Les enfants de Bordeciel

Chapitre 43 : Les mains sales

3201 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 30/12/2025 20:07

Chapitres 43 – Les Mains sales

Quelque chose venait de basculer.

Hunfen le sentit avant même de le comprendre. Le hurlement n’aurait jamais dû sortir d’une gorge humaine, et pourtant il portait encore l’écho de la voix de Farkas, tordue, méconnaissable. Il cligna des yeux, cherchant le guerrier… et ne le trouva pas.

À l’endroit où se tenait le Compagnon, une masse immense se redressait, voûtée, hérissée de muscles et de fourrure sombre. Les épaules avaient éclaté vers l’extérieur dans un craquement sourd, les bras s’étaient allongés en se tordant, les mains s’écrasant au sol sous le poids de griffes épaisses qui raclaient la pierre.

La tête n’avait plus rien d’humain. Un museau allongé, des crocs luisants sous la torche mourante, et des yeux — des yeux d’un éclat fauve, presque douloureux à soutenir — qui fixaient déjà les hommes en face.

La chose poussa un second hurlement.

Cette fois, ce n’était plus une annonce, ni même une douleur. C’était un appel. Un son brut, qui vibra dans la poitrine de Hunfen comme si on avait frappé directement ses os. Les parois du cairn le renvoyèrent en écho, multiplié, déformé, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de dire d’où il venait réellement.

Les hommes en face reculèrent d’un pas. Juste un.

La masse de fourrure bondit.

Hunfen eut l’impression que le sol avait cédé sous l’impact. Le loup-garou traversa l’espace central en une fraction de seconde. Il ne courait pas ; il fondait sur l’ennemi. Une main griffue balaya l’air, et le premier Main d’Argent n’eut même pas le temps de crier. Il fut projeté contre un pilier avec un bruit mat, mou, comme un sac de viande jeté trop fort. Il glissa le long de la pierre, laissant derrière lui une traînée sombre.

Un autre leva son arme. Le loup-garou l’attrapa à la poitrine, les griffes s’enfonçant dans le cuir et la chair sans distinction. Hunfen vit la bouche de l’homme s’ouvrir, les yeux s’écarquiller, et puis il y eut un craquement sec, trop net, trop définitif. Le corps fut rejeté au sol, inerte, comme une poupée brisée, répandant une flaque carmin. L’odeur monta aussitôt, métallique, écœurante. Hunfen sentit sa gorge se nouer.

Ce n’était pas un combat. C’était une dévastation.

Mais ils étaient trop nombreux.

Les Mains d’Argent encerclaient déjà la créature, criant, jurant, frappant ensemble. Une lame mordit la cuisse du loup-garou. Une autre se planta dans son flanc. La bête recula d’un pas, un grondement sourd roulant dans sa poitrine. Elle arracha la lame d’un geste brutal, laissa la chair se déchirer sans un cri, puis replongea dans la mêlée.

Hunfen vit un homme être soulevé du sol, secoué comme un pantin, puis lâché sans ménagement. Un autre tenta de frapper par-derrière ; la gueule se referma sur son épaule dans un claquement humide. Il hurla. Le son se coupa net.

Hunfen ne savait plus où regarder. Chaque image chassait la précédente avant même d’avoir le temps de s’imprimer, sauf certaines — trop précises, trop nettes. Une main qui lâche une hache. Un casque qui roule sur le sol. Un œil ouvert, fixe, qui ne regardait plus rien.

« Reste en arrière ! »

La voix de Lydia fendit le chaos.

Une poigne de fer se referma sur l’épaule de Hunfen et le tira violemment vers l’alcôve au fond du petit couloir. Il trébucha, faillit tomber, et se heurta à Braith et Lars qui chancelèrent sur le coup. Il resta contre le mur, la pierre froide dans le dos, le souffle court.

« Restez là ! » ordonna Lydia, déjà tournée vers la salle.

Elle se plaça devant l’entrée du couloir, bouclier levé, lame prête. Sa silhouette bloquait presque toute la largeur du passage. Hunfen la vit par-dessus son épaule : immobile, solide, comme une porte qu’on ne franchit pas.

Un Main d’Argent surgit sur elle, criant quelque chose que Hunfen ne comprit pas. Lydia para son coup, riposta aussitôt. L’homme recula en jurant, un autre prit sa place. Les coups s’enchaînaient, secs, rapides. Lydia ne criait pas. Elle frappait.

Hunfen serrait sa dague à s’en faire mal, ses doigts tremblants. La chaleur familière dans sa paume gauche monta d’un cran, comme une braise qu’on attise. Ses flammes. Il se concentra dessus, cherchant à les maintenir, à les appeler sans les laisser déborder. Ça, je maîtrise, se répéta-t-il. Ça, je peux le montrer.

Un choc sourd fit vibrer la pierre derrière eux. Quelqu’un avait été projeté contre le mur du couloir, de l’autre côté. Braith laissa échapper un petit cri étouffé. Lars respirait trop vite, ses épaules montant et descendant de façon saccadée.

« Regardez pas », murmura Hunfen sans savoir s’il parlait pour eux ou pour lui.

Un Main d’Argent tenta une feinte. Lydia para le premier coup, mais un second surgit sur sa droite. Elle pivota, trop tard. Les lames s’entrechoquèrent, coincées un bref instant.

Hunfen vit alors ce que Lydia ne pouvait pas voir.

Un troisième homme, resté en retrait, observa la scène une fraction de seconde. Son regard glissa sur le loup-garou occupé plus loin, sur Lydia engagée, puis sur le couloir. Sur eux.

Il sourit.

Il se glissa entre deux combattants, rapide, bas, dague en main, et plongea dans le couloir.

Hunfen sentit son cœur s’arrêter.

Son monde se réduisit à cette silhouette qui avançait vers eux, lame levée, déterminée. Il n’y avait plus de bruits autour, plus de cris, plus de hurlements. Juste cet homme. Juste cette dague. Juste cette certitude terrible : il va nous tuer.

La chaleur dans sa poitrine devint brûlure. Il voulut crier de s’arrêter. Il voulut appeler Lydia. Il voulut faire jaillir des flammes. Mais il fit autre chose.


Lydia vit l’homme au même instant. Elle pivota, força sur son appui, chercha l’angle — trop loin. Sa lame ne fendit que l’air, passant à un souffle de la cape de peau. Le Main d’Argent s’engouffrait déjà dans le couloir, la dague hors du fourreau.

Merde !

Trois mots, un coup de tonnerre. Le Main d’Argent lui repassa devant le visage, en volant.

Son corps traversa la salle dans un sifflement impossible, sans jamais toucher terre.

CRAC.

Le mur en face s’enfonça dans un bruit sec. Le corps retomba lourdement, disloqué, sans un son.

Un silence étrange suivit. Lydia tourna la tête vers le couloir. Braith et Lars étaient vivants. Plaqués contre la pierre. Tétanisés. Intacts. Au milieu, Hunfen était là. Il ne criait pas. Il ne pleurait pas. Son visage était figé, entre la colère et l’horreur, les mains encore tremblantes.

L’enfant croisa le regard de Lydia, et n’y trouva rien. Ni reconnaissance, ni même un reproche. Quelque chose s’était fermé. Le visage de la guerrière n’avait presque pas changé, mais ce qu’il y avait derrière… avait disparu. La tension qui l’habitait jusque-là — cette vigilance constante, cette inquiétude contenue — s’était éteinte comme une flamme qu’on étouffe.

Elle se retourna vers la salle.

Hunfen la vit s’éloigner sans un mot. Sa démarche avait changé. Elle ne courait pas. Elle avançait droit, vite.

Un Main d’Argent titubait près d’un pilier effondré. Il tenait encore son arme, mais ses gestes étaient désordonnés, son regard allant du loup-garou à Lydia comme s’il cherchait à comprendre ce qui se passait. Il cria quelque chose — un ordre, peut-être, ou un avertissement trop tardif.

Lydia ne ralentit pas.

Elle leva son bouclier et frappa une fois, violemment. L’homme bascula en arrière. Avant qu’il ne touche le sol, sa lame perça déjà. Hunfen vit le corps se raidir, puis s’affaisser d’un seul coup.

Lydia continua.

Un autre gisait plus loin, à genoux, une main plaquée contre son flanc d’où le sang coulait en abondance. Son arme avait glissé hors de portée. Il leva les yeux en la voyant approcher, la bouche ouverte, cherchant son souffle. Ses lèvres bougèrent. Hunfen crut y voir un mot…

Lydia ne s’arrêta pas.

Elle passa derrière lui et frappa, net. Le corps tomba sur le côté, lourdement.

Hunfen, la gorge encore en feu, luttait pour respirer.

Un troisième homme recula près de l’entrée de la salle, les mains déjà levées, sa hache tomba à ses pieds avec un tintement clair. Il parlait trop vite, d’une voix étranglée. Ses yeux allaient de Lydia au loup-garou, puis revenaient à elle, suppliants.

Elle trancha, sans un regard.

Le corps resta debout une fraction de seconde, comme surpris, puis s’effondra à genoux avant de s’écrouler complètement. Le silence retomba aussitôt autour de lui.

Hunfen détourna les yeux trop tard.

Il entendit encore, au loin, un grondement animal, des cris étouffés, des os qui cédaient. Il devinait le loup-garou plus qu’il ne le voyait, une masse en mouvement dans les ombres, trop rapide, trop violente pour être suivie.

Mais Lydia…

Elle n’était plus en train de les protéger.

oOo

Le silence était revenu. Pas un vrai silence — pas celui des temples abandonnés — mais un calme brisé, irrégulier, traversé de bruits trop précis pour être ignorés. Le goutte-à-goutte d’un liquide épais sur la pierre. Un souffle rauque, trop régulier pour être du vent. Le crépitement mourant d’une torche malmenée.

La masse de fourrure se contracta une dernière fois, puis s’affaissa.

Il y eut un long craquement, presque osseux, comme si quelque chose se repliait sur soi-même après avoir été étiré au-delà du raisonnable. La silhouette immense se recroquevilla, trembla, puis se redressa péniblement — plus basse, plus étroite, plus humaine.

Farkas retomba à genoux.

Ses mains s’écrasèrent contre la pierre froide, laissant des empreintes sombres. Il resta ainsi un instant, le dos voûté, le souffle court, les épaules secouées de spasmes qu’il ne cherchait même pas à masquer. Ses cheveux étaient trempés de sueur, collés à son front. Il leva lentement la tête, comme s’il sortait d’un cauchemar trop vif pour se dissiper aussitôt.

Son armure pendait en lambeaux. Une pièce de cuir arrachée dévoilait une large entaille à la cuisse, d’où le sang s’écoulait en filets sombres. D’autres blessures zébraient ses bras, son torse. Certaines saignaient encore. D’autres avaient déjà commencé à se refermer, laissant des traces violacées, irrégulières.

Farkas passa une main tremblante sur son visage, comme pour s’assurer qu’il était bien revenu. Puis il tourna la tête. Lydia était toujours là, immobile, le bouclier abaissé mais encore prêt. Une entaille rouge vif barrait son avant-bras gauche, juste sous la manche déchirée. Rien de grave. Elle ne semblait même pas l’avoir remarquée.

Derrière elle, tassés dans l’alcôve, Hunfen, Braith et Lars ne bougeaient pas.

Leurs yeux étaient trop grands pour leurs visages.

Farkas cligna des paupières, comme si la lumière lui faisait mal.

« … J’espère que je ne vous ai pas fait trop peur. »

Sa voix était rauque, éraillée, mais étrangement douce. Presque gênée.

Personne ne répondit.

Braith avait la bouche entrouverte, sans son rictus habituel. Lars fixait quelque chose au sol, sans ciller. Hunfen, lui, regardait Farkas droit dans les yeux — pas avec reproche, pas avec admiration. Juste avec une étrange intensité silencieuse qui le mit mal à l’aise.

Farkas soutint le regard une seconde de trop, puis détourna les yeux.

« Restez ici, dit-il finalement. Avec Lydia. »

Il hocha la tête vers la guerrière, sans la regarder vraiment.

« Je vais vérifier l’entrée. Voir s’ils n’ont pas laissé d’autres hommes dehors. »

Lydia acquiesça, mécaniquement.

« Fais vite », dit-elle simplement.

Farkas attrapa une hache tombée au sol — pas la sienne, une autre — et s’éloigna en boitant légèrement vers l’entrée du cairn. À chaque pas, une douleur sourde remontait le long de sa cuisse entaillée, mais il n’y prêta pas attention. Il atteignit l’entrée du cairn en s’appuyant brièvement contre la paroi. La lumière du jour filtrait par l’ouverture béante, froide et blanche, découpant les formes avec une netteté presque irréelle. La neige, dehors, réfléchissait cette clarté sans chaleur qui faisait mal aux yeux après l’obscurité. Il inspira profondément, cherchant à calmer le martèlement sourd qui résonnait encore dans ses tempes. L’air froid de la montagne emplit ses poumons, chargé d’odeurs de neige et de pierre humide, presque propres après la suffocation de la salle centrale.

Il s’arrêta net.

Quelqu’un était là.

Pas en embuscade, pas même vraiment caché non plus. Une silhouette assise contre la paroi, à moitié affaissé, comme si elle avait glissé là sans y penser. Son casque avait roulé à quelques pas, laissant apparaître un visage jeune, trop lisse pour ce lieu, trop pâle aussi.

Farkas sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine.

Le garçon portait une armure de cuir mal ajustée, trop large aux épaules, trop raide encore. Une cape de peau de loup – ou ce qui y ressemblait – pendait de travers dans son dos, tachée de sang sombre qui n’était pas tout à fait le sien. Une estafilade barrait sa cuisse droite, mal bandée, et il tenait sa main contre la plaie avec une détermination maladroite, les doigts crispés, blanchis par l’effort.

Quand leurs regards se croisèrent, le garçon sursauta violemment.

Il chercha son arme d’un geste affolé, la trouva du bout des doigts, la leva — trop lentement, sans équilibre.— Elle lui glissa de la main dans un bruit sec.

Farkas s’immobilisa aussitôt.

Il leva les mains, lentement, paumes ouvertes, dans un geste qu’il n’avait pas fait depuis longtemps.

« Doucement…, dit-il d’une voix basse, encore rauque de la transformation. C’est fini ; nous n’avons plus de raison de nous battre. »

Le garçon haletait. Ses yeux allaient de Farkas à l’ouverture du cairn, puis revenaient, trop vite, incapables de se fixer.

« T’approche pas… » bredouilla-t-il.

Sa voix tremblait. Elle n’avait pas encore mué complètement. Quatorze ou quinze hivers, peut-être. Seize tout au plus. « Je sais ce que t’es ! »

Farkas n’en nia rien. Il avança d’un pas. Très lentement. Le garçon recula jusqu’à heurter la pierre derrière lui.

« Tu peux…, reprit-il, avalant sa salive. Tu peux redevenir comme ça, d’un coup. Je t’ai vu ! »

Il parlait vite, trop vite, comme s’il avait peur que le silence l’engloutisse.

Farkas hocha la tête.

« Oui. »

Il s’accroupit à quelques pas du garçon, restant bien en vue, sans tenter de combler la distance.

« Tu es blessé. »

Le garçon suivit son regard jusqu’à sa cuisse, comme s’il la découvrait pour la première fois. Il haussa les épaules d’un geste maladroit.

« C’est rien. »

Puis, après un instant :

« Enfin… j’crois. »

Il rit nerveusement, un son trop aigu pour l’endroit.

Farkas tendit lentement la main, s’arrêta à mi-chemin.

Le garçon hésita. Longuement. Puis il hocha la tête, presque imperceptiblement.

Quand Farkas le saisit par l’avant-bras, il sentit la maigreur sous le cuir, la tension prête à céder. Le garçon se laissa tirer à moitié debout, grimaça, pesa de tout son poids contre lui sans même s’en rendre compte.

Ils restèrent ainsi un instant. Deux respirations désaccordées.

« T’es… » commença le garçon, puis se tut, cherchant ses mots.

« T’es vraiment calme. »

Farkas esquissa un sourire fatigué.

« Je le suis à nouveau. »

Le garçon fronça les sourcils.

« Mais… t’étais un monstre. »

Il ne disait pas ça avec haine. Plutôt avec une confusion sincère.

Le Compagnon ne répondit pas. Le silence de l’après-combat s’étirait, pesant. Le garçon regardait autour de lui, vers la lumière de l’extérieur, vers l’entrée de la sale centrale où les corps jonchaient le sol. Puis son regard revint à Farkas.

« Le cri… »

Il s’interrompit, inspira, reprit plus vite encore.

« Celui qui a tout fait trembler. C’était… c’était le Thu’um, hein ? »

Farkas sentit sa main se crisper légèrement sur l’épaule du garçon.

Il ne répondit pas.

« C’était lui, pas vrai ?, insista le garçon, les yeux soudain brillants. L’Enfant-de-Dragon. Celui dont parlent les bardes. Celui qui va sauver Bordeciel des dragons ! »

Il se mit à parler de plus en plus vite, l’excitation prenant le pas sur la douleur.

« Je croyais que ce serait un grand guerrier, tu vois. Comme dans les histoires. Avec une armure dorée, une épée énorme. Mais… Je l’ai vu ! Enfin… j’ai vu quelqu’un. Là-bas. Mais c’est… »

Il eut un rire bref, incrédule.

« C’est un petit ! Je suis plus grand que lui ! »

Il secoua la tête, comme si cette pensée l’amusait autant qu’elle le bouleversait.

Il se tut, chercha ses mots.

« Moi… Moi aussi, je veux être un héros ! »

Farkas s’arrêta. Le garçon continua, sans remarquer le changement.

« Les Mains d’Argent… On tue des monstres. Des bêtes qui attaquaient les villages. Des gens comme toi. Des loups-garous. C’est vrai, tu sais ! J’ai vu des fermes attaquées. Des corps… mangés. »

Il fronça les sourcils.

« Mais là… »

Il cligna des yeux.

« Là, j’sais plus trop. »

Il s’interrompit brusquement.

Sa bouche resta entrouverte, comme s’il cherchait ses mots. Ses yeux se voilèrent, sans peur, ni même surprise.

Son poids s’alourdit soudain contre Farkas. Il le retint d’un geste sûr, presque doux.

Le corps du garçon glissa lentement au sol ; Farkas l’accompagna jusqu’au bout, le déposant sur la pierre avec une délicatesse désormais inutile. Il lui arrangea la cape, par réflexe.

Il resta accroupi un moment, puis retira sa dague, essuya la lame, et se releva.

Sans un mot, il tourna les talons et repartit vers la salle centrale.

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