Le Royaume des Rats par

0 point(s) avec 1 review(s) sur 0 chapitre(s), moyenne=0/10
Continuation / Fantasy

14 Bras de fer contre la Waaagh

Catégorie: M , 7550 mots
0 commentaire(s)

Filles et Fils du Rat Cornu,

 

Je vous prie d’excuser mon retard, une fois de plus. J’ai eu pas mal de petites choses à faire en dehors du boulot, et j’ai eu du mal à trouver les idées pour ce chapitre, j’avoue – ceux qui me connaissent savent que les scènes d’action sont celles où je suis le moins à l’aise. J’ai aussi pris un tout petit peu de vacances, et d’ailleurs je vous conseille de visiter la ville de Bordeaux, qui est très chouette.

 

Enfin, j’ai surtout pas mal écrit d’idées pour les chapitres ultérieurs, et surtout, pour un « spin off ». Je m’explique : j’ai déjà écrit la fin de cette histoire, ainsi que quelques chapitres de Les Héritiers du Rat Cornu, suite et fin de la Trilogie du Royaume des Rats. À la fin du Royaume des Rats apparaît un personnage complètement anecdotique – je ne vous dirai pas qui, ça ne ferait que spoiler, sachez juste que c’est vraiment anecdotique.

 

Bon, je peux vous dire au moins ceci : ce sera l’un des petits-enfants de Psody, plus précisément une petite-fille. Mais je ne vous dirai rien de plus. Si vous avez consulté la page Deviantart « ChildrenOfPsody », vous savez déjà de qui je parle.

 

Sachez cependant que ce personnage anecdotique a subitement pris une importance toute particulière à mes yeux, à tel point que je me demande si ce n’est pas celui que j’ai pris le plus de plaisir à créer et à faire évoluer de toute ma carrière d’auteur ? En tout cas, je trouve cette personne vraiment très attachante. Je ne pense pas que je pourrai faire un roman entier pour elle, cependant, car je n’ai pas d’idée de grosse intrigue dans laquelle la plonger, et je préfère me concentrer sur Le Royaume des Rats et Les Héritiers du Rat Cornu, en termes d’histoire longue.

 

J’ai plutôt envie d’écrire des nouvelles qui se dérouleraient le long de sa vie, de la petite enfance à ses derniers instants. J’ai déjà une demi-douzaine de projets de nouvelles, en ce sens. Et d’ailleurs, qui sait, peut-être que VOUS pourriez participer à son évolution, en me soumettant vos idées ?

 

Et donc, ben… ça m’a pris du temps à mettre sur traitement de texte, mais je ne pouvais pas laisser filer les scènes que j’ai imaginées. Mais revenons-en maintenant à notre histoire, au temps présent.

 

Gloire au Rat Cornu !

 

 

-         Archers, maintenant !

 

Les quelques archers de la caserne firent siffler les flèches en direction des Orques montés. Pour la troisième fois, la Waaagh encaissa la salve. Les pointes mortelles ricochèrent sur les casques et les boucliers, mais deux des brutes à peau verte furent désarçonnées de leur monture et roulèrent dans l’herbe.

 

La stratégie des Orques était à leur image : sauvage, bruyante, sans la moindre subtilité. Ils tournaient autour de la petite caserne en criant, en brandissant leurs haches, massues et autres armes lourdes et primitives. Ils avaient tenté d’intimider les soldats, mais Müller et Kristofferson avaient su garder leur calme et motiver suffisamment leurs troupes respectives. S’ils n’étaient pas très nombreux, ils étaient déterminés à se défendre.

 

Les Orques n’avaient ni arc, ni javeline. Tant qu’ils restaient éloignés, ils ne pouvaient donc blesser un Humain ou un Skaven. Et les flèches avaient fait tomber une bonne douzaine d’entre eux.

 

-         Attention, au sud ! cria Müller.

 

Un petit groupe d’Orques avait quitté le groupe pour contourner l’édifice dans l’autre sens. Les quatre barbares étaient arrivés au pied de la muraille de quinze pieds de haut, et commençaient à l’escalader. Leurs bras puissants et leurs doigts à l’étreinte de fer leur permettaient de grimper avec assurance.

 

Kristofferson, Walter et Pol coururent le long du rempart. Le gros Skaven s’arrêta à mi-chemin, comme il venait de trouver un angle favorable. Il s’empara de son arquebuse attachée à son dos, s’agenouilla, posa le canon de son arme sur la pierre d’un créneau, visa, et ouvrit le feu. Il atteignit l’un des Orques juste entre les épaules. L’envahisseur dégringola avec un glapissement et se fracassa la tête sur le sol.

 

Le premier des trois Orques restants avait déjà presque atteint le sommet, mais alors qu’il leva la tête pour se concentrer sur le sommet, la pointe de la rapière de Kristofferson lui traversa l’œil. Walter renversa d’un coup de pied au menton le troisième qui se brisa le dos en contrebas. Enfin, le quatrième fut hissé de force par Kristofferson et Pol, avant de se faire déchiqueter la nuque.

 

Le capitaine Müller rejoignit les trois hommes-rats au pas de course.

 

-         Bien joué !

-         Où en êtes-vous ? s’enquit Walter.

-         J’ai ordonné une quatrième salve. Ils ont l’air de se replier !

-         Quoi ?

 

Les trois Skavens et Müller coururent ensemble jusqu’au point du chemin de ronde le plus proche du bataillon d’Orques. En effet, les sangliers ne couraient plus, et étaient rassemblés à quelques dizaines de yards, hors de portée des flèches. Les guerriers Peaux-Vertes semblaient se concerter.

 

-         Ils sont violents, mais pas stupides, observa le capitaine. S’ils voient que leur adversaire est trop fort, ils abandonnent.

-         Je ne vois pas de chef, remarqua Pol. J’ai entendu dire que les Orques avaient toujours un chef, et que celui-ci était facilement repérable.

-         Normalement, oui, répondit Walter. Si c’est une petite bande d’éclaireurs, ils n’avaient probablement pas leur chef de guerre avec eux.

-         Une centaine de ces bouchers, un « petite bande » ? Alors qu’est-ce qu’il te faut !

 

Kristofferson n’avait pas dit un mot. Il se rappela l’une des leçons du commandant Schmetterling, qui avait affronté les Orques à de nombreuses reprises.

 

-         Sans chef et après une défaite, ils se découragent facilement. J’ai une idée !

 

Il dévala les escaliers jusque dans la cour, entra dans la remise où l’on avait rangé la tête de vouivre, l’empoigna, la porta sur son dos, remonta les marches du chemin de ronde, et se repositionna aux côtés de ses amis. Puis il cria de toutes ses forces :

 

-         Hé, bande de nazes ! Vous avez oublié quelque chose !

 

Avant de balancer le trophée du village par-dessus le mur. Le crâne allongé de la créature chut dans la gadoue. Les Orques restants, environ soixante-dix, talonnèrent leurs montures et les sangliers galopèrent dans la position opposée à la caserne.

 

Sur le chemin de ronde, les soldats exultèrent de joie. Müller félicita ses hommes, et Kristofferson monta sur l’un des créneaux pour surplomber l’assemblée.

 

-         Frères Humains, frères Skavens, vous avez été parfaits ! Vous êtes la fierté du Royaume des Rats ! Grâce à vos efforts combinés, l’ennemi a…

 

Soudain, la suite du discours resta coincée en travers de la gorge du jeune Skaven brun. En effet, les Orques s’éloignaient de la caserne, mais ils venaient de bifurquer, et se précipitaient toutes armes brandies vers le village même !

 

-         Soldats, ils attaquent Klapperschlänge !

 

Un vent de panique saisit tous les hommes d’armes présents. Tous se précipitèrent vers les lourdes portes que deux sentinelles s’empressèrent d’ouvrir. Kristofferson, Walter, Pol et Müller les suivirent à toute vitesse. Une fois dans la cour, ils gagnèrent l’écurie. Tout en sellant son cheval, Walter glapit :

 

-         Mais pourquoi on ne les a pas mis à l’abri ?

-         On n’a pas prévu qu’ils attaqueraient si tôt ! gémit Pol.

-         J’aurais dû le prévoir ! s’écria Müller.

-         Nous aurions tous dû le prévoir, capitaine. Maintenant, nous devons tous les défendre !

 

Et les quatre combattants, parés et montés, firent galoper les chevaux en direction du village.

 

 

Tout en poussant sa monture, Kristofferson ne cessait de se maudire. Comment avait-il pu faire preuve d’une telle négligence ? Comment avait-il pu laisser les villageois chez eux ? Ses pensées furent rapidement occultées par l’imminence du danger. Certaines chaumières brûlaient déjà sous le feu des torches des Orques, et les habitants qui sortaient, terrorisés, étaient rapidement trucidés par les Peaux-Vertes.

 

C’est pas vrai, c’est pas vrai, c’est pas…

 

Un choc brutal renversa soudain le Skaven brun. Il roula dans la gadoue sur plusieurs yards. Des couinements porcins rageurs se mêlaient à des hennissements déchirants. Kristofferson glapit de rage quand il vit le sanglier d’un Orque qui finissait d’éventrer son cheval. Fou de colère, il bondit sur ses pieds, tira sa rapière de la main droite, et se précipita vers le cavalier. Trop occupé à essayer de faire reculer son sanglier qui avait les défenses coincées entre les côtes du cheval, l’Orque ne vit pas sa fin approcher. Kristofferson prit appui sur la carcasse de sa malheureuse monture, fit un immense saut en tendant le bras en avant, et transperça la tête de l’Orque. Puis il posa sa main sur sa grosse figure et poussa d’un coup sec, faisant basculer sur le côté le corps encore chaud. Il ne perdit pas de temps et s’installa sur la selle du sanglier.

 

-         Très bien, maintenant, tu fais ce que je veux !

 

Et d’une main ferme, il tira sur les rênes. L’animal se dégagea finalement, et ne sentit plus l’étau des jambes vigoureuses d’un Orque lui serrer les flancs. Alors, il tenta de renverser son cavalier avec des ruades sauvages. Mais si Kristofferson n’était pas aussi musclé qu’un Peau-Verte, il était beaucoup plus souple et agile. Aussi, il parvint à rester en équilibre sur la selle, et continuait à tirer de toutes ses forces. Enfin, la bête se fatigua, et cessa de ruer. Le jeune Skaven brun talonna l’animal, et le fit galoper à bride abattue au milieu du village. Il repéra un Orque lui aussi monté qui menaçait d’écraser deux enfants qui couraient l’une à côté de l’autre. Il força son sanglier à obliquer vers le cavalier Peau-Verte, et quand il fut juste à ses côtés, il bondit de sa selle et enroula son bras autour de la gorge de l’Orque à la gorge, puis l’emporta dans son élan, et tous deux se retrouvèrent sur la terre battue. La différence était que Kristofferson s’était reçu avec souplesse sur les pieds, un genou à terre, tandis que l’Orque avait atterri tête la première. Il se retrouva avec la nuque brisée.

 

Le jeune Steiner se releva d’un bond, et jeta des regards brefs aux alentours, à la recherche d’une nouvelle action à effectuer. À quelque distance, un Orque faisait trotter son sanglier à la hauteur des paysans terrifiés pour mieux les faucher de son énorme épée. Une nouvelle fois, le Skaven brun mit à contribution ses capacités physiques savamment développées. Il anticipa la course du Peau-Verte, et repéra une cabane près de laquelle il allait passer. Il courut vers cette cabane, grimpa dessus, et quand l’Orque arriva, il fit un bond impressionnant, jambes en avant, et percuta sa cible. L’Orque s’étala de tout son long dans la poussière. L’un des hommes de Müller lui fracassa la tête d’un coup de hache.

 

Un peu plus loin, Walter Klingmann était en pleine mêlée avec deux Orques. Il se félicita d’avoir pris le temps de passer son armure lourde quand l’alerte l’avait réveillé. Comme il était grand et costaud mais pas spécialement agile, il s’était spécialisé dans le combat en étant lourdement protégé. Le forgeron de Steinerburg avait fait des merveilles : chaque pièce de son armure se clivait avec justesse avec les autres, et ne gênait que partiellement ses mouvements. Tant qu’il n’avait pas besoin de courir, il était suffisamment entraîné pour ne pas perdre son souffle trop vite. Son casque laissait dépasser ses deux grandes oreilles rondes, ce qui pouvait lui donner un air un peu insolite, voire comique, mais les gens qu’il affrontait n’avait guère le temps de rire. Il écrasait les membres et les os de son marteau de guerre, solide et esthétiquement distinguable grâce aux décorations ciselées sur sa tête. Le bouclier qu’il tenait dans sa main gauche était un lourd pavois de quatre pieds de haut aux couleurs de la garde de Steinerburg. Il n’avait pas regardé à la dépense pour acheter un bouclier à ses mesures, équilibré et solide.

 

Les deux Orques attaquaient le Skaven sans la moindre subtilité, ni la moindre cohérence. Walter n’avait aucun mal à parer les coups de l’un et esquiver les assauts de l’autre. Il fit tournoyer son marteau vers l’avant pour menacer le premier Orque. Celui-ci n’eut pas le réflexe de reculer. Le marteau s’abattit rapidement sur sa joue. Walter orienta rapidement son bouclier sur sa gauche. La hache du deuxième Orque ricocha sur l’acier, faisant glisser des étincelles sur sa surface. Le grand Skaven repoussa son assaillant d’un revers de pavois. L’Orque fut déséquilibré, Walter en profita pour frapper son genou. La jambe se cassa en un angle douloureux. Le Peau-Verte s’accroupit avec un barrissement de douleur. Le Skaven balança son marteau de bas en haut, et brisa le menton de l’Orque qui tomba sur le dos, et ne bougea plus.

 

-         Bien joué, Wally ! s’écria Kristofferson en brandissant sa rapière.

 

Il fit une roulade en arrière, juste à temps pour éviter l’épieu d’un Orque qu’il n’avait pas vu venir. Heureusement pour lui, il n’était pas aussi lourdement harnaché que son ami. Il avait l’habitude de porter pour toute pièce d’armure une spallière et un brassard sur le bras gauche, en plus d’une simple cuirasse de cuir renforcé. Présentement, il faisait voler son épée d’une main à l’autre selon les circonstances, et contrairement à Walter, était très mobile. Il devinait également que le moindre coup de la part de l’une de ces brutes monstrueuses aurait des conséquences désastreuses sur sa santé. Il décida de jouer avec l’Orque. Il lui tourna autour en l’insultant, en lui faisant des grimaces et des signes injurieux, tout en évitant avec grâce chaque coup de son adversaire. Les Orques n’étaient pas réputés pour leur patience, et celui-ci ne dérogeait pas à la règle. Il écumait de rage, et frappait de plus en plus fort, sans parvenir à l’atteindre. Ses yeux rougirent, de la salive jaunâtre jaillit d’entre ses longues canines inférieures et moussa sur son gilet.

 

Kristofferson voulut passer à l’offensive. Chaque fois qu’il esquivait un assaut, il punissait aussitôt son adversaire d’une petite estafilade. L’Orque ne portait pas de protection aux bras, ni aux jambes, et se retrouva bientôt avec une multitude de coupures sur les membres. Le sang coulait de plus en plus, gouttait sur le sol en petites traces vertes. Le Peau-Verte ne fatiguait pas pour autant, et ses assauts redoublèrent de sauvagerie. Le jeune Skaven brun n’en fut pas inquiet, au contraire la maladresse de son adversaire le ragaillardit. Finalement, il tourna autour de l’Orque une dernière fois, et la pointe de sa rapière fendit l’air jusqu’à sa gorge.

 

Un de plus sur mon tableau de chasse !

 

-         Derrière toi, Kit !

 

Le jeune Steiner fit aussitôt un bond de côté. Une hache se planta le sol juste à l’endroit où il s’était trouvé une demi-seconde plus tôt. L’Orque campé sur ses pieds à quelques yards de là rugit de frustration, mais une balle creva son torse nu et le fit virevolter en arrière. Il s’étala au sol.

 

Kristofferson se tourna vers le Skaven qui l’avait prévenu.

 

-         Merci, mon gars !

 

Pol répondit par un petit signe, et se planqua à l’abri d’un muret pour recharger son arquebuse.

 

Kristofferson chercha prestement du regard un nouvel adversaire à affronter. Il repéra un immense Peau-Verte devant l’une des maisonnettes. La brute massive était en train de menacer un vieillard de son énorme massue. En un éclair, il empoigna la hache qui traînait toujours par terre non loin de lui, et la lança vers l’agresseur. La hache virevolta jusqu’à sa cible, mais le toucha avec le manche. Cela déstabilisa cependant le grand Orque, ce qui permit au vieil Humain de s’éloigner. Kristofferson courut vers le Peau-Verte avec un cri de défi.

 

L’Orque était immense, et était mieux protégé que les autres. Il portait sur tout le corps des pièces d’armure hétéroclites volées à ses précédentes victimes, la seule exception étant son casque grossièrement forgé pour protéger complètement un crâne d’Orque. Il vit arriver l’homme-rat, et lui fit face, prêt à abattre son gourdin sur lui. Une fois encore, Kristofferson virevolta autour de l’Orque, et agita sa rapière devant lui. L’Orque positionna sa massue à l’horizontale et tournoya sur lui-même, de plus en plus vite, jusqu’à devenir un tourbillon broyeur. Le rugissement qu’il poussa acheva de le rendre vraiment effrayant pour un villageois apeuré. Ce qui n’était pas le cas de Kristofferson.

 

Sautant d’un pied sur l’autre, le jeune Skaven brun continua de tourner autour de l’Orque qui tournait toujours de son côté. Le spectacle de ce ballet insolite aurait pu être amusant à observer s’il n’y avait pas eu toute cette violence. Le barbare à peau verte se dirigeait maladroitement vers la maisonnette, et sa massue heurta un mur. Il fut coupé net dans son élan, et resta hébété. Il se flanqua quelques coups sur la tempe pour reprendre ses esprits. Kristofferson vit une occasion de provoquer une blessure très handicapante.

 

-         Prends ça !

 

Et d’un geste ferme et précis, il plongea la lame de sa rapière juste sous l’aisselle de l’Orque. Elle s’enfonça dans la chair noueuse sur une bonne quinzaine de pouces. Mais il constata avec stupeur que le géant à peau verte n’émit qu’un bref grognement avant de répliquer, à peine gêné par l’acier qui lui traversait le corps. Le Skaven brun n’eut que le temps de lâcher son arme et de reculer. La massue lui frôla la tête, mais écrasa sa main sur le mur de torchis de la maisonnette. Une douleur fulgurante arracha à Kristofferson un gémissement, les larmes lui piquèrent les yeux. L’Orque le renversa d’un coup de manche à la poitrine.

 

Kristofferson se retrouva sur le dos, l’échine meurtrie par le choc, le souffle coupé. Devant lui l’énorme Orque avançait lentement en ricanant, et leva de nouveau sa massue à deux mains. Le jeune homme-rat se concentra pour savoir de quel côté il devait rouler pour éviter au mieux l’attaque, lorsque la tête de son adversaire explosa en un claquement peu ragoûtant. L’énorme carcasse du Peau-Verte bascula en avant et s’immobilisa juste sous les pieds de Kristofferson.

 

Le capitaine Rudy Müller se précipita vers le jeune Steiner, le poing serré sur son arquebuse encore fumante.

 

-         Monseigneur !

-         Oh… Splendide, capitaine ! Vous êtes arrivé au bon moment !

-         Heureusement qu’ils sont protégés par de la camelote ! Vous êtes blessé ?

 

L’Humain aida Kristofferson à se remettre debout.

 

-         Il m’a bien fracassé la main ! grogna l’homme-rat.

-         Vous pouvez combattre ?

-         Attendez…

 

Kristofferson s’approcha du cadavre, et en extirpa son épée d’un coup sec.

 

-         C’est bon, capitaine. Je vais… je vais…

 

Le jeune homme-rat fut soudain pris d’un vertige. Le goût du sang de sa lèvre éclatée lui envahit la bouche. Le contrecoup de la douleur, l’épuisement consécutif à un tel stress, il ne sut dire. Il chancela, ses jambes flageolèrent. Le capitaine s’empressa de le prendre par les épaules pour le soutenir.

 

-         Venez ! Je vous emmène à l’abri.

 

Kristofferson ne répondit pas, mais il savait que le capitaine avait raison. Il n’était plus en état de jouer les héros. Il suivit péniblement les pas de Müller. Les flammes faisaient rougeoyer le ciel. Les cris, les râles, le fracas des armes résonnaient toujours aussi violemment à ses oreilles. C’est alors qu’il entendit sonner un cor. Le roulement de plusieurs dizaines de paires de bottes et des hurlements de charge ébranlèrent ses tympans. Il releva la tête, et distingua tout un contingent d’hommes armés foncer vers les Orques. Comprenant que les barbares auraient rapidement le dessous, il se laissa plonger dans l’inconscience.

 

*

 

Kristofferson ouvrit lentement les yeux. Une forte douleur à la main droite l’arracha complètement aux brumes de l’inconscience. Il se redressa avec un couinement. Une voix claire le rassura :

 

-         Détendez-vous, c’est terminé.

 

Le jeune Steiner regarda tout autour de lui. Il était allongé sur une paillasse déroulée sur le sol terreux de la grange. Une forte odeur de sang lui ramona les narines. Plusieurs guerriers, Humains comme Skavens, souffraient plus ou moins bruyamment de leurs blessures. Il tourna encore la tête, et son regard tomba sur une jeune fille Humaine. Elle portait la bure blanche des prêtresses de Shallya, et se tenait agenouillée près de lui. Elle était bien en chair sans être trop enrobée, avait de longs cheveux bruns noués en petites tresses, et un visage rond aux grands yeux clairs. Elle sourit à l’homme-rat.

 

-         Ne bougez pas, et tout ira bien.

-         Qui êtes-vous ?

-         Sœur Carolina Kuhlmann, du temple de Wüstengrenze. Je suis arrivée avec le capitaine Kreutzer.

 

Le jeune Skaven brun baissa les yeux vers son bras droit. La prêtresse avait attaché ses doigts les uns aux autres, et mis une attelle qui lui remontait presque jusqu’au coude.

 

-         J’ai fait ce que j’ai pu, mais n’hésitez pas à demander aux prêtresses de Steinerburg de prendre le relais.

-         Hum… Ça m’a l’air de bien tenir.

-         Une petite révision chaque semaine ne sera pas une mauvaise idée. En attendant, il faut vous reposez, et laisser votre corps se remettre les os et les chairs en place. Dans un mois, vous pourrez de nouveau bretter !

 

Le Skaven brun eut une grimace ironique.

 

-         Quelle erreur ! C’est de ma faute.

-         Défendre les nôtres, une faute ? Vous m’étonnez !

-         Non, ce n’est pas ça. Ma faute est d’avoir sous-estimé mon adversaire. J’ai voulu tenter une frappe à un endroit exposé où le coup n’est pas mortel, mais peut faire très mal. Or, cette brute n’a pas bronché. Je ne pensais pas que les Orques pouvaient être aussi peu sensibles à la douleur.

-         C’est la première fois que vous affrontez les Orques ?

-         En effet, et je ne suis pas pressé de renouveler l’expérience !

-         J’ai entendu dire que les Orques ont un sang bien plus réparateur que celui des Humains ou des Skavens. Il paraît même que si vous coupez un bras ou une jambe d’un Orque, il suffit de garder le membre tranché serré sur son moignon et d’attendre que ça se recolle tout seul en quelques heures.

-         Dommage que je n’aie pas le sang vert, alors.

-         Shallya m’en soit témoin, je vous préfère comme vous êtes. Si vous aviez du sang d’Orque, ça nous ôterait du travail, mais si cela vous rendait aussi belliqueux, ça nous en rajouterait le triple !

 

Kristofferson baissa de nouveau les yeux vers sa main, puis il regarda plus chaleureusement la nonne.

 

-         Je vous remercie pour votre bienveillance.

-         Je n’ai fait que mon travail.

-         Si je peux faire quelque chose pour vous ou votre ordre, demandez.

 

Carolina hésita quelques instants, puis se pencha en avant et murmura :

 

-         Le capitaine Müller m’a dit que vous êtes le petit-fils du Prince Steiner. C’est bien vrai ?

-         En effet.

-         Vous avez l’occasion de voir l’aumônier Romulus ?

-         Chaque fois que je suis chez moi, c’est le plus proche ami de mon grand-père.

-         Loin de moi l’idée de vouloir passer pour une profiteuse, mais vous pourriez peut-être alors intercéder en notre faveur ?

-         Qu’attendez-vous de moi, exactement ?

-         Nous avons eu dernièrement à nous occuper d’une épidémie. Nous avons pu sauver tout le monde, mais nos stocks de médicaments sont vides. Nous pourrions en récolter nous-mêmes, mais le renouvellement des stocks risque d’être trop lent d’ici le prochain hiver.

-         Votre Mère supérieure en a fait la demande ?

-         Oui, mais elle pense que le capitaine Kreutzer a gardé les envois pour ses soldats. Normalement, nous, les prêtresses de Shallya, devrions être celles qui gèrent les réserves. Mère Hannah a envoyé d’autres courriers, devant l’absence de réponse, mais n’a toujours pas eu la moindre nouvelle. Elle soupçonne le capitaine d’avoir intercepté les courriers, mais ne peut pas le prouver.

-         Mouais…

 

Carolina regarda à droite, puis à gauche, puis elle se pencha en avant et chuchota deux tons plus bas :

 

-         Tout-à-fait entre nous, messire, je crois que le capitaine Kreutzer a des idées bien arrêtées quant aux capacités de nous autres, femmes.

 

Kristofferson fit la grimace et soupira.

 

-         De mieux en mieux ! Dire que j’ai dit hier à mes hommes que seuls les Skavens Sauvages ne considéraient pas leurs femmes en égales !

-         Si seulement c’était aussi simple, messire… hélas, sur cette question-là, les Humains n’ont pas tant que ça à leur envier. Beaucoup de femmes venues au Royaume des Rats ont fait les frais de ces inégalités. J’en connais quelques-unes.

 

Le jeune homme-rat se gratta la tête, et affirma avec conviction :

 

-         Je ne sais pas jusqu’où ça pourra aller, mais je vous promets que Romulus saura tout dès que je rentrerai à Steinerburg. Vous n’avez qu’à demander à votre supérieure d’écrire une nouvelle lettre et de me la confier avant mon départ.

 

Il sentit son cœur se réchauffer quand il vit se dessiner sur le visage rond de la jeune fille un petit sourire.

 

-         Vous êtes digne de votre rang. Merci.

-         Je ne fais que mon travail, répondit-il avec un petit clin d’œil.

 

Quelqu’un entra dans le dortoir. C’était Walter.

 

-         Kit, tu vas mieux ?

-         J’ai connu pire, mentit le Skaven Brun, soucieux de garder la face. Beaucoup de pertes ?

-         Ces enfoirés de Peaux-Vertes ont fait de sacrés dégâts dans nos rangs ! Nous avons perdu huit hommes. C’est la troupe de Müller qui a pris le plus cher. Une trentaine de morts, je ne sais plus.

-         La vache…

 

Kristofferson repensa au brave capitaine, et à son professionnalisme. Il se promit intérieurement de lui rendre la pareille en temps voulu. Mais l’expression sur le visage de Walter dérangea davantage le jeune homme-rat. Il ne fut pas long à comprendre.

 

-         Et… les habitants de Klapperschlänge ?

 

Le fidèle ami de Kristofferson ne répondit pas. Le jeune Steiner bondit de son lit, et courut dehors. Il se retrouva face au désastre.

 

Le soleil se levait péniblement sur un village entièrement ravagé. Les plus petits bâtiments étaient en miettes. Les maisons plus grandes réduites à des ruines fumantes. Et, sur le côté, de nombreuses têtes de bétail du village, rassemblées en tas par les hommes de Müller, gisaient broyées, écrasées sous la fureur de la Waaagh.

 

Voilà pourquoi ça puait le sang à ce point-là…

 

Le pire était exactement ce qu’avait craint Kristofferson : il ne restait aucun villageois en vie. Tous les corps étaient alignés, enroulés dans d’épaisses étoffes afin d’être inhumés. Devant ce terrible spectacle, Kristofferson serra les poings à s’en faire mal aux phalanges.

 

Tous ces braves gens qui nous ont fait confiance, qui se sont montrés unis face au danger… Par la ramure de Taal, je massacrerai tous les Orques que je pourrai !

 

-         Alors, ça ne mérite pas un remerciement ?

 

Le jeune homme-rat sursauta, tiré brutalement de ses pensées. Il se retourna, et se trouva face à un Humain d’allure plutôt inquiétante. C’était un grand homme, avec des membres minces mais musclés sous ses vêtements renforcés. On pouvait voir sous son bonnet un front large et luisant, deux yeux perçants, et une moustache bien taillée. Ses joues creuses rendaient son visage squelettique. Son pectoral était gravé des armoiries visibles sur l’étendard porté par son lieutenant qui était toujours à cheval.

 

-         Qui êtes-vous ?

-         Votre sauveur, répondit l’autre sans la moindre chaleur. Hansel Kreutzer, capitaine de la garde de Wüstengrenze. Mes sentinelles ont repéré les torches des Orques quand ils sont arrivés à proximité de votre caserne. Nous sommes arrivés au plus vite, et ma foi, juste à temps. Sans nous, vous seriez tous morts.

 

Le capitaine Müller se mit à la hauteur des deux hommes.

 

-         Ils sont déjà tous morts, Kreutzer !

-         Mais vous êtes vivant, Müller. Ne vous plaignez pas.

 

Kreutzer s’adressa de nouveau au Skaven brun.

 

-         Heureusement que nous sommes arrivés. Vous n’auriez rien pu faire avec seulement ce vieux corniaud.

 

Müller porta la main à son épée.

 

-         Qu’avez-vous dit ?

 

L’Humain squelettique écrasa le vieux capitaine d’un regard méprisant.

 

-         J’ai dit que vous avez fait votre temps. Ce carnage le prouve.

-         Je vous signale qu’on aurait pu éviter ce carnage si vous aviez envoyé des renforts quand je suis venu vous en demander !

-         Vous insinuez que je suis un mauvais soldat, Müller ?

-         Je ne l’insinue pas, je l’affirme !

 

Kreutzer se planta devant Müller. Le mépris de ses yeux se transforma en une lourde menace. Sentant la situation s’envenimer, Kristofferson s’interposa.

 

-         Capitaine Müller, je vous en prie, réglons cela aimablement. Capitaine Kreutzer, je suis Kristofferson Steiner, fils du Maître Mage Prospero Steiner, et petit-fils de sa Majesté Ludwig le Premier. C’est lui qui m’a mandaté pour comprendre ce qui se passe depuis quelque temps à Klapperschlänge.

-         Eh bien, vous avez votre réponse, Maître Steiner. Des pillards Orques ont attaqué, et nous sommes arrivés à temps pour tous les massacrer et les empêcher de nuire plus avant au Royaume des Rats.

-         Et je vous en remercie, capitaine Kreutzer. Vous avez raison, sans vous, nous ne serions plus de ce monde. Le Prince sera informé de votre professionnalisme.

 

Grâce aux leçons de diplomatie de son grand-père, Kristofferson avait trouvé les mots et le ton aptes à diminuer les tensions. La figure squelettique du capitaine de Wüstengrenze se décrispa un peu, mais il n’en perdit pas pour autant son air sévère, ni son regard froid.

 

-         J’aimerais savoir quelque chose, capitaine Kreutzer : le capitaine Müller m’a dit qu’il était venu vous voir il y a quelque temps pour vous faire part de ses inquiétudes. Il l’a répété il y a une minute. Est-ce qu’il dit la vérité ?

-         Oui, Maître Steiner.

-         Est-ce qu’il vous a demandé des renforts ?

-         Il l’a fait.

-         Alors pourquoi ne pas avoir répondu à sa demande ?

 

Kreutzer regarda Müller d’un air méprisant.

 

-         Je ne l’ai pas cru.

-         Vous ne l’avez pas cru ? Vous voulez dire que vous ne faites pas confiance à quelqu’un qui a le même grade que vous dans la même armée que vous ?

-         Je n’allais pas faire perdre leur temps à mes hommes sur les dires d’un vieux capitaine connu pour être peu compétent.

 

Le visage de Müller s’empourpra de nouveau.

 

-         Vous êtes vraiment un…

-         Capitaine Müller, reprenez-vous, s’il vous plaît, interrompit Kit en levant sa main valide. Capitaine Kreutzer, vous n’avez donc pas fait confiance au capitaine Müller ?

-         Non, je ne lui ai pas fait confiance. Mais avant que vous ne demandiez, je n’ai pas de remords. J’ai toujours agi en mon âme et conscience de la manière que je trouve la plus juste.

 

Kristofferson montra d’un geste du bras toute l’étendue du désastre sur le village.

 

-         Si vous aviez envoyé quelqu’un ici dès la première demande de Müller, vos hommes auraient vu les traces des attaques des vouivres. Vous auriez agi en conséquence. Or, vous avez fait la sourde oreille, et le résultat est là : les Orques ont massacré tout ce village ! Un village que vous auriez pu nous aider à défendre ! Ces gens étaient vos concitoyens, capitaine !

-         S’ils ne se sont pas défendus, c’est qu’ils n’étaient pas dignes. Notre Royaume n’a pas besoin de quelques péquenots incapables de se débrouiller tout seuls.

-         Notre Royaume a besoin de miliciens droits, capitaine. Vous avez fait preuve de négligence, et cette négligence a coûté la vie aux habitants de Klapperschlänge. Ce n’était pas à eux de se défendre, mais à nous autres, gens d’armes, de les protéger.

-         Vous êtes sûr d’être bien placé pour me dicter mes devoirs, Steiner ? Vous n’êtes pas militaire de carrière.

-         J’ai participé à de nombreuses campagnes de Récoltes, capitaine Kreutzer. Croyez-moi, j’ai affronté mon compte d’adversaires enragés. J’ai moins d’années de service que vous, c’est vrai, mais elles m’ont permis de savoir comment diriger mes hommes avec le capitaine Müller. Autrement, vous n’auriez trouvé ici que des cadavres !

 

Le grand homme à l’air sévère ne répondit pas. Il haussa vaguement les épaules.

 

-         Capitaine Kreutzer, je vais aller faire mon rapport auprès du commandant Schmetterling, et auprès de mon grand-père, le Prince. Je vous invite amicalement à vous habituer au maniement de la fourche et de la charrue, car je peux vous promettre que vous ne donnerez plus jamais le moindre ordre au dernier des plantons.

 

Il laissa Kreutzer à son silence et partit dans la direction opposée. La voix du capitaine creva le silence.

 

-         Ce sera votre parole contre la mienne, Steiner. Je dirai que Müller avait mal évalué la situation. J’ajouterai que vous n’avez pas été fichus de les mettre à l’abri. Et je connais suffisamment Schmetterling pour être sûr qu’il ne croira pas la parole de sales rats géants.

 

Les visages des quelques Skavens encore en vie se tordirent de colère, et certains grommelèrent des « Qu’est-ce qu’il a dit ? » et des « Hé, répète, pour voir ? ». Quelques-uns empoignèrent nerveusement leurs armes. Kristofferson s’arrêta net, face à ses hommes, et leva sa main valide pour leur intimer de rester calmes. Il prit son inspiration, souffla, puis il eut un petit rire, qui s’amplifia.

 

-         Je peux savoir pourquoi vous trouvez ça drôle ? demanda sèchement Kreutzer.

 

Le jeune Skaven brun stoppa. Il murmura sans se retourner.

 

-         Parce que je sais quelque chose que vous ignorez.

 

Le capitaine se rapprocha machinalement pour mieux entendre, et demanda :

 

-         Et quoi donc ?

-         Je ne suis pas droitier.

 

Kreutzer haussa les sourcils, se demandant où son interlocuteur voulait en venir, lorsqu’il écarquilla les yeux en sentant une terrible sensation de brûlure lui lacérer le crâne. En un éclair, Kristofferson s’était retourné, sa rapière dans la main gauche, et en deux coups nets et précis lui avait tailladé une croix juste au milieu du front. L’Humain, stupéfait et sonné par la douleur, tomba sur son arrière-train. Il gémit quand il sentit le sang dégouliner sous ses paupières.

 

-         Ainsi, je saurai exactement où planter ma lame si j’entends encore le moindre mot s’échapper de votre bouche, Kreutzer. En attendant, par les pouvoirs qui me sont conférés par le Prince Steiner, je vous démets de toutes vos fonctions militaires.

 

Puis, sans le moindre regard pour l’homme à terre, Kristofferson traversa les rangs et invita d’un geste ses hommes à le suivre.

0 commentaire(s)

Laisser un commentaire ?