Le Royaume des Rats par

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Continuation / Fantasy

15 Barouf au Domaine Nichetti

Catégorie: M , 7980 mots
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-         Nous y voilà, ô suprême-immense Prophète Gris !

 

Le Skaven qui avait parlé s’agenouilla et toucha de son museau crasseux le sol. En vérité, même s’il ne le montrait pas, il craignait le courroux de son maître. Il y avait tellement de raisons pour un Fils du Rat Cornu de se plaindre et de déchaîner sa colère sur un autre Fils du Rat Cornu de rang inférieur…

 

Justement, une raison poignit quand le meneur des Skavens murmura d’une voix doucereuse :

 

-         Où sont les choses-hommes ?

 

Fikki, le guide de l’expédition, releva la tête. Le regard de son interlocuteur lui pressa violemment l’estomac. Ce dernier était un élu du Rat Cornu, un Skaven à la fourrure blanche, avec une paire de cornes sur le front. Il était plutôt petit pour un habitant de l’Empire Souterrain, mais en compensation, était assez ventru. Ses deux cornes étaient semblables à celles d’un bélier, et se recourbaient derrière ses oreilles. Il avait un museau plutôt large et plat, et des incisives qui mordillaient nerveusement sa lèvre inférieure. Ses yeux rouges clignèrent plusieurs fois, traduisant l’inquiétude et l’impatience.

 

-         Je… je ne comprends pas, grande lumière des lumières !

-         Ce village à choses-hommes ne contient pas de choses-hommes ! Pourquoi-pourquoi ?

-         Euh… sans doute parce qu’ils ont eu peur de vous, votre Grandeur ?

 

Le Skaven Blanc ne sembla pas complètement convaincu. Il tourna la tête, et appela :

 

-         Blokfiste !

 

Les maîtres de l’Empire Souterrain s’écartèrent nerveusement pour laisser passer un Skaven remarquable. Il était bien plus grand que les autres, d’une taille comparable à celle des Vermines de Choc, sans pourtant avoir le pelage noir. Au contraire, celui-ci était plutôt clair de fourrure. En revanche, on devinait qu’il était un redoutable guerrier à son armure constituée de plaques d’acier fixées sur son torse et ses bras, et à la lourde lance qu’il portait attachée dans le dos. Mais ce qui retenait plus l’attention étaient les différentes modifications de son corps, artisanat infâme des Maîtres Mutateurs du Clan Moulder. Les plus flagrantes étaient les lames greffées au bout de ses doigts, par-dessus ses griffes, ainsi que les morceaux de métal coupant implantés sur toute la longueur de sa queue. De quoi faire taire ceux qui auraient osé rire de lui en voyant sa truffe grosse comme un melon. Une truffe capable de déceler les odeurs trois fois plus efficacement qu’un museau Skaven ordinaire.

 

Blokfiste posa genou à terre et baissa la tête. Il murmura sans la moindre crainte ni déférence :

 

-         Que puis-je pour vous, ô divin maître de l’intrigue et de la conquête ?

-         Blokfiste, as-tu déjà vu des choses-hommes abandonner leur village ?

-         J’ai vu des choses-hommes fuir devant la magnificence et l’invincibilité de nos armées-légions. Mais jamais de village vide-abandonné. Première fois.

-         Alors, ce n’est donc pas normal-normal pour toi ?

-         Non, ô parole incarnée du Rat Cornu.

-         Qu’est-ce que tu proposes-suggères ?

 

Le grand seigneur de guerre tâcha de rester impassible. En réalité, il fut surpris et enchanté. Comment le Prophète Gris sous les ordres desquels il avait été placé pouvait lui demander son avis ? Lui qui était toujours pétri de certitudes prétentieuses, lui qui crachait allégrement sur tout le monde car il n’y avait aucun autre Skaven Blanc plus âgé que lui pour le recadrer, avait besoin d’un conseil de sa part ! Intérieurement, Blokfiste ricana.

 

Peut-être que cette petite crotte de malesouris va perdre pied ?

 

La voix de son chef religieux le fit sursauter.

 

-         Alors, ça vient ?

-         Euh… Je peux essayer de sentir un danger.

-         Eh bien, vas-y, sombre crétin !

 

Blokfiste serra les dents, irrité par l’insulte. Une brève pensée de lui en train d’arracher la tête de ce petit péteux le maintint calme. Il ferma les yeux, leva vers les étoiles son énorme museau, et renifla plusieurs fois longuement.

 

Il n’y avait pas un bruit. Tous les Skavens fixaient leur seigneur de guerre, suspendus au plus petit de ses gestes. Au loin, on entendait croasser les corbeaux entre deux souffles de vent, ainsi que le bruissement de la rivière située à quelques miles de là. Le grand chef Skaven resta ainsi pendant une longue minute, à pointer son nez dans toutes les directions, puis releva les paupières.

 

-         C’est curieux, ô Prophète Gris… Je sens quelque chose.

 

Le Skaven Blanc s’impatienta.

 

-         Et quoi donc, triple buse ? Parle !

 

Blokfiste grommela d’agacement avant d’expliquer :

 

-         De la terre. Beaucoup de terre.

-         C’est normal, enfin ! On est au milieu des cultures des choses-hommes ! Beaucoup de terre, beaucoup de purin pour faire pousser plus vite leurs herbes à grains ! Tu cherches à me faire douter, imbécile, mais ça ne marchera pas !

 

Le chef Moulder ne répondit pas. Il ne sut déterminer précisément s’il voulait maintenir sa position, ou s’il acceptait de se soumettre à l’explication de son supérieur. Le Skaven Blanc se désintéressa du chef de guerre et agita les bras.

 

-         Allons, Fils du Rat Cornu ! Préparons le rituel !

 

Tout le monde se remit en mouvement sous les injonctions du Prophète Gris. Qui ne se rendit pas compte que le regard de Blokfiste aurait pu allumer un bûcher.

 

 

Dans le moulin situé à l’orée du village, il y avait trois personnes : Eusebio Clarin, Sigmund Steiner et Nedland Grangecoq. Ce dernier avait suivi toute la conversation grâce à la lunette de son fusil. Il avait trouvé un bon angle pour surveiller les lieux sans risquer de se faire trahir par un rayon de soleil – précaution dont il n’avait plus eu besoin de se soucier une fois la nuit tombée, naturellement, mais il restait professionnel. Le Halfling, parmi ses nombreux talents, avait acquis celui de pouvoir lire sur les lèvres. Grâce à Psody, le queekish commun n’avait plus de secret pour lui, non plus, aussi avait-il compris tout le dialogue, et ce qu’il en déduit lui fit plisser le front de souci.

 

-         Merde ! J’espère qu’on ne va pas se faire griller !

-         Comment feraient-ils ?

-         Vous voyez le plus grand ? C’est un chef de guerre, l’autre l’a appelé Blokfiste.

-         Blokfiste ! Le Skaven dont Qroshay vous a parlé, Maître Steiner ! rappela Clarin.

-         Sans doute, et alors ? Il est devin ?

-         Non, mais il y a autre chose. D’ici, vous ne pouvez pas le voir, messieurs, mais ce Skaven a un tarin d’une sacrée longueur ! La dernière fois que j’en ai vu un comme ça, c’était celui d’un oliphant sur le Continent Noir !

-         Encore un Moulder, grogna Sigmund.

-         Ce qui explique les lames rajoutées sur ses doigts et dans sa queue.

-         Comme Qroshay, murmura Clarin.

-         Ils ont dû passer entre les pattes du même Maître Mutateur. Et donc… ah, attendez ! Bon. Ils préparent leur rituel. Ce Blokfiste n’a pas l’air d’insister.

-         C’était une idée géniale, Maître Grangecoq !

-         Je veux, Maître Clarin ! C’est moi qui l’ai eue ! Mais bon, j’avoue, ça gratte un peu.

 

Les Skavens Sauvages ne l’avaient pas remarqué, mais en réalité, le village n’était pas vide de toute présence Humaine. Les maisons étaient silencieuses, les portes closes, les volets cachaient les fenêtres, mais elles n’étaient pas inhabitées. Tout un bataillon composé d’Humains et de Skavens était là. Ils se terraient dans les habitations, dans l’écurie, à l’intérieur du moulin… Jochen Gottlieb s’était même caché dans le puits. Mais les Skavens Sauvages, trop confiants en leur capacité d’effaroucher naturellement les paysans, n’avaient pas pris le temps de bien fouiller les lieux. En réalité, leur instinct de dévoreur des tunnels n’avait pas été alarmé par l’odeur caractéristique des Humains. Ce qui était parfaitement compréhensible, car tous les combattants de Vereinbarung et leurs alliés de Sueño étaient couverts de boue.

 

La ruse de Nedland avait réussi. Les Skavens, trop préoccupés par leur préparation, n’avaient pas fait la différence avec le fumet qui flottait au-dessus des champs environnants. Mais le Halfling restait inquiet. Ils étaient nombreux, peut-être une centaine d’individus, et étaient bien équipés. Dans le ciel, Morrslieb, la lune de malepierre, était au plus haut. Son éclat verdâtre donnait un aspect très inquiétant au tableau. Quatre Skavens Noirs ployaient sous le poids d’un énorme chaudron presque aussi grand qu’un esclave Skaven Sauvage. Le récipient avait été fondu dans un fer noir, et des pépites de malepierre étaient incrustées sur sa surface. Sur un signe du Skaven Blanc, ils laissèrent tomber le chaudron au milieu de la place du village, l’endroit le plus dégagé aux alentours. Le bruit de ferraille creuse ricocha sur les murs des maisons.

 

Clarin se félicita de les voir s’installer ici, dans ce village sobrement baptisé « Oropesa ». S’ils avaient choisi d’exercer leur sombre magie dans le domaine-même de Patrizio Nichetti, le plan aurait sans doute été plus difficile à mettre à exécution. Le riche propriétaire avait son manoir et son parc en périphérie du village d’Oropesa, village que sa fortune personnelle lui avait peu à peu permis d’acheter. Ses habitants n’étaient pas spécialement oppressés par cette « privatisation officieuse », et le domaine entier était plutôt prospère. Les habitants étaient cachés dans une caserne de grande taille, à une journée de marche de là, défendus par le capitaine Antoninus resté sur place. Le bourgmestre, Nichetti lui-même, avait toutefois lourdement insisté. Il voulait le moins de dégâts possible sur son domaine. Le diplomate avait promis de faire au mieux, pour le principe. En vérité, l’un comme l’autre connaissaient très bien l’inutilité de ce genre de promesse.

 

 

Sur la place d’Oropesa, les Skavens Sauvages ne se posaient pas du tout ce genre de question. En revanche, le Skaven Blanc n’était toujours pas convaincu.

 

-         Je me demande encore pourquoi les choses-hommes ont abandonné leur village, Blokfiste ?

-         Je ne sais pas, ô grand et magnifique Prophète Gris.

-         Peut-être que quelqu’un les a prévenus ? Peut-être qu’il y a un traître dans nos rangs ?

 

Le Skaven Blanc darda un regard furibond vers Blokfiste.

 

-         Ce ne serait pas toi, par malheur-hasard ?

 

Le chef de guerre eut le réflexe de baisser le museau.

 

-         Je vous assure que non, puissant-génial Messager du Rat Cornu ! Jamais-jamais je ne vous trahirai !

-         Bien. Allez, il suffit ! Que le rituel commence !

 

Les Guerriers des Clans s’écartèrent pour laisser passer trois Skavens décrépits, malformés de partout, vêtus de robes noires de taches de souillures de toutes sortes. Le Clan Pestilens avait envoyé trois de ses représentants. Chacun des trois Moines de la Peste portait une musette contenant des ingrédients ; organes, animaux entiers morts, pépites de malepierre raffinée à divers degrés, somme toute des éléments tous plus écœurants les uns que les autres. Les quatre Vermines de Choc revinrent, avec quatre barriques entre les pattes. Ils commencèrent à verser dans le chaudron le contenu des tonneaux.

 

Le Skaven Blanc se posta devant le chaudron, leva les yeux vers Morrslieb, brandit les poings vers les cieux, et cria :

 

-         Ô Rat Cornu, guide du Peuple de l’Empire Souterrain ! Écoute-écoute ma prière, et accepte notre offrande ! Par trois fois, nous avons versé le sang des choses-hommes, ô Rat Cornu. Par trois fois, nous avons laissé ton empreinte sur le monde de la surface, ce monde qui n’attend que toi pour le façonner selon ton cœur et le diriger ainsi qu’il le mérite-mérite ! Nous t’adorons, ô Rat Cornu ! Nous tuerons-détruirons les traîtres à ta cause-volonté ! Nous répandrons ton souffle sur cette terre, et très bientôt, il n’y aura rien d’autre que les Fils du Rat Cornu !

 

 

Nedland grogna d’agacement.

 

-         Leur petite fête commence. S’il faut faire quelque chose pour les arrêter, c’est maintenant !

-         Tu peux abattre ce Prophète Gris ?

-         J’ai sa tête dans mon viseur. Tu n’as qu’un mot à dire, et il cessera à tout jamais de débiter ces conneries.

-         Alors, prépare ton coup.

 

Le Halfling régla encore la lunette de son arquebuse, et fit doucement glisser son doigt sur la gâchette. Il réfléchit un court instant.

 

-         On devrait peut-être en profiter pour le prendre vivant ?

-         Et comment tu ferais, Nedland ?

-         Une balle dans le ventre.

-         Une balle dans le ventre ? répéta Clarin. Ça ne risque pas de le tuer ?

-         Pas si je frappe exactement au bon endroit. Il n’aura probablement pas beaucoup de chance de survivre plus d’une heure ou deux, mais ça suffira pour le capturer et le faire parler.

-         Qu’en pensez-vous, Maître Clarin ? demanda Sigmund.

-         Hum… Vous êtes sûr de vous, Maître Grangecoq ?

-         Sur les poils de l’oreille gauche de mon troisième cousin par alliance.

 

L’Estalien et le Skaven Noir échangèrent un regard d’approbation.

 

-         C’est quoi, ton plan, Nedland ?

-         Sigmund, je voudrais que tu descendes du moulin et que tu t’apprêtes à foncer sur lui au grand galop. Fais-moi signe quand tu es prêt. Dès que tu entends mon coup de feu, les autres attaquent selon ce qu’on a convenu, et toi, tu profites de la panique pour choper le Prophète Gris, et tu le ramènes.

 

Le jeune Skaven Noir avait caché sa fidèle jument dans le moulin, après l’avoir camouflée comme les soldats. Il s’empressa de redescendre, sortit discrètement sa monture du bâtiment cylindrique, la monta, et leva le pouce vers le Halfling.

 

Nedland visa le Skaven Blanc, puis quand il fut certain de son coup, ouvrit le feu. L’arquebuse aboya, et la balle fila droit vers sa cible. Le Skaven Blanc reçut la balle en plein ventre. Il tomba à genoux avec un glapissement surpris.

 

Ce fut le signal du début de la bataille. Sigmund talonna sa monture et galopa vers la place, les yeux focalisés sur le Prophète Gris. Et au même moment, tous les soldats des Princes Humains jaillirent de leur cachette avec cris de guerre et armes brandies. Ils étaient plus d’une soixantaine. Moins nombreux que les Fils du Rat Cornu, mais bien plus déterminés. L’avantage de la surprise leur permit d’éliminer une douzaine de Skavens Sauvages en un instant.

 

Fikki glapit de frayeur, tourna les talons vers la sortie du village, et détala. Sa seule erreur fut de passer près du puits. Il fut brutalement arrêté dans sa course par Jochen qui bondit juste devant lui et lui fracassa la tête d’un coup de marteau.

 

Le Prophète Gris se releva péniblement avec une grimace de douleur. C’est alors qu’il vit une Vermine de Choc sur l’une des bêtes à quatre pattes qu’utilisaient les choses-hommes pour se déplacer rapidement. Le Skaven Noir se précipitait vers lui. Vite, il fouilla dans la poche de sa robe grise, en sortit une petite pépite de malepierre, et s’empressa de l’avaler. L’énergie Warp crépita dans son estomac. Il serra les dents, et marmonna nerveusement une formule magique.

 

Sigmund avait tendu les jambes, et glissa les pieds sur la selle afin de pouvoir bondir sur sa cible qui se rapprochait à toute vitesse. Encore une seconde ou deux, et il allait capturer le gredin. Enfin, quand sa jument passa à côté du Skaven Blanc, il sauta en avant, bras tendus. Mais au moment où il referma les bras, il fut brutalement aveuglé par un nuage de fumée verdâtre et puant. Il roula dans la boue, et toussa bruyamment. Il essaya de reprendre son souffle en avalant de fortes goulées d’air, et expira tout aussi maladroitement. Au bout de longues secondes, il reprit enfin pleine possession de ses moyens, et se releva. Il regarda furieusement tout autour de lui, à la recherche du Skaven Blanc, mais ne le vit pas. Il se rappela alors d’une chose que lui avait apprise son père sur la magie Warp des Skavens Sauvages.

 

Il a dû se téléporter !

 

Le Skaven Noir ne put réprimer un cri de frustration. Il fallait qu’il se défoule sur quelqu’un. C’est alors qu’il repéra une grande silhouette, un Skaven plus massif que les autres, qui renversa coup sur coup deux des soldats de Sueño. Il n’en fallut pas davantage pour lui enflammer le système nerveux.

 

-         Blokfiste !

 

Il courut vers le Skaven Sauvage, bien décidé à déchaîner sa fureur sur celui-ci.

 

 

Jochen Gottlieb était très grand et fort pour un Humain. Il avait hérité cette puissance de son père, le seigneur Wilhelm Gottlieb, lui-même originaire du nord de l’Empire. La grande et froide Franzseska, sa mère, avait du sang kislévite dans les veines. Elle lui avait cédé un peu de sa ténacité et de sa froideur. Au premier abord, on aurait pu considérer Jochen comme une brute simple d’esprit qui cognait de toutes ses forces sans réfléchir, mais il n’en était rien. Pendant son enfance, son père l’avait habitué à la violence des champs de bataille en l’amenant régulièrement observer l’état des soldats de son château après un combat, les vivants comme les morts. En outre, lui et sa sœur avaient bénéficié de l’entraînement d’un maître d’armes réputé du Middenland, un mercenaire du temple Ulricain spécialisé dans le maniement des armes lourdes. Une fois installés à Vereinbarung, Dame Franzseska avait convaincu le mercenaire de reprendre les leçons pour ses deux enfants. Celui-ci était resté deux ans avant de reprendre la route. Il avait enseigné à Jochen et Marjan les subtilités invisibles mais bien existantes du combat aux armes comme l’épée à deux mains ou la masse de guerre.

 

Et donc, le jeune homme maniait avec dextérité son énorme marteau de guerre ouvragé. Il frappait fort, il fracassait les crânes, écrasait les os, mais jamais il ne portait le moindre coup au hasard. Chaque attaque visait un endroit très précis, avec une force calculée en un clin d’œil. Il était même capable de faire jouer le poids de son arme entre ses mains pour une plus grande fluidité de ses coups. Sa détermination et son habituation de la violence des combats le rendaient imperturbable. Et les cadavres s’entassaient autour de lui. Les Skavens Sauvages se précipitaient, impatients de le tuer, mais ils étaient bien vite repoussés par son marteau. Même lorsque deux ou trois Guerriers des Clans voulaient l’attaquer simultanément, il trouvait toujours le moyen de les fracasser en deux temps trois mouvements.

 

-         Qu’est-ce qu’on se marre, les gars ! rit le jeune homme.

 

Il repéra alors trois des quatre Vermines de Choc du bataillon, qui massacraient proprement les deux soldats Skavens qui venaient de trucider leur quatrième camarade à fourrure noire.

 

-         Ah, voilà qui est plus intéressant !

 

Il empoigna fermement son marteau, et partit à la rencontre des trois Skavens Sauvages Noirs. Ceux-ci étaient plus forts que les Guerriers des Clans ordinaires, et plus disciplinés aussi. Cela n’inquiéta pas le jeune combattant Humain. Il brandit à deux mains son marteau avec un cri de défi. Les trois Skavens Noirs piquèrent de leur hallebarde en même temps. Jochen fit un bond de côté et détourna les trois têtes de fer rouillé d’un balayage. Sans interrompre son élan, il fit un tour sur lui-même et balaya l’air une seconde fois à l’horizontale, projetant son marteau vers la tête du premier Skaven Noir. La Vermine de Choc eut la tête fracassée, et s’abattit sur le deuxième. Le troisième Puissant du Rat Cornu abattit sa hallebarde sur l’Humain. Jochen présenta en un clin d’œil le manche de son marteau de guerre qu’il tint fermement à deux mains. La lame de la hallebarde rebondit sur son renfort métallique. Le Skaven Noir n’eut pas le temps de reprendre ses esprits que le marteau de la chose-homme lui broya le ventre.

 

Le deuxième Skaven Sauvage Noir, toujours debout, comprit qu’il avait affaire à un adversaire autrement plus coriace. Sans dire un mot, il leva sa lance, courba la tête, et tourna lentement autour de la chose-homme, prêt à bondir. Jochen ricanait doucement et souriait à la Vermine de Choc. Il savait qu’il ne pouvait pas se permettre un faux mouvement. Ils restèrent ainsi quelques secondes. Enfin, la Vermine de Choc faucha l’air de sa hallebarde. Jochen releva à la verticale le manche de son arme pour parer le coup, mais au dernier moment, le Skaven Sauvage Noir fit tournoyer sa hallebarde et porta aussitôt une deuxième attaque par l’autre côté. Un autre guerrier moins expérimenté n’aurait pas eu le temps d’anticiper et aurait reçu la tête de fer dans les côtes. Pas Jochen. Il fit un petit saut de côté en se tournant dans l’autre sens, stoppa le coup, et envoya la tête de son marteau directement dans la poitrine de la Vermine de Choc. Son plastron bosselé ne le protégea pas suffisamment. Le Puissant trébucha et tomba sur son postérieur, le souffle coupé net. Un dernier coup sur le museau mit définitivement un terme au combat.

 

Jochen ne voulut pas faire attendre les Skavens Sauvages en savourant sa victoire. Il se mit à la recherche d’un autre ennemi à occire.

 

 

Alors qu’il transperça la poitrine d’un traître au Rat Cornu, Blokfiste entendit une voix l’appeler avec colère. Il pivota sur ses talons nus. Ses sourcils se levèrent de surprise quand il vit un Puissant à quelques pas de lui. Son armure, son épée étaient conçus et entretenus à la manière des choses-hommes comme les autres traîtres au Rat Cornu, mais celui-ci avait l’air plus combatif. Blokfiste s’était déjà entraîné sur des Skavens Noirs, et savait combien ils pouvaient être redoutables. Il fit tournoyer sa lourde lance et siffla :

 

-         Je vais t’écorcher-écorcher, faux Fils du Rat Cornu !

-         C’est toi qui vas crever, saloperie de Moulder !

 

Le jeune Steiner se précipita vers son adversaire avec un beuglement féroce. Le Skaven ocre balaya l’air de sa lance. Sigmund détourna la tête de métal rouillé d’un coup ferme de son épée. Blokfiste tordit ses poignets pour accompagner le mouvement, et frapper le Skaven Noir d’un coup du manche de lance. Sigmund grogna en sentant l’arme meurtrir son épaule. Il saisit Cœur de Licorne à deux mains, la brandit au-dessus de sa tête, et sauta vers Blokfiste en l’abattant de haut en bas. Le chef de guerre tendit en avant sa lance à deux mains. La lame de gromril coupa le bâton de bois en deux, devant les yeux surpris du Skaven ocre.

 

Celui-ci ne resta pas hébété bien longtemps. En un éclair, il balança en avant sa longue queue hérissée de lames métalliques. L’appendice fouetta Sigmund dans les côtes. Celui-ci recula avec un bref cri de douleur. Sa cuirasse avait amorti l’impact, mais du sang imbiba les manches déchirées de sa veste. La douleur lui lacéra le bras gauche. Furieux, le Skaven Noir fit des moulinets de son épée, puis balaya de nouveau l’air pour porter un coup à la tête de Blokfiste. Le chef de guerre laissa tomber les deux morceaux de lance, et saisit la lame de Cœur de Licorne pile entre ses griffes d’acier. Grâce à la science infâme du Clan Moulder, les tendons de ses doigts et les muscles de ses poignets pouvaient déployer une force bien supérieure à celle d’une main ordinaire, force avec laquelle il arracha l’épée des mains du jeune Steiner. Il la jeta par terre d’une main, et envoya l’autre vers la figure de son adversaire.

 

Sigmund recula de nouveau avec un cri de douleur plus prononcé. Il trébucha, et roula par terre. Blokfiste se campa fièrement, poings sur les hanches, et éclata de rire. Il ramassa posément l’extrémité de sa lance cassée qui portait la tête, la fit tournoyer, et la lança vers le Skaven Noir toujours au sol. Sigmund fit une galipette en arrière, évita de justesse le trait mortel. Il se releva d’un bond. Blokfiste cessa de rire. Il tendit ses deux pattes en avant, et courut vers Sigmund avec un glapissement de rage. Sigmund se précipita à son tour, mais au dernier moment, s’arrêta, prit appui sur sa queue, et envoya ses deux jambes en avant. Il percuta le Skaven ocre en plein estomac.

 

Ce fut au tour de Blokfiste de rouler au sol. Surexcité, Sigmund ramassa la pique du chef de guerre qui traînait près de lui, et la lança vers Blokfiste. La lance se planta entre deux anneaux de chair de la queue du Skaven Sauvage. Le chef de guerre se retrouva cloué au sol, allongé sur le dos. Sigmund ne perdit pas de temps en vantardise. Il se rua vers son épée, l’empoigna sans cesser de courir, et revint vers Blokfiste pour lui porter le coup fatal. Le Skaven Sauvage agrippa le manche de sa lance et la retira d’un coup sec. Il donna un coup de reins et échappa de justesse à la lame sinusoïdale… qui lui coupa net la queue.

 

Sans prendre le temps de ressentir la souffrance infligée, Blokfiste bondit sur Sigmund et lui flanqua un coup de poing sur le museau. Le Skaven Noir vit aussitôt trente-six chandelles. Il en tomba à genoux. Le monde entier tournait autour de lui, le sang battait si fort à ses oreilles qu’il n’entendait plus rien, et un voile noir recouvrit ses yeux. Le goût du sang submergea sa bouche. Il releva péniblement le nez, et sentit son cœur accélérer quand il repéra au milieu du tourbillon de couleurs qui voltigeait autour de lui la forme claire de Blokfiste. La voix rauque du Skaven ocre résonna dans son crâne.

 

-         Tu sais bien te battre, Vermine de Choc. Mais pas assez-assez.

 

Blokfiste fit quelques pas pour se mettre à bonne distance du jeune Skaven Noir, et leva fermement le bras, prêt à projeter la lance cassée sur lui.

 

-         Que le Rat Cornu te dévore-digère !

 

Il lança son arme. Sigmund sentit un violent coup d’adrénaline fouetter son système nerveux. Il cessa de réfléchir et laissa son instinct guider ses gestes. Son bras partit en avant, et sa main gantée empoigna la hampe de la lance juste au moment où elle allait l’atteindre. Sans laisser le temps à Blokfiste de comprendre, il fit tourner la lance au-dessus de sa tête et la projeta de nouveau de toutes ses forces. La tête de fer rouillé s’enfonça dans l’épaule du Skaven ocre dans une gerbe de chair et de sang. Blokfiste couina de douleur et vacilla sur ses jambes.

 

-         Tiens bon, Siggy !

 

Jochen et un autre Humain qui le suivait accouraient dans la direction des deux combattants. Le chef de guerre comprit aussitôt qu’il n’aurait pas le dessus. Il fallait fuir. Il regarda rapidement autour de lui, et repéra quelque chose qui le fit réagir rapidement, au mépris de la douleur qui lui brûlait le flanc.

 

Non loin de lui, il y avait le chaudron à malepierre. Les Moines de la Peste étaient rassemblés autour, tellement drogués qu’ils n’avaient qu’à peine conscience de toute l’agitation qui les entourait. Ils jetaient en ricanant les différents ingrédients à l’intérieur. Blokfiste courut à pleine vitesse, contourna le chaudron et renversa l’un des Pestilens d’une bourrade. Puis il posa sa main valide sur le rebord du chaudron, et poussa de toutes ses forces. Les Moines de la Peste glapirent de surprise devant l’interruption de leur rituel, mais le chef de guerre n’y prit pas garde. Le chaudron de fer forgé incrusté de malepierre vacilla petit à petit, puis tomba en avant dans un grand fracas.

 

Sigmund avait péniblement repris le contrôle de ses sens. Il suivait tant bien que mal Jochen et son comparse. Les poils de sa fourrure se hérissèrent quand il entendit son ami s’écrier :

 

-         Écartez-vous !

 

Il vit une vague de liquide bouillonnant et verdâtre filer droit dans leur direction. Il n’eut que le temps de bondir sur le côté. Il sentit une vague de chaleur piquer ses pieds, mais heureusement, il avait réussi à se mettre hors de portée de la mixture. Jochen aussi. Malheureusement, l’autre soldat glissa, et s’étala de tout son long dans la flaque. Le résultat ne se fit pas attendre. Il poussa des cris de plus en plus stridents tout en se roulant sur le sol de douleur, et une flopée de mutations aberrantes poussa à toute vitesse sur tout son corps : une troisième jambe lui poussa dans le dos, les doigts de sa main gauche fusionnèrent en une pince nacrée, son cou s’allongea jusqu’à l’aberration, ses jambes fondirent en un paquet de vermicelles.

 

Du haut de son poste, Nedland Grangecoq repéra l’infortuné soldat. Sans la moindre hésitation, il lui fit éclater la tête d’une balle.

 

Sigmund se releva, et courut vers Jochen, qui était toujours à terre. Il lui agrippa le poignet et l’aida à se remettre debout. Celui-ci était furibond.

 

-         Où est-il ? Où est ce connard ?

-         Il a filé !

 

Et c’était vrai. Blokfiste avait profité de la confusion pour déguerpir. Les deux amis voulurent le retrouver. Ils remontèrent jusqu’au chaudron renversé, repérèrent les traces du sang du Skaven ocre, mais au milieu de la boue et des corps qui jonchaient le sol, ce n’était pas possible de déterminer précisément par où il était parti.

 

-         Avec un bras en moins, il n’ira pas loin.

-         Le terrain est bien dégagé, si on ne le voit pas, c’est qu’il a pu nous distancer, j’en ai peur !

 

La bataille se terminait. Les derniers Skavens Sauvages tentaient désespérément d’échapper aux guerriers de Sueño. Maître Clarin rejoignit les deux compères.

 

-         Caballeros ! Vous n’êtes pas blessés ?

-         Non pas, Maître Clarin, répondit Jochen.

-         Capitaine Gottlieb, vos talents de combattant sont impressionnants !

-         Oh, trois fois rien, excellence, ces affreux n’étaient que du menu fretin !

-         Pas tous, murmura Sigmund.

 

L’Estalien baissa alors les yeux vers le sol, et frissonna de dégoût.

 

-         Manann ait pitié…

 

Le combat avait cessé, les Skavens Sauvages encore en vie avaient rapidement fichu le camp en voyant leur chef les abandonner. Hélas, personne n’avait le cœur à se réjouir. En effet, la concoction contenue dans le chaudron s’était entièrement répandue sur le sol, et la terre avait déjà commencé à l’absorber. Ce qui était en train de provoquer une véritable pourriture du sol même. La terre s’était craquelée, et était devenue noirâtre et cendreuse. Quelques lueurs vertes très inquiétantes et des panaches de fumée émanaient des fissures.

 

L’Estalien regarda le Skaven Noir.

 

-         Vous aviez déjà vu ça ?

-         Non. Pas même dans leurs terriers. Mais ça doit arriver souvent, chez eux.

 

Il y eut soudain une succession de crissements, et une nuée de rongeurs s’échappa des taupinières. Lapins, rats, mulots, tous avaient commencé à muter en de répugnantes petites créatures.

 

-         Reculez tous ! Ne les laissez pas vous mordre ! ordonna Jochen.

 

Les Humains et les Skavens obéirent immédiatement, ceux qui pouvaient s’empressèrent de grimper sur des abris improvisés. L’abominable horde de vermine s’éparpilla.

 

Quand le silence revint, tous tremblaient.

 

-         Quelle horreur… murmura encore Clarin.

-         Ne vous en faites pas, ces saloperies ne vivront pas longtemps, assura Nedland.

-         Je vous crois, Maître Grangecoq, mais je ne pensais pas que la mutation pouvait avoir de tels effets.

 

Le diplomate étendit les bras. Pour la première fois depuis qu’il s’était présenté au Prince Steiner, son visage racé et délicat était alourdi de contrariété.

 

-         Regardez-moi ça ! Toute la zone est corrompue ! Qu’est-ce que je vais dire à Maître Nichetti ?

-         Qu’il faut s’attendre à ce genre de chose quand on affronte un Prophète Gris ! rétorqua Nedland. En plus, il peut s’estimer heureux.

-         Ah, vraiment ? La place centrale de son domaine, complètement impraticable, et on ne sait pas jusqu’où ça descend, et il peut s’estimer heureux ?

-         Ouais, parce que le rituel n’a pas été accompli ! Psody m’a déjà parlé de ce que pouvaient faire les Pestilens. Les rayons de Morrslieb auraient dû charger d’énergie leur poison. La pourriture aurait été beaucoup plus violente. Le village entier, les maisons, et nous autres, aurions pu être tous touchés. Pour le moment, c’est dans cet état, et ça n’a pas l’air de grandir.

-         Mais ce n’est pas une raison pour traîner ! répliqua Jochen. On va d’abord se compter, puis rassembler les cadavres pour les brûler. Ensuite on rentrera faire notre rapport.

-         Quoi ? Vous allez laisser tout ça comme ça ? s’exclama Clarin.

 

Le grand Humain approcha, et eut un sourire qui mêlait ironie, sympathie et condescendance.

 

-         Vous voulez peut-être pelleter toute cette merde vous-même, excellence ?

-         Ne soyez pas ridicule, capitaine Gottlieb ! Je ne veux pas finir comme ce pauvre diable !

-         Moi non plus, et personne ici ne le souhaite. Ceci est une pollution d’origine magique. La seule façon de la combattre, c’est de faire appel à un magicien. Coup de chance, le paternel du Skaven Noir en est un, et en plus il manie la Magie de la Vie. La meilleure chose à faire est donc de le retrouver au plus vite pour qu’il nous trouve un moyen de purger tout ça.

 

L’Estalien se détendit un peu, et hocha affirmativement la tête. Jochen se tourna vers les troupes.

 

-         Assez traîné, les gars ! Au boulot !

 

Les hommes et Skavens se mirent au travail. Sigmund sentit alors les douleurs de ses blessures. Il s’assit, et arracha la manche de sa tunique. Il grimaça en voyant les coupures irrégulières qui déchiraient la fourrure et la peau de son bras. Il serra les dents encore plus fort quand il distingua des petits morceaux de métal plantés dans sa chair.

 

Clarin s’en aperçut, et se pencha vers lui.

 

-         On passera par le temple de Shallya le plus proche. Il faut absolument vous faire examiner !

-         Oui, vous avez raison, haleta Sigmund.

 

Jochen avait fini de compter les hommes.

 

-         On a douze morts et quelques blessés. C’aurait pu être pire. Mais j’ai entendu votre idée de passer par un temple, et je pense qu’elle est bonne, Maître Clarin.

-         Des blessés graves ?

-         Un peu, mais surtout, avec les vapeurs qu’on respire, il vaut mieux que les colombes nous fassent quelques fumigations au cas où.

 

 

Il fallut encore près d’une demi-heure pour rassembler les cadavres des Skavens Sauvages en un grand tas et trouver suffisamment de combustible pour y mettre le feu. Encore une fois, et cela lui parut encore plus pénible qu’à Rabarena, Clarin fit une prière pour les victimes des Skavens Sauvages, en particulier le malheureux qui avait été complètement dissous par la potion des Pestilens.

 

L’Estalien s’adressa à Jochen.

 

-         Désolé de m’être emporté, mais tout ceci commence à sérieusement m’inquiéter.

-         Pas de souci, excellence. Moi aussi, j’en ai plein le cul. Il va falloir prendre des mesures plus adaptées, je crois bien.

 

Clarin se racla la gorge.

 

-         Je dois aller voir Patrizio Nichetti pour lui résumer la situation. Ensuite de quoi, je reviendrai auprès de votre Prince. Je tiens à être aux premières loges pour la suite des événements.

-         Ce n’est pas nécessaire, Maître Clarin,

-         Ça l’est, Maître Grangecoq. J’en fais maintenant une affaire personnelle. On se retrouve à Steinerburg ?

-         Je vous propose autre chose : je vous laisse emmener les blessés graves au premier temple de Shallya entre ici et la caserne où est Nichetti. Quelques guerriers valides vous accompagneront pour la forme. Nedland file à Steinerburg avec les autres. Moi, je pars de mon côté avec Sigmund, et nous vous attendrons au village de Sondernach.

-         Sondernach, d’accord. Une raison à cela ?

-         Rien de bien important, excellence. C’est juste un endroit parfait pour souffler un peu.

 

 

Sigmund n’avait pas pris part au ramassage des cadavres. Nedland était resté près de lui pour l’aider à panser ses blessures. Après le temps de prière, le Halfling se rapprocha du Skaven Noir.

 

-         Comment ça va, fiston ?

-         J’ai vu mieux, grommela Sigmund.

-         Pas trop déçu ?

-         Je connaîtrai pire.

 

Sigmund avait répondu sans la moindre conviction. Nedland, de son côté, était furieux. Il cracha par terre.

 

-         J’étais sûr d’avoir eu ce gros lard en plein ventre ! D’ailleurs, je l’ai eu ! Je l’ai vu tomber à terre !

-         Il avait peut-être une armure ?

-         Sous une robe de Prophète Gris ?

-         Un tissu rembourré ?

-         J’en sais rien, mais de toute façon, ça ne laisserait pas passer les énergies magiques ! Je ne suis pas un magicien comme ton père, mais j’en ai suffisamment côtoyé pour savoir ça ! Non, il y a autre chose. Normalement, il n’aurait pas pu se relever et s’enfuir comme ça ! Pas avec une balle d’un calibre suffisant pour arracher un bras enfoncé dans la bidoche !

 

Il soupira.

 

-         Désolé, mon grand. Si j’avais su, je ne t’aurais pas fait prendre autant de risques.

-         T’inquiète, on le retrouvera, murmura le grand Skaven Noir.

 

Il serra le poing de rage en pensant à Blokfiste.

 

Et toi, tu ne perds rien pour attendre !

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