La petite voleuse de cookies

Chapitre 14 : Le 8e Docteur à la rescousse

2825 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/11/2016 13:37

CHAPITRE XIV

CLARA OSWALD

Il y avait quelque chose de différent dans l'air de la rue ce soir-là, et elle ne savait pas ce que c'était. L'odeur de la nostalgie sans doute. Peut-être était-ce parce qu'elle y avait réfléchi longuement, en tournant le problème dans sa tête sans vraiment savoir comment, elle toute seule, allait bien pouvoir résoudre cet imbroglio.

Elle s'était trouvée projetée au 19e siècle alors qu'elle était en plein milieu d'une autre aventure avec le Docteur et elle savait pertinemment qu'elle avait tout fait de travers depuis son arrivée. Elle avait cherché l'aide du Gang de la rue Paternoster avant la bonne date, elle avait rencontré le onzième Docteur alors qu'il ne la connaissait pas encore, elle était intervenue dans la ligne temporelle de Jack pour que Torchwood le trouve plus rapidement… Bref : elle avait fichu le bazar à chaque instant, au mépris de tout ce que le Docteur lui avait jamais enseigné sur les lois du Temps.

Elle se sentait honteuse de s'être aussi mal débrouillée, mais elle n'en comprenait que mieux la difficulté du rôle du Docteur. Cette fois, il n'allait pas pouvoir tout résoudre à sa place et elle n'envisageait même pas de le lui demander de faire le ménage derrière elle... Puisqu'il ne semblait avoir absolument aucun souvenir de cette période ni de l'avoir jamais vue avant qu'il ne rencontre son Echo victorien, alors cela ne pouvait signifier que deux choses : soit tout ceci n'était jamais arrivé et elle avait créé un univers alternatif, soit tout ceci était arrivé mais les choses avaient été plus ou moins remises en ordre ultérieurement.

Il y avait une troisième option qu'elle allait tenter ce soir : flanquer tout ça sous le tapis, en faisant en sorte que le Docteur, et peut-être même Vastra, Jenny et Strax, oublient. Elle, bien sûr, elle n'oublierait pas, mais elle avait plus qu'intérêt à tenir sa langue.Un bref instant, elle songea à Jack avec une immense peine. Lui non plus n'allait pas oublier, mais en tant que « Point Fixe » dans l'univers, elle espérait qu'il soit relativement en sécurité et qu'il n'aurait pas trop à pâtir de ses erreurs de débutante.

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Elle cogna à la porte de la maison de Vastra et ce fut Strax qui lui ouvrit. Le petit homme la fixa, arborant son sourire étrange aux dents de lapin.

— Strax ! Pile celui que je voulais voir ! fit-elle de son ton le plus engageant.

Sa séduction fonctionnerait-elle sur un Sontarien ? Rien n'était moins sûr. Le Docteur lui avait expliqué une fois que les sontariens étaient tous des clones produits dans des cuves, dont la croissance était aussi rapide que leur mortalité. A quoi pouvait bien servir la séduction pour un peuple qui ne connaissait pas de reproduction sexuée ?

— Mon garçon ! En quoi puis-je vous aider ? Dois-je prendre votre manteau ? Voulez-vous un thé ? Une mine perforante peut-être ?

— Non rien de tout cela – encore que… vous auriez pu la proposer au Docteur l'autre soir, en allant chasser l'assassin… Je voudrais plutôt que vous me trouviez un ver de mémoire…

— Pas de problème. Un ver de mémoire. Très bien, très bien… Qu'est-ce que c'est ?

Clara le regarda finement mais il n'avait pas l'air de plaisanter, ça aurait été une première... Elle tendit deux doigts devant elle pour lui montrer la mesure et dit :

— Un gros vers blanc, à peu près long comme ça. Quand on le touche, il vous efface la mémoire ! Je crois que vous devez savoir où en trouver, ou peut-être Vastra ?

Le Sontarien gratta sa tête chauve et demanda :

— Pour quand vous le faut-il ? Est-ce un ultimatum ?

Elle sourit encore et secoua la tête.

— Non, et ce n'est pas pour moi ! C'est pour le Docteur… Il en a besoin. Quand vous en aurez trouvé un, mettez-le dans une boîte avec des trous et quelques gâteaux pendant que vous y êtes, et faites-lui porter en faisant attention à vos doigts. Mettez des gants pour vous protéger de son effet, sinon vous ne saurez plus pourquoi vous étiez parti...

— Je vais voir ce que je peux faire.

— Merci Strax. Une dernière chose, est-ce que Jenny est là ? Je voudrais la saluer car je rentre chez moi et ne reviendrai pas avant un moment…

— Miss Jenny n'est pas disponible, déclara le majordome d'un ton catégorique.

La jeune femme eut l'air un peu désappointée mais ne chercha pas à savoir pourquoi, se contentant de hocher la tête. Elle ne reverrait donc personne. Ni Vastra, ni Jenny, ni le Docteur, ni… Jack.

Elle salua le petit homme d'un bref signe de tête et s'en alla prendre le chemin de son dernier rendez-vous de la journée.

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CLARA OSWALD, CHARLOTTE POLLARD, LE DOCTEUR

Parce que la proposition d'un dixième Docteur esseulé de la ramener chez elle, à son époque, aurait peut-être été un peu trop tentante, Clara avait plutôt décidé d'accepter celle du huitième.

Après un court échange via la TRTT (Tchat Room Temporelle du Tardis), il avait confirmé et lui avait donné rendez-vous près du Monument du Grand Incendie. Elle avait pour consigne de se trouver le plus près possible tandis qu'il matérialiserait le Tardis dans Monument Street. Eight l'avait prévenue qu'elle devrait faire très vite et elle avait répondu qu'elle avait l'habitude…

Cela avait été si facile.Elle s'était postée le dos au pied du Monument, avec une bonne visibilité sur les deux côtés de la rue et puis avait attendu quelques dizaines de minutes car elle était en avance. Le son caractéristique du Tardis avait fait battre son cœur comme jamais et elle s'était hâtée vers la cabine bleue mais sans courir, pour ne pas attirer l'attention des passants dessus.

Puis elle avait frappé à la porte et avait découvert soudain le visage du huitième Docteur dans l'encadrement quand il lui avait ouvert… Oh, ses yeux ! Ses grands yeux bleu-gris mélancoliques !

Elle avait souri timidement en essayant de compenser une brusque et incompréhensible montée de larmes. C'était lui ! Encore un autre… mais lui ! Rien que la profonde mélancolie de son regard dans son visage altier et légèrement aristocratique la rendait sûre d'avoir bien affaire au Docteur. Il lui avait tendu les mains et elle les avait acceptés, entrant dans le Tardis dans le même mouvement.

Le Docteur lui présenta Charlotte Pollard, une jeune femme blonde aux fins sourcils noirs et au visage énergique. Elle s'attendait bêtement à ce qu'il s'agisse d'une femme du XIXe, mais elle portait des vêtements plus modernes que ce à quoi Clara se serait attendue. Sans doute avait-elle confondu avec Mary Shelley qui avait aussi voyagé avec celui-ci. Elle se tenait debout près de la console du Tardis dont le look était franchement steampunk pour le coup. Mais c'était en réalité toute la pièce qui avait l'air peu familière ! Les couleurs, la disposition de la salle de contrôle… Seul son ronronnement était identique.

La compagne du Docteur s'approcha de Clara avec un peu d'hésitation tandis que ce dernier allait lancer la séquence de démarrage.

— Mais pourquoi pleurez-vous ? demanda-telle sincèrement étonnée. Nous vous avions dit que nous allions vous aider…

— Je… Je sais… C'est juste que ses yeux… Il a presque les mêmes yeux…

Elle s'empressa d'effacer les traces de ses larmes du plat de la paume.

— Vous n'avez pas l'air très heureuse de partir… remarqua Charlotte un peu étonnée.

Ce n'était pas forcément faux. Elle avait un terrible sentiment d'inachevé, et pour la seconde fois… Elle se trouvait obligée de partir presque comme une voleuse, sans savoir comment tout allait finir, simplement parce que les événements du soir étaient trop denses dans la trame du temps.

Allaient-ils régler son compte à Jack l'Éventreur ?

Eight lui avait écrit en aparté que le Tardis préférait atterrir l'après-midi même et un peu plus loin du théâtre habituel des opérations, à condition de faire extrêmement vite.

— Ne l'embête pas avec toutes tes questions ! tança-t-il son amie en finissant d'engager la séquence vers le début du 21e siècle.

Il demanda une date plus précise. Clara répondit quel le 3 juin 2014 vers 18h lui irait bien.

— Vous n'aurez qu'à me déposer en plein centre… Comme ça, vous ne saurez pas où j'habite et cela ne vous influencera pas…

Le huitième Docteur esquissa un fin sourire sans autre commentaire et reporta son attention vers le clavier de commandes. Elle connaissait son affaire…

Mais il savait maintenant très précisément où il l'avait déjà vue. Et c'était très inattendu pour lui. Son visage n'avait pas la familiarité de celui d'une amie comme Charlotte, mais lui avait procuré une sensation vertigineuse qui le ramenait irrésistiblement dans le passé…

— Nous serons chez vous dans un instant… annonça-t-il d'un ton rassurant.

— Je vous remercie infiniment… Vous me sauvez. Encore…

Avec un pincement au cœur, Clara entendit presque trop tôt le coup sourd du Tardis qui venait d'atterrir. On y était. Cela n'avait pas duré plus de dix minutes en tout…

A grandes foulées souples, ce Docteur marcha vers la porte pour aller vérifier qu'ils se trouvaient bien à la destination prévue et cela fit sourire Clara. Pantalon droit, bottines, chemise ample à lavallière, gilet de soie, manteau cintré et… des cheveux longs qui lui tombaient aux épaules. Elle comprenait à présent qu'Eleven avait très exactement calqué sa tenue sur celle-ci et qu'il portait les cheveux plus longs pour lui ressembler. Sans doute pour pouvoir se faire passer… pour lui ! N'avaient-ils pas élu domicile à la même époque ?

Le Docteur ouvrit la porte et Charlotte se précipita dans l'embrasure à sa suite.

— On ne repart pas sans une visite !

Cela n'avait pas tellement l'air d'une question.

— Ma chère, nous allons donc sortir avec vous, soupira le huitième.

— Mais nos routes vont se séparer.

Il opina avec un léger sourire calme et peut-être rêveur. Il n'avait pas du tout l'air triste à ce moment.

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Clara ressortit du Tardis dans la rue éclaboussée de soleil, non sans un dernier regard à l'intérieur et une petite tape de la main sur le côté de la boîte bleue.

Elle le regarda fermer la porte à clé. Puis il la rangea dans sa poche de gilet, jeta un coup d'œil nerveux vers Charlotte qui s'était approchée d'un vendeur de glaces, et il s'éclaircit la gorge pour dire tout bas :

— Je crois… que je ne vous ai jamais remerciée.

— Remerciée pour quoi ? s'étonna Clara.

Il posa son avant-bras sur la porte fermée du Tardis qu'il caressa légèrement comme elle avait vu les autres le faire si souvent.

— Pour m'avoir aidé à la choisir, elle ! Car… c'était vous n'est-ce pas ? Au musée des Tardis, sur Gallifrey ?

Clara eut du mal à soutenir son regard interrogateur qui la troublait elle-même. Elle avait peur de comprendre trop précisément ce qu'il était en train de dire. Qu'un de ses échos avait été gallifréen ? Qu'il y avait une Clara qui avait été de sa race ?

— Êtes-vous une Dame du Temps qui voyagez avec moi dans le futur ? Il y a un petit moment que je n'ai plus voyagé avec quelqu'un de mon peuple… Je ne sais pas si je vous ai jamais parlé de… Romana ?

« Mystérieuse intruse, voleuse de mes cookies, seriez-vous une Dame du Temps ? » répétait en écho la voix d'Eleven dans son souvenir.

Elle secoua la tête. Impossible de lui dire que ça n'arriverait plus sans devoir évoquer la guerre du Temps. Il allait la connaître… Il la connaissait peut-être déjà même et elle devait absolument se taire à ce propos. Ne pas tout ruiner encore.

— Je suis humaine, Docteur, et je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais été rien d'autre qu'humaine.

Il leva la main pour lui caresser spontanément la joue.

— Est-ce donc moi qui vous ai appris à parler aussi… prudemment et précisément ?

Elle porta sa propre main à son visage pour saisir la sienne et en embrasser légèrement le dos avant de tourner les talons avec un dernier merci, prononcé dans un souffle à peine audible.

Charlotte, les mains chargées de deux cornets, la vit partir et esquissa un signe de la main auquel elle ne répondit pas. Elle pouvait le comprendre. Cette femme allait être à sa place un jour. L'une comme l'autre ne pouvaient que songer à ce cruel état de fait avec une forme d'amertume.

Clara n'eut pas de honte à courir en zigzagant entre les passants paresseux du début de soirée qui dirigeaient vers les pubs. Il faisait très beau et doux, mais elle n'en profitait pas. Des larmes irrépressibles roulaient comme un torrent sur ses joues tandis qu'elle sprintait à perdre haleine, sentant le regard du huitième peser dans son dos, jusqu'à ce qu'elle tourne à un angle de rue et disparaisse de sa vue.

Dès qu'elle se sentit assez loin, elle s'arrêta pour reprendre son souffle et un peu de contenance. Elle allait regagner son quartier. Se faire ouvrir avec le double des clés, confié à la logeuse. Se remaquiller si elle pouvait. Et se calmer.

Dans quelques heures, elle avait rendez-vous avec Dave.

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