Une courbure de l'espace-temps (saison 1)

Chapitre 14 : La douleur de ce qui n'arrivera jamais

3619 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 30/01/2026 09:17

Repères chronologiques : cette scène s'insère comme une scène coupée de The Umbrella Academy, saison 1, épisode 5, autour de 19:28 (entre les réminiscences de Klaus dans la baignoire et la visite de Cinq à sa chambre).


TW : Thèmes de guerre et violences militaires - Décès d'un partenaire.


Soundtrack suggérée : Mary - Big Thief ; Borislav Slavov - I want to live, instrumental version.


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Jeudi 28 mars 2019, 08:41


Comme je l'avais pressenti, je n'ai pas bien dormi, cette nuit, à Hargreeves Mansion, et pas seulement parce que la conversation avec Allison et Viktor m'a plus remuée que de raison.


Les couloirs vides m'oppressent, les impacts de balles murmurent encore l'écho de la fusillade qui a eu lieu ici. Les chambres sont demeurées désertes : Allison est restée chez Viktor, Luther n'est pas rentré, cherchant encore probablement Cinq avec Diego. Le chantonnement de Grace n'est plus, dans les couloirs. Tout, ici, semble s'effriter lentement.


Dans la chambre de ce dernier, j'ai attendu, en regardant passer les heures et les réflexions des phares des voitures sur la tapisserie fatiguée. J'ai écouté la maison craquer sous le poids de ce qui arrivait de nouveau à ses enfants.


Pogo a conscience que Klaus manque à l'appel, et il est le seul : j'ai l'impression qu'il pourrait bien disparaître sans qu'aucun de ses frères et soeurs ne le réalise avant un mois. Il les a habitués à se volatiliser, c'est un fait. Un fait qui me remplit de tristesse. Moi je sais que le vide laissé dans la chambre d'à côté est contradictoire avec les derniers mots que nous avons échangés, Klaus et moi : tout ça cloche, je le sens dans mes os.


J'ai vu le soleil se lever. Je n'en ai éprouvé aucune gratitude, cette fois.


J'ai espéré une première fois entendre son pas maladroit des lendemains de défonce quand Diego est venu ramener Cinq, un peu plus tôt : finalement sain et sauf. Je ne me suis pas inquiétée de le savoir à nouveau dans sa chambre sous les toits, alors que des tueurs à gage sont sur ses talons : quand je suis inquiète, plus rien d'autre ne me semble important. Je me suis assoupie un peu, sans réel repos.


Et ce sont de nouveaux bruits dans le couloir qui m'ont réveillée.


Des pas trainants, des soupirs familiers, le bruit de l'eau dans la salle de bain, rapidement suivi de l'odeur des sels à la lavande. Quelque chose s'est dénoué et renoué à la fois, dans l'énergie et dans ma poitrine.


Klaus est bel et bien rentré.


Un instant, je reste immobile dans le lit prêté par Diego : attentive, vigilante, tentant d'interpréter ce que j'entends sans y parvenir toutefois. La boule au ventre que je ressentais pendant sa 'disparition' s'est envolée, mais elle se trouve remplacée par une appréhension qui ne me plaît pas non plus. Je devrais lui laisser le temps, et le soulagement de son bain, mais mon impulsivité prend le dessus, et cette fois ce n'est pas par pulsion de lui crier dessus. Je me lève, faisant craquer à peine les ressors, et je sors dans le couloir, réalisant que j'ai dormi dans mon hoodie.


La porte de la salle de bain est entrouverte, ne me laissant entrevoir que par bribes sa silhouette dans la lumière terne et bleue qui filtre par les carreaux. Il n'a pas allumé la lumière électrique, mais je le devine lutter contre l'invisible, comme tant de fois en dix ans. Pourtant, ce matin, je devine immédiatement que ce ne sont pas les fantômes qui le terrassent, ni les pensées intrusives, sourdes et pénétrantes. Non. Tandis que je pousse un peu la porte, je le vois traversé d'une douleur vive, comme une plaie à vif. Un état de choc immédiat.


Il a perçu ma présence, même si son regard est creux tandis que je le contemple un instant. Mes sourcils se pincent. Il porte une médaille, et de nouveaux tatouages qui ne marquaient pas sa peau avant-hier - au moins sous son épaule gauche et au-dessus de son nombril. Est-ce que ce sont des fleurs de lotus ? Je ne lis pas l'Akson. Et un frisson me saisit.


Ses mains - agitées et tremblantes - étalent du sang sur les bords de la baignoire, tandis que j'approche sans bruit.


Enfin, il me regarde, d'une façon que je ne saurais transposer par des mots. Comme si j'étais une apparition du passé, comme s'il cherchait à s'y amarrer pour ne pas perdre son accroche sur la réalité. J'ai déjà vu beaucoup de moments troublés passer sur Klaus, mais ceci, jamais, et la pointe à mon estomac me transperce encore un peu. Je cherche à comprendre, comme si je le pouvais par l'énergie, mais j'en suis incapable. Alors je me laisse juste tomber assise au sol à côté de la baignoire. Près d'une paire de bottes aux semelles incrustées de boue.


"Où étais-tu ?"


C'est bien la seule chose que je puisse prononcer. Et en vérité, depuis hier matin, j'ai espéré pas mal de fois pouvoir le lui demander. Il ne répond d'abord rien, il ferme de nouveau les yeux, et je sens que des images mentales s'imposent de nouveau malgré lui. Perçantes, limpides comme s'il y était encore. Ses doigts accrochent de nouveau la baignoire, étalant encore les longues marques pourpres. Et avec une voix brisée comme s'il parlait pour la première fois en cinquante ans, il finit par me dire :


"J'étais... au Vietnam... pendant un moment..."


Je fronce un peu plus les sourcils, cherchant à estimer son état toxicologique, par habitude. Au Vietnam ? Dit-il ceci parce qu'il vient de voir mon visage, et les traits hérités de ma grand-mère, dans la confusion de ses sens ? Mais non. Je connais par coeur la dilatation de ses pupilles : je peux affirmer qu'il n'a rien pris depuis un moment.


"Au Vietnam... Klaus il faut 17h de vol et tu es parti avant hier soir", lui dis-je.

"Non... non tu ne comprends pas".


Sa voix se brise, sans flamboyance ni métaphore, sans même de paraphrase : je le vois balbutier, comme si aucun mot ne pouvait exprimer ce qu'il veut dire vraiment. Mon incrédulité lui fait mal, à en soulever ses côtes. Alors je ne peux qu'ajouter, comme si quoi que ce soit de tout ça avait du sens :


"Explique-moi... s'il te plaît".


Le silence s'étire, seulement ponctué par le goutte-à-goutte du robinet. Klaus cherche à recoller les morceaux, à remonter un fil que je ne vois pas, les yeux perdus à la surface de l'eau. Je ne presse rien, et les mots finissent par lui venir, en un filet ténu qui ne me soulage pas longtemps.


"Les salopards qui m'ont embarqué à la place de Cinq..."

Alors c'était ça. Ma gorge se noue, mes yeux sur ces bottes que je ne lui connaissais pas, et il continue.

"Des branquignoles, mais capables d'aller au bout. Ils avaient... une valise".

Je relève les yeux par dessus le bord de la baignoire, dans l'incompréhension.

"Une valise ? Pour voyager ?"


Faut-il en vouloir à mon esprit de chercher à trouver un sens à tout ça ? De tenter de comprendre pourquoi il m'a parlé de Vietnam, et maintenant de bagages ? Je comprends que j'ai tort, mais que je tombe à la fois juste d'une certaine façon car Klaus hoche la tête de côté.


"J'espérais que ça serait un truc de valeur, je... je l'ai ouverte et..."

Un moment, je le sens de nouveau lutter pour ne pas repartir dans des pensées qu'il ne souhaiterait pas voir s'imposer, mais il finit par terminer sa phrase.

"J'ai senti la même chose que quand tu m'as téléporté... après avoir parlé à Pogo, l'an dernier".


'L'an dernier'... C'était il y a deux jours. Mais la comparaison qu'il vient de faire me fait douter, en dépit de toute la rationalité que mon cerveau souhaiterait donner à tout ça.


"Qu'est-ce que c'était que cette valise ? Ça avait un rapport avec Cinq ?"

Je crains de comprendre, et il tremble.

"Je ne sais pas. D'un coup, il y a eu le camp, le bruit, les bombes, la boue... C'était 1968. Et je suis resté là dix mois".

"Dix mois..."


Je répète ceci, et je le détaille à nouveau. Il est effectivement beaucoup plus sobre, la distance habituelle dans son regard étant remplacée par un hébètement choqué et infiniment triste. Ses cheveux ont été coupés et ne sont peut-être pas aussi bien défrisés que la dernière fois. Il a perdu du poids comme on ne le fait pas en deux jours.


Il dit la vérité. Il est ~vraiment~ parti dix mois. Et tout d'un coup, mon attention en revient à cette médaille - semblable aux dog-tags militaires. Ce tatouage inédit qui se trouve pratiquement sous mon nez : un crâne croisé avec un fusil et une branche de palmier, portant la mention de la 173e brigade aérienne des Sky Soldiers. Et ce sang, sur le bord de la baignoire et jusque sous ses ongles.


"Tu t'es retrouvé au milieu de la Guerre du Vietnam ?"


Mon estomac se tord tandis qu'il acquiesce lentement, cette fois sans détourner les yeux, et je sens que son besoin de faire sortir son vécu est en train de prendre le pas sur sa sidération.


"J'ai été soldat... dans les rangs américains... contre les Viet-Cong", murmure-t-il en fixant maintenant dans le vide d'une façon qui en dit assez long sur ce qu'il a vu.


Je les vois presque passer dans sa tête, le souffle des mines, les pièges dans la boue, le bruit des AK47, les sept millions de tonnes de bombes larguées, absurdes face à la peur ressentie au déclenchement d'une embuscade de guérilla. La rudesse de la jungle qui elle-même a les moyens de tuer. Les morceaux de terrain récupérés au prix de jeunes vies et reperdus le soir, pour des objectifs que personne ne comprenait. Le napalm, l'agent orange. Je sais tout ça. Et maintenant je vois qu'il le sait aussi, et qu'il a une nouvelle raison de se trouver hanté. Mais d'un coup, il semble réaliser qu'il est en face de moi.


"Où était ta famille..."


Il est dévasté, et c'est ça qu'il me demande ? Sa question est pleine d'une forme de colère noyée de chagrin. Contre 'l'ennemi', contre les ordres reçus, contre lui-même, juste pour avoir été là. De surprise, mes yeux retombent jusque sur la boue de ses bottes maintenant poussées près du mur.


"Granny... a émigré en France en 1954 après la fin de la Guerre d'Indochine. La première".


Même si en réalité, l'une n'existe pas sans l'autre. Un autre temps, des horreurs semblables, des vies également brisées ou dispersées. Mais possiblement, des armes récupérées aux Français ont à un moment donné été pointées sur Klaus dans cette forêt. J'ai marché dans la zone démilitarisée, j'ai vu les tunnels de Vịnh Mốc comme la base américaine de Khe Sanh. Mais j'ai surtout en mémoire le musée des vestiges de la guerre à Hô Chi Minh-ville, qui m'a inspiré un fort désir de paix. C'est abstrait pour moi, tellement plus que ça ne l'est pour Granny et à présent pour Klaus, et je ne me sens même pas légitime pour lui en parler.


"Elle n'a pas vécu par elle-même ce que tu as vu", lui dis-je, "Malgré tout, elle refuse d'en parler avec moi".


Nous sommes tous des résidus de guerres et de paix, directement ou indirectement, ballotés dans l'histoire du Monde. Des dommages collatéraux de la ligne du temps, naissant également de ses horreurs. Sans ces guerres dans son pays, Granny n'aurait jamais émigré, ma mère ne serait jamais née, et mécaniquement moi non plus. Mais à quel prix, et je vois Klaus qui courbe à nouveau l'échine avec une douleur que je ne suis pas sûre de comprendre, même si maintenant je le crois.


"Je m'en veux tellement...", me dit-il, et je le fixe de nouveau, même s'il ne me regarde pas. Il s'en veut ?

"Regarde-toi..."


Il n'a plus de forces, il a du sang sur ses mains, on dirait que lui-même a été tué dix fois.


"Tu es juste une victime de ça, toi aussi. Ce n'est pas la faute des gens propulsés là-dedans".

Mes sourcils se pincent. J'ai sans doute moins de mal à dire ça que Granny.

"Ce n'est pas de ta faute non plus".


Ses yeux se ferment. Je décèle qu'il avait besoin d'entendre ça, mais que paradoxalement ces mots le brisent un peu plus à la fois. Je peux comprendre l'horreur de ce qu'il a vu, mais je sens qu'il y a plus. Quelque chose qu'il n'a pas encore dit. Mes yeux descendent de la mention des Sky Soldiers sur son bras jusqu'au pourpre qui entache toujours ses doigts.


"Est-ce que ce sang est à toi ?"


Même s'il ne bouge pas, je sens que même sa respiration se fige, et que la réponse est 'non'. Alors, lentement, je saisis sa main sur le bord de la baignoire et la retourne, les traces coagulées sillonnant le mot 'Goodbye' colorant à présent aussi mes doigts.


"Ce n'est pas le tien".

De nouveau, il me regarde, et les mots se bousculent en lui comme s'il cherchait à reprendre de l'air après avoir cessé de respirer.

"Rinny..."


Je comprends que le sujet n'est pas la guerre dans son ensemble, que ce n'est pas une douleur face à des atrocités anonymes. Et peut-être qu'il sens que j'ai déjà compris, parce que ses mots se démêlent.


"La Guerre... m'a pris quelqu'un".


Sa main tremble un peu mais il ne la retire pas. Il hésite un moment, mais pas parce qu'il ne veut pas parler. Simplement parce que ça lui est affreusement pénible.


"J'ai rencontré un autre soldat, là-bas".

Il inspire, comme si le mot suivant allait le propulser dans l'abyme.

"Dave".


Ce nom semble lui transpercer les côtes, ses yeux serrés à plisser ses paupières. Même si j'avais compris, mes sourcils grimpent haut sur mon front, tandis qu'il continue.


"Lui et moi... Il était tout ce que je n'imaginais pas que cet enfer pouvait donner".

Il rouvre les yeux sur la surface de l'eau, comme perdu dans ses pensées, comme s'il se parlait à lui-même.

"On a tenu bon, on s'est soutenus... on a vécu... je l'ai aimé à en faire imploser mon coeur dans ma poitrine, jusqu'à ce que... jusqu'à ce que..."


Je regarde à nouveau ce sang, maintenant sur nos doigts à tous les deux. Et je vois ses épaules qui s'affaissent, ses yeux qui se referment, et des larmes de douleur venir et se mélanger à l'eau de son bain. Comme si elles pouvaient évacuer le poids qui lui écrase le coeur et l'âme. Mais il essaye encore.


"Jusqu'à ce que..."

"Shhhh, c'est bon. C'est bon, t'as pas besoin de le dire".


Je lâche sa main et je le tire plus près pour juste passer mon bras autour de sa tête par-dessus le rebord de la baignoire.


"J'ai essayé, Rin", dit-il en s'accrochant à la maille noire de ma manche, comme pour ne pas sombrer.

"J'ai appelé, j'ai appelé, j'ai essayé de l'empêcher de partir".

"Qu'est-ce que tu veux dire..."

"J'étais presque sobre. J'ai essayé... et je n'ai pas réussi".

"Tu as essayé de l'empêcher de mourir, avec ton pouvoir".


Un filet d'air vient de me faire murmurer ceci, avec une expression qu'il ne comprendra probablement pas. Parce qu'il ne se souvient pas du jour de notre rencontre, pas plus que Luther, et il répète seulement :


"Je m'en veux tellement...


Je veux lui raconter ce qu'il s'est passé ce jour-là. Je le devrais, je le dois. Mais ce n'est pas le moment. C'est même le pire des moments pour le faire, alors je me tais, tandis qu'il continue de laisser filer tout ce qu'il a accumulé, possiblement même avant cette terrible journée, en un sanglot.


Je ressens sa peine, et elle devient mienne au point que je doive résister à l'envie de verser les mêmes larmes que lui. Je ne peux pas la dissiper et je ne le pourrai jamais. Face à ça, je suis moi-même sans pouvoir et sans mot. Tout ce que je peux faire, c'est ce que je sais faire de mieux : être là, sans bouger. Et progressivement, malgré ce chagrin infini noyé dans les vapeurs de lavande, je sens qu'il se calme, à la même mesure que on estomac à moi se noue.


"Le temps est un immense connard, Klaus", lui dis-je avec le coeur lourd et les dents serrées, "mais s'il y a bien quelque chose qu'il fait..."

Je pense à ma mère. Ça fait neuf ans, à présent.

"... c'est estomper la douleur, petit à petit. Elle ne s'en va vraiment jamais, mais les souvenirs heureux reprennent le dessus. Je sais que c'est tôt pour te dire ça... mais c'est tout ce que j'ai".


Il écoute, je sens bien qu'il n'arrive pas à se représenter que ça pourra aller mieux. Et moi, je soupire, car il ne s'en rappelle peut-être pas, mais l'issue apocalyptique annoncée par Cinq est suspendue, à trois journées devant nous.


"J'espère que tu as raison", murmure-t-il fragilement, et je résiste à l'envie de le repousser en le sommant de ne pas se moucher dans mon oreille. Il reniffle.

"Maintenant je comprends mieux ce qu'on dit. Je ne sais vraiment pas quelle douleur est la pire : le choc de ce qui s'est passé ou la douleur de ce qui n'arrivera jamais".


Je ferme les yeux péniblement, car je comprends ça, au plus profond de mon être. Il reste ainsi quelques instants, semblant se gorger d'une chaleur que je lui ai si peu souvent accordée, mais il finit par me lâcher, en prise avec une furieuse envie de se gratter. Un mal du voyage dans le temps que je devine, mais qui se dissipera sans doute plus vite que les déchirures engendrées par ce voyage temporel sur sa vie.


Il immerge ses mains dans l'eau de la baignoire, complètement, puis ressort sa main droite sur laquelle il contemple le tatouage du mot 'Hello', avant de se frotter les yeux.


'Hello', 'Goodbye' : ces mots sont bien plus qu'une évocation autodérisoire de la planche de ouija humaine qu'il est, mais presque personne ne sait ça. Ils sont aussi un rappel de la nature inconstante de nos vies : de ce qui vient, de ce qui passe, de ce qu'on rencontre, de ce qu'on laisse derrière nous. Des agonies et des nouveaux départs. 'Même au fond des grottes les plus obscures, la lumière demeure', et si Klaus a un seul pouvoir, c'est celui d'être capable de continuer, envers et contre tout. J'ignore comment il fait : des traumatismes et de ses propres ténèbres, il revient toujours.


"J'ai eu peur, Rinny", bredouille-t-il. "Plus le temps passait, et plus j'avais peur que tu ne me voies plus comme avant". 


Dix mois. Je ne suis pas bien sûre de parvenir encore à bien intégrer ceci : pour moi, ces heures sans sommeil ne demeurent qu'une poignée, alors je lui dis :


"Je t'ai cherché partout, quand j'ai réalisé que tu ne rentrais pas".


C'est un euphémisme. J'ai envisagé le pire, à nouveau. Une confession sincère, mais qui me semble malgré tout insignifiante, en comparaison de tout ce qui vient d'être dit. Je regarde ma montre : le temps est effectivement un enfoiré qui va bientôt me manquer. Alors je me relève.


"Repose-toi, j'essaierai de repasser sur le temps de midi".


Je fais un pas vers la porte, l'estomac encore noué par le besoin de digérer tout ça. Je tente d'être solide et autant moi-même que d'habitude, parce qu'il a besoin que je le sois.


"Débrouille-toi pour ne pas disparaître un mois au moyen-âge", lui dis-je abruptement, "sinon je te fais cuire le cul".


Et tandis qu'il s’assoit dans son bain d'une façon qui me rassure quant au fait qu'il ne va plus s’effondrer, il souffle avec un sourire brisé :


"Toi aussi, Rinny, tu m'as manqué".


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Notes :


Cette scène était douloureuse à écrire, vous vous en doutez. Et elle renvoie possiblement à une forme de vécu, pour beaucoup d'entre nous, de bien des horizons. Elle était l'occasion d'évoquer nos places à tous dans l'histoire du Monde, que The Umbrella Academy murmure sans cette entre les lignes.


J'ai toujours pensé que Klaus était trop rapidement fonctionnel, dans la scène suivante où il présente son absence à Cinq comme simplement une 'longue nuit'. Cette scène avec Rin sert ici de charnière, et explique en partie comment il amorce sa remontée de l'abyme où il est tombé.


Nous verrons bientôt si Rin parvient à lui dire ce pour quoi elle a finalement choisi de se taire. Vraiment, ça n'était pas le moment.


Tout commentaire fera ma journée ! ♡

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