Effets indésirables non répertoriés

Chapitre 6 : Rechute prévisible

3201 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 20/01/2026 10:36

Le problème, quand tout va trop bien, c’est que ça devient suspect. Je m’en rendis compte un matin banal. Aucun événement déclencheur. Aucun signe spectaculaire. Pas de dispute, pas de silence pesant, pas de douleur aiguë pour servir d’alerte. Juste une pensée, nette, intrusive, parfaitement formulée, impossible à ignorer une fois installée : ça ne peut pas durer. Zoe dormait encore. La lumière du matin filtrait à travers le balcon, dessinant des lignes pâles et obliques sur les murs. Rien d’agressif. Rien de dramatique. Le bateau avançait avec cette régularité mécanique, presque bienveillante, qui aurait dû me rassurer. Au lieu de ça, elle commençait à m’irriter. Comme un métronome trop précis. Trop constant. Tout était calme. Trop calme. Je restai allongé, immobile, à écouter sa respiration. Lente. Profonde. Confiée au monde sans méfiance. Avant, ce bruit m’apaisait. Il avait quelque chose de stable, de réel, une preuve que quelqu’un était là, vraiment là. Ce matin-là, il me mit en alerte. Parce que le calme n’était jamais neutre. Il était toujours le prélude. L’annonce discrète de quelque chose qui se préparait hors champ. Je me levai sans la réveiller, chaque geste mesuré. J’attrapai ma canne, traversai la cabine. Ma jambe protesta à peine. Pas de brûlure franche. Pas de rappel brutal à l’ordre. Nouveau symptôme inquiétant. Même la douleur faisait preuve de coopération. Comme si mon corps avait décidé de me trahir en me laissant croire que j’allais bien. Je sortis sur le balcon. L’air était plus frais, chargé d’humidité. La mer était un peu plus agitée que les jours précédents. Enfin quelque chose qui résistait. Qui ne se laissait pas apprivoiser. Les vagues s’écrasaient contre la coque avec une irrégularité rassurante. Je m’appuyai contre la rambarde, fermai les yeux. Et sans prévenir… Stacy s’imposa à moi. Pas son visage en entier. Pas une scène précise. Pas un souvenir organisé. Un détail. Toujours un détail. La façon dont elle attachait ses cheveux quand elle réfléchissait trop, quand une décision la fatiguait avant même d’être prise. La façon dont elle soupirait, imperceptiblement, juste avant de dire quelque chose de difficile, comme si elle savait déjà que les mots allaient coûter. Les souvenirs n’arrivent jamais quand on les invite. Ils surgissent quand on relâche la vigilance. Je serrai les dents. Voilà. C’était donc ça. Pas Zoe. Pas la croisière. Pas cette parenthèse dangereusement douce. La mémoire. Et avec elle, cette certitude ancienne, profondément gravée bien avant que je sache comment la nommer : ça finit toujours pareil. Pas forcément dans le chaos. Pas toujours dans la douleur immédiate. Mais dans l’érosion. Dans la fatigue. Dans ce moment précis où rester devient plus lourd que partir. Je rouvris les yeux. La mer continuait de bouger. Le bateau avançait. La cabine derrière moi respirait doucement. Tout allait trop bien. Et je savais, avec une lucidité que je détestais, que ce n’était jamais une bonne nouvelle.



Quand Zoe se réveilla, je n’étais déjà plus le même. Pas de façon spectaculaire. Pas de rupture nette. Juste un léger décalage, presque invisible. Comme une fréquence qui aurait changé sans prévenir. Les gens inattentifs ne l’auraient pas remarqué. Zoe, si. Les gens attentifs sentent ce genre de choses. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils sont dangereux.

« Bonjour », dit-elle doucement.

Sa voix était encore voilée de sommeil, tiède, familière. Elle s’étira légèrement, inconsciente de la distance qui venait de s’installer. Je hochai la tête.

« Salut. »

Réponse trop courte. Ton trop sec. Aucun effort pour masquer quoi que ce soit. Je le sus immédiatement. Elle aussi. Elle se redressa sur le lit, ramena le drap autour d’elle, m’observa quelques secondes sans rien dire. Pas insistante. Évaluatrice.

« Ça va ? »

Question simple. Piège évident.

« Oui. »

Mensonge réflexe. Automatique. Presque élégant. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle se leva, enfila un t-shirt sans se presser, passa une main dans ses cheveux encore emmêlés. Chaque geste semblait mesuré, comme si elle se donnait le temps de confirmer ce qu’elle avait déjà compris.

« Tu as mal ? »

Je haussai les épaules.

« J’ai toujours mal. »

Réponse habituelle. Parfaite. Inattaquable. Elle fronça légèrement les sourcils.

« Pas pareil. »

Je la regardai enfin.

« Tu me scannes maintenant ? »

Tentative d’ironie. Défense maladroite. Elle soutint mon regard, calmement.

« Je remarque. »

Je détournai les yeux. Voilà. On y était. Je me servis un café. Noir. Brûlant. Trop chaud pour être agréable. Comme si je cherchais à me rappeler que certaines choses faisaient encore mal pour de bonnes raisons. La tasse trembla à peine dans ma main. Elle, s’installa à la petite table, carnet fermé devant elle. Elle ne dessinait pas. Mauvais signe. Le silence s’installa. Mais pas le bon. Pas celui d’avant. Celui-ci grattait. Je finis par dire, trop vite :

« On devrait sortir aujourd’hui. »

Elle leva les yeux, surprise.

« Sortir ? »

« Oui. Vraiment. Passer la journée dehors. Faire comme les autres. »

Les mots s’alignaient trop bien. Trop préparés. Elle hésita.

« Pourquoi ? »

Je répondis sans réfléchir :

« Parce qu’on commence à ressembler à un couple. »

Erreur. Je la vis se raidir légèrement. Pas blessée. Pas en colère. Juste… attentive. Comme si elle venait de poser le doigt sur quelque chose de fragile.

« Et c’est un problème ? » demanda-t-elle doucement.

Je soupirai.

« Ça l’est pour moi. »

Voilà. La vérité. Jetée là sans anesthésie. Elle baissa les yeux un instant, puis les releva.

« Depuis quand ? »

Je répondis sans détour :

« Depuis que je m’en rends compte. »

Elle se leva lentement, s’approcha de moi, s’arrêta à quelques pas.

« Tu as changé, ce matin. »

Je ricanai, sec.

« Félicitations. Tu as découvert le principe du temps qui passe. »

Elle ne sourit pas.

« Non. »

Puis, plus bas :

« Tu es… ailleurs. »

Je serrai la mâchoire.

« Peut-être que je reviens simplement à la réalité. »

Elle ne recula pas.

« Ou peut-être que tu en fuis une autre. »

Je la regardai, froid.

« Tu aimes vraiment compliquer les choses. »

Elle secoua la tête.

« Non. Tu les compliques tout seul. Moi, je reste juste. »

Cette phrase-là… Elle m’atteignit plus que je ne voulais l’admettre. Je posai brutalement ma tasse sur la table. Le bruit résonna trop fort dans la cabine.

« Justement. C’est ça le problème. »

Elle cligna des yeux.

« Quoi ? »

Je la regardai droit dans les yeux.

« Tu restes. »

Silence. Un vrai. Lourd. Dangereux.

« C’était le principe », répondit-elle enfin. « On était bien, non ? »

Je ris. Un rire bref, amer, presque désabusé.

« Voilà. Tu vois ? Tu dis “bien” comme si c’était une garantie. »

Elle fit un pas de plus.

« On ne s’est rien promis. »

Je hochai la tête.

« Exactement. »

Elle fronça les sourcils.

« Je ne comprends pas. »

Je passai une main sur mon visage, fatigué avant même d’être épuisé.

« C’est normal. Tu n’as pas encore appris comment ça se passe avec moi. »

Elle se crispa.

« Et comment ça se passe ? »

Je répondis sans émotion apparente :

« Ça commence bien. Et puis je gâche tout. »

Elle resta immobile.

« Tu es en train de le faire, là ? »

Je la regardai. Longtemps. Assez pour que la réponse cesse d’être une option. Puis je dis :

« Oui. »

Et cette fois… Je ne mentais pas.



Le reste de la matinée fut une succession de maladresses contrôlées. Rien de spectaculaire. Rien qui puisse être pointé du doigt comme une faute évidente. Juste une accumulation de micro-déplacements, de micro-retraits. Une mécanique bien rodée. Je devins plus distant. Plus sec. Je repris ce ton que je connaissais par cœur, celui qui tranche sans élever la voix. Celui qui refroidit sans provoquer. Celui qui transforme chaque phrase en barrière polie. Pas d’insulte. Pas d’explosion. Juste cette absence d’ouverture qui rend toute tentative inutile. Elle tenta de maintenir quelque chose. Un regard prolongé que je ne soutins pas. Un geste esquissé que je ne suivis pas. Une remarque anodine, presque banale, lancée comme une perche fragile. Je les évitai toutes. Avec précision. Pas par cruauté. Par réflexe. Parce que ce réflexe-là m’avait sauvé plus de fois que je ne voulais m’en souvenir. Parce que je savais exactement ce que je faisais. Chaque silence calculé. Chaque réponse trop brève. Chaque détour du regard. Je préparais le terrain. Je réinstallais la distance avant qu’elle ne devienne douloureuse à franchir. Dans ma tête, la rechute n’était pas une erreur. C’était une prévention. Une mesure de sécurité. Un protocole de survie. Mieux valait détruire maintenant que perdre plus tard. Mieux valait provoquer la fracture que subir l’arrachement. Mieux valait être le responsable que la victime. C’était logique. C’était cohérent. C’était parfaitement stupide. Et pourtant… Quand elle quitta la cabine pour prendre l’air, sans un mot de trop, sans colère apparente, sans accusation, juste avec cette fatigue discrète qui fait plus de dégâts que n’importe quel reproche, quelque chose se fissura. Elle n’avait pas claqué la porte. Elle n’avait pas exigé d’explication. Elle n’avait même pas soupiré. Elle était simplement partie. Je restai seul, debout au milieu de la pièce. La cabine me parut soudain trop grande. Trop vide. Comme si l’espace s’était dilaté en son absence. Le silence n’était plus apaisant. Il avait repris sa fonction première. Exposer. Je sentis cette sensation désagréable, familière, implacable, remonter lentement. Celle que je connaissais trop bien. Celle qui venait toujours après coup. La rechute était peut-être prévisible. Elle était peut-être rationnelle. Elle était peut-être même évitable. Mais elle n’était jamais indolore. Et cette fois, le diagnostic me parut dangereusement incomplet.




Je la revis en fin d’après-midi, sur le pont arrière. La lumière avait changé. Plus basse. Plus oblique. Elle étirait les ombres sur le sol, donnait à tout une teinte de fin de journée qui ressemblait trop à une conclusion. Zoe était appuyée contre la rambarde, le corps immobile, le regard perdu vers l’horizon. Son carnet était ouvert devant elle, posé contre le métal, mais la page restait blanche. Elle ne dessinait pas. Elle réfléchissait. Je m’arrêtai à quelques mètres. Distance calculée. Dernière marge de manœuvre. Je pouvais partir. Faire semblant de ne pas l’avoir vue. Remettre à plus tard ce que je savais déjà inévitable. Je restai. Elle ne se tourna pas tout de suite. Elle devait m’avoir senti arriver, elle sentait toujours les choses avant qu’elles n’arrivent vraiment. Puis, sans me regarder, la voix posée, trop posée :

« Tu as fini ? »

Je fronçai les sourcils.

« Fini quoi ? »

Elle se tourna enfin vers moi. Son visage était calme. Trop calme. Ce calme lisse qu’on adopte quand la tempête a déjà eu lieu, quand la vague a frappé et qu’il ne reste plus que le ressac.

« De faire comme si j’étais le problème », dit-elle simplement.

Je serrai les dents.

« Je n’ai jamais dit ça. »

Elle hocha la tête, lentement.

« Non. »

Puis, sans agressivité :

« Tu as fait pire. Tu m’as traitée comme une erreur de parcours. »

Les mots étaient précis. Je fis un pas vers elle.

« Ce n’est pas personnel. »

Elle laissa échapper un rire bref, sans joie.

« Ça l’est toujours. »

Je posai mes mains sur la rambarde, à côté des siennes, sans la toucher.

« Tu savais que ce serait compliqué. »

Elle se tourna complètement vers moi.

« Compliqué, oui. »

Une pause.

« Pas méprisant. »

Le mot me heurta plus que je ne l’aurais cru. Mépris. C’était une accusation que je ne supportais pas.

« Je ne t’ai pas méprisée. »

Elle me fixa, sans ciller.

« Tu as décidé pour moi. Sans me demander si j’étais d’accord. »

Je soupirai, agacé par la justesse de l’attaque.

« Je t’ai évité une chute. »

Elle se redressa légèrement, comme si cette phrase venait de la toucher au mauvais endroit.

« Non. »

Plus ferme :

« Tu t’es évité d’avoir à rester. »

Touché. Je détournai le regard vers la mer, cherchant dans le mouvement chaotique des vagues une réponse qui ne venait pas.

« Tu ne sais pas ce que ça implique », murmurai-je.

Elle fit un pas vers moi.

« Alors dis-le. »

Je restai silencieux. Parce que dire les choses, ça les rendait irréversibles.

« J’ai déjà aimé quelqu’un », finis-je par dire. « Et j’ai tout détruit. »

Les mots tombèrent, lourds, usés, mais toujours efficaces. Elle ne répondit pas tout de suite. Je vis son regard changer, se durcir légèrement, non pas par peur, par lucidité. Puis, doucement :

« Je ne suis pas elle. »

Je hochai la tête.

« Justement. »

Elle fronça les sourcils.

« Ça veut dire quoi ? »

Je la regardai enfin, pleinement.

« Que tu as encore quelque chose à perdre. »

Elle me fixa, incrédule.

« Et toi ? »

Je ris, sans joie.

« Moi, j’ai déjà perdu. »

Elle secoua la tête, lentement, comme on le fait face à un diagnostic erroné.

« C’est faux. »

« Tu n’en sais rien. »

« Je sais que tu es vivant », répondit-elle fermement. « Et que tu as choisi de rester avec moi pendant des jours. Ce n’est pas quelqu’un qui a tout perdu. »

Je sentis la colère monter. Pas contre elle. Contre cette vérité que je refusais de laisser s’installer.

« Tu romantises », dis-je sèchement. « Ce qu’on a vécu, c’était… une parenthèse. »

Je la vis se crisper.

« Tu as dormi avec moi. Tu m’as laissée rester. Tu m’as regardée comme si… »

Elle s’interrompit. Je profitai de la faille.

« Comme si quoi ? »

Elle serra les poings.

« Comme si je comptais. »

Je répondis trop vite, trop proprement :

« Tu comptais. Dans le contexte. »

Le silence qui suivit fut brutal. Tranchant. Je sus immédiatement que j’avais été trop loin. Son visage se ferma. Pas de larmes. Pas de colère explosive. Juste ce retrait immédiat qu’on adopte quand on comprend qu’aucune excuse ne réparera ce qui vient d’être dit.

« D’accord », dit-elle simplement.

Un mot. Un couperet. Elle referma son carnet, le glissa sous son bras, geste précis, contrôlé.

« Alors voilà le diagnostic », ajouta-t-elle. « Tu as préféré me réduire à une variable pour ne pas assumer que tu tiens à moi. »

Je la regardai, incapable de répondre.

« C’est plus facile comme ça », continua-t-elle. « Les variables, on les élimine. Les gens, on les blesse. »

Je fis un pas vers elle.

« Zoe... »

Elle leva la main.

« Non. Laisse. »

Sa voix ne tremblait pas.

« Tu as raison sur un point. Tu gâches tout. Mais pas parce que tu es cassé. »

Une pause.

« Parce que tu choisis de l’être. »

Ces mots-là… Ils ne claquèrent pas. Ils s’installèrent. Elle passa à côté de moi sans me toucher, sans me regarder.

« Je vais changer de cabine », dit-elle calmement. « Je préfère éviter les effets indésirables non répertoriés. »

Ironie parfaite. Coup fatal. Je la regardai s’éloigner, incapable de bouger, comme si mes pieds avaient décidé de m’abandonner à mon tour. Quand elle disparut dans le couloir, quelque chose se fissura définitivement. Pas dans l’instant. Pas avec fracas. Mais assez profondément pour que je sache que cette fois, je ne pourrais pas faire semblant de ne rien ressentir.



Je retournai dans ma cabine plus tard. Seul. La porte se referma derrière moi avec un bruit trop net. Le silence s’installa aussitôt, épais, sans transition. La pièce me sembla soudain trop grande, comme si les murs avaient reculé en son absence. Trop silencieuse. Pas le silence feutré, apaisant, que j’avais appris à reconnaître ces derniers jours, un silence creux, exposé, qui n’offrait aucun abri. Le lit était défait. Les draps froissés portaient encore la trace d’un désordre récent, d’une présence qui n’était plus là. Rien de romantique. Juste un rappel brutal. Une preuve matérielle que quelque chose avait existé ici. Que ce quelque chose avait pris forme, chaleur, poids… avant d’être méthodiquement éliminé. Je m’assis lourdement, comme si mes jambes avaient soudain renoncé à me soutenir. Je posai ma canne contre le mur. Voilà. Rechute confirmée. C’était censé être le moment du soulagement. Celui où la tension retombe. Où l’organisme, débarrassé de la menace, peut enfin respirer à nouveau. Celui où je me disais : c’est mieux comme ça. C’était nécessaire. Ça passera. Sauf que cette fois, le soulagement attendu ne vint pas. À la place, il y avait ce poids étrange dans la poitrine. Pas une douleur franche. Pas quelque chose qu’on peut localiser, nommer, traiter. Une absence. Un vide précis, à l’endroit exact où quelque chose avait commencé à s’installer sans que je l’aie autorisé. Une sensation d’arrachement silencieux, comme si on avait retiré un organe encore en train de s’attacher. Je fermai les yeux. Je refis le raisonnement. Encore. Plus lentement. J’avais gagné, techniquement. J’avais repris le contrôle. J’avais coupé court avant que ça ne devienne ingérable. J’avais évité l’attachement. J’avais appliqué le protocole habituel. Diagnostic parfait. Aucune faille logique. Aucune erreur de calcul. Aucun débordement émotionnel… en apparence. Et pourtant… Je n’avais jamais eu aussi mal. Pas ce mal familier, lancinant, presque confortable, que je connaissais par cœur. Pas la douleur chronique qu’on apprend à intégrer à son quotidien. Non. C’était autre chose. Un mal neuf. Brut. Déplacé. Comme si mon corps protestait contre une décision que mon esprit jugeait irréprochable. Je restai là, immobile, à écouter le bateau avancer, indifférent, régulier, fidèle à sa trajectoire. Le monde continuait exactement comme il le devait. Moi, non. La rechute était prévisible. Elle était même cohérente. Mais elle venait de me coûter plus cher que toutes les précédentes. Et pour la première fois, je compris que ce n’était pas parce que la blessure était plus profonde. C’était parce que, cette fois, je savais exactement ce que j’avais perdu.


Laisser un commentaire ?