Les mystères d'Eldarya

Chapitre 15 : Chapitre 14 : La disparition de la lulynaë

2609 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 13/02/2017 18:18

Dès le lendemain du bal de fin de millénaire, je repris mon train de vie habituel. Lecture, cours de faery, entrainements, missions… et sans oublier les sorties avec les filles. Après le bal j’ai caché la fleur que m’a offert Nevra dans ma chambre, dans une petite étagère que je veillais à ensoleiller de temps à autre pour que la pauvre fleur puisse effectuer sa photosynthèse. Ce phénomène me l’avait expliqué Ezarel à l’échelle microscopique il y a de cela tellement longtemps. Un brin de mélancolie me secoua.

Ça fait presque une semaine que le bal de fin de millénaire est passé, et ça fait également exactement une semaine que je n’ai pas vu Ezarel. J’essayais de me convaincre que ça ne me faisait ni chaud ni froid, que Nevra est rentré dans ma vie maintenant, que j’étais heureuse. Que je n’ai rien à faire d’Ezarel. Mais ça me chagrine qu’on ne se parle plus, qu’on ne se voit plus, et cela sans réelle raison. Jusqu’à maintenant je ne sais pas pourquoi il a voulu arrêter les cours d’alchimie, et je ne sais pas pourquoi il m’évite. Je me dis qu’il serait peut-être temps que l’un de nous deux murisse un peu et qu’il essaye d’arranger la situation. Eh bien, le plus mûr entre nous deux c’est bien moi… C’est pour ça que je vais aller le voir, et lui demander d’arranger les querelles du passé. Mais avant je vais demander conseil aux filles.

Après la fin de mon cours de faery, je cherchais l’une de mes amies. Je vis la chevelure pâle d’Alajéa flamboyer à quelques mètres de moi.

- Alajéa !! crais-je

Bien entendu, elle ne m’entendis pas…

Je courus à sa recherche jusqu’au refuge d’Eel.

- Alajéa, j’ai besoin de te voir ! dis-je un peu essoufflée

Elle agrandit ses yeux et me demanda :

- Qu’est-ce qu’il se passe ?

- Ça te dis on se retrouve dans ma chambre vers18h ? Si tu pourrais prévenir Sibylle et Karenn ce serait encore mieux.

Elle me fit un clin d’œil et me dit :

- Je n’y manquerais pas !!

On se sépara et c’est à ce moment-là que je vis à quelques dizaines de mètres… Leiftan ! Mais il n’était pas tout seul. Il discutait avec mon elfe. Pardon pour ce lapsus. Pas mon elfe, c’était simplement Ezarel. Leiftan semblait un peu soucieux, lui qui d’habitude est l’incarnation des consciences tranquilles. Et Ezarel par contre avait l’air totalement dépité. Même de loin, je réussis à deviner ses traits tirés, ses yeux à demi-ouverts, son teint quasi translucide. Voir Ezarel dans cet état m’intrigua. Leur conversation avait l’air sérieuse, et je me demandais réellement ce de quoi ils parlaient. Ma curiosité fut piquée au vif, et je pris une décision qui n’était sincèrement pas la plus sage…


Je me plaquais derrière un arbre du refuge, et je me suis mise à marcher derrière les feuillages. J’écrasais le moins de brindilles possible sous mes pieds pour éviter d’alerter Ezarel et Leiftan. Je m’arrêtais à un ou deux mètres et tendit l’oreille.

- Il faut que je retrouve cette fleur Leiftan, expliqua Ezarel.

- Elle ne peut pas être loin Ezarel. Ne t’inquiète pas.

Mais de quel fleur parlaient-ils ? Elle doit être réellement importante pour lui pour que ça le mette dans un tel état.

- Je ne sais plus si je vais pouvoir tenir Leiftan.

Leiftan le pris par les épaules et le tapota dans le dos.

Une brindille craqua.

Je me mordit les lèvres jusqu’au sang.

Ni Leiftan ni Ezarel ne réagirent.

Je respirais tranquillement, ayant frôlée la catastrophe.

- On va le retrouver. Miiko va lancer une campagne d’investigation.

Soudain, dans un instant de lucidité extrême, les paroles de Kero ressurgirent dans mon esprit.

« Ezarel y est surement allé avec quelqu’un… et ce quelqu’un c’est toi en principe. Je l’ai vu cueillir des fleurs hier soir…

- Et alors il cueillait des fleurs ? dis-je agacée.

- C’est important pour les elfes… ça symbolise tellement de choses… le millénaire…oh je dois te laisser Ykhar est là.»

Mince alors, mais qu’est-ce que tout cela signifiait ??

J’attendais que Leiftant et Ezarel poursuivent leur conversation, mais elle s’acheva là. Je n’allais pas avoir plus d’informations que cela. Que dois-je faire ? Tenter de chercher cette fleur ? Je ne sais même pas à quoi elle ressemblait. Je dois vraiment en parler avec les filles.

Je fixais une dernière fois le visage d’Ezarel. D’aussi près il avait vraiment l’air d’un zombie en décomposition. Le pauvre…

***

Dans ma chambre féminine imaginée par Ezarel, j’étais étalée sur mes couvertures en attendant les filles.

On toque à la porte.

J’ouvre.

Kerenn, Sibylle et Alajéa me sautent dessus et me font un câlin immense.

- Séliaaaaaaaa !! cria Alajéa

- Tu nous a manqués ! dirent à l’unisson Sibylle et Karenn.

- Vous aussi vous m’avez manquées ! dis-je en les serrant toutes encore plus fort contre moi.

On s’assit toutes sur les matelas et on commença à discuter.

- Le bal de fin de millénaire me manque tellement ! s’exclama Alajéa. Vous avez vu comme Valkyon était mignon ?

- Pour une fois qu’il ne sentait pas la transpiration, dis-je en riant.

- C’est un homme viril, normal qu’il transpire, râla Alajéa.

A l’évocation du bal de fin de millénaire, Sibylle sembla nous quitter. Ses yeux ne fixaient rien, et on devinait qu’elle revivait cette soirée folle avec son prince Jamon… Personne n’osa déranger Sibylle dans ses réminiscences.

- Et toi Karenn, comment c’était avec Chrome ?

- C’était bien… dit-elle en virant au rouge tomate.

- Aller dis-nous, vous avez officialisé ?? s’exclama Aljéa

Karenn atteint un degré supérieur de rouge.

- Peut être… souffla-t-elle timidement.

Elle est tellement timide en amour, ça contraste tellement avec son assurance habituelle.

- Bientôt les enfant, gloussa Alajéa.

A cet instant même elle se reçut un oreiller en pleine figure.

- Tu te projettes trop loin !!! s’exclama d’un ton outré Karenn, si suraigu qu’il nous fit tous éclater de rire. Même Sibylle est sortie de sa bulle pour rire avec nous !

- Vous avez vu comme le décor était magnifique, dis-je en me remémorant le paysage idyllique.

- Devinez qui l’a imaginé ! dit Alajéa. Si je pose la question c’est que je suis sure que vous allez pas deviner, ajouta-t-elle d’un ton malicieux.

- Kero ? tenta Karenn

Alajéa fit non de la tête.

- Valkyon ! suggéra Sybille.

Alajéa éclata de rire et tourna la tête de droite à gauche en signe de négation.

Il ne restait plus que moi.

Je me remémorait l’espace… les fleurs magnifiques qui s’enroulaient autour du cerisier, les buissons bien taillés, l’herbe moelleuse, les lucioles qui… oh mon dieu. Les lucioles. Je les ai déjà vues quelque part !

Je fermais les yeux un instant, me remémorant les senteurs de cet endroit si spécial, si chaleureux. A cet instant, tout me parut être une évidence.

« Il ouvrit la porte et m'invita à rentrer dans sa chambre. J'entrais timidement dans la chambre d'Ezarel. Un agréable parfum de rose, de violette, de fleur d'oranger vint me chatouiller les narines. Tout sentait tellement bon. Aussi bon qu'Ezarel... Mais sa chambre était juste... magnifique. Des plantes s'enroulaient de part et d'autre de la pièce. Ces plantes étaient fleuries, aux tons bleutés. On pouvait observer des petites lumières ici et là, mais j'ignorais d'où elles provenaient. On aurait dit des lucioles, mais cela m'aurait réellement étonné. Le style de la pièce était romantique, les couleurs chaudes, les murs soyeux, la moquette appelait à la caresse. Sa chambre était tellement cosy, on s'y sentait de suite à l'aise. »

Le soir où je me suis endormie auprès d’Ezarel, dans sa chambre, me revint à l’esprit naturellement. Les lucioles qui j’ai vu le jour du bal brillaient comme celles de la chambre d’Ezarel. Et les fleurs qui s’enroulaient de manière si distinguée dans les poutres de sa chambre rappelaient celles de du cerisier centenaire. Tout collait parfaitement.

- C’est Ezarel qui a imaginé le décor du bal, dis-je d’un ton étonnamment neutre.

Alajéa ouvrit les yeux d’une manière admirative.

- Bravo ! Sincèrement j’étais persuadée que personne n’allait deviner.

- C’était pas si difficile que ça au fond. Quelques plantes ici et là et on pense à un elfe. C’est des clichés d’humain ça ! dit d’un ton ironique Karenn.

- Sois pas mauvaise joueuse Karenn, taquina Alajéa.

- Mais où était-il le soir du bal ? demandais-je, me remémorant son absence. Il crée un lieu aussi sublime pour ne pas en profiter.

- Il est allé gravir la Montagne des Songes à ce qu’il parait…murmura Alajéa comme si c’était un secret.

Avant que je ne puisse demander ce qu’était la Montagne des Songes, Sibylle prit la parole.

- En parlant d’Ezarel, vous avez entendu ce qui lui est arrivé ? demanda Sibylle en réorientant la conversation. Les yeux lucides de Sibylle se posèrent sur moi avec intensité. J’avais l’impression qu’elle lisait en moi comme dans un livre ouvert, qu’elle savait tout de moi.

Ma gorge se noua. Parlait-elle de la fleur qu’Ezarel avait perdue ? Pourquoi me fixait-elle ?

- Il n’a pas l’air très bien ces temps-cis, admit Alajéa. Tu sais ce qui lui est arrivé ?

- Je crois qu’il a perdu sa lulynaë, dit Karenn en devançant Sibylle.

Alajéa posa une main sur son cœur de manière choquée.

- Impossible … dit-elle en étouffant une exclamation. Comment est-ce possible de perdre sa lulynaë…

- Sa quoi ?! demandais-je en haussant la voix.

- Sa lulynaë, sa moitié, reprit Karenn.

- Ca ne m’éclaire pas tu sais.

- Tous les elfes possèdent une lulynaë. C’est une fleur qui ne pousse qu’une fois par millénaire. Et c’est très important pour les elfes.

J’arquais un sourcil en signe d’interrogation.

- Et cette fleur reste toujours sur eux ? Est-ce qu’ils doivent aller la chercher ? A quel moment est-ce qu’ils doivent la récupérer ? dis-je d’une traite sans respirer.

- Wow, wow, wow, du calme. J’ai l’air d’un elfe pour toi ? dit Karenn. Sibylle éclaire nous, toi qui t’y connais dans ces histoires d’elfes.

Le petite fée posa ses grands yeux sur moi.

- Les elfes mâles possèdent tous une lulynaë. Une lulynaë est une fleur qui ne pousse qu’une fois par millénaire, et qui est très importante pour les elfes. Ils doivent gravir une montagne, la Montagne des Songes, pour la cueillir. La Montagne des Songes est un endroit sacré, et aucune autre espèce, excepté les elfes, ne peut atteindre la zone où résident ces fleurs. Mais vous vous doutez bien qu’un elfe ne vit pas un millénaire, et donc en fait un elfe ne peut pas attendre autant de temps avant de cueillir sa fleur. Donc à un moment de sa vie, lorsque l’elfe sent qu’il a trouvé sa moitié, il se dirige vers cette montagne et cueille la fleur qu’il offre à sa dulcinée. Il s’est avéré qu’Ezarel a été chanceux et qu’il a trouvé l’amour à la période exacte de la fin de millénaire. Mais il l’a perdue. Ou bien…

- Ou bien ? dîmes à l’unisson Karenn Alajéa et moi-même.

- Ou bien quelqu’un l’a dérobée.

Un « oh » long et étouffé sortit de nos bouches.

- Et qu’est-ce qui arrive si un elfe perd sa lulynaë ? demanda Karenn

- L’elfe s’éteint par désespoir. Plusieurs espèces en rivalité avec les elfes ont tenté de les atteindre en tuant les lulynaë. Mais heureusement la Montagne des Songes est sacrée, et les fleurs non cueillies sont invulnérables. Mais après être cueillies, elles deviennent fragiles, et il faut bien les conserver.

- Et si sa moitié ne l’aime pas en retour ? demandais-je

- Il s’éteint également par désespoir.

- Ezarel va mourir ? demanda Alajéa les larmes aux yeux.

- Pas si on retrouve la fleur, dit Sibylle en me fixant.

- Mais qu’est-ce qui arrive si la moitié de l’elfe reçoit la fleur mais que la fleur meurt sans faire exprès ?

Sibylle sourit en s’imaginant une fleur qui meurt « sans faire exprès ».

- Lorsque l’elfe et sa dulcinée partagent un amour réciproque, la fleur est destinée à vivre un millénaire. Donc la fleur ne risque rien si l’amour est véritable.

Un « oh » long et étouffé sortit de nos bouches pour la seconde fois.

- C’est trop romantique pour Ezarel ça, dit Alajéa rêveuse.

- Il cache bien son jeu en effet, dit Karenn avec un petit sourire.

- Vous pensez qu’Eweleïn est la moitié d’Ezarel ? demanda Karenn.

- Sans aucun doute, dit Alajéa.

« Sympa les filles », me dis-je intérieurement.

Alors que je marmonnais intérieurement, Sybille me fixait. Elle semblait me dire quelque chose, mais son visage restait inexpressif.

Cette histoire de lulynaë m’a troublée. Je me demandais si cette histoire n’était relative qu’aux elfes, ou bien si elle concernait également les vampires. La fleur que j’ai reçue… se pourrait-il que… ? Nevra avait bien parlé de montagne. Il est parti cueillir cette fleur lui-même dans la montagne. Mais Sibylle avait bien précisé qu’aucune espère ne pouvait gravir la Montagne des Songes, à part les elfes. Nevra a dû escalader une autre montagne.

Mais il m’a demandé de garder cette fleur secrète. Pourquoi ? Pourquoi personne ne devait savoir que cette fleur existait et qu’elle était en ma possession.

Nevra aurait-il osé… voler la fleur d’Ezarel ? Non impossible.

Impossible.

Mais c’est étrange.

Il ne m’a donné aucune explication concernant l’aspect confidentiel de la fleur.

Cette fleur… Serait-ce celle d’Ezarel ?

Devais-je trahir la confiance de Nevra et parler à mes amies de la fleur qu’il m’avait offerte ? Ou bien devais-je me taire, et garder ça pour moi, au risque d’être responsable de l’agonie d’Ezarel ?



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