La Fiole Blanche

Chapitre 6 : Comment tuer un troll

6646 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/01/2026 14:14

En ouvrant les yeux, Eddling s'aperçut qu'il n'était plus dans sa chambre à Vendeaume, mais dans un endroit des plus étranges qui ne ressemblait à aucun lieu en Bordeciel ni même de Nirn. Il se trouvait sur une plateforme de métal sombre et entrelacé, au-dessus d'une mer verdâtre dont les flots, calmes, s'étendaient jusqu'à perte de vue. Le ciel quant à lui, était couvert de tentacules agitées aussi noires que de l'encre. Mais le plus impressionnant — en dehors de la distance vertigineuse qui le séparait des eaux en contrebas — était les innombrables piles de livres entassés tel des montagnes tout autour de lui. 

Il comprit qu'il était en train de rêver. 

De cela, le vieil homme en était certain, car jamais il ne s'était senti aussi bien : respirer lui était simple, agréable, et ses articulations ne le faisaient plus souffrir le martyr. Son corps n'était plus cette prison d'inconfort et de douleurs qui le maintenait captif depuis quelques années. Après cette prise de conscience, il essaya de rassembler les souvenirs de la dernière fois qu'il était éveillé. Petit à petit, des fragments lui revinrent en mémoire, tout d'abord de façon désordonnée, puis avec plus de facilité, s'emboîtant les uns au autres tels les pièces d'un puzzle. Eddling se souvint de leur fuite secrète de Vendeaume. Être contraint de quitter son échoppe, avait été un véritable crève-cœur pour le viel alchimiste qui répugnait à abandonner son matériel et ses nombreux ingrédients. Malgré tous ses efforts pour empêcher Eddling d'emporter avec eux le trois quarts de la boutique, Verick avait fini par concéder, avec agacement, à porter sur son dos une charge considérable. Ils avaient ensuite trouvé refuge dans l'auberge de la Porte de Nocturne au nord-ouest de Vendeaume. Un établissement austère qui ne comptait que trois chambres miteuses, mais qui avait pour avantage d'être peu fréquenté et proche du village d'Aubétoile, leur destination finale. 

Il sursauta lorsque une nuée d'oiseaux noirs le frôla. Mais ses yeux gris, qui avaient perdu le voile blanc causé par la cataracte, discernèrent qu'il s'agissait en vérité de livres volant comme emportés par un tourbillon de vent pourtant imperceptible. Sa curiosité désormais éveillée, Eddling déambula dans ce monde inconnu et intriguant, avec la désagréable impression d'être observé par des yeux invisibles. De nombreuses passerelles étaient reliées entre elles, et il les parcourue sans difficulté. Marchant à grandes enjambées, comme autrefois lorsqu'il partait en exploration pour se réapprovisionner en ingrédients. 

Il arriva devant une grande porte qui était du même acier noir et ouvragé que les passerelles. À son approche, les battants s'ouvrirent dans un grincement sinistre. 

- Une invitation ? se demanda le vieil homme, son intérêt piqué à vif. 

Avec impatience, il découvrit une pièce aussi grande qu'une cathédrale où se dressaient de hautes et innombrables bibliothèques débordantes d'ouvrages. Lorsqu'il en parcouru les nombreuses allées, il se rendit compte qu'il y avait d'autres portes menant à des salles similaires, formant un labyrinthe sans fin. 

Pour Eddling, cela ne faisait plus aucun doute : il se trouvait en Apocrypha, le royaume d'Hermaeus Mora.

Quelque chose passa subrepticement devant lui. Lorsqu'il se pencha pour l'observer, caché dans l'angle d'une étagère, il se rendit compte que ce qu'il avait prit pour un tas de chiffons flottant, était en faite une créature mi-humaine au visage tentaculaire, vêtue d'un long voile de tissus gris et en lambeau. Elle flottait paresseusement le long des bibliothèques, un livre dans une de ses six mains décharnées, pourvues de griffes.

« Ne t'inquiète pas, mortel, mes serviteurs ne te feront aucun mal. Ils sont les gardiens du Savoir... et le Savoir, est infini... » dit une voix aussi profonde que des abysses.

Eddling chercha du regard d'où elle provenait, mais elle semblait résonner partout autour de lui.

« Je suis Hermaeus Mora... mais l'on me connaît également sous de nombreux noms... et tu te trouves dans mon royaume: Apocrypha, la somme de toutes les connaissances... » 

Le Prince Daedra parlait avec lenteur ; chaque mot était prononcé avec un soin calculé.

- Hé bien... dit le vieil homme un peu désarçonné, ... je suis Eddling Reflet-Ardent, humble alchimiste. 

Le rire d'Herameus Mora raisonna, interminable. Quand enfin le Prince Daedra se remit de son hilarité, il demanda :

« Un humble alchimiste... le penses-tu sincèrement ? »

Déchirant le voile de l'univers, une masse noire et tentaculaires, pourvue en son centre d'un œil immense, semblable à celui d'un poulpe ; apparut devant Eddling. D'innombrables autres mêmes yeux jaunes et vitreux s'ouvrirent pour l'observer : apparaissant et disparaissant sans cesse, dans cette aura sombre, épaisse et coulante comme de l'encre. Eddling se rendit compte avec effroi, que plus il regardait le Daedra, plus il avait la sensation que son esprit s'enfonçait dans des profondeurs insondables.

- Tu es mon invité, car je pense au contraire que, pour un simple mortel, tu es doté de qualités qui me seraient... profitables. 

Eddling s'arracha avec peine de la vison de l'apparence du Prince Daedra, qui lui donnait le vertige, et répondit en secouant la tête.

- Je ne pense pas vous être d'une grande utilité. Je sui mourant. 

- Crois-tu que je l'ignore, Eddling ? Je vois tout... rien ne m'échappe, que ce soit sur Tamriel ou ailleurs... 

Hermaeus Mora ajouta, ce qui provoqua des frissons le long de l'échine de l'alchimiste :

- j'ai lu ton destin, et dans celui-ci, tu m'appartiens. 

- Non... répondit, Eddling. Je suis un Nordique. Mon destin m'appartient, et à mon trépas, je boirais avec les anciens héros et mes ancêtres en Sovngarde ! 

Il avait crié les derniers mots, gagné par la colère. Jamais il n'avait laissé quiconque lui dicter comment mener sa vie ; alors il n'allait certainement pas ployer le genou face à un Daedra en forme de poulpe. 

Un nouveau rire tonna, mais cette fois-ci, il fut glacial.

- Cher ami... si je connais ton destin... je connais aussi celui de ceux qui te sont chers... 

Eddling eut la sensation qu'une lourde pierre venait de tomber dans son estomac. 

- Oh, je pourrai te raconter toute cette histoire tragique en détail, mais ce serai d'un ennui... et je déteste perdre mon temps, dit avec lassitude le Daedra, Gardien de la Connaissance. 

- À la place, je vais te donner l'opportunité de voir les évènements de tes propres yeux...

Avant même qu'Eddling ne put ouvrir la bouche, les tentacules d'Hermaeus Mora jaillirent vers lui et l'entraînèrent dans une obscurité totale.



***


Retournant au campement Impérial, Louve fit un large détour, afin de contourner le chemin qu'ils avaient emprunté lors de leur fuite. Entendant des martèlements sourds de sabots frappant la terre, elle s'étala à plat ventre sur le sol. Cachée par les branches d'un petit conifère aux épines fournies et bleutées, elle put voir sans être repérée les arrivants. Menant une troupe de soldats à cheval, le Commandant Braccus se tenait sur un magnifique étalon, d'un blanc aussi immaculé que la poudreuse aux pieds de la Nordique. L'Impérial fulminait, s'en prenant rudement à ses hommes, qui le suivaient docilement en échangeant des regards craintifs.

- Ils sont partis par là, alors bougez-vous le cul pour une fois ! Je les veux morts avant le lever du soleil !

- Oui mon Commandant ! répondirent-ils en cœur, avant de partir au galop à la suite de leur chef.

- Oh ça, pour sûr ; c'est une belle bande de crétins en jupettes, murmura la jeune femme avec un sourire moqueur.

Louve ne prit pas immédiatement la direction que lui avait indiquée la Haute-Elfe, car elle avait une idée derrière la tête. Repassant au-dessus du mur, elle évita avec facilité les soldats, qui paniqués, s'affairaient à rassembler le plus d'équipements possible avant l'évacuation temporaire des lieux. Libérée de la volonté de son invocatrice, le Colosse-de-Chair prenait un malin plaisir à semer le désordre et la destruction sur son passage, massacrant les quelques légionnaires assez téméraires pour tenter de l'arrêter. Profitant du chaos provoqué par la créature, elle poursuivit son chemin jusqu'à finalement trouver ce qu'elle cherchait ; la tente du Commandant Impérial. 

Elle se démarquait des autres de par sa taille plus importante, mais aussi, car elle était ornée de tenture dorées. Sans hésitation, elle y pénétra. L'intérieur était confortable ; des tapis recouvraient le sol dur, plusieurs bibliothèques et secrétaires contenant des livres et des parchemins soigneusement enroulés, entouraient l'espace. Un siège rembourré à haut dossier, se dressait derrière un bureau massif au bois lustré. Presque immédiatement, son regard se posa sur un râtelier d'arme et un sourire radieux apparut sur le visage de la Nordique. Son arc long était là, ainsi que son carquois rempli de flèches. Elle retrouva ensuite ses vêtements dans un coffre, juste à côté du râtelier, ainsi que son couteau de chasse et sa besace. Louve lâcha un grognement de satisfaction, en enfilant sa tenue et ses bottes de peaux et de fourrures. Puis, elle s'équipa de ses armes. Sentir le poids familier de son arc et de ses flèches dans son dos, lui fut un soulagement. Elle n'avait enfin plus le désagréable sentiment d'être vulnérable. Comme si sans ses armes, la jeune femme était complètement nue.

Mais Louve ne s'arrêta pas là, prise d'une impulsion, elle se mit à renverser et jeter tous ce qui lui passait sous la main. Mettant le désordre dans les affaires soigneusement rangées et classées du commandant. Chaises, pupitre, vases décorés, bouteilles d'encres, livres et tenues officielles, volèrent à travers la tente. À l'extérieur, le tumulte que faisait la créature d'Oblivion et les Impériaux, était si important, qu'il y avait peu de chance qu'on l'entende. Chaque objet qu'elle réduisait en morceaux, lui procurait une joie et un soulagement intense. Le souffle court, elle se retrouva devant le grand bureau. Une grande carte de la Province de Bordeciel était étalée sur la table et de petits drapeaux bleus et rouges y étaient épinglés. Les drapeaux rouges représentaient les positions des troupes Impériales et ceux en bleus, celles de leurs ennemis : les Sombrages. La Nordique eut un sourire satisfait en constatant que les rebelles donnaient aux légions Impériales du file à retordre en vue du nombre de leurs drapeaux sur la carte. Posant les yeux sur une pile de parchemins bien alignés, elle hésita, puis les parcouru rapidement. Pour la plupart, il s'agissait de lettre, de documents et rapports officiels au contenu assommant. La pile semblait interminable, mais elle devait certainement contenir des informations importantes. Louve en prit une bonne moitié, qu'elle fourra à l'intérieur de son pourpoint, puis tourna les talons. 

Sur le point de passer à travers les pans de la tente, elle s'immobilisa pour jeter un dernier regard satisfait à « son œuvre ». La pièce était à présent dans un capharnaüm total. Elle s'éloigna en imaginant la tête que ferait l'Impérial en découvrant la mise à sac de sa tente et, par dessus tout, de la longue liste de problèmes que lui causerait la perte de ses précieux documents. 

Maintenant qu'elle sentait l'air frais sur son visage, Louve était plus calme et lucide. Il lui fallait à présent rattraper le temps qu'elle avait perdu. Vêtue de ses vêtements chauds, elle se sentait plus à l'aise de progresser dans la neige et le froid glacial. Elle atteignit rapidement les décombres noircis des écuries. Cette partie du campement était abandonnée, lui laissant tout le temps pour s'accroupir et observer les traces sur le sol. Il y en avait énormément, dues à la panique qu'avait causée l'incendie. Mais Louve cherchait des indices précis, laissant son imagination démêler ce qu'elle avait sous les yeux. Après avoir déclenché le feu, Agmund, avait dût se tenir à un point éloigné, afin de s'assurer que la diversion fonctionnait. Au bout de quelques minutes, elle repéra des empruntes ; quelqu'un s'était caché derrière l'angle d'une tourelle de bois et les traces profondes, suggéraient qu'il était resté longtemps immobile. 

- Te voilà... souffla la chasseuse.

Elle suivit les pas qui s'éloignaient du campement et s'arrêtaient devant le mur nord. Louve l'enjamba, et continua de suivre la piste, qui s'espaçait : Agmund s'était mit à courir. Elle fronça les sourcils quand elle repéra des empruntes de pattes de chiens se mêlant aux siennes. Agmund avait été traqué par au moins trois molosses de l'Empire. 

Louve accéléra le pas, courant dans la poudreuse qui devenait plus profonde à mesure qu'elle progressait vers le nord. La neige tassée, lui indiqua qu'à cet endroit, Agmund avait été rattrapé par les chiens et qu'un combat avait eut lieu. Du sang, encore frais imbibait la neige. Sur les trois bêtes, l'une était morte, un trait de glace fichée à travers la gueule. Mais d'autres gouttes de sang à proximité, indiquaient qu'Agmund avait été blessé. Un autre cadavre de chien, calciné celui-ci, se trouvait non loin. Louve suivit la piste : le Nordique avait ensuite battu en retraite, tentant de tenir à distance la dernière bête restante. 

Elle courait, suivant le sang qui devenait de plus en plus abondant, lorsqu'elle entendit le grondement de la rivière Courtgivre. Agmund avait continué à fuir en perdant beaucoup de sang, jusqu'à se retrouver dos à la rivière. L'aube commençait à percer l'horizon, quand elle le trouva.

Il était là, étendu sur le sol. Le dernier chien de l'Empire gisait à ses côté, couché sur le flan. Avec un mauvais pressentiment, Louve s'accroupit. Sous les rayons éblouissants du soleil, elle frémit en voyant l'ami de la Haute-Elfe. : cet « Agmund » était en faite un jeune garçon. Les yeux clos, la peau pâle, l'adolescent était immobile. 

La gorge serrée, Louve se pencha pour essayer de percevoir un souffle entre les lèvres du garçon, tout en passant délicatement une main sur son cou, à la recherche d'un pouls. Sa peau était glacée. Avec le grondement de la rivière à côté d'eux, elle tendit pas sa respiration, mais elle finit par sentir une faible pulsation sous ses doigts. 

Il était faible, mais vivant. 

Avec un soupir de soulagement, elle baissa ensuite les yeux sur sa blessure. Il avait été mordu à la cuisse, et son pantalon était imbibé de sang. En écartant les tissus déchiquetés, elle vit une plaie profonde, d'où jaillissait encore du sang. Déchirant un pan de sa cape, Louve entreprit de faire un garrot bien serré pour arrêter le saignement, avant de le couvrir de celle-ci. Elle jeta ensuite un bref regard à la bête morte à ses côtés. Le manche d'une dague noire et couverte de runes, était enfoncée entre ses côtes. Louve se pencha vers le garçon.

- Bravo, tu t'es bien battu, lui souffla-t-elle à l'oreille.

Puis elle ajouta, déterminée :

- Mais accroches-toi encore, car sur Shor, je ne te laisserai pas mourir ici ! 

Elle le souleva et, dans un grognement, le fit basculer sur son dos. Elle grimaça sous le poids du corps inanimé de l'adolescent, qui était bien plus lourd que ce qu'elle avait pensé. Puis, avançant avec difficulté dans la neige qui lui arrivait jusqu'aux genoux, elle progressa laborieusement en direction du sud-est. 



***


De retour à Ombrenoire, Calyndra aidait Mogrimm'Dar à s'assoir. La Haute-Elfe s'était assurée à ce qu'aucun troll se trouvait dans cette partie de la grotte, avant d'y pénétrer avec le Khajiit. Mais à présent qu'elle regardait avec attention la blessure de celui-ci, elle se mordit la lèvre. La balafre était profonde, traversant l'arcade sourcilière ; elle passait très près de l'œil gauche, jusqu'à la pommette. Ce qui inquiétait la jeune femme, s'était l'état de son œil, dont le blanc était gorgé de sang. Son air contrit n'avait pas échappé à Mogrimm'Dar, qui dit avec un humour teinté d'amertume :

- Ce Khajiit a-t-il perrrdu à jamais son joli minois ?

- Vous aurez certainement une belle cicatrice, mais ce n'est pas ça qui m'inquiète.

Il ne répondit rien, il savait très bien ce que la Haute-Elfe craignait. Calyndra sortit une potion de soins mineure prise chez Eddling et la lui tendit.

- Tenez, buvez-en à petite gorgée.

Il la prit entre ses mains et commença à la boire. Calyndra attendit patiemment qu'il l'eût terminée avant d'ajouter :

- Bien... maintenant ne bougez plus, je vais vous lancer un sort de soin.

Si il y avait une voie de la magie que Calyndra détestait plus que toute autre : c'était celle de la guérison. Elle trouvait cette école à la fois ennuyeuse et d'une difficulté ridicule. À l'Académie de Fortdhiver, elle s'était toujours contentée d'obtenir une note suffisante pour éviter les cours de rattrapage. En retenant un soupir d'agacement, elle tendit la main et ferma les yeux. 

Une lueur doré irradia de sa paume, refermant légèrement la plaie. Mais malgré ses efforts, le résultat demeura médiocre. Il aurait fallut une potion plus efficace pour compenser son sort de soin. Elle se maudit intérieurement de son manque d'assiduité dans cette discipline, se promettant de s'y consacrer plus sérieusement à l'avenir. Cependant, il y avait une école où la Haute-Elfe excellait. 

Dans le campement abandonné des bandits, Calyndra trouva ce qu'elle cherchait : un petit atelier d'alchimie.

- Qu'Auri-El vous bénisse... dit-elle avec soulagement.

Une marmite à la main, Calyndra retourna prudemment à l'extérieur de la grotte pour y récupérer de la neige fraîche, qu'elle fit ensuite fondre une fois revenue à l'atelier. Puis, après avoir sortit de son havresac les ingrédients récupérés chez Eddling ; elle entama sa préparation. A l'aide d'un couteau en argent, elle découpa des racines, puis écrasa des herbes sèches au mortier et au pilon. 

Calyndra, travaillait avec des gestes rapides et minutieux. Rester concentrée à cette tâche lui faisait du bien, chassant momentanément ses angoisses pour Agmund. 

Laissant la marmite mijoter sur le feu, elle retourna voir Mogrimm'Dar. Sa position était plus avachie que lorsqu'elle l'avait laissé. Quand elle s'approcha, il tourna vers elle un regard épuisé et hagard. Elle se pencha vers lui et posa une main sur son front : le Khajiit était fiévreux. 

Il lui fallait un cataplasme pour endiguer l'infection. Fouillant dans le sac, elle se rendit compte qu'il lui manquait un ingrédient primordial pour la préparation : du Mora Tapinella. Un champignon beige poussant dans des arbres morts. Or, elle n'avait ni le temps, ni la possibilité d'en chercher. S'aventurer à l'extérieur alors qu'un bataillon d'impériaux (sans compter une guilde obscure) était à leurs trousses relevait de la pure folie. 

Alors qu'elle fouillait encore frénétiquement à l'intérieur du sac, ses doigts heurtèrent un récipient en verre. elle le sortit pour l'examiner : le bocal contenait une pâte blanchâtre. Calyndra ne se souvenait pas de l'avoir récupéré chez le vieil alchimiste. Elle en dévissa le couvercle et huma le contenu. Fronçant les sourcils, elle en effleura la surface du bout de son index, qu'elle posa sur sa langue. 

Ses yeux s'écarquillèrent. 

Il s'agissait exactement du cataplasme qu'elle comptait préparer. Elle resta un moment circonspecte, se demandant comment ce bocal avait bien pu se retrouver là, puis elle haussa les épaules. Peu importait son origine : ce cataplasme était une véritable bénédiction. 

Elle l'étala avec précaution sur la blessure de Mogrimm'Dar et l'installa plus confortablement. Presque aussitôt, il sombra dans le sommeil. 

Elle-même se sentait épuisée, mais devait rester vigilante. Outre la menace extérieure, un ou plusieurs trolls pouvaient à tout moment découvrir leur présence dans leur tanière. Pourtant, garder les yeux ouverts devenait de plus en plus difficile, maintenant qu'elle n'avait plus qu'à attendre. L'effort déployé pour invoquer le Colosse-de-Chair et soigner Mogrimm'Dar l'avait vidée de ses forces. Luttant contre la torpeur, elle ouvrait et refermait inlassablement les paupières.

Calyndra sursauta. Sa tête venait de basculer brusquement en avant. Confuse, elle scruta les environs : rien n'avait changé. Avait-elle dormi une seconde ou plusieurs heures ? 

Se maudissant pour sa faiblesse, elle se mit à faire les cent pas.

Ses pensées dérivèrent vers Agmund, mais elle secoua la tête pour les chasser. Non, elle devait s'occuper l'esprit autrement. Son attention revint alors à la découverte du baume. Comment était-il arrivé là ? Voilà une question qui méritait réflexion.

Ce n'était pas elle, de cela elle en était certaine. Eddling ? Impossible. Le jour de leur départ, son ancien mentor n'était même pas en état de quitter son lit. Agmund, peut-être ? Mais alors que cette hypothèse prenait forme, le visage au teint grisâtre, au long nez crochu et au regard méprisant du Bréton lui revint en mémoire.

Après tout, l'homme ne l'avait pas quittée des yeux depuis son entrée dans la boutique. Malgré son air étrange et antipathique, Agmund lui témoignait un profond respect et une confiance aveugle. Peut-être Verick était-il plus bienveillant que Calyndra ne l'avait imaginé.

Un bruit provenant du passage étroit, maculé de sang séché, interrompit le fil de ses pensées. 

Calyndra se figea, la main crispée autour du manche de son bâton. Des râles et des grognements résonnèrent contre les parois, annonçant l'arrivée imminente des Trolls-des-Glaces.

Jurant à voix basse, Calyndra se prépara au combat. 

Des ombres difformes s'allongèrent sur les murs, puis les bêtes surgirent par l'ouverture au fond de la caverne.

De taille imposante, les trois créatures bipèdes avaient une apparence à la fois proche et terriblement éloignée de celle d'un être humain. Elles se tenaient voûtées, leurs longs bras traînant sur le sol humide. Leur corps musculeux était couvert d'une fourrure blanche, épaisse et graisseuse, imprégnée de crasse et de sang séché. Leur museau écrasé s'ouvrait sur une gueule démesurée, garnie de crocs jaunâtres, et pour parachever cette vision cauchemardesque, un troisième œil luisait au centre de leur front.

Calyndra lança dans leur direction une vague de foudre, espérant les ralentir. Car malgré leur masse imposante, les créatures étaient d'une rapidité terrifiante. Les trolls passèrent au travers de la décharge comme si les éclairs crépitants les atteignaient à peine. Pire encore, cela sembla attiser leur rage : ils se jetèrent à quatre pattes et foncèrent sur elle à une vitesse affolante.

L'épuisement et la peur qui l'envahissaient figèrent Calyndra sur place. Lorsque la première créature se rua sur elle dans un bond monstrueux, la Haute-Elfe se ressaisit au dernier instant et se jeta à terre, évitant de peu d'être déchiquetée par ses griffes démesurées. Après un roulé-boulé maladroit, elle se releva et leva son bâton, ouvrant un petit portail d'invocation.

Un diablotin en surgit. La petite créature ailée prit son envol au-dessus des trolls et lança une pluie de sorts — qui eurent peu d'effet, mais suffirent à détourner leur attention de l'invocatrice.

Calyndra devait réfléchir. Elle se souvenait avoir lu, des années auparavant, un ouvrage intitulé « Comment tuer un troll », découvert dans la grande bibliothèque de l'Académie. Elle avait toujours détesté le ton léger et infantilisant de son auteur... mais il fallait à présent qu'elle se souvienne de son contenu, et vite.

- Alors... comment tue-t-on un troll ? murmura-t-elle en luttant contre la panique.

Comme un insecte agaçant, le diablotin voletait autour des visages répugnants, rendant les trolls fous de rage. Ils poussaient des cris bestiaux, frappant l'air de leurs longs bras pour tenter de l'attraper.

Des phrases, toutes aussi exaspérantes les unes que les autres, refirent surface dans l'esprit de Calyndra :

« Si vous pensez avoir vu un troll, restez calme et reculez doucement. Ne vous en prenez jamais à un troll sans préparation préalable ! »

Elle réprima un grognement. Parfaitement ridicule et inutile, pensa-t-elle. Mais d'autres passages lui revinrent malgré elle :

« Bien. Si vous avez correctement identifié un troll... » ce qui était manifestement le cas, songea-t-elle avec agacement.

« ... et que vous êtes prêt à l'affronter, sachez que le combat s'annonce difficile. Les trolls aiment rouer leurs victimes de coups à l'aide de leurs bras puissants et de leurs griffes terribles. Il est donc fortement recommandé d'utiliser un bouclier. »

Un cri perçant retentit lorsque le diablotin fut happé par une énorme main et réduit en bouillie. Les trolls tournèrent lentement leurs regards vers la Haute-Elfe, qui venait de faire apparaître un bouclier bleuté, légèrement translucide, dans sa main libre.

- Bon... et maintenant ? souffla-t-elle en pinçant les lèvres. Car il était évident que cela ne suffirait pas.

Les trolls fonçaient déjà sur elle. Calyndra savait qu'elle n'aurait jamais la force de les repousser frontalement, même avec un bouclier magique. Elle érigea à la place de grands murs de glace sur leur trajectoire, les forçant à les contourner ou à les briser. Elle enchaînait les sorts avec son bâton, mais si certains semblaient leur infliger de la douleur, aucun ne parvenait à les stopper.

« Les trolls possèdent une capacité de régénération exceptionnelle. »

La phrase résonna de nouveau dans son esprit. Elle savait que la clé de leur faiblesse se trouvait dans ce livre... mais elle lui échappait, insaisissable, comme de l'eau glissant entre ses doigts. En réprimant l'envie de s'arracher les cheveux, la jeune femme se triturait les méninges, à la recherche de la réponse qui pourtant devait être évidente.

L'un des trolls la surprit en bondissant par-dessus un mur de glace. Elle eut tout juste le temps de lever son bouclier. Sans sa protection magique, elle aurait été écrasée sous son poids colossal. La créature frappa encore, la projetant violemment contre une paroi de la caverne. Sa tête heurtant la roche dure et glacée.

Tandis que sa vision se brouillait et qu'elle voyait les silhouettes massives se jeter sur elle, une lumière rougeoyante passa au-dessus de son corps et frappa l'un des monstres en pleine poitrine.

« Le feu, mes amis, est l'arme ultime pour vaincre un troll. »

Le souvenir lui traversa l'esprit, juste avant que Calyndra ne se sente happé par l'obscurité et l'oubli.



***

En rouvrant les yeux, Calyndra aperçut, à travers le voile flou de sa vision, un visage à la mâchoire carrée et aux traits marqués mais agréables, où se détachaient une paire d'yeux vert olive, à seulement quelques centimètres des siens.

- Tu t'es pris une sacrée volée, ma pauvre... Une seconde de plus et tu finissais en pâté pour trolls, dit une voix féminine et bourrue.

Calyndra voulut se redresser, mais des mains la repoussèrent fermement.

- Reste tranquille, tu n'es pas encore tout à fait remise du choc.

La Haute-Elfe reconnut la Nordique et voulut protester. Mais à présent, une douleur sourde irradiait à l'arrière de son crâne, lui donnant la nausée. Par flashs, les souvenirs de sa lutte face aux trolls lui revinrent douloureusement en mémoire. Elle avait totalement perdu son sang-froid. À présent, elle se souvenait même que Mogrimm'Dar lui avait dit que lui et Louve avaient chassé les créatures à coups de lames et de flèches enflammées. L'état d'épuisement dans lequel elle se trouvait lui avait fait perdre tout sens logique.

Puis, dans un éclair de lucidité, Calyndra se souvint d'Agmund.

La Haute-Elfe regarda autour d'elle et, ne le voyant pas, essaya à nouveau de s'asseoir. Mais Louve, implacable, la maintint au sol.

- Par Talos, arrête de t'agiter !

- Où est Agmund ? demanda-t-elle, presque en criant.

- Il va bien, mais il est blessé, l'informa la Nordique d'une voix calme.

- Je me suis servie des potions que tu avais préparées, et Grimm' m'a dit de lui étaler l'espèce de pâte sur sa plaie. D'après lui, elle a été très efficace.

Rassurée, Calyndra se détendit. « Agmund était en vie... » Cette pensée chaleureuse résonnait encore dans son esprit quand elle sentit le poids de la fatigue peser sur ses paupières, la faisant lentement sombrer dans l'inconscience.

Ce fut l'odeur alléchante de la viande cuisant sur le feu qui la ramena à elle. En ouvrant les yeux, Calyndra vit un peu plus loin la Nordique occupée à tourner une longue broche au-dessus des flammes. Elle discutait en chuchotant avec Mogrimm'Dar, qui se tenait en tailleur près du feu. Elle constata, ravie, qu'il avait l'air en bien meilleure forme.

Profitant du fait que les amis d'Eddling ne s'étaient pas aperçus qu'elle était éveillée, la Haute-Elfe resta un moment à les observer.

Calyndra s'était habituée à la présence du Khajiit. Depuis qu'elle lui faisait davantage confiance, elle le trouvait plutôt sympathique. La Nordique, quant à elle, dégageait une aura naturelle de confiance, mais son comportement rustre et parfois brutal lui inspirait une profonde exaspération. Pourtant, elle se surprit à la regarder plus attentivement.

Débarrassée de sa crasse et vêtue de ses vêtements de chasseuse, Louve était bien différente de la captive en haillons et aux cheveux hirsutes qu'elle avait découverte un peu plus tôt. Calyndra se fit la réflexion qu'elle était même plutôt jolie. Ses cheveux châtains étaient maintenus sur le côté par une natte qui rebondissait sur l'une de ses épaules. Sur la partie opposée, ils étaient rasés.

Comme si elle avait senti les yeux de la Haute-Elfe posés sur elle, Louve leva la tête dans sa direction.

- Tiens... ce ne seraient pas les grognements de ton estomac vide qui viennent de te réveiller ? demanda-t-elle, moqueuse.

Gênée qu'elle l'ait surprise en train de la scruter, Calyndra s'empressa de détourner le regard.

- Non, pas du tout, répondit-elle d'un air renfrogné.

Plaquant subitement son bras sur son ventre, elle essaya d'étouffer l'énorme gargouillement qui venait de s'en échapper. La Nordique eut un rire railleur et se détourna. La mine boudeuse, Calyndra se leva doucement pour les rejoindre. Si elle n'avait pas eu aussi faim, elle se serait promis de ne pas toucher à la cuisine de Louve. Mais lorsqu'elle s'approcha du feu, elle sentit malgré elle sa bouche saliver.

Mogrimm'Dar la salua d'un signe de tête respectueux, un léger sourire étirant ses lèvres sous son œil bandé. Apercevant la silhouette étendue d'Agmund près de lui, elle s'empressa de s'agenouiller à ses côtés.

Le visage serein, il était toujours inconscient.

- Ne vous inquiétez pas, Dame Calyndra. Ce Khajiit prie les lunes pour qu'elles veillent sur lui. Sa torpeur n'est qu'un passage vers sa guérison, assura Mogrimm'Dar.

Louve la rejoignit au pied du garçon et, avec des gestes plus délicats que ce que Calyndra l'aurait cru capable, déroula le bandage de fortune autour de sa cuisse. En voyant la blessure, la Haute-Elfe mesura à quel point la morsure avait dû être profonde. Mais grâce aux soins prodigués par Louve, elle était déjà bien refermée. Calyndra effleura du bout des doigts la peau légèrement rosée autour de la plaie, se disant que c'était bon signe.

- Merci... pour avoir sauvé Agmund... et pour m'avoir sauvée aussi, lâcha-t-elle en croisant le regard de la Nordique.

Voyant Louve hausser les épaules comme pour minimiser ses actes, Calyndra poursuivit :

- Tu as pris soin de nous et soigné nos blessures, tout en nous protégeant du danger. C'est vraiment... honorable.

- Tu as bien sauvé la mienne et celle de cet imbécile de chat, répondit Louve dans un grognement.

Elle semblait peu habituée à recevoir des remerciements, et encore moins des compliments. Pour retrouver contenance, Louve se releva en faisant claquer ses mains sur ses cuisses.

- Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai les crocs. Pas vrai, Grimm' ?

- Mogrimm'Dar reconnaît que sa patience est mise à rrude épreuve...

Ils s'installèrent pour partager le repas. La viande était, bien qu'un peu dure à mâcher, très savoureuse. Sentant quelques notes d'herbes et de fleurs sur sa langue, Calyndra lança un regard au bol que Louve avait utilisé pour cuisiner. Elle reconnut certaines des plantes contenues dans ses affaires personnelles, ce qui l'irrita.

- Tu t'es tout de même aventurée à l'extérieur pour chasser, malgré la menace que représentent ceux qui sont à notre poursuite ? demanda-t-elle d'un ton réprobateur.

Louve lui lança un regard surpris.

- Pas du tout, je n'aurais jamais pris un tel risque !

La Haute-Elfe fronça les sourcils et lui lança un regard soupçonneux, persuadée que la Nordique se moquait d'elle.

- Dans ce cas, d'où provient cette viande ?

- Des trolls, bien sûr. Quelle question !

Instantanément, Calyndra recracha les morceaux de chair qu'elle avait en bouche. Réprimant des haut-le-cœur, elle se tourna vers Louve, furieuse.

- Tu es vraiment la personne la plus... dégoûtante et rustre... qu'il m'ait jamais été donné de rencontrer !

Mogrimm'Dar peinait à dissimuler son hilarité devant l'air scandalisé de la Haute-Elfe. Louve, quant à elle, haussa les sourcils.

- Pourquoi est-ce si choquant ? Tu utilises bien de la graisse de trolls dans tes potions. D'ailleurs, ajouta-t-elle avec un sourire en coin, je t'en ai mis de côté.

Calyndra était sur le point de lui lancer une réponse cinglante quand une voix faible la devança :

- Caly... je t'ai déjà vu utiliser des orteils de géant... Si ça, c'est pas dégoûtant...

- Oh toi... ne prends pas son parti ! hurla Calyndra, avant de se figer de surprise.

Agmund les regardait, un léger sourire aux lèvres.

Poussant une exclamation, Calyndra bondit vers lui pour le serrer contre elle, faisant tomber sa gamelle de viande à terre.

- Ag... je suis si contente de te revoir..., lui souffla-t-elle, refusant de le lâcher.

Agmund, qui ne s'était pas attendu à une telle démonstration d'affection, resta pétrifié. Lorsqu'elle le relâcha enfin, ses joues avaient pris une teinte pivoine.

- Eh bien... moi aussi je suis content de te revoir..., balbutia-t-il en évitant son regard.

Mogrimm'Dar se pencha, tapotant la tête de l'adolescent d'un air taquin.

- Mogrimm'Dar savait que tu t'éveillerais bientôt. Les jumelles t'ont guidé jusqu'à nous.

Alors qu'Agmund le remerciait, il croisa le regard de Louve, qui s'avançait. C'était la première fois qu'il voyait la Nordique, et il se sentit immédiatement impressionné par l'assurance et la force qu'elle dégageait.

- Salut, Agmund. C'est moi qui t'ai trouvé près de la rivière. Je suis...

- Tu dois être Louve, l'interrompit l'adolescent. Je te dois la vie, merci.

Louve, toujours aussi mal à l'aise face à la gratitude, ajouta :

- Tu as été très courageux de poignarder ce chien alors qu'il t'avait acculé. Franchement, je connais peu de personnes qui auraient réagi avec un tel sang-froid.

- Comment ça ? demanda Agmund, confus.

- Je n'ai pas de poignard. La seule arme que j'utilise, c'est un bâton de destruction, précisa-t-il.

Louve secoua vivement la tête.

- Non, je suis sûre de ce que j'ai vu. Il y avait une dague noire enfoncée dans le flanc du chien. Tu as pu oublier l'avoir trouvée et utilisée.

- Une dague noire ? demanda Calyndra. À quoi ressemblait-elle ?

Louve lui en fit une brève description. La Haute-Elfe, l'écoutant attentivement, se leva soudain, s'éloigna et revint avec de l'encre, une plume et un parchemin. Prise d'un doute et d'un malaise grandissant, elle se mit à dessiner. Une fois le croquis terminé, elle le tendit à la Nordique.

- Je n'ai pas vu la lame, dit Louve, mais c'est exactement à ça que ressemblait le manche.

Un long frisson parcourut l'échine de Calyndra. Ses pires craintes se confirmaient. Sur le parchemin était représentée une dague daedrique. Une arme d'ébène, venue d'Oblivion.

Voyant le visage de la Haute-Elfe blanchir, les autres l'interpellèrent. Mais Calyndra resta sourde à leurs paroles, plongée dans ses réflexions.

Comment cette dague a-t-elle pu se trouver là ? Les armes daedriques étaient rares et souvent liées à des enchantements extrêmement puissants...

Sans s'en rendre compte, elle se mit à faire les cent pas, triturant distraitement la chevalière à son doigt.

D'abord le baume cicatrisant, apparu à point nommé... et maintenant ça.

Elle s'immobilisa soudain et se tourna vers Agmund.

- Raconte-moi ce qu'il s'est passé. Quels sont tes derniers souvenirs ?

- Hum... je ne me rappelle pas grand-chose..., admit l'adolescent en se passant nerveusement une main dans les cheveux.

Voyant l'air toujours alarmé de Calyndra, il tenta de replonger dans sa mémoire.

- J'étais coincé, dos à la rivière... le chien me faisait face et je me sentais faible... puis... j'ai senti une présence...

- Une présence ? À quoi ressemblait-elle ? s'empressa de demander la jeune femme.

- Je... je ne sais pas. Mais elle était rassurante, presque familière !

Il écarquilla soudain ses yeux bleu-gris.

- Eddling ! Et si c'était lui ?

- C'est impossible..., murmura Calyndra. À moins que...

Son regard se posa sur la chevalière à son doigt.

Elle observa ensuite les visages tournés vers elle. Agmund portait encore les marques des épreuves endurées. Quant à Louve et Mogrimm'Dar, qui avaient suivi la conversation en silence, elle lut dans leurs regards une détermination et une loyauté indéfectibles envers le vieil alchimiste.

- Très bien, déclara-t-elle. Il existe un moyen de contacter Eddling.

- Tu plaisantes ? demanda Louve, impressionnée.

Calyndra leur expliqua le fonctionnement de l'enchantement posé sur sa chevalière. Puis, sous leurs regards attentifs, elle s'assit en tailleur, se perça le bout du doigt et laissa couler une goutte de sang sur le rubis.

La pierre absorba le liquide et brilla faiblement tandis que la Haute-Elfe prononçait trois fois le nom de l'alchimiste.

- Alors ? demanda Louve avec impatience.

- Chut, je n'entends rien ! la rabroua sévèrement Calyndra.

Elle continua à répéter son nom, inlassablement, sentant une vague d'angoisse et de tristesse l'envahir peu à peu. Mais aucune chaleur ne se manifesta cette fois-ci. L'anneau d'argent restait froid contre sa peau.

Son regard croisa celui d'Agmund, chargé de crainte.

- Je... je crois qu'il est arrivé quelque chose à Eddling..., murmura Calyndra, des larmes coulant sur ses joues.

De ses doigts tremblants, elle caressait toujours la pierre de la chevalière en se demandant ce qu'il était advenu de son ancien mentor.


Laisser un commentaire ?