Histoires des dieux

Chapitre 5 : Apollon

1228 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/10/2023 12:42

Le plus beau des dieux salue ses collègues de travail, des médecins. Il vient de terminer une longue et difficile journée de travail. Il s'était spécialisé en chirurgie pour ainsi ne pas perdre l'habitude du travail depuis plus de cent ans sous trois pseudonymes différents. Une fois de retour chez lui, son épouse, la Muse Calliope, l'attendait. Le couple passe son temps ensemble, elle en chantant, lui en l'accompagnant avec sa lyre, virtuose millénaire qu'il est. Une merveille à entendre! Une heure plus tard, Apollon sourit à sa femme et l'informe :

— Ma belle et douce Muse. Depuis plus de sept siècles, tu es l'unique muse de tous mes poèmes. Calliope à la belle voix. Allons faire une petite promenade, il fait beau.

La Muse sourit à son mari, contente qu'il ne soit plus volage. Le couple part se promener dans les rues de la ville de St-Petersburg. Au cours de la promenade, il rencontre sa sœur. Artémis salue son frère et lui demande narquoisement :

— Monsieur le médecin veut bien accepter un concours de tir à l'arc pour ne pas perdre les bonnes habitudes ?

— Ma sœur, tu le sais que je ne refuse jamais un exercice de tir à l'arc. Nous, les archers infaillibles, qui ne sauraient plus manier un arc! C'est de l'ironie! C'est un cauchemar! Notre réputation doit être intacte... J'accepte. Demain à 12 h 00 au parc.

La déesse de la Lune opine du chef et les deux jumeaux divins continuent leur chemin respectif.


Une heure plus tard, Apollon affirme à son épouse :

— Ma belle et douce Muse, je commence sérieusement à trouver monotone le travail de chirurgien... Je devrai changer de métier... Mais quel travail ? Poète ? Non... Je l'étais sous le pseudonyme d'Olivier Basselin au XVe siècle. Musicien ? Non...Je l'étais sous le pseudonyme de Johann Christian Bach au XVIIIe siècle. Médecin généraliste ? Non... Dentiste ? Non... Gynécologue ? Non... Chasseur ? Non... Tireur d'élite ? Non... Vendeur de panneaux solaires ? Non... Trop moderne comme métier... Électricien ? Non... Je préfère la lumière naturelle... Psychiatre ? Non... Astrologue ? Non... Astronome ? Non... Si je veux comprendre le Soleil, je n'ai qu'à faire un interview avec Hélios ou me regarder dans un miroir... Chaman ? Non... Ce n'est pas un métier commun de nos jours, trop désuet... Psychologue... Pourquoi pas... Qu'en penses-tu ? Moi travailler comme psychologue, pour guérir les âmes et non plus les corps seuls... Bonne idée. Et c'est une manière de reprendre mon rôle de purificateur des crimes en version moderne...

— Comme tu veux mon amour, lui répond la voix mélodieuse de Calliope.

— Alors j'ai choisi. Dès demain, je recherche un emploi de psychologue et j'ouvre mon propre cabinet... Je l'appellerai « Apollon, lumière de guérison ». Qu'en penses-tu ? Je suis sérieusement brillant!

Le dieu, content, embrasse tendrement son épouse sur les lèvres et la prend entre ses bras et fait quelques pas de danse pour exprimer sa joie. Calliope rit à la joie enfantine de son mari et se réjouit qu'il ne s'ennuiera plus au travail.


Le lendemain, à midi, au parc de la ville, Apollon et Artémis s'exercent au tir à l'arc. Un concours est lancé entre eux : celui qui atteint le plus de cibles en son centre en peu de temps sera l'invité chez l'autre pour le dîner. Les deux déités sont particulièrement habiles à cette activité, elles excellent dans le domaine. Mais Apollon a gagné, frustrant un peu sa sœur. Cette dernière lui annonce à contrecœur :

— Très bien frère. Tu seras mon invité ce soir. Au menu un ragoût de cerf avec de la sauce chasseur. Bien sûr, ton épouse peut venir.

Apollon opine du chef et commente avec une pointe d'ironie à Artémis :

— Ma sœur, la clé du succès est ma belle construction masculine, mes muscles bien entraînés. En tant que femme, tu ne peux jamais me battre... Et merci pour le futur repas... Aurons-nous le droit à un peu de nectar, pas de l'hydromel, mais notre bon vieux nectar ? Un médecin soûl ne peut guère travailler...

— Ne t'inquiète pas frère, il y aura du nectar... D'ailleurs, je ne comprends pas comment ces mortels peuvent boire de si fort alcool...

— Les alcooliques n'engendrent que plus de travail pour les médecins. Ils ont des problèmes de santé divers, des cancers, des troubles cardio-vasculaires, surtout l'hypertension artérielle, des cirrhoses. Sans mentionner des troubles d'attention et de la mémoire, et pour les cas plus chroniques, des encéphalopathies, des démences, des neuropathies...

— Frère!, s'emporte Artémis, ennuyée du discours trop médical de son frère, je ne suis pas venu consulter un médecin! Je ne voulais que t'informer du menu de ce soir...

— C'est correct, sœur. J'ai compris que tu n'apprécies guère mon talent inné pour la médecine, grommelle Apollon, un peu énervé que sa sœur l'interrompt dans son discours. À ce soir.

Apollon et sa femme reviennent chez eux en attendant de venir manger chez Artémis.


Le surlendemain après-midi, Apollon, une fois qu'il a terminé avec son travail de chirurgien, sourit en lui-même, content de sa prochaine carrière. Un peu avant de partir, il entend l'un de ses collègues lui lancer ces mots :

— Collègue Alexis. Vous avez toujours la chance de réussir vos opérations, et ce, indépendamment à quelle heure vous traitez le patient. Vous êtes infatigable.

Le dieu, un sourire énigmatique aux lèvres et les yeux pétillants de fierté, lui réplique :

— Il est exact que je suis infatigable, comme le soleil lui-même... Mais, si seulement vous savez réellement mon vrai visage, vous me considérez sous un autre angle... Je ne suis pas toujours si bon, ni enjoué, ni pacifique, ni chaleureux, ni lumineux, ni brillant... Il y a la face sombre du Soleil aussi en moi... Attendez, comment l'appelez-vous... les taches solaires ?... Ne me fâchez pas et ne vous approchez pas de ma femme... Sinon, vous verrez que je peux être cruel, impitoyable et très vengeur...

Une lueur de colère se pointe dans son regard, son gracieux visage devient plus sévère, effrayant son collègue. Il continue sur un ton glacial.

— ... Et je sais que vous avez jeté votre dévolu sur ma femme, ma Muse...

Le collègue pâlit et nie énergiquement le fait, mais au dieu, personne ne peut mentir longtemps...

— ... Et pour m'avoir menti, vous aurez la pire des punitions... Je ne vous tuerai pas, parce que ce serait vous rendre un service... Mais vous aurez une maladie rare, la maladie de Vivo, jusqu'à la fin de votre vie.

Sur ces mots du dieu, le collègue tombe par terre atteint d'une crise d'épilepsie soudaine. Apollon tourne les talons, n'aidant pas son collègue, et revient chez lui.

Il ouvre la journée même un cabinet privé comme psychiatre et commence à travailler le surlendemain. Il est vite apprécié par ses collègues et doit se défendre de plusieurs patientes qui aimeraient voir l'Apollon de psychiatre sans ses vêtements. Heureusement, il s'en sort bien, ayant embauché Calliope comme assistante.

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