Elf Lost in the North par

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Univers Parallèle / Aventure / Fantasy

2 Les Tertres

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Tout de suite à droite de l’entrée se trouvait une forge. Devant, une femme parlait avec un homme, mais je ne fis pas attention à ce qu’ils se racontaient. Je continuai ma route, et, un peu plus loin, un autre balèze me regarda fixement. Je lui rendis son regard, et, alors que je m’apprêtai à lui adresser la parole, il fut plus rapide que moi.

-Grisetoison ou Guerrier-Né ?

-Je vous demande pardon ? demandai-je, intrigué.

-Vous avez bien entendu. Grisetoison ou Guerrier-Né ?

-Je ne comprends pas ce que vous me demandez, admis-je.

-Ici, à Blancherive, il y a deux grandes familles, inspirant le respect, expliqua l’homme. Elles étaient très proches avant, mais la guerre civile les a séparées. Les Guerriers-Nés sont restés fidèles à l’Empire, alors que les Grisetoison sont du côté d’Ulfric.

-Je vois.

-Donc je vous repose la question : Grisetoison ou Guerrier-Né ?

-Je n’ai aucune envie de choisir, sourcillai-je.

-Comme vous voulez. Mais il y a toujours un moment où l’on doit choisir.

Comme pour échapper à mon inquisition, l’homme fit volte-face, pour me faire comprendre que la conversation était terminée. Je n’insistai pas, me disant que cela provoquerait sans doute des problèmes, et je n’étais certainement pas là pour ça. Je repris donc ma route, montant un premier escalier. J’arrivai à une place ronde, ou ovale peut-être, qui semblait abriter un marché, ainsi que des commerces plus officiels et une auberge. Je ne jugeai pas nécessaire de m’y arrêter, ayant eu assez de repos pour aujourd’hui, et m’empressai de grimper le deuxième escalier, beaucoup plus conséquent, qui menait à Fort-Dragon, là où le jarl était censé se trouver. J’y arrivai assez vite, et m’arrêtai rapidement devant la grande porte en bois, avant de la pousser à deux mains.

J’entrai dans le fort, et les portes se refermèrent derrière moi, dans un bruit assez assourdissant. Je m’étonnai un peu que personne ne réagisse à mon arrivée, mais je comptais m’annoncer, de toute façon, alors j’en profitai pour admirer l’endroit. Le hall était très grand, très éclairé, et avait un balcon de chaque côté de l’entrée. Droit devant, il y avait un escalier avec deux paliers, et je voyais d’ici un homme assis sur une sorte de trône. Ce devait être le jarl. A sa droite se tenait debout un homme, habillé d’une sorte de robe de justice et tenant à la main un registre – je devinai qu’il s’agissait d’un notaire, ou quelque chose comme ça – et à sa gauche se tenait une femme en armure, avec la main sur la garde de son épée – sans doute son garde du corps. D’ailleurs, lorsque je montai le premier pallier de l’escalier menant au jarl, cette dernière, semblant m’avoir vu, dégaîna son épée et vint vers moi. Ce ne fut que lorsqu’elle m’approcha que je me rendis compte que c’était une Elfe noire. Je n’en avais vu que très peu, mais ils étaient assez reconnaissable. J’essayai de m’empêcher de ne pas la dévisager avec toute ma curiosité, mais elle ne se gêna pas.

-Que faites-vous ici ? demanda-t-elle d’un ton prudent. Le jarl est actuellement en pourparlers, et ne reçoit aucune visite.

-J’ai… un message à remettre au jarl, avisai-je.

-Je suis la représentante officielle du jarl. Vous avez toute mon attention.

-C’est au sujet des dragons.

-Hum. Je comprends pourquoi les gardes vous ont laissé entrer, dit-elle en rengainant son épée. Suivez-moi, le jarl va vous recevoir.

-D’accord.

Elle m’emboîta le pas, et je la suivis. Je relevai bien sûr le fait qu’elle m’a dit il y a deux minutes que le jarl ne recevait personne, mais je ne dis rien. Cela faisait sans doute partie de son rôle de garde du corps. Cependant, lorsque nous arrivâmes près du jarl et de son secrétaire, ils étaient bel et bien en pleine discussion. Mais ils se tournèrent en même temps vers moi lorsque je me plantai devant eux.

-Irileth ? Qui est-ce ? demanda le jarl à son garde du corps.

-Cet homme apporte un message, mon jarl. Cela concerne ce dont nous parlions.

-Soit. Je vous écoute, déclara-t-il en me regardant.

Il s’en était passé des choses depuis la première apparition de ce dragon. Alors je décidai de résumer.

-Je suis passé par Helgen ce matin, et la ville a été attaquée par un dragon. J’ai réussi à m’enfuir jusqu’à la ville de Rivebois, où les gens m’ont confirmé que le dragon les a survolés. Ils m’ont donc demandé de venir solliciter votre aide.

-Mon jarl. Nous devrions envoyer un détachement à Rivebois sur le champ, proposa l’Elfe noire.

-Mais enfin, protesta le secrétaire. Nous sommes en pleine guerre civile. Nous ne pouvons nous permettre de…

-Assez ! gronda Balgruuf. Je ne resterai pas sans rien faire alors qu’un dragon dévaste ma châtellerie et massacre mon peuple ! Irileth, envoyez immédiatement un groupe de soldat à Rivebois, reprit-il un ton plus bas.

-Tout de suite mon jarl, s’inclina-t-elle.

Irileth se dirigea assez rapidement vers la porte, et le jarl poussa un soupir avant de s’adresser de nouveau à moi. A côté de lui, du coin de l’œil, je voyais le notaire faire de même, avant de partir à son tour dans une petite salle juste derrière le trône.

-Vous nous avez rendu un fier service, à Blancherive et à moi, en venant nous prévenir pour Rivebois. Veuillez accepter un présent : une hache venant de mon armurerie personnelle.

-Je n’ai fait que mon devoir, mon seigneur, dis-je d’un ton courtois.

Au moment où je terminais ma phrase, le notaire revint avec la hache en question. Apparemment, le jarl avait l’habitude d’offrir de jolies armes à ceux qui lui rendent service. J’avais envie de lui dire que ce n’était pas la peine, mais j’avais un minimum d’éducation, et je savais qu’il était déplacé de refuser le présent d’un personnage important.

-Oui, je comprends, reprit le jarl. Cependant, j’aurais autre chose à vous demander. A propos de ces rumeurs de dragon.

-Bien sûr. Je vous écoute.

-Suivez-moi. Nous allons voir Farengar, le magicien de ma cour.

Le jarl se leva de son trône, se dirigeant vers une des pièces qui donnaient sur le hall, et je le suivis, comme il me l’avait demandé. Nous arrivâmes donc dans le bureau du magicien, qui me regarda arriver d’un air curieux.

-Farengar, commença le jarl, j’ai trouvé quelqu’un pour vous aider dans vos recherches.

-C’est donc ça ? répondit Farengar. Vous êtes volontaire au moins ? ricana-t-il.

-Oui. Je voudrais vous aider. Cette affaire de dragons me préoccupe aussi, avouai-je. Dites-moi juste ce que je dois faire.

-Ah, vous ne vous embêtez pas avec les détails vous, hein ? Tant mieux, j’aime les gens directs, dit Farengar d’un ton amusé. J’aimerais que vous alliez aux Tertres des Chutes Tourmentées, chercher une Pierre de Dragon, dit-il d’un ton soudain plus sérieux. Elle devrait être dans la grande pièce principale, c’est une carte qui indique l’emplacement des tombes de dragons.

-Les Tertres ? répétai-je. Ça tombe bien, je comptais y aller bientôt.

-Voilà qui est parfait, dit Farengar. Ce serait génial si vous y alliez tout de suite. C’est une affaire assez urgente, après tout.

-Oui, bien sûr. J’y vais tout de suite.

Je ressortis de la salle, en saluant le jarl de la tête en passant à côté de lui, et me dirigeai vers la sortie, puis vers la sortie de la ville. En face du magasin d’armes, je vis Irileth ordonner à quelques soldats d’aller protéger Rivebois, et j’en étais content. Je profitai d’être dans le coin pour aller dans le dit magasin d’armes, après avoir salué la forgeronne, qui me regardait passer d’un air curieux. Je m’étais habitué à l’incompréhension des gens, liée à mon apparence, mais elle continuait de me travailler, en quelque sorte.

Je suis donc entré dans le magasin, et me dirigeai vers le comptoir, gardé par un homme qui était plus grand et plus large que moi. Ce fut d’ailleurs la première personne depuis longtemps à ne pas m’offrir ce petit regard curieux, qu’on offrait à un Elfe inhabituel. Il m’accueillit comme il accueillait tous ses clients, sans doute.

-Bonjour, mon garçon, me dit-il d’un ton courtois, et bienvenue chez la Guerrière. Ne vous en faites pas, nous avons aussi ce qu’il faut pour les guerriers masculins.

-D’accord. Je n’avais même pas fait attention au nom de la boutique, en fait, admis-je.

-Ah. J’ai pris le réflexe de le dire, à cause de guerriers machistes, dit-il avec un rire sans joie. Regardez donc, et dites-moi ce qui vous intéresse, reprit-il d’un ton naturel.

Je n’avais pas grand-chose à acheter, je voulais surtout vendre les haches, celle de Brunjar et celle que m’a offerte le jarl, et les pièces d’armure qui m’encombraient. J’expliquai au tenancier que je n’étais pas plus intéressé que ça dans les armes blanches, et il ne demanda même pas de justification. Au final j’achetai seulement des flèches, et je vendis mon arc basique pour acheter un arc de chasse, plus efficace. Je remerciai le commerçant, qui était la personne la plus aimable que j’ai rencontrée dans cette ville, et, alors que je me dirigeai vers la sortie, il me proposa d’aller boire un verre ensemble un de ces jours. Je lui dis que je n’étais pas fan de l’alcool, mais que ce serait avec plaisir.

Je franchis les portes de Blancherive, après avoir accepté les remerciements du garde qui m’avait laissé entrer - il avait dû voir passer ses collègues qui allaient sécuriser Rivebois - et me dirigeai moi aussi vers Rivebois. Bizarrement, la route était plus courte qu’à l’aller, peut-être sans les loups, remarque, et j’arrivai à Rivebois, sans arrêt cette fois, dans la soirée. Cela faisait presque deux jours que je n’avais pas dormi, alors je me dirigeai vers l’auberge. Le problème, c’est que je ne savais pas lequel de ces bâtiments était l’auberge. J’entrai au pif, dans le premier gros bâtiment à l’entrée nord, et je tombai pile sur l’auberge. Enfin, je me doutais que toutes les maisons particulières n’avaient pas leur barde.

Je discutai un peu avec le dit barde, un type nommé Sven, qui me parla longuement d’une femme, nommée Camillia, qui lui avait tapé dans l’œil. Cela me fit vaguement penser que, moi-même, je n’avais jamais eu de tendres sentiments envers quiconque, à part ma famille. Mais je me concentrai vite sur ce qui était important. Je lui demandai poliment comment aller aux Tertres, et m’expliqua qu’il suffisait de suivre la route opposée à celle qui menait à Blancherive. Je me souvenais en effet que c’était une intersection à la sortie nord de la ville. Je le remerciai et me dirigeai vers le comptoir pour prendre une chambre pour la nuit. Les pièces que j’avais trouvées dans le donjon d’Helgen suffirent à payer ma nuit, et j’allais m’installer sans attendre dans la chambre.

Je dormis plus que je ne le pensais - le jour était levé depuis un moment - et je décidai de me lever pour reprendre mon voyage. Je rendis les clés à la tenancière, et sortis de l’auberge, où quelqu’un m’adressa la parole.

-Salutations, frère Elfe, dit-il. Ça fait plaisir de voir un visage familier aussi loin de chez soi.

C’était un Elfe sylvain – trop clair pour être un Elfe noir, et trop foncé pour être un Haut-Elfe – qui venait de me parler, et je fis une expression surprise. Pas à cause du fait qu’il me parle, ni de sa race, mais à cause de ses dires. Mes oreilles étaient presque invisibles, dans mes cheveux noirs tombant et dans ma capuche de mage, comment mon interlocuteur avait-il repéré mon origine ? Les Elfes avaient des sens aiguisés, peut-être qu’il avait vu d’autres traits, plus implicites.

-Bonjour. Vous ne vivez pas ici ? demandai-je, intrigué par sa phrase.

-Si. Rivebois est assez paisible pour un village Nordique. Je gagne ma vie en travaillant à la scierie. Je n’ai pas trop à me plaindre. Mais c’est toujours agréable de voir un autre Elfe.

Je n’osais pas lui dire que j’avais grandi dans un village plein d’Orcs, et que ma mère était le seul Elfe que j’avais jamais vue pendant une grande partie de ma vie. Ce n’était pas le genre de détails que je dévoilais au premier venu. Alors je répliquai par un faux mensonge.

-Vous avez raison. J’en ai assez peu vu, surtout depuis que je suis arrivé à Bordeciel.

-Sinon j’ai vu que vous parliez avec Sven, ajouta-t-il, comme ignorant ma phrase.

-Le barde ? dis-je en fronçant les sourcils. Vous avez un problème avec lui ?

-Cela fait des jours qu’il courtise Camillia Valérius. Si elle est intelligente, elle évitera ce Nordique sans aucune manière. Du moins j’espère.

-Vous espérez ? répétai-je en dissimulant mon amusement. Vous ne semblez pas sûr de vous.

-Oui, vous avez raison, dit-il avec un rire nerveux. Vous pouvez me rendre un petit service ?

-Je suis un peu pressé, mais si c’est rapide, oui, bien sûr.

Il mit sa main dans sa poche, et me tendit un bout de papier.

-J’ai écrit cette lettre pour Camillia. Pouvez-vous lui remettre, en lui disant que c’est de la part de Sven ? Je crois avoir assez bien imité la médiocrité de ce Nordique.

Je plissai les yeux. Il m’offrit un regard intrigué, mais je me contentait de hausser les épaules, en mettant la lettre dans ma sacoche. Cette méthode ne me plaisait pas du tout.

-Oui. Je vais y aller de ce pas, dis-je en prenant la lettre.

-Je vous remercie. Vous trouverez Camillia à l’épicerie, juste en face.

Je tournai les talons, pour me tourner vers la dite épicerie. J’y entrai, et les deux tenanciers semblaient en grande discussion. Mais ils s’arrêtèrent d’un seul coup, en me voyant entrer.

-Oh euh… Bonjour, dit l’homme au comptoir. Peu importe ce qu’on vous a dit, l’épicerie de Rivebois est ouverte. Venez donc jeter un coup d’œil.

-Ce sera avec plaisir, dis-je.

Je visai déjà la jeune femme qui était assise sur une chaise, dans un coin, qui devait être Camillia. Je vendis les potions de vigueur que j’avais trouvées dans le donjon d’Helgen - je n’en avais pas sépcialement besoin, c’était plutôt un truc de guerriers et j’étais un mage avant tout - et achetai des provisions et des potions de santé et de magie. Je saluai poliment le vendeur, et me dirigeai vers la jeune femme, qui me regarda arriver, avec ce petit regard curieux habituel. J’en profitai pour faire de même. C’était une belle brune, probablement une Impériale, et je la trouvais assez attirante pour ne pas être étonné que deux hommes se battent pour elle.

-Que puis-je pour vous ? me demanda-t-elle d’un ton courtois.

-Bonjour. Vous êtes Camillia ? dis-je d’un ton similaire.

-Oui, c’est moi. De quoi est-il question ?

Je sortis la lettre de ma sacoche, et la lui tendis. Elle la prit avec une lueur de curiosité dans l’œil, et commença à la lire. Je voyais, à sa tête, que ce qu’elle lisait ne lui plaisait pas du tout.

-C’est une blague ? s’écria-t-elle d’un ton outré. Qui vous a remis cette lettre ?

-C’est un Elfe qui travaille à la scierie qui m’a demandé de vous la remettre, en me demandant de vous dire qu’elle venait de Sven, admis-je.

-Faendal ? dit-elle en sourcillant. Il est juste jaloux de Sven, je trouve ça bas et mesquin. Je n’aurai donc plus rien à lui dire, et je verrai Sven autant que je le voudrais. En tous cas, merci de m’avoir dit la vérité, ajouta-t-elle d’un ton reconnaissant.

-De rien. Je trouve aussi que c’est déplacé. Sur ce, je m’en vais vous laisser.

-D’accord. Bonne journée.

-Merci, vous aussi.

Je sortis de l’épicerie pour me diriger vers ma destination. L’épicerie était juste à côté de la sortie sud de Rivebois, je dus retraverser la ville pour aller vers la sortie nord. Je saluai vaguement Sven qui sortait de l’auberge, me réjouissant d’avance pour lui par rapport à l’amélioration de sa relation avec la femme qu’il aimait, et il me rendit mon salut avec un petit sourire. C’était tout bête, mais j’étais content pour lui.

A la sortie de la ville, je retrouvai l’intersection, avec le panneau indiquant Blancherive à droite, et tournai donc à gauche pour me diriger vers les Tertres. Là encore, la route était assez bien tracée, avec les quelques loups habituels, que je réduisis au silence à grand coups d’éclairs. Après un énième virage, je vis une espèce de tour en pierre, à gauche, alors que les ruines des Tertres étaient à droite. Je décidai d’aller fouiller la tour d’abord, me disant qu’il y avait peut-être quelque chose dedans.

Devant ce qui semblait être l’entrée, il y avait deux hommes qui semblaient discuter. Dès que je les approchai, ils dégaînèrent leurs armes, en me disant que je n’aurais jamais dû venir. Alors que la garde extérieure s’acharnait sur moi, une femme, dans l’entrée de la tour, essayait de me tirer dessus avec un arc. Je parai les attaques de mes deux adversaires du mieux que je pouvais, et je réussis à trouver une ouverture pour battre en retraite, rapidement, le tout en esquivant les flèches de la troisième antagoniste. Finalement, ma stratégie paya : un des épéistes était plus lent que l’autre, ce qui fit que le nombre d’adversaires réduisit. Après une parade bien placée, je plantai mon épée dans l’estomac du premier bandit, et le deuxième regarda la scène avec un air effrayé. Il recula à ton tour, et, alors que je rangeai mon épée pour puiser dans mes réserves de mana, une flèche lui transperça la gorge. Apparemment, la précision de l’archère laissait à désirer. Je dégainai mon arc à mon tour, et profitai du fait qu’elle était sortie de la tour pour viser, et qu’elle jurait à cause de son erreur, pour lui tirer une flèche entre les deux yeux. Elle tomba en arrière pour s’éclater le crâne en bas du pont sur lequel elle était. Comme ça, si elle avait survécu, elle n’avait pas survécu longtemps.

Je fouillai les deux collègues, qui n’avaient pas grand-chose sur eux à part leurs tenue, leurs armes et un peu d’argent, et entrai dans la tour. Il y avait des tables et des chaises, au rez-de-chaussée, sans doute les bandits vivaient ici. Je montai à l’étage, pour y trouver une commode, dans laquelle je pris une potion de santé, et, au deuxième étage - sur le toit donc - je trouvai un coffre, avec de l’or et une tenue similaire à celle que les bandits portaient. Je redescendis pour me diriger vers les Tertres, et je ne pus m’empêcher de trouver ironique le fait qu’il commence à neiger au moment où j’arrivais en bas de l’escalier qui menait aux ruines.

Alors que je montai la première marche de l’escalier, un nouveau groupe d’insolents déclara qu’ils allaient dépouiller mon cadavre une fois que je serais mort. Je ricanai, en les imaginant essayer de me dépouiller alors que j’étais vivant. Un bandit essaya de m’approcher par derrière, mais le sol couvert de neige avait aiguisé mon ouïe, et je me retournai pour le calciner en une quinzaine de secondes. Des flèches passaient de chaque côté des mes épaules, j’en déduis donc qu’il y avait encore au moins deux archers. Je contournai les escaliers pour localiser l’une d’eux derrière un pilier, et lui plantai ma lame entre les omoplates. Elle émit un gémissement, qui sembla alarmer l’autre, car elle s’approcha de moi en poussant un hurlement rageux, avec une hache à deux mains dans les mains. Je pris mon arc pour essayer de l’avoir tant qu’elle était assez loin, mais elle courait vers moi plus vite que je ne le pensais, et je bougeai juste à temps pour éviter qu’elle me plante sa hache dans le crâne. A la place, elle se planta dans mon épaule droite, et, maintenant qu’elle était assez près, je saisis une flèche dans mon carquois pour la lui planter dans le front de ma main libre. Je retirai la lame de sa hache de mon épaule, et me soignai rapidement, avant de ranger mon arc et de récupérer la flèche dans le front de ma victime. Parfait, la pointe de la flèche n’était pas cassée, donc je la remis dans mon carquois, avant de me remettre en route. Les Tertres étaient scellés par une grande double porte en bois, que j’ouvris à deux mains.

Ce qui me surprit, alors que j’entrai dans la première pièce, ce n’était pas le fait que le plafond semblait s’être effondré. Non, en visitant des ruines, je m’attendais à ce genre de choses. Ce qui me surprit, en revanche, c’était les cadavres de bandits qui étaient éparpillés par-ci par-là. J’analysai le cadavre de la première que je trouvai : elle avait été largement amochée au niveau des bras, et avait deux trous béants au niveau de l’estomac, et deux autres dans la poitrine. Les autres, quant à eux, avaient eu plus de chance, ils avaient seulement été percés à deux reprises. Sans doute la femme s’était-elle plus défendue. Même si j’avais le combat dans le sang, je n’aimais pas spécialement ça, et j’essayais toujours de tuer mes adversaires en un coup, histoire qu’ils ne souffrent pas trop. Et la manière dont la femme bandit avait été lacérée, avant d’être transpercée, ne me plaisait pas du tout. Je trouvais ça… barbare. Bon, venant de moi c’était peut-être un peu ironique, et elle l’avait sans doute cherché, mais quand même. Un peu plus loin, près d’un feu de camp, au pied duquel deux autres cadavres de bandits gisaient, se trouvait un coffre, qui avait déjà été ouvert. J’eus donc la confirmation de ce que je soupçonnais depuis un petit moment maintenant : je n’étais pas seul dans ces ruines. Le responsable de ce massacre était encore là, et j’allais sans doute le croiser un peu plus tard. C’est sur ces pensées que je m’engageai dans l’escalier qui descendait, derrière le camp des bandits.

Les couloirs des Tertres étaient étonnamment répétitifs, ce qui me fit penser que c’était sans doute une structures bien précise avant, un lieu de rituel ou de culte, sans doute. C’était souvent les églises, ou les bâtiments dans le genre, qui était tous construits de la même façon. Une fois de temps en temps, je voyais d’autres cadavres de bandits, et d’autre coffres vides, je me rapprochai donc de mon collègue explorateur. J’espérais sincèrement qu’il ne serait pas trop hostile, car je m’étais déjà pas mal battu aujourd’hui, et je commençais un peu à fatiguer. Puis, je repensai aux provisions que Gerdur m’avait données, et que j’avais encore. Je décidai donc de ralentir le rythme, pour boire l’hydromel qu’elle m’avait remis. Ce n’était toujours pas mon truc, mais là, j’en avais besoin. J’ouvris la bouteille d’un geste et ingurgitai son contenu en grimaçant. L’effet fut immédiat, ma fatigue passagère s’était envolée. Je posai la bouteille dans un coin et repris mon rythme habituel.

Après un énième couloir, je le vis finalement. En bas d’un escalier, portant une armure en peau qu’il avait sans doute empruntée à un bandit, une torche à la main, deux épées à la taille, et j’entendais d’ici qu’il râlait. Je ne savais pas ce qui était le moins risqué pour moi entre venir franchement vers lui ou essayer d’être discret. Si je l’étais, et qu’il me grillait, il croirait sans doute que j’essayais de le prendre par surprise, et m’attaquerait. Mais si je n’étais pas discret, il m’attaquerait peut-être avant même que je ne descende l’escalier.

-Qui va là ? dit-il sans se retourner.

Bon eh bien finalement je n’avais rien eu le temps de faire. Je descendis de l’escalier avec décontraction, les mains en l’air, et il se retourna à ce moment-là, pour me regarder arriver. C’était un Nordique, qui semblait assez jeune, avec des cheveux bruns désordonnés et des yeux bleu clair, qui me détaillaient avec curiosité.

-Vous allez m’attaquer, vous aussi ? demanda-t-il d’un ton prudent.

-Seulement si vous m’y obligez, répondis-je sur le même ton.

-Ah, enfin quelqu’un de censé ! s’exclama-t-il avec un léger sourire. Je m’appelle Cédric, ajouta-t-il en me tendant la main.

-Cole, dis-je en lui serrant la main.

-Vous aussi vous êtes intrigué par ces ruines ?

-Oui. Mais je suis en mission pour le jarl de Blancherive.

-Ah, vous allez pouvoir m’aider alors ? Il y a une énigme à résoudre pour ouvrir cette grille, me dit-il en me la montrant. Malheureusement, ce n’est pas mon fort du tout.

-Moi j’adore ça, dis-je en ne pouvant m’empêcher de sourire. Laissez-moi regarder.

En face de l’entrée, il y avait donc une grille, avec un levier. Sur la gauche, il y avait trois pierres étranges, une représentant un serpent, une seconde représentant un oiseau - un aigle, à vue de nez - et une troisième représentant un poisson. Cédric m’expliqua que les trois pierres ont trois faces, et qu’il faut les tourner et ainsi obtenir une certaine combinaison pour ouvrir la grille grâce au levier, et que, si la combinaison est fausse, cela actionne un piège de fléchettes empoisonnées qui viennent de nulle part. Sur la droite, il y avait un escalier en bois, et, d’ici, en haut, je voyais deux pierres identiques à celles près de l’entrée. Une d’elles était sur la face aigle, et l’autre sur la face serpent, c’était un bon début. Le problème, c’est que la troisième pierre gravée était manquante. A sa place, il y avait un trou, comme si la pierre avait été arrachée.

J’expliquai mon raisonnement à mon nouvel ami, et nous tournâmes chacun une des trois pierres du rez-de-chaussée, en nous disant simplement que nous avions une chance sur trois pour la combinaison, désormais. Cédric commença par tourner la pierre du côté du serpent, et je me dévouai pour aller actionner le levier. Si les fléchettes empoisonnées s’actionnaient, il suffirait que je me soigne. Je tirai le levier, et la grille s’ouvrit.

-Waouh, du premier coup ? Il faut croire que vous me portez chance ! dit Cédric d’un ton amusé. Allez venez, on a un mystère à éclaircir.

-Vous voulez qu’on continue de faire équipe, donc, compris-je.

-Ben ouais, dit Cédric en haussant les épaules. Qu’est-ce que voys croyiez ? Que je vous jetterais ou que je vous attaquerais par derrière une fois l’énigme résolue ?

-Je n’en savais rien, honnêtement. Mais je ne suis pas contre le travail d’équipe.

-Génial. Allons-y alors.

Cédric passa à côté de moi en me tapotant le bras, et franchit la grille, en me faisant signe de le suivre. Je fis un petit sourire à cause de mon impression de déjà-vu, et, alors que je m’apprêtais à le suivre, je vis, par terre, la troisième pierre gravée plantée dans le sol, du côté du serpent. J’eus un ricanement intérieur, ayant loupé ce détail, et je me remis à trottiner derrière mon équipier.

Derrière la grille, il y avait une petite salle, sans grand intérêt, alors nous empruntâmes l’escalier en bois qui était dans le fond de la pièce. En bas, des ragnards nous ont attaqués, et nous nous en sommes débarrassés dans trop de problèmes. Dans la salle suivante, il y avait une table, avec des parchemins divers et une fiole de poison. Cédric me laissa les parchemins - j’en profitai pour remarquer que l’un d’eux étaient un parchemin de sort, alors je le remerciai - et il prit le poison. Je ne traînais pas trop là-dedans de toute façon. Nous reprîmes ensuite notre marche, à travers des toiles d’araignées qui étaient de plus en plus épaisses.

-Vous croyez qu’on y est presque ? me demanda-t-il soudain.

-Presque à quoi ?

-Au trésor. Dans ce genre de donjons, il y a toujours une salle au trésor, non ?

-Vous avez sans doute raison. Et sincèrement, je n’en sais rien.

-Il y a quelqu’un ? dit une voix. Venez m’aider, je vous en prie !

Cédric et moi échangeâmes un regard entendu, et nous dirigeâmes vers l’endroit d’où venait la voix. Une toile d’araignée plus grosse que les précédentes, et nécessitant une bonne dose de magie, nous séparait de la salle où l’homme était en situation périlleuse. Quand nous arrivâmes à entrer, une énorme araignée, au moins cinq fois plus grosse que toutes celles que j’avais déjà vues, trafiquait dans un coin. Je vis, en plissant les yeux, qu’il y avait un homme dans la toile, et que, sans aucun doute, elle s’apprêtait à le manger. Je sortis mon arc par réflexe, et tirai dans l’abdomen de la créature, qui se retourna vers nous.

-Ne laissez pas cette chose m’approcher ! s’écria l’homme d’un ton paniqué.

Je fis feu de nouveau sur l’araignée, en visant sa tête cette fois, alors que Cédric dégaîna ses deux épées et fonça sur l’araignée, pour lui mettre des coups furieux partout là où il pouvait. Je continuais de faire feu, en prenant bien soin de ne pas toucher mon compagnon, et, après une dizaine de flèches et une vingtaine de coups d’épée, la bête s’effondra. Cédric poussa un soupir, et rengaina avant de se diriger vers l’homme piégé, alors que je m’affairai pour récupérer des flèches dans le cadavre de l’araignée. Sur les treize flèches tirées, seules six ont été cassées. Pas mal. Je remis les flèches intactes dans mon carquois, et allai rejoindre Cédric.

-Où est la griffe d’or ? demanda-t-il avant moi.

-Ah oui, la griffe, dit l’homme. Je sais tout. Comment et où l’utiliser. Libérez-moi et je vous dirais tout.

-Qu’en pensez-vous ? demandai-je à mon camarade.

-Je pense que c’est le chef des bandits que j’ai affrontés en venant. Je ne pense pas qu’on puisse lui faire confiance, dit Cédric en fronçant les sourcils.

-Et donc ?

-Donc il mérite la mort.

-Par Arkay, je vous remercie, dit l’homme.

Je fus un peu surpris par ce retournement de situation, mais si c’était ce qu’il voulait… Je puisai dans mes réserves de mana pour brûler la toile, et Cédric planta ses deux lames dans la groge du bandit, qui s’effondra. Il rangea ses armes, et nous nous penchâmes tous les deux sur le cadavre pour le fouiller. En ce qui me concerne, je m’intéressai à son journal. Il y expliquait donc qu’il avait volé la griffe à Lucan Valérius, donc l’épicier de Rivebois, car la griffe était la clé du mystère des Tertres. Voilà qui était pratique.

-La voilà ! s’exclama Cédric en trouvant la griffe dans la sacoche de l’homme.

-Nous pouvons donc reprendre, dis-je.

-Ouaip. Allons-y.

-Mais au fait, comment étiez-vous au courant pour la griffe ?

-Les bandits de l’entrée en parlaient. Je me suis dit que ça avait un lien avec les Tertres.

-Logique.

Nous nous remîmes en route, à travers les couloirs répétitifs des tertres. Jusqu’à un mur qui était différent des autres. Il y avait des espèces de cercles dessus, et sur chacun d’eux, il y avait un symbole sur chacun d’entre eux, et, au centre des trois cercles extérieurs, il y en avait un quatrième, avec cinq petits trous dedans. Je compris, en même temps que Cédric apparemment, qu’il fallait mettre la griffe d’or à cet endroit. Mon compagnon me donna la griffe, et je la glissai dans les trous au milieu, mais rien ne se passa. Les cercles extérieurs bougèrent, mais pas beaucoup.

-Encore une énigme, devina Cédric avec un soupir.

-Je m’en occupe.

-Désolé d’avoir la tête vide, me dit-il avec un rire nerveux.

-Je n’ai pas dit ça, dis-je d’un ton amusé.

Je me concentrai donc sur le mécanisme, en regardant Cédric du coin de l’œil, qui faisait les cent pas près de moi. Je ne savais pas quelle était l’impression que j’avais le concernant, mais il fallait que j’évite d’y penser, car ça m’empêchait de réfléchir. Et je n’étais pas du genre patient. Enfin, pas trop.

Les trois cercles avaient chacun un symbole, donc, et, en les tournant chacun leur tour, je compris. Comme les pierres gravées, ils avaient trois symboles. Un qui représentait une tête de lézard, un autre des ailes et un autre une… queue ? Un dragon, donc ? Je tentai le coup, en mettant la tête sur le premier cercle, les ailes sur le second et la queue dans la troisième. Je remis la griffe au centre et, après un dernier mouvement des cercles extérieurs, le mur glissa pour s’ouvrir. Et nous étions repartis pour les couloirs répétitifs.

Cependant ça ne dura pas longtemps, parce que, premièrement, ils n’étaient plus si répétitifs que ça. Les strucutres avaient un peu changé, comme si les ruines des Tertres étaient construites sur d’autres ruines, plus anciennes. Et deuxièmement parce que les couloirs n’étaient plus déserts. Non. Quand nous passions près de cadavres, ils se relevaient et nous attaquaient. J’avais entendu parler des morts-vivants, dans les ruines de Bordeciel, mais je n’y croyais qu’à moitié avant maintenant. Comment les appelle-t-on déjà ?

-Des draugrs, dit Cédric.

-Quoi ?

-Ces trucs s’appellent des draugrs. Ce sont des cadavres Nordiques qui reviennent à la vie quand on viole les ruines de leurs ancêtres.

-Mais comment vous saviez que je me posais la question ? sourcillai-je.

-Ça se voyait sur votre tête, dit Cédric d’un ton amusé. Genre, vous aviez une grosse ride, là, ajouta-t-il en posant un doigt sur mon front. Et ça, c’est un signe de réflexion intense. Donc j’ai supposé.

-Vous voyez que vous n’avez pas la tête vide, dis-je, amusé à mon tour.

-Ouais. Bon.

Sans autre commentaire, nous fûmes repartis. Je ne pouvais m’empêcher de jeter des regards furtifs à Cédric, mes impressions ne voulant pas me quitter l’esprit. Pourquoi j’avait autant l’impression de le connaître ? J’essayais de penser à autre chose, mais ça ne marchait pas terrible.

Un peu plus loin, non seulement les couloirs des Tertres n’étaient plus répétitifs, mais en plus ils donnaient presque sur l’extérieur. Nous arrivâmes dans une salle, dont le plafond était démoli, et une cascade la traversait de part en part. Je ne fis même pas attention au draugr qui avait foncé vers nous avec une hache à deux mains. Avant même qu’il ne s’approche de moi, une lame se planta impitoyablement dans sa poitrine. J’offris un regard de remerciement à Cédric, qui me fit un petit sourire en rangeant son épée, et nous reprîmes la route.

Les grottes s’enchaînaient, et je vis, à ses soupirs répétés que mon compagnon se lassait. Il était venu pour un trésor, mais rien de tel ne se profilait à l’horizon. Je me doutais, quant à moi, que la pierre que je devais ramener à Farengar serait dans la dite salle du trésor, et j’espérais sincèrement ne pas passer ma vie dans ces ruines. Finalement, je sentis qu’on se rapprochait, car les draugrs étaient de plus en plus résistants.

Enfin, nous arrivâmes dans la dernière salle. Je supposai, du moins. Elle était bien plus grande que toutes les autres, et c’était clairement une belle tombe et un bon gros coffre que je voyais au fond. Derrière eux, il y avait une espèce de mur courbe, sur lequel étaient inscrits des mots, dans une langue qui ne me disait rien. Ce qui m’intriguait, en revanche, c’est que j’entendais des voix qui venaient de ce mur. Alors que Cédric soulevait le couvercle du coffre à deux mains, je m’approchai du mur. Je ne comprenais pas ce que les voix disaient, et j’effleurai le mot qui brillait sur le mur.

Je ne savais pas ce qui venait de se passer, mais quelque chose avait changé en moi à ce moment précis.

-Alors ? Qu’est-ce que ça raconte ?

Je me tournai brusquement vers Cédric, qui venait d’interrompre mes pensées.

-Je n’en sais rien, avouai-je. Qu’est-ce qu’il y avait dans le coffre ?

-De l’or, une potion de vigueur, une hache enchantée et un rubis. Vous voulez quelque chose ?

-Je suis venu pour une Pierre de Dragon. Elle n’était pas dans le coffre ?

-Nope, dit Cédric en secouant la tête. Je suis désolé.

-Il n’y a pas de quoi…

Ma phrase fut interrompue lorsque le couvercle du tombeau se souleva. Un draugr, visiblement différent des autres, se dirigeait vers nous, une grande épée dans les mains. Je poussai instictivement Cédric, qui était entre le draugr et moi, et, d’un seul cri, je fus repoussé de l’autre côté de la salle, m’éclatant de tout mon corps contre un rocher.

-Cole ! s’écria Cédric.

Je le vis venir vers moi, mais le draugr se mit à l’attaquer. J’essayai de reprendre mes esprits, le choc m’ayant un peu secoué, et je me relevai difficilement pour venir en aide à mon ami. Je pensai pendant une seconde à le viser de loin avec mon arc, mais, voyant le mal que Cédric avait à parer ses attaques, je dégainai mon épée et fonçai dans la mêlée.

Pour un mort-vivant qui se battait avec une si grosse arme, le draugr était étonnamment réactif. Il parait mes attaques et celles de Cédric avec une facilité apparente assez déconcertante. Une fois de temps en temps, il repoussait son cri, qui avait le don de nous repousser quand nous le poussions trop. Cette fois, ce fut Cédric qui fut repoussé, et, alors que je m’inquiétais pour lui, le draugr me planta sa lame dans le ventre. Comme un réflexe étrange, je posai ma main sur la main squelettique du draugr, qui se débattait en grognant, et là, tout alla très vite. Cédric, qui s’était relevé entre temps, avait préparé la contre-attaque. Il bondit sur moi, me ceinturant la taille avec ses jambes, et profitant du fait que je tenais le draugr, lui planta ses deux lames dans les clavicules. Le draugr tomba en arrière, larguant une mare de sang violet, et Cédric tomba sur ses pieds.

-Fiou ! Il était coriace celui-là ! s’exclama-t-il. Vous devriez vous soigner, mon vieux.

-Ah. Oui.

Je me rendis compte que je tenais ma blessure par réflexe, et je me soignai rapidement. Par contre, ma belle tenue de mage était encore plus tâchée et trouée, maintenant. Ça m’énervait un peu.

-Hé, regardez, dit Cédric, m’arrachant encore à mes pensées. Ce n’est pas ça que vous cherchez ?

Je me retournai vers lui, et il me montrait un bout de pierre qui dépassait du torse squelettique du draugr. Je la retirai sans aucune précaution, et je l’admirai. C’était une belle pierre, bien géométrique, avec des symboles illisibles quasiment identiques à ceux qui étaient sur le mur du fond. Je la mis dans mon sac à dos.

-Oui. Je pense que c’est ça. Bien vu, merci.

-De rien mon pote, dit Cédric en me tapotant le bras. Comme vous m’avez laissé le reste, je vous dois bien ça.

C’est ça que tout es devenu clair. Pourquoi j’avais cette impression ce déjà-vu. La façon dont Cédric était tactile me rappelait la dernière fois que j’avais vu Ralof. Je plongeai mon regard dans ses yeux bleu clair, qui me paraissaient encore plus familiers du coup. Il fallait que j’en soie sûr.

-On fait quoi maintenant ? me demanda Cédric.

-Je pense que rien ne nous retient ici. Mais avant, j’ai quelque chose à vous demander.

-Quoi ?

-Où êtes-vous né ?

Cédric fit une tête surprise, mais répondit quand même à ma question.

-Je suis né à Helgen. Ma mère est morte quand j’étais jeune, et elle m’a dit que mon père était en vie. Elle m’a seulement dit son nom. Pourquoi ?

Décidément, ça ne pouvait pas être une coïncidence…

-Votre père s’appelle Ralof ? demandai-je.

-Ouais. Comment vous le savez ?

-Je l’ai connu. Et vous lui ressemblez énormément.

-Ah ouais ? dit-il avec un grand sourire. Ça fait longtemps ? Il allait bien ? Où est-il ?

-Non, c’était il y a quelques jours, et oui il allait bien. En tant que Sombrage, il s’était fait attraper par l’Empire, et lui et moi nous sommes échappés de Helgen avant qu’un dragon ne la détruise. Nous nous sommes séparés hier matin. Il est rentré chez lui à Vendeaume, je pense.

-C’est une super nouvelle, ça ! Je vais vite aller le voir ! dit Cédric avec un enthousiasme non dissimulé.

-Mais avant, il faut qu’on sorte d’ici, dis-je avec un petit sourire.

-Oui. Vous avez raison.

 Dans un coin de la salle, il y avait une espèce d’alcôve, trop bien cachée pour que ce ne soit pas fait exprès. Cédric tira sur une espèce de levier, et une pierre se bougea, ouvrant une voie. Et après une succession de petites grottes, nous fûmes dehors, à l’opposé de l’entrée. Nous ne devions pas être trop loin, cependant, car je voyais la forteresse de Blancherive d’où nous étions. Nous étions en hauteur, cependant, et un gros pan de roche nous séparait de la route. Nous nous mîmes à descendre prudemment, en essayant de ne pas nous casser bêtement la figure, et, au bout d’une dizaine de minutes, nous fûmes pied à terre. Je me dirigeai vers Blancherive, et je me figeai quand je vis que Cédric ne me suivait pas. Je lui lançai un regard intrigué, et il vint vers moi.

-Je vais rentrer chez moi, me dit-il simplement. Vous passerez me voir à l’occasion ?

-Quand je viendrai à Vendeaume, oui. Je vous le promets.

Je lui tendis ma main – c’était une façon de sceller une promesse, selon moi – et Cédric la regarda. Puis, ignorant ma requête, il passa ses mains dans mon dos pour me donner une belle accolade. Cela me surprit, mais ça ne me déplut pas non plus, et je réussis à lui rendre. Cédric me relâcha au bout d’une bonne vingtaine de secondes, et me fit un beau sourire.

-A bientôt Cole. Portez-vous bien.

-A bientôt Cédric. Vous aussi.

Il me fit un geste de la main et partit dans la direction opposée. Quant à moi, je me dirigeai de nouvea vers Blancherive, alors que la nuit tombait. J’avais passé plus de temps que je le pensais, dans ces ruines. Puis, je me rappelai de l’histoire de la griffe, alors je bifurquai au dernier moment pour me diriger vers Rivebois, et j’y arrivai au petit matin.

J’ouvris discrètement la porte de l’épicerie, et les propriétaires, l’une assise sur une chaise et l’autre en train de ranger derrière son comptoir, se tournèrent vers moi, m’offrant un air étonné.

-C’est vous ? me dit Camillia, en se levant de sa chaise. Vous avez réussi ?

Je ne répondis rien, posant simplement la griffe d’or sur le comptoir. Camillia se leva d’un coup, pour s’approcher, et Lucan la toucha du bout des doigts, d’un air incrédule.

-C’est drôle. Elle était plus petite que dans mon souvenir, dit Lucan. En tous cas, je vous remercie sincèrement. Cet or était pour ma cargaison, mais il est à vous maintenant, ajouta-t-il en me tendant une bourse pleine d’or.

-Merci, dis-je.

-C’est nous qui vous remercions, me dit Camillia d’un air plus que reconnaissant.

-Je n’ai fait que mon devoir, dis-je, humblement. Je vais vous laisser, maintenant.

-Comme vous voulez, dit Lucan. N’hésitez pas à revenir.

-Je n’y manquerai pas.

Je saluai le frère et la sœur, et, sans attendre qu’ils me répondent, je sortis de l’épicerie. J’estimai que j’avais assez fait attendre le jarl de Blancherive comme ça. Je m’arrêtai pour me reposer un peu à l’auberge, puis je me remis en route, en début d’après-midi, pour arriver à Fort Dragon en début de soirée.

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