corps les ordres nécessaires à leur survie. La seule chose qu’il put faire fut de se préparer à la douleur, mais elle ne vint jamais : un flash doré apparut devant Shûhei et, l’instant d’après, une grande giclée de sang lui arrosa le visage. Pétrifié d’horreur, il reconnut à leur façon de se mouvoir au vent les longs cheveux de Tsunata, et découvrit entre ses omoplates la pointe dégoulinante du sabre d’Amon. Il aurait voulu hurler, ô combien il aurait souhaité s’égosiller à en perdre haleine ! mais son cri mourut dans sa gorge étranglée d’effroi.

Du sang déborda des lèvres fermement closes de Tsunata. L’expression de son visage était incroyablement sérieuse lorsqu’elle leva le bras droit et abattit son sabre sur Amon, tranchant net son corps à la diagonale. Le jumeau de Reizo fut surpris d’une telle ténacité, se disant qu’il devait s’agir là de l’ultime preuve de sa volonté, mais cela lui était égal : il pouvait bien mourir maintenant, Tsunata n’allait pas tarder à le rejoindre dans la tombe.

Lorsque lui et son sabre disparurent dans la nuit sans fin du Hueco Mundo, à quelques mètres seulement du portail inter-dimensionnel ouvert par Izuru, Tsunata s’écroula. Le corps de Shûhei réagit enfin, et il eut tout juste le temps de la rattraper avant que son visage ne se noie dans le sable. Il recouvra par la même occasion l’usage de ses cordes vocales et hurla à pleins poumons, comme si cela pouvait mettre fin au cauchemar :

  – Tsunata !

Le sang de leurs amis ne fit qu’un tour. Ils réalisèrent enfin que tout cela était bien réel, et accoururent au chevet de la jeune femme sans prêter la moindre attention à leurs adversaires restés en suspens.

Wolf Ôga, l’éternel acolyte d’Amon, observa avec une pointe d’humanité Shûhei retourner précautionneusement le corps de Tsunata de ses mains tremblantes. Les autres Kurotama se concertèrent autour de lui.

  – Que devons-nous faire, Wolf ? demanda l’un d’entre eux.

Il garda le silence le temps de voir affluer autour de la mourante le groupe d’humains et de Shinigami, puis décréta d’un ton neutre :

  – La mission était de tuer Tsunata Nara. Puisque c’est chose faite, notre présence ici n’a plus lieu d’être.

  – Enfin, Wolf, sois raisonnable ! L’occasion de tuer ces Shinigami est trop belle !

Il attrapa l’autre par le col et plongea son regard bestial dans celui effaré de son subalterne.

  – Crois-tu que nous abaisser à ce genre de pratiques soit honorable pour l’Ordre ? J’ai dit qu’on se repliait, la discussion s’arrête là. Le Maître attend notre rapport.

Avant de disparaître du paysage, Wolf jeta un dernier coup d’œil sur la mourante et croisa le regard de Tetsu. Celui-ci ne faisait rien pour dissimuler la haine qu’il ressentait à son égard, mais il prit sur lui et lui adressa un remerciement sourd pour son geste. Le Kurotama acquiesça, puis se volatilisa.

Shûhei, le corps violemment secoué de soubresauts qui empêchaient ses larmes de couler, redressa la tête de Tsunata. La jeune femme papillonna et vit la douce Orihime s’effondrer dans les bras d’Ichigo, dont les traits se déformaient à mesure que l’horreur s’emparait de lui. La pétillante Rangiku plaqua ses mains contre sa bouche et étouffa le cri qui voulut s’en échapper. Le discret Izuru, lui, hoquetait silencieusement tandis que de grosses larmes traçaient leurs sillons sur ses joues. Quant au jeune Sotaro, il tomba mollement genoux à terre, les bras ballants, les yeux inondés de douleur et de désarroi. C’étaient les sentiments qu’inspirait sa mort imminente à ceux qui certifiaient depuis leur arrivée être ses amis et vouloir la sauver à tout prix. Pour ce qui en était de Tetsu, les yeux vibrants de fatigue de Tsunata distinguèrent dans la brume son sourire rassurant. Elle le lui rendit avec difficulté, puis prit la main du Shinigami qui la tenait contre lui.

  – Hé, souffla-t-elle.

Shûhei sursauta et la regarda droit dans les yeux, découvrant le sourire souillé de sang qu’elle lui adressait.

  – Ne t’en fais pas pour moi, susurra-t-elle. Ça va aller.

Il se rembrunit.

  – Et comment ? Comment crois-tu que ça pourrait aller, alors qu’une fois de plus tu te sacrifies pour moi, celui qui avait juré de te protéger !

La douceur de la caresse qui parcourut sa joue griffée lui fit redresser le regard.

  – C’est ce que tu as fait.

  – N’essaie pas de me rassurer ! Je devais te ramener, te mettre en sécurité et raviver tes souvenirs ! Pourquoi ! Pourquoi j’échoue chaque fois qu’il s’agit de toi, alors que tu es la personne qui compte le plus dans ma vie !

Les larmes de Shûhei sortirent enfin, faisant redoubler les sanglots de leurs amis tout autour. Tsunata essuya le visage du jeune homme et lui sourit davantage.

  – Ne pleurs pas pour moi alors que je ne suis pas triste de mourir. Je préfère que ce soit moi plutôt que toi. Si tu es en vie, tu pourras continuer de chercher celle pour qui ton cœur bat.

Un détail revint à la mémoire de Shûhei si brutalement qu’il eut l’impression d’être foudroyé de l’intérieur. Il plongea une main tremblante dans son hakama et en sortit une chaînette argentée ; elle se déroula sous les yeux de Tsunata pour dévoiler le pendentif qui l’ornait, une petite sphère argentée tenue par un œillet sur lequel était gravé son nom. Les yeux de la jeune femme s’écarquillèrent, à l’instar de ceux de Tetsu. Elle la prit entre ses doigts et la contempla longuement. Une larme roula sur sa joue et, tout en serrant le bijou contre son cœur, Tsunata gratifia chacune des personnes qui la pleuraient d’un de ces sourires chaleureux dont elle seule avait le secret. La dernière fois que ses yeux se posèrent sur quelqu’un, ce fut sur le Vice-Capitaine dont le cœur affolé battait à quelques centimètres de ses oreilles.

  – Merci, Shûhei.

Son sang ne fit qu’un tour. Tetsuribon disparut dans un éclat de particules dorées. Ichigo, Orihime, Rangiku, Izuru et Sotaro hurlèrent désespérément son nom et se retournèrent à temps pour voir les yeux de Tsunata se fermer lentement, puis sa main glisser et lâcher le collier après qu’elle eut poussé son dernier soupir. Shûhei, tremblant de la tête aux pieds, vit au même titre que ses amis l’uniforme de Kurotama qu’elle portait reprendre la forme de son shihakushô. La transformation que tous avaient observé dans sa voix et dans son regard ne pouvait signifier qu’une chose : Tsunata était morte en Shinigami, armée des souvenirs de sa vie au Seireitei.

Shûhei l’étreignit et éclata en sanglots. Rangiku s’effondra à son tour. Orihime, les mains cramponnées sur le kosode d’Ichigo, pleurait à larmes chaudes tandis que lui, incrédule, caressait distraitement ses cheveux auburn, les yeux perdus dans le néant. Izuru se laissa tomber et berça Rangiku et Sotaro contre lui, en ne cessant de pleurer sourdement la disparition de son amie et Capitaine.

Derrière eux, le Garganta grondait furieusement, prêt à se refermer si personne ne se dévouait pour en franchir le seuil, mais aucun n’y prêta attention. Shûhei, complètement anéanti, ne parvenait même plus à sortir son visage des cheveux parfumés de Tsunata. Sentir son énergie spirituelle la quitter une fois de plus était un véritable supplice. Le déchirement de son cœur était encore plus douloureux que n’importe quelle blessure. La simple idée de devoir continuer de vivre – ou plutôt, de survivre – sans l’avoir à ses côtés lui aurait probablement porté le coup de grâce, s’il avait été capable de penser à quoi que ce soit. Le corps sans vie de Tsunata accaparait toute son attention, comme si la détailler avidement allait lui fournir le regain nécessaire pour qu’il puisse la ramener au Seireitei et permettre aux autres de la pleurer à leur tour. Seulement, aucun de ses membres ne bougeait, et il ne respirait que parce que son instinct s’en chargeait à sa place. Perdre Tsunata ou mourir, à ses yeux, c’était du pareil-au-même.

Tandis qu’il continuait de se laisser aller au-dessus du cadavre de sa coéquipière, les sanglots de leurs amis lui parvinrent de moins en moins distinctement, comme un bruit de fond perdant en intensité une seconde après l’autre. Le monde disparut autour de lui, le laissant seul à seule avec sa défunte coéquipière qu’il était déterminé à ne plus lâcher. Ses hoquets de chagrin montaient en intensité et lui donnaient la nausée.

  – Shûhei !

Il releva la tête et découvrit que tout avait disparu autour de lui. Mais où étaient passés les autres ? Il s’écarta de Tsunata et la vit se fondre dans le brouillard. Peut-être que sa tristesse l’avait assommé, et qu’il était tout simplement en train de perdre connaissance.

  – Shûhei !

Encore cette voix. Etait-ce lui qui se rapprochait d’elle, ou bien était-ce l’inverse ? Il n’aurait su le dire. En revanche, ce qui l’intriguait était de savoir à qui elle appartenait, car à moins de devenir fou, il était persuadé de la reconnaître.

  – Shûhei !

Il se sentit soulevé, littéralement attiré par elle. Un sentiment de béatitude l’enivra sans qu’il ne parvienne à expliquer ce qui était en train de lui arriver. D’ailleurs, cela lui était complètement égal, et il s’abandonna dans les ténèbres.

***

13 juin, Seireitei, Soul Society.

  – Shûhei ! Réveille-toi, je t’en supplie !

  – Mademoiselle Tsunata, calmez-vous !

Un signal sonore continu se répandait dans les infirmeries de la Quatrième Division, accompagné par les cris désespérés du Capitaine de la Troisième. Solidement maintenue par Hanatarô Yamada et Yasochika Iemura, Tsunata se débattait comme une lionne alors qu’elle assistait, impuissante, à la scène qu’elle redoutait par-dessus tout.

  – Allez, Hisagi, reste avec nous ! dit Isane Kotetsu, penchée au-dessus de lui en essayant de faire repartir son cœur.

  – Lâchez-moi ! Je dois l’aider !

  – C’est inutile, Capitaine Nara ! assura Yasochika. Vous avez déjà tout tenté !

  – Foutez-moi la paix !

Ses jambes donnaient des coups dans le vide tandis que son corps se tordait dans tous les sens pour échapper aux deux soignants. De leur côté, les sœurs Kotetsu observèrent la ligne interminable qui se dessinait sur l’électrocardiogramme du Vice-Capitaine de Kensei Mugurama. Elles échangèrent un regard entendu, puis s’écartèrent du jeune homme.

  – Qu’est-ce que vous foutez ? s’époumona Tsunata.

Kiyone recula jusqu’à percuter un mur contre lequel elle se laissa glisser. Isane baissa la tête, se tourna vers la blonde au visage rougi par les larmes et la regarda d’un air navré.

  – Je suis désolée, Tsunata, mais…

  – Non ! Taisez-vous !

  – Malgré tous nos efforts, le Vice-Capitaine de la Neuvième Division, Shûhei Hisagi, a succombé à ses blessures.

  – Heure du décès, 22h08, annonça Harunobu Ôgido.

  – Puisque je vous dis de la fermer ! Shûhei ! Réveille-toi, bon sang !

Ses mouvements se firent de plus en plus violents au gré où son visage disparaissait derrière un rideau de larmes, si bien que les deux hommes durent faire appel à toute leur force pour la retenir.

  – Mademoiselle Tsunata, hésita Hanatarô, c’est fini…

  – Arrête avec ça ! Il va se réveiller ! Il n’est pas…

Elle s’étrangla avec ce mot imprononçable, ce fait qu’elle ne pouvait accepter car il lui était tout bonnement insupportable. Elle sentit son pouls accélérer si fort qu’elle crut s’évanouir. Son corps se mut à nouveau avec la force démesurée du désespoir, et elle hurla à s’en rompre les cordes vocales :

  – Shûhei !




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