Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 50

623 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 18/11/2016 22:23

A la fin de sa grossesse, Tris, fatiguée, a demandé un rocking chair. S’y asseoir pour se reposer en se laissant bercer par le mouvement, puis maintenant pour allaiter, la détend. En moins de deux jours après sa demande, un bricoleur a transformé une loveuse en rotin en berceau géant pour Tris, monté sur deux pieds en bois, taillés en arc de cercle parallèles. Tobias, attendri, retrouvait souvent sa femme et son globe abdominal rebondi, assoupie dans ce fauteuil en rentrant à leur domicile de l’orphelinat.

Revenue de l’hôpital depuis deux jours, Tris savoure le confort de son siège et la quiétude de son logement, après l’agitation du centre hospitalier. Malgré les protestations des médecins, elle n’aurait pas voulu rester une journée de plus à la maternité. Comme toujours, l’ennui de l’inaction ne pouvait pas lui convenir. Aucun praticien n’a pu gagner à affronter son inépuisable volonté et son farouche entêtement.

Appuyée sur le creux du bras gauche replié de sa mère, la petite bouille ronde de Hope affiche une parfaite félicité. Ses cheveux noirs présentent quelques épis qu’Edith, la veille lors de sa visite avec ses parents, aurait bien arrachés à sa cousine pour jouer, de ses petits doigts potelés et maladroits. Les sourcils de Hope, en forme d’arc-en-ciel, sombres comme ses cheveux, forment une demi-auréole qui surplombe ses yeux pour l’instant clos. Son bras pend, dans une position de détente et de relâchement absolus, à l’extérieur du giron de Tris. La jeune maman a autorisé un petit rayon de soleil à faire luire les minuscules duvets qui recouvrent encore ses tempes. Tobias, ému, à genoux devant le fauteuil où s’est installée son épouse, effleure du revers de l’index la joue de sa petite fille, rosie par l’effort de la succion. Repue, elle s’est endormie sur le sein de sa mère. La caresse de son père la fait sourire aux anges. Tris et Tobias étouffent un petit rire émerveillé, pour ne pas réveiller leur bébé.

—    Comment fais-tu pour fournir tout ce lait dans une poitrine si menue, s’étonne Tobias, en pamoison devant son épouse.

Tris rit doucement.

—    Le lait ne se stocke pas, il est fabriqué au fur et à mesure !

Tobias prend dans sa gigantesque main, les doigts minuscules, fripés et roses de sa toute petite fille pour déposer un baiser sur chacun de ses doigts de Lilliputien. Tris, les larmes aux yeux, voit son homme, si viril, si puissant, si grand, à genoux devant le miracle de sa vie, écrasé par le simple amour qu’il voue à leur bébé.

—    Je vais coucher Hope ? Et je reviens après, propose le jeune papa en dévorant des yeux la mère et l’enfant.

Tris acquiesce avec reconnaissance. La petite fille, malgré son petit gabarit de nouveau-né venu prématurément au monde, pèse sur son bras, qu’elle commençait à sentir s’engourdir contre le coussin posé sur le bord du fauteuil. D’autant qu’il était difficile dans cette position, pour la jeune maman de bouger.

Tris remercie le ciel de lui avoir, dans toute la lignée des Prior, réservé la plus belle et douce, la plus heureuse des missions, des destinées : donner la vie. Et quelle vie…

Installée sur le bras droit de Tris, la petite Victoria, en tous points identiques à sa sœur Hope, termine elle aussi son repas, suspendue au sein droit de sa mère.


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