Les enfants de Bordeciel
Chapitre 6 : Fidèle chasseur implacable
3333 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 20/05/2023 21:47
NB : Grosse réécriture de ce chapitre le 04/01/26. Les commentaires antérieurs ne correspondent plus au récit.
Chapitre 6 – Fidèle chasseur implacable
La tour de guet Ouest se trouvait à un peu plus de deux kilomètres des portes de Blancherive. La route qui y menait traversait la plaine sans véritable couvert, ponctuée seulement de quelques rochers épars et de maigres buissons desséchés. Hunfen dut ralentir, calculer chacun de ses déplacements, courir par brèves impulsions entre deux cachettes insuffisantes. Il s’efforçait de rester loin derrière les gardes sans jamais les perdre complètement de vue.
Quand ils atteignirent enfin la tour, Hunfen se glissa derrière un rocher plus large que les autres, suffisamment proche pour voir sans être immédiatement repéré. La tour portait déjà les stigmates de l’attaque : pierres noircies, poutres arrachées, fumée s’échappant encore d’une meurtrière béante. Un garde sortit en titubant pour accueillir les renforts. Hunfen ne pouvait pas entendre ce qu’il disait, mais ses gestes étaient précipités, désordonnés.
Le vent changea. Une bourrasque soudaine plaqua Hunfen contre la pierre. Le sable et la poussière s’élevèrent en spirale, lui piquant les yeux. Une ombre immense passa sur le sol, avalant la lumière. Il leva la tête juste à temps pour voir le dragon fondre vers la tour.
Celui-ci était différent de celui d’Helgen. Plus petit, les cornes plus courtes, le corps couvert d’écailles claires, presque pâles, qui renvoyaient la lumière au lieu de l’absorber. Hunfen crût remarquer aussi, sans trop savoir pourquoi, que ses yeux n’étaient pas rouges.
Le combat éclata aussitôt. Les flèches sifflèrent, les cris montèrent, les hommes se dispersèrent autour de la tour. Le dragon sembla savourer l’agitation. Il tourna lentement au-dessus d’eux, battant des ailes avec une assurance écrasante. Hunfen sentit sa poitrine se serrer davantage, comme si l’air devenait plus lourd à chaque battement.
Le dragon ouvrit la gueule.
« Thuri du hin sil ko Sovngarde ! »
Le son frappa Hunfen de plein fouet, comme un coup de tonnerre trop proche. Ce n’était pas un cri, ni une voix ordinaire. Quelque chose vibrait en lui, bas, profond, comme si ces mots avaient trouvé un chemin direct jusqu’à sa poitrine.
Sovngarde.
Le mot lui resta. C’était la seule chose qu’il avait comprise. Une image s’imposa à lui : le lieu mythique, avec au loin, la Panthéon des Braves. Un ciel déchiré, une silhouette noire immense, des formes pâles happées et broyées comme de la fumée entre des crocs gigantesques. Il inspira brusquement, le souffle court, et l’image se dissipa aussitôt.
Rien ne s’était produit. Pas de flammes. Pas de destruction immédiate. Hunfen cligna des yeux, désorienté. Le dragon pouvait donc parler sans attaquer.
Les gardes redoublèrent d’efforts. L’un d’eux cria un ordre. Un autre planta sa lance dans la terre pour se stabiliser. Le dragon monta brusquement en altitude.
« Krif krin. Pruzah ! »
Le son roula dans l’air, presque… amusé. Hunfen porta son regard vers les hommes à qui le dragon s’adressait. L’espace d’un battement de cœur, il les vit autrement : trop petits, trop fragiles — mais debout. Il sentit une bouffée de chaleur étrange, quelque chose qui ressemblait à de l’admiration.
Le dragon inspira de nouveau.
« Yol Toor Shul ! »
Cette fois, le feu jaillit. Les flammes s’abattirent sur les gardes, avalant les cris, tordant l’air. Hunfen recula instinctivement, plaquant son dos contre le rocher. La chaleur lui fouetta le visage malgré la distance.
Le dragon se posa ensuite devant eux, lourdement, comme pour savourer la proximité. Les hommes l’assaillirent, frappant de toutes parts. Des éclairs jaillirent. Des gerbes de glace éclatèrent contre ses flancs. Irileth lança un sort avec une précision implacable, sans jamais cesser de se déplacer. Les griffes du dragon déchiraient l’acier comme du cuir trop fin. Un garde fut projeté contre la muraille, un autre s’effondra avant même d’avoir compris ce qui l’avait touché.
« Brit grah ! »
Hunfen sursauta. Cette fois, il eut la certitude que le dragon… appréciait. Puis, sans prévenir, la voix changea :
« J’avais oublié à quel point vous, mortels, pouviez être divertissants ! »
Hunfen se figea. Ce n’était plus cette langue lourde, écrasante. Il comprenait. Les mots s’imposaient clairement, sans effort, et cette clarté le troubla plus que tout le reste, avant que l’évidence ne s’impose : ce dragon venait de parler leur langue.
La créature tourna lentement autour des combattants.
« Vous êtes braves. Bahlaan hokoron. Votre défaite me fera honneur. »
Un frisson glacé parcourut Hunfen. Ce n’était pas seulement ce qui était dit. C’était la certitude que ces paroles lui étaient destinées aussi. Qu’il était vu.
Un garde fut happé soudainement. Le dragon secoua la tête et projeta le corps disloqué dans les airs. La silhouette passa au-dessus de Hunfen avant de retomber lourdement plus loin. Le garçon cria malgré lui et se ratatina derrière le rocher, les mains plaquées contre ses oreilles, comme si cela pouvait l’empêcher d’entendre le monde s’effondrer.
Le combat se poursuivit. Long. Brutal. Les hommes, à bout de forces, parvinrent enfin à blesser la créature. Ses mouvements devinrent moins précis, ses rugissements plus courts. Elle s’écrasa lourdement près de la tour, le sol tremblant sous son poids, et engagea un dernier corps-à-corps désespéré.
Irileth frappa une dernière fois. Le dragon poussa un hurlement déchirant et s’effondra dans un grondement assourdissant qui fit trembler le sol. Son corps glissa, heurta le rocher derrière lequel Hunfen se cachait, et la pierre céda sous l’impact.
L’enfant n’eut pas le temps de comprendre ce qui se passait. Le choc le frappa de plein fouet, et l’obscurité l’engloutit avant même qu’il puisse crier de nouveau.
oOo
Hunfen flottait.
Il n’avait pas de corps, pas de poids, pas de souffle. Juste la sensation étrange d’être là, suspendu dans quelque chose de sombre et de vaste, sans bord ni direction. Il n’y avait ni peur, ni douleur. Seulement cette impression d’être porté, comme lorsqu’on se laisse aller sur l’eau d’un lac, les yeux clos.
Une lueur apparut. D’abord faible, lointaine, à peine plus qu’un frémissement dans l’obscurité. Puis elle gagna en intensité, s’étendant, pulsant doucement, jusqu’à devenir impossible à ignorer. Hunfen ne savait pas ce que c’était. Il n’essayait même pas de comprendre. Il regardait simplement, attiré malgré lui. La lumière n’avait pas de forme précise. Elle ne ressemblait à rien de connu. Elle était trop grande. Trop présente. Elle remplissait l’espace entier, écrasante sans être hostile. Hunfen eut l’impression absurde qu’elle était là depuis toujours — et qu’elle le serait encore bien après lui.
Quelque chose en lui se recroquevilla. Il se rappela la chute. Le choc. Cette sensation familière, humiliante, de ne rien pouvoir faire. D’être projeté, balayé, jeté de côté comme un objet sans importance. Encore. Toujours. Une colère sourde remonta, lente, lourde… fatiguée.
Il en avait assez. Assez de tomber, assez de subir, assez de s’écrouler au mauvais moment.
La lumière s’intensifia soudain. Quelque chose se déversa en lui sans prévenir. Une masse, un flot brutal, trop vaste pour être contenu. Des sensations et des images se succédaient sans ordre, écrasantes : pression, chaleur, élan, chute, rugissement, battement. Hunfen n’avait aucune prise. Il ne pouvait ni retenir, ni fuir, ni comprendre. Il ne pouvait que subit.
C’était trop. Il se replia sur lui-même, instinctivement, cherchant un point fixe, n’importe quoi à quoi s’accrocher pour ne pas se dissoudre dans ce torrent.
Il y eut un son. Pas une voix, pas un mot, pas vraiment. Plutôt un choc intérieur. Une vibration courte et nette, comme un coup porté de l’intérieur vers l’extérieur.
Fus.
Le son résonna en lui. Pas dans ses oreilles — il n’en avait pas, ici — mais plus profondément. Dans quelque chose de dense, de solide, qui semblait enfin lui appartenir.
Il s’y accrocha, sans en comprendre le sens. Parce que ça résistait.
Fus n’était pas doux. Ce n’était pas rassurant. C’était une force. Quoique « force » était un mot bien faible pour le représenter. Plutôt une pression qui ne demandait pas la permission. Quelque chose qui avançait droit, sans hésitation, sans se soucier de ce qui se trouvait devant.
Hunfen serra cette sensation de toutes ses forces, comme on serre un rocher pierre dans la paume pour ne pas être emporté par le courant. Le reste continuait de l’assaillir, mais il ne s’y perdait plus. Il tenait. Fus. Encore.
Le flot commença à faiblir. Pas d’un coup. Lentement, comme une vague qui se retire, laissant derrière elle une lourdeur étouffante. La lumière diminua à son tour, pulsant une dernière fois avant de se disperser dans l’obscurité.
Hunfen essaya de la suivre. De retenir ce qu’il avait senti. Mais déjà, tout glissait.
Il n’y avait plus rien. Plus de lumière, plus de pression, plus de Fus. Seulement cette impression tenace, brûlante, qu’il avait touché quelque chose — et que quelque chose, en retour, s’était imprimé en lui.
Puis le monde revint brutalement. Une douleur sourde dans tout le corps. Le poids. Le froid. Le souffle qui se bloquait dans sa gorge.
Hunfen ouvrit les yeux en sursaut. Une main le secouait avec impatience.
oOo
Hunfen ouvrit les yeux sur Irileth qui lui faisait face, un air sévère sur le visage. Il réalisa rapidement qu'il était allongé sur une couchette au temple de Kynareth. Lucia était à ses côtés, souriant timidement.
« Enfin réveillé, espèce de petit imprudent ? gronda la guerrière. Tu n'aurais jamais dû nous suivre jusqu'à la tour de guet. C'était extrêmement dangereux ! »
Hunfen bafouilla, cherchant ses mots. « Je... Je voulais juste voir le dragon de plus près, je suis désolé.
— Ne t'inquiète pas, Hunfen, tes blessures étaient légères, intervint Lucia en souriant. Ça fait deux fois aujourd’hui. Tu me fais un bon entraînement ! »
Le jeune nordique lui sourit en retour, reconnaissant. Autour de lui, il remarqua la présence des gardes blessés lors de l’opération. À leurs chevets, les prêtresses s’affairaient, le visage marqué par la concentration. La magie qu’elles déployaient semblait infiniment plus complexe que le sort de Lucia, témoignant de la grande expertise des praticiennes. Un grand nombre de fioles de potions aux formes diverses avaient également été apportées. Irileth soupira et annonça à Hunfen : « Je dois aller faire mon rapport au jarl Balgruuf. Tu viens avec moi, jeune homme. Il sera informé de ton escapade. »
Hunfen avala difficilement sa salive à cette annonce. Il se leva péniblement de la couchette et remercia Lucia avant d’emboîter le pas à Irileth hors du temple, puis à travers la place du Vermidor, franchissant enfin l’escalier de Fort-Dragon. Tout le long du chemin, il pouvait sentir le regard sévère de la huscarl peser sur lui.
Honteux et anxieux, Hunfen suivit Irileth à travers le hall de Fort-Dragon. Il sentit un poids sur sa poitrine en voyant l'expression sévère et préoccupée du Jarl, assis sur son trône. Les mains de l’enfant tremblaient légèrement et il essayait de ne pas laisser transparaître sa nervosité.
Irileth s'approcha de Balgruuf et commença à faire son rapport. « Mon jarl, la tour de guet Ouest a été détruite, mais nous avons réussi à vaincre le dragon. Malheureusement, cinq gardes sont tombés au combat, et nous avons également plusieurs blessés. Néanmoins, nous savons désormais que ces dragons peuvent être combattus et détruits ! »
Balgruuf hocha la tête. Hunfen remarqua un léger relâchement dans ses traits, mais son regard restait sévère lorsqu'il se tourna vers lui. Le jeune garçon se sentit comme pris au piège, incapable d'échapper au jugement du Jarl.
« Beau travail, Irileth ! Y a-t-il autre chose à signaler ?
— Oui, mon jarl. Quand le dragon est mort, ses chairs se sont immédiatement entièrement consumées. Il ne reste désormais de lui que son squelette. Je n’avais jamais vu rien de tel auparavant. »
Farengar intervint, intrigué : « C'est effectivement très curieux ! Je n’ai lu aucune référence à ce phénomène dans les anciens récits. C’est fascinant ! Cela pourrait bien constituer un indice sur la nature même de ces dragons ! »
Hunfen partageait l’étonnement du mage, et regretta de n’avoir pas été en mesure de voir cela de ses yeux, alors qu’il avait été aussi proche de la bête. Il fut cependant interrompu dans son fil de pensées quand Irileth poursuivit : « De plus, nous avons retrouvé ce garnement inconscient à côté du cadavre du dragon. Je ne comprends toujours pas comment il n'a pas brûlé avec le corps ! »
Hunfen sentit la salle se refermer sur lui quand Balgruuf posa enfin les yeux sur lui.
Le jarl ne criait pas. Il ne haussait même pas la voix. Mais quelque chose dans son immobilité même, dans la façon dont il jaugeait l’enfant sans se presser, pesa bien plus lourd qu’un éclat de colère.
« Je t’avais donné un ordre clair, Hunfen », dit-il enfin.
Sa voix était calme. Trop calme.
Hunfen baissa la tête, la gorge nouée.
« Rester à l’intérieur des murs. Ne pas te mêler aux combats. Ne pas te mettre en danger. »
Il descendit une marche, puis une autre, jusqu’à se tenir face à lui — pas trop près, pas comme son père les fois où il avait dû lui souffler dans les bronches, mais suffisamment pour qu’il n’ait plus aucunement à hausser la voix.
« Tu as quitté la ville sans autorisation. Tu t’es introduit sur un champ de bataille actif. Et tu as été retrouvé inconscient à proximité immédiate du cadavre d’un dragon. Les sentinelles t’ont vu franchir la porte, reprit-il. Elles ont choisi de ne pas abandonner leur poste pour te poursuivre. Dans un autre contexte, cela aurait été une faute. Aujourd’hui, c’était un choix nécessaire. »
L’évidence frappa Hunfen de plein fouet, ajoutant à la honte qui l’étreignait déjà. Trop concentré sur l’escouade qui se dirigeait vers la tour de guet, il avait totalement oublié la présence des gardes sur les murs. Balgruuf poursuivit :
« Comprends bien ceci, Hunfen : ce n’est pas une question de bravoure. Ni même de témérité. C’est une question de responsabilité. »
Le jarl désigna d’un geste bref la salle autour d’eux, où les gardes survivants se trouvaient encore.
« Un champ de bataille n’est pas un endroit où l’on va voir. C’est un lieu où des hommes meurent. Aujourd’hui, cinq de mes gardes ne rentreront pas chez eux, et chacun relevait de mon autorité. Chaque décision prise sur ce champ de bataille m’incombe. Et si tu avais été tué, ou gravement blessé, cela aurait également été mon fardeau. »
Hunfen sentit sa gorge se serrer.
« Je ne dirige pas Blancherive pour permettre aux enfants d’y mourir par curiosité, poursuivit Balgruuf, implacable. Et je ne tolérerai pas qu’un facteur incontrôlé — aussi sincère soit-il — mette en péril l’ordre que je dois maintenir. »
Il inspira profondément.
« Jorrvaskr n’est pas un endroit adapté à quelqu’un qui attire le danger sans le mesurer. Et Blancherive ne peut se permettre de te perdre par négligence. »
Hunfen sentit la décision venir avant même qu’elle ne soit prononcée. On allait l’éloigner des Compagnons.
« Il existe, à Faillaise, un établissement chargé de recueillir les enfants sans foyer, poursuivit le jarl. Hors de ma juridiction directe, loin des tensions immédiates. Tu y seras en sécurité le temps que nous retrouvions ton père. »
La phrase n’appelait aucune discussion.
Hunfen serra les poings, mais inclina la tête.
Balgruuf l’observa encore un instant.
« Ce n’est pas une punition. C’est une mesure de sauvegarde. »
Il se tourna vers Irileth.
« Lydia l’escortera. Je veux qu’il quitte la ville ce soir. »
Enfin, il posa de nouveau les yeux sur Hunfen.
« Tu as du courage, Hunfen. Sans doute trop pour ton âge. Mais tant que tu vivras sous ma bannière, tu ne décideras pas seul de la façon dont tu risques ta vie. C’est compris ? »
Hunfen hocha la tête, incapable de parler.
Balgruuf se rassit alors, mettant fin à l’audience d’un simple geste.
oOo
Lydia attendait patiemment Hunfen à la sortie de Fort-Dragon. C’était une jeune Nordique brune aux traits fins, qui contrastaient avec ses vifs yeux noirs. Derrière une expression stoïque, elle semblait capter le moindre mouvement. Elle portait une armure faite de cuir renforcé de plaques d’acier, complétée par des gantelets et bottes de confection similaire. Une épée était accrochée à sa taille, tandis que son bras gauche arborait un bouclier de bois et de métal. Elle s'approcha de l’enfant, affichant un air sérieux qui ne laissait guère de place aux sentiments.
« Bonjour, Hunfen, je m'appelle Lydia, dit-elle en se présentant d'une voix ferme. Le Jarl Balgruuf m'a chargée de t'accompagner jusqu'à l'orphelinat Honorem à Faillaise. »
Hunfen hocha la tête, essayant de cacher sa tristesse. « Merci, madame Lydia », réussit-il à murmurer.
Les deux compagnons de route se hâtèrent en direction des portes de la ville. Seules deux carrioles quotidiennes se rendaient à Faillaise, et Lydia tenait à emprunter celle du soir, qui était sur le point de partir. Hunfen, qui portait sa dague à la ceinture, n'avait rien laissé derrière lui à Jorrvaskr. L'enfant aurait souhaité adresser un dernier au revoir aux Compagnons qui l'avaient chaleureusement accueilli, mais n’eut pas le courage d’exprimer cette demande à la guerrière. Le soleil avait déjà disparu derrière l'horizon, et les autres enfants étaient rentrés chez eux depuis bien longtemps. Ainsi, Hunfen ne put pas non plus les saluer une dernière fois.
En passant sous l'arche des portes de Blancherive, Hunfen fut incapable de contenir davantage ses émotions. Les larmes commencèrent à couler le long de ses joues tandis que des sanglots secouaient son corps. Lydia, qui marchait à ses côtés, le regarda, son expression habituellement stoïque trahissant une pointe d'incertitude. Elle n'avait jamais été douée pour gérer les émotions des autres, et encore moins celles d'un enfant en détresse. Malgré cela, elle tenta du mieux qu'elle pouvait de réconforter le jeune garçon. Gauchement, elle tendit la main et la posa sur l'épaule de Hunfen, offrant une sorte de réconfort silencieux. Hunfen, touché par ce geste, essaya de maîtriser ses larmes et de reprendre son souffle.
Ils arrivèrent finalement à la carriole qui les attendait. Le cocher, un homme d'âge mûr, les regarda monter avec curiosité, mais ne posa pas de questions. Hunfen et Lydia s'installèrent sur les bancs de bois, et le charriot s'ébranla, quittant lentement la ville.