Savoir affronter ses peurs

Chapitre 6 : Dénouement

Chapitre final

4148 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 06/10/2023 20:07

Ryô cligna des yeux sous la lumière du soleil levant. Il voulait remettre un peu d’ordre dans ses pensées mais la fatigue ne l’aidait pas.

Les serpents, le crash, la jungle, la mort et surtout la peur

Toutes ses peurs rassemblées en une seule nuit… ça faisait beaucoup. Il se demandait encore comment tout ceci avait pu être réel sans qu’il n’en porte de stigmates ou de traces. Au cours de la nuit, il avait été blessé, malmené, manipulé, il avait changé de vêtements mystérieusement, il avait été couvert de sang, le sien mais aussi celui des autres, de celles qu’il n’avait pas pu sauver. Il s’était senti tour à tour faible et effrayant. Il avait frôlé la mort et il avait donné la mort. Pourtant il était toujours en vie. De ça, il en était sûr.

Il fit un petit tour sur lui-même. Il n’y avait personne à cette heure matinale dans cette ruelle peu fréquentée. Il vérifia la présence rassurante de son revolver dans son holster et en soupira de soulagement. Puis il fit quelques pas, pour entendre le claquement de ses chaussures contre le sol et s’assurer qu’il ne rêvait pas, que ce n’était pas encore une épreuve. Il n’avait aucune idée de l’endroit où il allait mais peu importe. Il sortit de la ruelle et regagna un coin bien plus animé.

Il se concentra sur l’instant présent, capta la fraicheur matinale de l’aube qui enveloppait toute la ville et l’odeur des pots d’échappement qui étouffait l’air pur. Il tenta de faire le vide en lui mais…

Les serpents, le crash, la jungle, la mort et surtout la peur.

Les images tournaient sans cesse dans sa tête. Il récapitulait malgré lui ce qui était vrai, ce qui ne l’était pas, ce qui était lié au passé et au présent. Il faisait le point sur ce qu’il avait ressenti, sur ce qu’il avait entendu.

Cette épreuve lui avait été attribuée pour lui permettre d’apprendre quelque chose. Rien n’avait été fait au hasard. S’il oubliait tout ce qui s’était passé cette nuit, il recommettrait les mêmes erreurs inévitablement. Il devait se souvenir. Même si c’était douloureux.

Il avait compris la nature de sa plus grande peur en faisant le point au dernier moment, juste avant que le soleil ne se lève et qu’il soit ne trop tard. 

Au beau milieu des serpents, sa première peur, il n’y avait personne pour l’aider. Il avait été seul. A bord de cet avion, sa deuxième peur, les sièges étaient restés vides et pas de pilote, juste la solitude qui l’avait accompagné. Dans cette jungle où il avait dû se battre de la pire des manières qui soit, il avait été seul face à ses ennemis. Lorsque sa cliente était morte sous ses yeux, jamais il ne s’était senti aussi seul. Et le moment où il avait frôlé la mort, qui était sa cinquième peur, il avait été seul. Toujours seul. Toujours.

Et puis elle était apparue. Et pendant un instant, un tout petit instant il n’avait plus été seul. Il s’était senti chez lui et en sécurité. Mais ses maudites ombres avaient surgi de nulle part. Et elle était morte – sa sixième peur – et il n’avait pu rien faire pour empêcher que cela n’arrive.

Il découvrit avec un mélange de fascination et d’horreur que tout avait été calculé pour arriver là : à ce moment où il découvrait qu’une autre peur se tapissait tout en-dessous, bien cachée, qu’il n’avait jusqu’alors, jamais réellement soupçonnée.

Et c’était Kaori qui avait été la résolution du problème, Kaori qui avait été là, au beau milieu de tout ce chaos et il s’était senti… rassuré. Oui, rassuré. Heureux même. Parce qu’il n’était plus seul… Il n’était plus seul pour affronter tout ça, plus seul dans l’ombre.

Il soupira. Tout ça pour aboutir à sa dernière peur, la plus monumentale : la solitude. Il l’avait toujours côtoyée au cours de sa vie, et maintenant qu’il menait une vie qui lui convenait, c’était ce qu’il craignait le plus de retrouver. Cette solitude mortelle. A quoi bon vivre si on n’avait personne pour qui se battre ?

En s’installant à Shinjuku, il avait rencontré d’incroyables partenaires, des amis aussi, un café, lieu de tous leurs rassemblements. Il avait compris ce que c’était de ne plus être seul, d’avoir des personnes sur qui compter. Et il ne voulait surtout pas la retrouver, cette solitude. Mais d’un autre côté… Il savait très bien que, plus il était entouré, plus il risquait de perdre des personnes qui lui étaient chères.

Et il songea que sa vie avait été ainsi faite jusque-là : les serpents, le crash, la jungle, la mort, la peur et surtout, la solitude. Mais maintenant ? Maintenant, il était perdu. Il ne savait pas comment faire pour affronter cette dernière peur. D’un côté, cela serait si facile de ne plus jamais être seul… Il lui suffirait d’un rien, de quelques mots, d’un geste pour que sa partenaire reste auprès de lui. Mais si un danger venait à leur tomber dessus ou que Kaori ne voulait plus de lui et s’en allait, la solitude redeviendrait sa meilleure amie… Ou plutôt sa pire ennemie. Et il ne savait pas s’il était prêt pour ça.


           Au même moment, non loin de là, Kaori entrait vivement dans la chambre de son partenaire, agacée qu’il puisse dormir aussi tard.

— Allez Ryô, debout, s’écria-t-elle en ouvrant la porte, ce n’est pas en restant au lit qu’on va trouver du…

Elle s’arrêta net en s’apercevant que le lit était vide. Où avait-il bien pu passer ? Apparemment il s’était levé tôt ce matin. Mais pour quoi faire ? Sûrement pour aller draguer le connaissant. Kaori sentit la moutarde lui monter au nez. Monsieur préférait sortir en ville et sauter sur les filles plutôt que de travailler. Ils étaient encore dans le rouge ce mois-ci, il leur fallait absolument dénicher un travail mais encore une fois elle allait devoir compter uniquement sur elle-même.

En même temps qu’elle sentait la colère monter en elle, une autre idée lui vint à l’esprit. Et si s’était justement pour trouver du travail qu’il était parti de si bonne heure ? Et si ses nombreuses massues finissaient par enfin porter leurs fruits ? Elle repoussa cette idée aussi vite qu’elle était venue. Bien sûr que non, Ryô ne ferait jamais une chose pareille. Quelle était bête ! En attendant, elle se promit de lui donner une bonne correction dès qu’il franchirait le seuil de l’appartement.

Bruyamment, elle ferma la porte et tourna les talons afin de finir de se préparer.

Elle prit le chemin de la gare environ une heure plus tard, toujours sans nouvelles de Ryô. Désespérée, elle contempla le tableau des messages : vide. Si seulement un XYZ pouvait apparaître comme par magie. Elle pourrait alors payer les factures en retard et se permettre de faire quelques achats compulsifs pour une fois. Une nouvelle vague de colère monta en elle en pensant à cet argent que dépensait Ryô sans compter. Elle serra les poings et tenta de contrôler sa fureur.

A grands pas, elle se dirigea vers le Cat’s Eye où il n’y avait aucune trace de son partenaire.

— Bonjour tout le monde, salua-t-elle en prenant place sur un siège.

—  Kaori ! fit Miki, comment vas-tu ?

— Ça va, enfin ça irait mieux si on avait du travail. Si on n’en trouve pas rapidement, on va finir à la rue, soupira Kaori. Vous n’auriez pas vu Ryô par hasard ?

— Non, affirma Umibozu qui essuyait une assiette.

— Ne t’en fais pas il finira bien par réapparaître, la rassura MIki. Et je suis sûre que vous allez vite trouver du travail.

— Je l’espère aussi.

Kaori finit son café en discutant avec Miki. Elles évitèrent les sujets qui fâchent comme : Ryo, le travail ou leur compte en banque qui criait famine. Elle repartit un peu plus tard et rentra chez elle après avoir fait quelques courses. Elle prépara le repas et mit la table pour deux mais, en voyant que Ryo ne rentrait toujours pas, elle finit par manger seule avant que les plats ne refroidissent.

L’après-midi était bien entamé et elle n’avait aucun signe de son partenaire. La colère faisait peu à peu place à l’inquiétude et elle se rendit chez Mick, espérant avoir des nouvelles de Ryo.

— Kaori, qu’est-ce que tu fais ici ? demanda l’Américain en lui ouvrant la porte, tout sourire. Je te manquais tellement que tu es venue me rendre une petite visite, c’est ça ?

— Pas du tout, ce n’est sûrement pour te voir que je suis venue, répliqua-t-elle.

Puis elle se radoucit :

— Est-ce que tu sais où est Ryo ? Parce que je n’ai aucune nouvelle de lui depuis hier soir.

— Non, désolé, je ne l’ai pas vu aujourd’hui. Mais si tu veux, tu peux entrer et te changer les idées, proposa-t-il en entourant les épaules de Kaori de son bras.

Kaori le repoussa violemment en déclinant son offre et s’enfuit avant que Mick n’insiste et qu’elle soit obligée d’avoir recours à la massue.

Elle tourna en ville pendant deux heures à la recherche de Ryo. Mais en voyant le ciel se couvrir de gros nuages, elle rentra, bredouille.

Elle contempla les minutes qui passaient en faisant les cent pas et en se tordant les doigts. Et s’il lui était arrivé quelque chose de grave et qu’il était blessé ? Et s’il avait besoin d’aide ? Le problème, c’est qu’elle n’avait aucune idée de l’endroit où il pouvait être et même s’il elle partait de nouveau à sa recherche, ce serait comme tenter de trouver une aiguille dans une meule de foin.

Et si quelqu’un l’avait provoqué en duel et qu’il ne l’en avait pas informée ? Aussitôt, d’affreuses images firent irruption sous ses yeux et elle tenta de les repousser. Trop de « et si » et de questions sans réponses lui venaient à l’esprit. S’il ne lui était rien arrivé de grave à cet idiot, qu’il était juste parti traîner toute la journée, elle lui promettait une massue comme il n’en avait jamais vue.

Elle s’assit dans le canapé et essaya de se concentrer sur la télévision. Mais au bout de quelques minutes, elle renonça à focaliser son attention sur l’écran et l’éteignit. Elle se leva et contempla par la fenêtre la pluie qui tombait à verse maintenant. Elle dressait l’oreille, espérant entendre ses pas dans l’entrée et sa voix clamer qu’il avait faim et qu’il voulait quelque chose à manger.

 Plus la pluie tombait, plus son angoisse augmentait. Il ne serait pas parti aussi longtemps sans la prévenir. Le cœur battant à toute rompre, elle composa les premiers chiffres du numéro de bureau de Saeko. Peut-être qu’il avait été encore embarqué dans les histoires de la belle lieutenant de police. Sinon…

Elle entendit des pas dans l’entrée. Elle reposa rapidement le combiné et se tourna vers son partenaire qui venait de rentrer à l’instant dans le salon. Son long imperméable gouttait sur le sol et une petite flaque se formait à ses pieds. Ses cheveux étaient trempés et des mèches étaient collées sur son visage. Les mains dans les poches, il posa son regard sur Kaori qui s’approchait de lui. Apparemment, il n’était pas blessé. Elle lui demanda, les poings serrés :

— Où est-ce que tu étais passé ?

La flaque d’eau s’agrandissait et l’agacement de Kaori avec.

— Regarde un peu ! Tu mets de l’eau partout ! Mais pourquoi tu es resté sous la pluie comme ça ? Ryô ?

Le visage de marbre, il ne répondit pas. Kaori s’adoucit. Il n’était peut-être pas blessé mais il s’était passé quelque chose aujourd’hui.

Elle réitéra donc, plus doucement :

— Où étais-tu ? Je me suis inquiétée tu sais.

Où est-ce qu’il était allé ? Bonne question… A vrai dire, il avait erré toute la journée dans la ville et ne s’était même pas arrêté pour manger. Il avait eu besoin d’être seul avec ses questions qui tournaient en boucle dans sa tête et les images de cette nuit qui ne s’effaçaient pas. Il avait été plus perturbé qu’il ne le pensait.

La voix du spectre résonna une dernière fois dans son esprit : « Tout ça était bien réel » … Il frissonna. Peut-être aussi à cause du froid qui imprégnait ses vêtements. Il était déjà bien trempé lorsqu’il s’était rendu compte qu’il pleuvait. Il avait alors pris le chemin du retour – à pied puisqu’il n’avait pas un sou en poche – et avait constaté que ses pas l’avaient mené beaucoup plus loin de l’appartement que ce qu’il croyait.

Le silence se prolongeait et Ryô ne bougeait toujours pas. Kaori finit par l’interroger, de plus en plus inquiète :

— Ça va Ryô ?

Il contempla un instant les yeux de Kaori qui reflétaient toute l’inquiétude qu’elle avait enduré ces dernières heures. Elle avait dû se ronger les sangs toute la journée à attendre son retour ou un signe de sa part. Et il n’avait même pas pris la peine de la prévenir.

Alors, il sembla enfin vraiment la voir. C’était comme s’il sortait d’un long sommeil – ou plutôt, d’un long cauchemar. Pour tout réponse il approcha ses doigts du visage de Kaori et pausa sa main sur sa joue. Comme dans ce cauchemar, comme dans cette ruelle alors qu’elle n’était pas vraiment là. Mais cette fois, elle était devant lui, pour de bon. Il sourit à ce contact et à la chaleur qui se dégageait du visage de Kaori. Chaleur qui devint plus intense alors que ses joues devenaient rouges et qu’elle ne savait plus où se mettre. Qu’est-ce qui lui prenait tout à coup à cet imbécile ?

— Tu es sûr que ça va ? insista-t-elle en fixant le bout de ses chaussons.

Il pencha légèrement la tête sur le côté sans cesser de sourire et répondit :

— Oui. Tout va très bien.

En effet, tout allait pour le mieux. Malgré toutes les épreuves traversées ensemble, elle était restée auprès de lui. C’était ça le plus important. Il devait laisser ses peurs de côté. La plupart des peurs de cette nuit faisaient partie de son passé et lui avaient rappelé qu’il devait profiter de l’instant présent. La vie pouvait changer tellement rapidement. Tout pouvait basculer en une journée. Pour le meilleur comme pour le pire. Et il espérait que le pire était derrière lui.

Il sourit de plus belle lorsqu’elle osa enfin relever les yeux pour le regarder. Sa solitude avait définitivement volé en éclat lorsqu’elle avait décidé de devenir City Hunter et ses derniers remparts étaient en train de céder en ce moment même.

Il lui prit les mains.

— Tout va très bien… J’ai beaucoup réfléchi aujourd’hui et…

Il devait choisir ses mots avec soin, afin d’exprimer clairement ce qu’il ressentait. Maintenant.

Mais Kaori ne l’aida pas. Sa très chère partenaire ne semblait pas disposée à attendre patiemment qu’il s’explique. C’est donc un brin moqueuse qu’elle lâcha :

— Toi ? Réfléchir ? Tu es sûr que tu n’es pas tombé malade avec toute cette pluie ?

Il leva les yeux ciel et rétorqua :

— Figure-toi que ça m’arrive parfois de penser !

Il déglutit et reprit le fil de sa pensée. Il continua en reportant toute son attention sur la jeune femme devant lui :

— J’ai donc beaucoup réfléchi aujourd’hui….

Il lui lança un regard d’avertissement.

— Et… ma place est ici, avec toi. Auprès de toi.

La bouche de sa partenaire s’entrouvrit alors qu’elle tentait de comprendre où il voulait en venir. Elle ne voulait pas croire que…

— Qu.. Qu’est-ce ça veut dire ? bredouilla-t-elle.

— Ça veut dire que je ne veux plus jamais être seul Kaori.

Il semblait l’avoir prise au dépourvu : sa bouche s’arrondit un peu plus alors que ses yeux s’écarquillaient. Il sourit et sans attendre, il la serra contre lui. Les muscles de la jeune femme, d’abord raides de surprise, se détendirent et elle lui rendit son étreinte malgré ses vêtements trempés. Ryô plongea son nez dans ses cheveux et ferma les yeux.

Et sa partenaire contre son cœur, il eut la certitude qu’il ne serait plus jamais seul.


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Le spectre, redevenu invisible aux yeux des humains, s’était retrouvé obligé d’arpenter les rues de Tokyo toute la journée ! Tout ça parce que Ryô Saeba était trop bouleversé pour tout simplement rentrer chez lui.

Il s’était contenu tandis qu’il suivait le nettoyeur. Encore un peu et il aurait envoyé cet imbécile à nouveau dans les méandres de ses peurs. Il n’avait pas fait tout ça pour rien quand même ?!

Il repensa à ses congénères qui vivaient de leur popularité comme les Kitsune, les Jimnenken, ou la Kuchisake Onna. Lui devait se contenter de faire affronter ses peurs à une âme qui passerait dans cette ruelle miteuse qui était sienne. La plupart du temps, ses « clients » échouaient et il devait alors se contenter de leur faire perdre la mémoire de la nuit passée. Il les renvoyait dans le monde réel où ils continuaient de vivre avec des peurs qui les empêchaient d’avancer jusqu’à la fin de leur vie. Il offrait à tous ces malheureux une chance inestimable pour eux de se débarrasser des frayeurs qui leurs rongeaient la vie. Et qu’est-ce que lui recevait en retour ? Un merci ? Un peu de reconnaissance ? Même pas ! Cette ombre de Kabukicho se sentait souvent mis à part et cela l’affectait de plus en plus… Même si cette nuit venait d’être un peu différente !

Ryô Saeba passait souvent dans cette ruelle. Le spectre lisait son âme à chaque fois et il y a quelques mois, il avait décidé d’agir. Le moment était venu pour le nettoyeur d’affronter ses peurs. Ça avait été un exercice plutôt plaisant à contempler, plein de rebondissements. Il devait reconnaître qu’il ne s’était pas ennuyé. Il connaissait le tempérament et la force qui animait Ryô pour l’avoir « lu » plusieurs fois mais il ne s’attendait pas à ce qu’il réussisse aussi bien. Et le résultat avait valu la peine d’attendre si longtemps pour découvrir ce que ça donnait sur lui.

Mais maintenant, le voilà obligé de le suivre afin d’être certain qu’il ne ferait rien de stupide. Si ça avait été le cas, il aurait été obligé de lui enlever la mémoire de ce qui s’était passé et avec une telle réussite, cela aurait été dommage. Vraiment dommage…

Le nettoyeur avait ouvert les yeux sur cette solitude qu’il redoutait tant et qui l’empêchait d’aller de l’avant, qui engluait sa vie et qui lui faisait faire chaque jour deux pas en arrière. Le problème lorsqu’on a peur de quelque chose sans en avoir conscience, c’est qu’il est difficile de s’en débarrasser. C’est là que lui intervenait ! Lui l’ombre de Shinjuku, le spectre terrifiant, le Yokai de la peur… Si Ryô Saeba s’en était sorti et que sa vie était désormais débarrassée de doutes, c’était bien grâce à lui !

Au bout d’un long moment, sans avoir mangé ni s’être posé une seconde, le nettoyeur reprit enfin le chemin de chez lui sous une pluie torrentielle. Le spectre se senti soulagé. Ce n’était pas trop tôt ! Il suivi Ryô, pressé d’en finir.

Une fois au pied de l’immeuble, il vola délicatement, silencieusement, jusqu’à l’une des fenêtres afin de contempler son retour. Sa partenaire s’était inquiétée pour lui. Peut-être qu’un jour, il devrait également lui faire affronter ses peurs à la petite. Encore faudrait-il qu’elle passe dans sa ruelle ce qui n’était encore jamais arrivé. Mais le spectre était certain qu’elle s’en sortirait. Peut-être même encore mieux que son partenaire. Pour ce qu’il en savait, elle possédait une force et un courage hors norme. La tournure de ses peurs pouvait être intéressante…

En attendant, il contempla la forme enlacée que formait les deux partenaires. Tout était bien qui finissait bien. Et lui allait pouvoir retourner à sa triste rue près de Kabukicho où aucun être humain ne se souvenait de lui et où tous ses congénères mystiques ne se souciaient pas de lui. Il enleva sa cape de travail. Utile pour ajouter un brin de frayeur chez ses clients mais peu confortable en plein jour.

Le spectre leva reporta son visage sur la ville en contre-bas. Ses longs cheveux flottaient autour de sa tête, un kimono aux broderies complexes et lumineuses enserrait sa taille fine et élancée. Sa bouche s’étira en un sourire étincelant – et effrayant. Nul doute que si Ryô Saeba l’avait aperçu sous sa vraie « nature », il lui aurait sauté dessus sans chercher à comprendre. Prendre l’apparence d’un spectre avec une voix grave était néanmoins beaucoup plus classe que ses congénères qui se transformaient pour la plupart en de vulgaires animaux. Sans compter que cela mettait ses clients dans l’ambiance et ils se montraient plus réceptifs.

Et puis, que Ryô Saeba, l’Etalon de Shinjuku, ait eu une belle « femme » aussi proche de lui sans même qu’il le sache… cela prouvait à quel point elle était talentueuse ! Bien plus que son frère le Taka Nyūdō qui comptait sur sa taille de 3 mètres pour effrayer ses victimes. Pathétique. Elle avait bien fait de fuir loin de lui… même si cela impliquait de se retrouver « propriétaire » d’une rue misérable…

La yokai jeta un dernier coup d’œil à l’intérieur de l’appartement. Les deux partenaires étaient désormais occupés à se regarder dans le blanc des yeux et à se sourire comme deux idiots. Décidemment, elle ne comprendra jamais les humains.

Elle flotta jusqu’au sol et se mêla parmi une foule qui ne remarqua pas sa présence. Peut-être qu’elle allait s’amuser un peu aujourd’hui, effrayer quelques individus en invoquant des petites peurs qui les rongent, ce qui se traduisait souvent par des araignées, des insectes, un ascenseur qui se retrouvait subitement en panne, un chat noir… Elle méritait bien de rire un peu. Après tout, elle avait remarquablement réussi son travail de cette nuit.

Avec un sourire sur les lèvres, elle se dirigea donc vers Kabukicho, prête à faire retentir quelques cris.



FIN !


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